20 mai 2005

Hariche Samir, Le langage de la Prostituée de Babylone, (note de lecture)

Article publié sur www.religioperennis.org.

Les traditions sont unanimes à reconnaître qu’à la fin des temps le langage deviendra dur et grossier, et que la vulgarité tiendra lieu de la sincérité.
La grossiéreté du langage participe de la dégénérescence de la forme.

La langue qui détient la suprématie aujourd’hui est l’anglais, qui apporte une vision du monde extrêmement simple et pauvre. Par rapport à elle, le sanskrit et l’arabe sont d’un raffinement inouïs.

Le processus de dégradation est visible à l’intérieur de la même langue aussi. La perte du sens métaphysique des mots pour un sens vague et inférieur est une chose qui se constate de plus en plus (ex: le mage mazdéen, qui était un brahmane, un sacerdot). D’autres exemples: amour, adepte, prophète, devin, voyant, tradition, marabout, fakir, initiatique, mystique, ésotérique, etc.

Un symptome de l’indistinction chaotique de la fin des temps est la présence des mots fourre-tout: truc et machin. C’est le cas inverse d’Adam, qui avait donné le nom à toute chose.

“Enfin, un des plus diaboliques procédés de dégradation de la forme est le gros mot, ou encore celui qui attribue à une expression métaphysique une signification sexuelle. Nous parlons de ces processus différents en même temps parce qu’ils se rejoignent sur l’importance donnée au scatologique et au sexuel, ou, en un seul mot, à l’organique. Les gros mots en effet renvoient pour la plupart à des organes génitaux, à des actes sexuels, ou à des personnes liées au monde du sexe et de sa marchandisation, ou encore aux matières excrémentielles ou aux actes les produisant.”
Ex: le mot “putain”, qui est utilisé dans les mêmes circonstances dans lesquelles les musulmans utilisent “al-hamdulillah”.

“Lorsqu’on dit « Putain ! », de la même façon que les croyants nomment Dieu par l’attribut de Sa Louange, on est en fait en train de vénérer ce que l’Apocalypse nomme la Prostituée de Babylone.”

Pûtanâ, déesse-démon fille de Bali, a tenté d’empoisonner le bébé Krishna. Elle symbolise en hindouisme l’égo qui veut détruire la Divinité.

L’Antichrist est l’aspect actif du Satan; la Prostituée est son aspect passif.
L’emploi des expressions grossières est l’adoration inconsciente de la Prostituée de Babylone.

“L’alchimie traditionnelle voit en toute chose de l’or en puissance qu’il s’agit d’actualiser, de révéler. Elle se fonde sur une hiérarchie des métaux. Or l’alchimie satanique du langage de la Prostituée de Babylone transforme toute chose en la matière la plus vile de toutes, qui n’est même pas un métal, aussi vil soit-il comme le plomb. La matière fécale est le dernier degré de dégradation et de dissolution que subit l’idée de matière, liée à la réceptivité, à la plasticité et à la passivité du principe féminin. En un certain sens, c’est là la matière même du corps abominable et monstrueux de la Prostituée de Babylone.”

“On ne dit donc rien impunément, sans que des conséquences inévitables ne s’ensuivent dans l’ordre cosmique. Les Anciens avaient le sens de ce genre de responsabilités métaphysiques, dont les modernes ont perdu même la notion. Peut-être dire, comme on le fait habituellement, qu’une chose est une « merde », ne la rend pas réellement telle ; mais quand trois milliards d’êtres humains disent cent fois par jour « merde » à propos de tout, le monde commence à le devenir réellement.”
La métaphysique est utilisée pour désigner des réalités sexuelles: “septième ciel” pour “orgasme”.

Observation: en roumain se fait depuis la modernité l’invocation du diable (drace!, ce dracu!, ce naiba!, du-te naibii! etc.). Encore: l’Algérie et la Tunisie sont beaucoup plus vulgaire que le Maroc et surtout la Libie, restées traditionnelles. La vulgarité est presque inconcevable en Egypt.

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