30 mai 2005

Amadou Hampâté Bâ, Amkoullel, l’enfant peul, (note de lectura)

Paru chez Actes Sud, 1991, 1992.
La préface est signée de Théodore Monod.

Avant-propos (signé par l’auteur)
Sur l’oralité est les capacité suscitées: “Plusieurs amis lecteurs du manuscrit se sont étonnés que la mémoire d’un homme de plus de quatre-vingt ans puisse restituer tant de choses, et surtout avec une telle minutie dans le détail. C’est que la mémoire des gens de ma génération, et plus généralement des peuples de tradition orale qui ne pouvaient s’appuyer sur l’écrit, est d’une fidélité et d’une précision presque prodigieuse.” (p. 13)
Les Africains qui vivent dans des cultures impregnées d’oralité ne peuvent pas «résumer».
Sur la chronologie: “La chronologie n’étant pas le premier souci des narrateurs africains, qu’ils soient traditionnels ou familiaux, je n’ai pas toujours pu dater exactement, à un ou deux ans près, les événements racontés, sauf lorsque des événements extérieurs connus me permettaient de les situer. Dans les récits africains où le passé est revécu comme une expérience présente, hors du temps en quelque sorte, il y a parfois un certain chaos qui gêne les esprits occidentaux, mais où nous nous retrouvons parfaitement.” (p. 14)
Les constantes de la tradition africaine (qui tiennent de l’intimité): présence du sacré en toute chose, relation entre les mondes visible et invisible, entre les vivants et les morts, sens de la communauté, respect religieux de la mère etc. Les différences entre les parties de la tradition africaine (qui tiennent de la forme): les dieux, les symboles sacrés, les interdits religieux, les coutumes sociales.
Les traditions de ce récit sont celles de la savane africaine s’étendant d’est en ouest au sud du Sahara (la région de Bafour).
Sur les rêves: “Une autre chose qui gêne parfois les Occidentaux dans les récits africains est l’intervention fréquente des rêves prémonitoires, de prédictions et autres phénomènes de ce genre. Mais la vie africaine est tissée de ce genre d’événements qui, pour nous, font partie de la vie courante et ne nous étonnent nullement.” (p. 15)

Racines
Le double héritage
Sur l’importance de la famille: “En Afrique traditionnelle, l’individu est inséparable de sa lignée, qui continue de vivre à travers lui et dont il n’est que le prolongement. C’est pourquoi, lorsqu’on veut honorer quelqu’un on le salue en lançant plusieurs fois non pas son nom personnel (ce que l’on appellerait en Europe le prénom) mais le nom de son clan: «Bâ! Bâ» ou «Diallo! Diallo!» ou «Cissé! Cissé!» car ce n’est pas un individu isolé que l’on salue, mais, à travers lui, toute la lignée de ses ancêtres.” (p. 19)
Naissance du conteur dans la ville de Bandiagara, au Mali, au commencement du XXème siècle. L’histoire de la famille liée à Macine, une région du Mali située dans la “Boucle de Niger”.
Les Peules sont un peuple pasteur nomade, à origine mystérieuse (probablement arabe, ou yéménite, ou palestinienne, ou hébraïque, ou indienne). Leur teint est relativement clair, leur nez est long et leurs lèvres sont assez fines. Ils ont su préserver leur langue, leur fonds culturel très riche, leur traditions religieuses et initiatiques propres. Les Bambaras disent: “Le Peul se connaît lui-même”.
Sado Diarra, chef du village de Yérémadio, près de Bamako: “Les Peuls sont un surprenant mélange. Fleuve blanc aux pays des eaux noires, fleuve noir aux pays des eaux blanches, c’est un peuple énigmatique que de capricieux tourbillons ont amené du soleil levant et répandu de l’est à l’ouest presque partout.” (p. 21)
Les Peuls: “Partout présents, mais domiciliés nulle part.” (p. 22)
Après l’islamisation les Peuls fondent l’Empire du Sokoto (région du Nigéria) au XVIIIe siècle et l’Empire peul du Macina (région de Mali) du XIXe siècle. Le premier a été initié par Ousmane dan Fodio, le deuxième par Cheikou Amadou.
Entre Djenné et Mopti, dans un pays surnommé Fakala (pour tous), les Peuls cohabitaient avec Bambaras, Markas, Bozos, Somonos, Dogons, etc.
1818, Cheikou Amadou fonde la dîna, Etat islamique, que les historiens ont nommé l’Empire peul théocratique du Macina. Il a organisé l’Etat selon les règles de la première communauté musulmane de Médina et a sédentarise en bonne mesure les Peuls. Après sa mort, en 1845, son fils Amadou-Cheikou lui a succédé jusqu’en 1853. La situation de l’Etat s’est dégradée sous le règne d’Amadou-Amadou, lequel mourut en 1862, au moment où les toucouleurs d’El Hadj Omar prennent la capitale Hamdallaye.
Adage: “Un Peul sans troupeau est un prince sans couronne”.
Touculeur vient du mot arabe ou berbère tekrour, qui désignait le pays de Fouta Toro sénégalais. Les Wolofs ont déformé ce mot en tokoror ou tokolor, et les Français en toucouleur.
Les Toucouleurs ne sont pas une ethnie, mais un ensemble d’ethnies soudées par l’usage de la même langue. Ils se désignent avec le nome de halpoular – “ceux qui parlent le poular”. Ils sont aussi appelés Foutanké – “ceux de Fouta”.

Mon grand-père maternel Pâté Poullo
Pâté Poullo, du clan Diallo, le futur grand-père maternel du conteur, était silatigui, c’est-à-dire maître spirituel. Il était voyant, devin, guérisseur, habile à jauger les hommes et à saisir le langage muet des signes de la brousse.
Un jour, Pâté Poullo voit et entend El Hadj Omar, grand maître de la confrérie islamique (tarîkah) Tidjaniya.
Le message de départ de Pâté Poullo, envers sa famille (dont il était le chef): “J’ai d’abord voulu vous en demander la permission, leur dit-il. Si vous acceptez, je rachèterai mon départ en vous laissant tout mon troupeau. Je partirai les mains vides, sauf mes cheveux qui sont sur ma tête et les vêtements que je porte. Quant à mon bâton de silatigui, avant de partir je le transmettrai rituellement à celui qui est le plus qualifié pour en hériter.” (p. 25-26)
Le discours envers Cheikh Omar: “Cheikh Omar, j’ai entendu ton appel et je suis venu le rejoindre. Je m’appelle Pâté Poullo Diallo et je suis un «Peul rouge», un Peul pasteur de la haute brousse. Pour me libérer, j’ai laissé à mes frères tout mon troupeau. J’étais riche autant que peut l’être un Peul. Ce n’est donc pas pour acquérir des richesses que je suis vers toi, mais uniquement pour répondre à l’appel de Dieu, car un Peul ne laisse pas son troupeau pour aller chercher autre chose.
Je ne suis pas venu non plus auprès de toi pour acquérir un savoir car en ce monde tu ne peux rien m’apporter que je ne sache déjà. Je suis un silatigui, un initié peul. Je connais le visible et l’invisible. J’ai, comme on dit, «l’oreille de la brousse»: j’entends le langage des oiseaux, je lis les traces des petits animaux sur le sol et les taches lumineuses que le soleil projette à travers les feuillages; je suis interpréter les bruissements des quatre grands vents et des quatre vents secondaires ainsi que la marche des nuages à travers l’espace, car pour moi tout est signe et langage. Ce savoir qui est en moi, je ne peux l’abandonner, mais peut-être te sera-t-il utile? Quand tu seras en route avec tes compagnons, je pourrai «répondre de la brousse» pour toi et te guider parmi ses pièges.
C’est te dire que je ne suis pas venu à toi pour les choses de ce monde. Je te prie de me recevoir dans l’islam et je te suivrai partout où tu iras, mais à une condition: le jour où Dieu fera triompher ta cause et où tu disposeras du pouvoir et de grandes richesses, je te demande de ne jamais me nommer à aucun poste de commandement, ni chef d’armée, ni chef de province, ni chef de village, ni même chef de quartier. Car à un Peul qui a abandonné ses troupeaux, on ne peut rien donner qui vaille davantage.
Si je te suis, c’est uniquement pour que tu me guides vers la connaissance du Dieu Un.” (p. 26-27)
1862, El Hadj Omar pénètre en vainqueur dans Hamdallaye, avec Pâté Poullo à côté de lui.
Pendant un siège, Pâté Poullo se lie d’amitié avec un neveu d’El Hadj Omar, Tidjani Tall.
Sur la façon de penser des Africains: “Certes, ce n’est pas là une logique très «cartésienne», mais pour nos anciens, particulièrement pour les “hommes de connaissance” (silatigui chez les Peuls, doma chez les Bambaras), la logique s’appuyait sur une autre vision du monde, où l’homme s’appuyait sur une autre vision du monde, où l’homme était relié d’une façon subtile et vivante à tout ce qui l’environnait. Pour eux, la configuration des choses à certains moments clés de l’existence revêtait une signification précise qu’ils savaient déchiffrer. “Sois à l’école, disait-on dans la vieille Afrique, tout parle, tout est parole, tout cherche à nous communiquer une connaissance…” (p. 31)

Mon père Hampâté: l’agneau dans la tanière du lion
Son père est mort quand le conteur avait trois ans.
Hampâté Hamsalah échappe à une hécatombe.
La classe des rimaïbé (sing. dîmandjo) – captifs de case, ou serviteurs liés à la famille de génération en génération.
Hampâté est élevé par un boucher surnommé Allamodio, mot peul signifiant “Dieu est bon”. Sa bonté et son hospitalité étaient proverbiales, et lui valurent la protection du roi Tidjani.
Grâce à une politique de pacification sociale entre Peuls et Toucouleurs, le roi Tidjani est appelé “le casseur-rebouteux” (celui qui casse et qui répare).
Anta N’Diobdi, tante de Hampâté, dit en refusant de marier un homme qui ait jamais lutté avec un fusil: “Je n’accepterai pour époux qu’un homme qui ne s’est jamais servi d’un fusil. D’ailleurs dans l’initiation féminine peule, je suis «Reine de lait», et le lait et la poudre ne vont pas ensemble. La poudre salirait mon lait…” (p. 40)
Sur la politesse des femmes: “Comme la pudeur peule l’exigeait, Anta N’Diobdi garda les yeux baissés et rentra chez elle sans répondre.” (p. 41) Sans répondre à une proposition de mariage, faite par un intermédiaire…
Anta N’Diobdi et Pâté Poullé auront parmi leurs six enfants Kadidja, la mère du conteur.
Fama (langue des Peuls) = roi.
La place accordée à l’honneur et à la dignité.
Adage au Macina: “Lorsque Tidjani est arrivé, le peuple s’est écrié: «Wororoy en boni, Tidjani wari!» (Oh! nous sommes fichus, Tidjani est venu.) Mais à ses funérailles, c’est le même peuple qui en pleura en disant: «Wororoy en boni, Tidjani mayi!» (Nous sommes fichus, Tidjani est mort!)” (p. 57)
Sur l’hospitalité: “Un soir où Hampâté était absent, Balewel Diko, l’ami de toujours, se présenta chez Baya, accompagné de quelques camarades de leur association. Il demanda à dîner. Baya ne pouvait refuser, car c’était une coutume des membres de leur association que d’aller chaque soir dîner successivement les uns chez les autres. Les épouses y étaient accoutumées, et de toute façon, dans les grandes familles africaines, il y avait toujours assez de nourriture pour accueillir des invités de dernière heure ou des étrangers de passage.” (p. 57)
Adab: “A cette parole, tous les amis de Hampâté se levèrent comme un seul homme. Ils quittèrent la maison sans terminer leur repas, geste extrêmement grave en Afrique où ne pas consommer la nourriture d’une femme est un signe de rejet et de rupture.” (p. 58-59)
Balewel Diko divorce de Baya au nom de Hampâté (prononcé le divorce de son ami): “Voilà ce qui est sans doute bien difficile à concevoir pour une mentalité moderne. Comment admettre qu’un ami puisse de son propre chef “divorcer” la femme de son ami et que ce dernier accepte la chose sans discuter? C’est que, jadis, le véritable ami n’était pas “un autre”, il était nous-même, et sa parole était notre parole. L’amitié vraie primait la parenté, sauf en matière successorale. C’est pourquoi la tradition recommandait d’avoir beaucoup de camarades, mais pas trop de “vrais” amis. Les parents avaient d’ailleurs le même privilège. Le frère, le père ou la mère pouvaient «divorcer» un homme en son absence, et en général l’intéressé s’inclinait. On ne peut pas dire que c’était une coutume, car le fait n’était pas extrêmement fréquent, mais s’il survenait on l’acceptait car une telle décision n’était généralement pas prise à la légère – dans le cas contraire la communauté, familiale ou villageoise, s’y serait opposée.” (p. 59-60)

Kadidja, ma mère
Adage malinien: “Tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, nous le devons une fois seulement à notre père, mais deux fois à notre mère.” (p. 61)
Sur le respect dû à la mère: “L’homme, dit-on chez nous, n’est qu’un semeur distrait, alors que la mère est considérée comme l’atelier divin où le créateur travaille directement, sans intermédiaire, pour former et mener à maturité une vie nouvelle. C’est pourquoi, en Afrique, la mère est respectée presque à l’égal d’une divinité.” (p. 61)
La société africaine voyait dans le célibat une preuve d’immaturité ou d’égoïsme. Le célibataire n’avait ni droit de parole dans les assemblées, ni le droit d’être chefs.

Le rêve de Kadidja
La petite Kadidja rêve le Prophète qui entre dans la maison familiale, partage un plat avec ses frères et ses sœurs et lui dit après un bout de temps de sortir de la salle à manger.
Le marabout Eliyassa Hafiz Diaba est appelé à interpréter le rêve.
Procé dé divinatoire:
 vérifier si le rêve n’a pas été conditionné par un événement vécu pendant la journée d’auparavant;
 une natte neuve est couverte de formules coraniques, de lettres et de signes selon un agencement spécial;
 Kadidja est conseillé de manger très légèrement et de prendre un bain rituel avant d’aller se coucher sur la natte, dans la case où elle a fait le rêve;
 le marabout examine la natte et ce qu’il reste des signes qu’il avait tracé.
La prédiction: “Ma nièce Kadidja survivra à tous ses parents. Elle héritera de tous ses frères et sœurs, car elle sera la dernière à mourir après une très longue vie. Aucun de ses frères et sœurs n’aura d’enfants. Elle se mariera deux fois. De son premier mariage, elle aura trois enfants. Ils vivront difficilement, mais si un seul survit il sera suffisant. Il sera un grand soutien pour elle. Son deuxième mariage la ruinera. Elle donnera six enfants à son deuxième mari, mais ces enfants seront plutôt une charge pour elle. Kadidja connaîtra de grandes difficultés au cours de sa vie. Mais elle triomphera de tous ses ennemis, hommes et femmes, et elle surmontera tous les événements, pénibles qui jalonneront son existence.” (p. 64-65) Selon l’auteur, la prédiction a été très correcte.

Kadidja et Hampâté, un mariage difficile
Le mariage a été envié, parce que trop d’homme avaient désiré Kadidja. Ceux qui avaient voulu la marier avaient mobilisé des marabouts, des noueurs de cordes, de jeteurs de sort et des sociers pour rendre le mariage infertile.
Naissance du conteur – 1900, peut-être janvier-février.
Le couple Kadidja-Hampâté est soumis à une guerre des sortilèges: “Chaque jour, on découvrait dans la maison des cordes nouées ou des talismans maléfiques que des gens, on ne sait par quels moyens, réussissaient à y introduire. Il y en avait partout: dans la cour, dans la chambre, dans les toilettes, dans la cuisine, et même dans le canari à eau où l'on trouva parfois des grenouilles attachées. Bien souvent, le matin, Pâté Poullo venait dire à Kadidja: “Fais attention, aujourd’hui il y a quelque chose.” Et cela ne manquait jamais.” (p. 68)
Nécrologue de son père: “Tel fut mon père Hampâté, qui aurait dû mourir et qui pourtant vécut, qui refusa les honneurs offerts par un roi pour continuer de servir un vieux boucher, et qui préféra libérer une femme aimée plutôt que de la voir malheureuse auprès de lui. Que Dieu t’accueille en sa miséricorde, Hampâté, mon père, et que la terre te soit légère!” (p. 72)

Kadidja et Tidjani
Kadidja se marie avec Tidjani Amadou Ali Thiam, fils d’un chef de la plus grande et plus riche province du royaume toucouleur, Louta (dans l’actuel Burkina-Faso).
Sur Tierno Bokar, son maître spirituel: “Ami intime de mon oncle Bokari Pâté et de ma mère, puis de mon père Hampâté, il était, selon la tradition africaine, leur frère, donc mon oncle. Mais il devait être bien plus que cela tout au long de ma vie: il allait être mon père spirituel, celui qui modèlerait mon esprit et mon âme et à qui je dois d’être tout ce que je suis.” (p. 74)
Pour conclure le mariage, la présence des époux à la cérémonie n’était pas obligatoire. Il suffisait que les cadeaux rituels, particulièrement la dot les noix de cola, soient échangés en présence des témoins et des notables religieux et que ceux-ci récitent les versets appropriés du Coran pour que le mariage soit “noué”.
Les colonialistes français avaient imposé une taxe sur le nombre des membres de la famille (donc sur les enfants y compris). Celui qui était incapable de l’acquitter était jugé et emprisonné, ou vendait ses enfants.
Expression de menace annonçant la mort de quelqu’un: “Ta mère a accouché d’un cadavre.” (p. 86)
n’dimaakou – observation stricte des devoirs de noblesse, de justice et de morale qui était de rigueur chez les Peuls comme chez les Toucouleurs.
Le conflit entre les clans Thiam et Tall.
Tidjani Thiam tombe victime à une machination politique des Tall. Il se fait arrêter par le commandant de cercle français, qui va le juger pour la répression d’une émeute: “Tous les biens de Tidjani Thiam (environ trois mille bovins, des moutons et des chèvres, deux cents chevaux parmi lesquels figuraient les deux célèbres coursiers Nimsaali et Kowel-Birgui qui avaient jadis gagné la fameuse course aux dépens du cheval d’Aguibou Tall, soixante serviteurs, plusieurs kilos d’or et d’argent et environ cinq millions de cauris) furent confisqués. Le palais fut évacué et confié à la garde d’un brigadier-chef et d’un groupe de gardes de cercle.” (p. 97)
Sur le fait que sa mère est rendue responsible par les autres pour le mauvais sort de son nouveau mari: “Ma mère en fut très affectée, mais elle n’était pas – on l’aura déjà compris – femme à se laisser abattre. Faite d’acier trempé, elle était capable d’affronter n’importe quel danger ou de surmonter n’importe quel obstacle. Elle n’avait peur de rien. Jamais elle ne manqua de relever un défi d’où qu’il vienne, et quand elle entreprenait quelque chose elle allait jusqu’au bout, quoi qu’il en coûtât. Très pieuse, instruite en matière religieuse – elle savait par cœur une bonne partie du Coran -, en revanche, elle n’était nullement superstitieuse et ne se gênait pas pour défier marabouts, charlatans et autres jeteurs de sort. Sans être d’une nature aggressive, une fois provoquée elle n’évitait ni la bagarre ni le procès. “Dieu m’a chaussée de fer, dira-t-elle plus tard, pour défendre mes parents et amis.” Et Dieu sait que, telle une lionne-mère, elle se battra pour les défendre envers et contre tous!” (p. 99)
«Amkoullel» signifie «le petit Amadou de Koullel» ou «fils de Koullel». Le narrateur est appelé comme ça grâce à son attachement d’un conteur nommé Koullel.
Les griots chantent le malheur des Thiam.

La quête de Kadidja
Adage peul: “Avant de mettre un scorpion dans sa bouche, il faut avoir bien disposé sa langue.” (p. 106)
Une femme-marabout: “Dans un quartier de Bandiagara vivait une vieille femme marabout célèbre et respectée. Née à Hamdallaye (capitale de l’Empire peul du Macina) au temps du vénérable Cheikou Amadou, on l’avait surnommée Dewel Asi, c’est-à-dire “la petite femme qui a creusé” (sous-entendu: creusé la connaissance mystique). Elle enseignait les sciences islamiques traditionnelles: le Coran, bien sûr, mais aussi les hadith (paroles et actes du Prophète), la grammaire arabe, la logique, la jurisprudence selon les quatre grandes écoles juridiques islamiques, plus les traditions spirituelles soufi, et tout cela en tissant de très jolies nattes de paille habilement ornées de dessins symboliques.” (p. 106-107)
Un talisman: sur une feuille de papier des formules coraniques et des noms de Dieu en arabe, recouvert de toile de soie, puis enfermé dans un peau d’agneau cousue par un cordonnier réputé pour ses mœurs purs. Avant de travailler le cordonnier doit accomplir les ablutions rituelles. Le sachet doit avoir la forme d’un triangle.
Eructer n’est pas considéré comme une incongruité en Afrique. Hocher lentement la tête de bas en haut est signe de “oui”.

Le procès
Diêli Bâba, le crieur public, s’adresse avec la formule: “Hommes, femmes, enfants, nobles, castés et captifs!” (p. 126)
Tidjani, dans la salle du procès, mis dans la situation de jurer d’avance qu’il dira la vérité, toute la vérité, rien que la vérité (selon la formule européenne): “La vérité, je ne la pratique pas pour plaire à un homme, fût-il roi ou toubab (européen). Je la pratique parce que Allâh, par la bouche de son envoyé Mohammad, a commandé de toujours dire la vérité. Mais puisqu’on insinue que je pourrais ne pas la dire, et qu’on veut me faire jurer pour être sûr que je ne mentirai pas, je refuse de jurer. Et à partir de maintenant, personne n’entendra plus de ma bouche ni mensonge ni vérité. Que l’on fasse de moi ce que l’on voudra. Je ne parlerai plus.” (p. 129)

L’exil
Kadidja utilise comme argument pour la requête d’accomplir son mari pendant le transfert dans une autre bagne: “S’il venait à mourir en chemin […] quelqu’un de sa famille doit être présent pour lui rendre les devoirs religieux traditionnels. Sinon son âme ne cessera de se lamenter et d’errer en ce bas monde où elle pourrait même devenir néfaste pour les vivants.” (p. 134)

La longue marche de Tidjani
Le “village de Kadidja”
Kadidja s’établit en pays bambara et y construit une habitation pour elle mais aussi pour abriter des voyageurs.
Adage: “Les morceaux de bois pourris du mauvais puits finissent toujours par retomber dans le puits!” (p. 152). Autrement dit: les conséquences d’une mauvaise action retombent tôt ou tard sur son auteur.
Sur une interdiction concernant les castes et leurs activités: “Dans les pays ouest-africains situés au sud du Sahara (ce que l’on appelait jadis le Bafour) les nobles toucouleurs et peuls n’avaient pas le droit de pratiquer les travaux manuels propres aux castes artisanales (forgeronnerie, tissage, cordonnerie, travail du bois, etc.) mais il leur était permis de broder et de vendre leur travail. […] Plus tard j’apprendrai moi aussi cet art et il m’arrivera de broder à la main de magnifiques boubous qui, aujourd’hui, seraient hors de prix!” (p. 153)

Vers Bougouni avec ma mère
Le cadi qui doit juger sur la décision de Kadidja d’emporter avec elle son enfant prend la décision en s’appuyant sur la loi musulmane et la coutume africaine (p. 158). Apparemment, l’islamisation n’avait pas effacé le code d’auparavant.

La bataille de Kadidja et du patron laptot
Naissance de mon petit frère
L’invocation du nom du prophète Joseph (Youssoufi) est censée d’améliorer les douleurs des parturientes.
“Aujourd’hui encore, je me souviens parfaitement, et dans les moindres détails, de tout le film de cet événement. Ce fut comme si j’émergeais d’un sommeil qui, jusqu’alors, m’avait embrumé l’esprit, m’empêchant de bien discerner les choses. C’est ce jour-là, à partir de la naissance de mon petit frère, que je pris clairement conscience et de mon existence et du monde qui m’entourait. Ma mémoire se mit en marche, et depuis elle ne s’est plus arrêtée…” (p. 170-171)

Un père enchaîné
La façon que Tidjani a de voir les choses: “Mon commandant, on ne peut m’annoncer une nouvelle plus grave que celle que le destin m’a assignée au jour de ma naissance en me disant: «Tu est entré dans une existence dont tu ne sortiras pas vivant, quoi que tu fasses», et nulle force humaine ne pourra jamais me loger plus étroitement sur cette terre que je ne le serai dans ma propre tombe. C’est pourquoi aucune mauvaise nouvelle ne peut réellement m’assombrir. J’ai appris à voir venir la mort avec le même calme que je vais tomber la nuit quand le jour décline. A chaque réveil, je me considère comme un condamné en sursis. Mais je ne suis pas pessimiste pour autant, mon comandant, et je ne serais nullement surpris si, un jours, je redevenais le grand chef que j’ai été. La vie est un drame qu’il faut vivre avec sérénité.” (p. 181)
Le maître spirituel de son père: Tierno Amadou Tapsîrou Bâ.
Sur l’hospitalité de sa mère, les bambara disent: “Le repas de Tidjani Thiam se prend jusque dans la rue” – façon de dire que la maison était toujours pleine. (p. 183)
Surnom de la mère du conteur: Debbo diom timba (femme à pantalon).

Une braise qui ne brûle pas
“J’avais entendu dire que les Blancs-Blancs (comme on appelait les Européens par opposition aux Blancs-Noirs, ou Africains européanisés) étaient des “fils du feu” et que la clarté de leur peau était due à la présence en eux d’une braise ardente. Ne les appelait-on pas «les peaux allumées»?” (p. 184)
Le père lui dit: “Le royaume de France a deux têtes: l’une est très bonne et l’autre très mauvaise.” (p. 192) – initiation aux nuances de la vie.
Belle comparaison: “nous nous entendions comme lait et couscous” (p. 192)
Affiliation du conteur à la société bambara d’initiation enfantine Tiebleni. “Pour les petits musulmans, cette affiliation état de pure forme. On nous apprenait les secrets du rituel, les signes de reconnaissance, quelques petits contes, mais guère plus. Il existait également (et cela vraisemblablement depuis l’empire du Mandé [Mali] fondé au XIIIe siècle par Soundiata Keïta) une affiliation de pure forme au Komo pour les adultes musulmans vivant en pays bambara afin qu’ils ne soient pas coupés de la communauté dans laquelle ils vivaient. Ils étaient dispensés de sacrifier aux fétiches, ne mangeaient pas les aliments sacrifiés, ne buvaient pas d’alcool et n’assistaient pas aux cérémonies, mais au moins ils n’étaient pas, eux non plus, obligés de se cloîtrer lors des sorties de Komo. Ces relations de bon voisinage et d’acceptation mutuelle reposaient sur le vieux fond de tolérance religieuse de l’Afrique traditionnelle animiste qui acceptait toutes les formes de pratique religieuse ou magico-religieuse et qui, de ce fait, ignora les guerres de religion.” (p. 193)

Mort de ma petite enfance
Discours du père: “Cette nuit va être celle de la mort de ta petite enfance. Jusqu’ici ta petite enfance t’offrait une liberté totale. Elle t’accordait des droits sans t’imposer aucun devoir, pas même celui de servir et d’adorer Dieu. A partir de cette nuit, tu entres dans ta grande enfance. Tu seras tenu à certains devoirs, à commencer par celui d’aller à l’école coranique. Tu vas apprendre à lire et à retenir par cœur les textes du livre sacré, le Coran, que l’on appelle aussi Mère des livres.” (p. 194)

Danfo Siné, le joueur de dan
“Comme je l’appris par la suite, c’était un “homme de connaissance” bambara, un doma, donc un “grand connaisseur” – ce que l’on traduit souvent en français, faute de mieux, par le terme “traditionaliste” au sens de savant en matière de connaissances traditionnelles. Il existe des doma dans chaque branche ou filière de connaissance, mais lui était un doma complet.” (p. 198-199) – Danfo Siné, celui qui ne quittait jamais l’instrument musical nommé dan.
“Lorsqu’il fit la connaissance de mon père, il venait de terminer son septénaire de Korojouba, l’une des plus hautes écoles initiatiques des Bambaras et des Senoufos de la savane dans le Soudan occidental, dont le nom signifie “le grand tronc de la chose” – autrement dit “le grand tronc de la connaissance” – et dont le centre était alors situé dans le cercle de Bougouni.” (p. 199)
Sur le caractère sacré de l’activité de Danfo Siné: “Danfo Siné se déplaçait à travers le pays avec un groupe de néophytes, qu’il formait. A Bougouni, il donnait presque chaque soir une séance de chants et de danses; s’il s’exhibait ainsi, ce n’était pas seulement pour distraire la population et moins encore pour en tirer profit, ca rien de ce qu’il faisait n’était à proprement parler profane. Ses danses étaient rituelles, ses chants souvent inspirés, et ses séances toujours riches d’enseignements.” (p. 200)
Sur le fou royal, version africaine: “A l’occasion de certaines fêtes, Danfo Siné amenait à la maison des danseurs masqués appartenant à la grande école initiatique Korojouba, dont il était lui-même un grand maître. Mais il existait une autre sorte de danseurs que je préférais à tous: ceux que l’on appelait les Hammoulé. Affranchis par la tradition, comme les Korojouba, de toutes nos conventions de bienséance, ils bousculait les usages, disaient tout de travers et faisaient tout à l’envers, se livrant à mille facéties qui mettaient l’assistance en joe. Autant je redoutais un peu Danfo Siné, autant les Korojouba et les Hammoulé m’amusaient. A les regarder, j’en oubliais parfois mes leçons d’école coranique…” (p. 202)

La fin du vieux maître
L’expression de la douleur d’une mère qui apprend la mort de sa fille: “Sortant de la case en courant je vis Gabdo Gouro, la mère de Fanta, se rouler par terre en gémissant. Elle emprovisa sur-le-champ, à la manière traditionnelle des femmes peules, un poème chanté où elle exprimait sa douleur, lançant régulièrement le long cri “Mi héli yooyoo! Mi héli!” (Je suis brisée, ô héli Yooyo!) que poussent les Peuls lorsqu’ils sont dans la détresse, en souvenir du pays originel de Héli et Yooyo, le paradis perdu où, à l’aube des temps, ils vivaient heureux et préservés de tous les maux de l’existence avant d’être dispersés aux quatre coins de l’Afrique.” (p. 205)
Sur l’attitude aux enterrements: “Ne dit-on pas en effet que les pleurs, les larmes et les cris empêchent le défunt de dormir en paix et l’entravent dans son ascension, lui rappelant ses attachements et les émotions dont il doit parvenir à se libérer? C’est pourquoi il est conseillé, en milieu musulman, de prier pour un disparu non avec des larmes mais avec un cœur rempli de paix, d’amour et de confiance.” (p. 208)
Révision des moments de l’existence: “La première naissance dont j’avais été le témoin était celle de mon petit frère Mohammed el Ghaali, et le premier mariage celui de Koudi Ali. Le décès de mon maître Tierno Kounta fut ma première rencontre avec la mort.” (p. 214)
Son père est un soufi: “Et je restai là, debout, attendant que Naaba ait fini d’égrener son chapelet tidjani ou wird, c’est-à-dire la longue série de formules et de répétitions du nom de Dieu que doivent réciter chaque soir les membres de la confrérie Tidjaniya. Tant qu’il n’avait pas terminé la principale des oraisons de cet exercice, il ne devait ni parler, ni bouger, ni même tourner la tête. L’attente dura presque une heure.” (p. 216-217)

A l’ombre des grands arbres
Enfin la liberté
Retour à Bandiagara
Sur les femmes: “Il était alors impensable, en Afrique, d’abandonner une femme seule telle une feuille volante, à plus forte raison si elle avait des enfants, ce qui l’aurait condamnée à la misère où à vivre aux crochets de sa propre famille, généralement de l’un de ses frères. La solution classique consistait à l’intégrer, par voie de mariage, dans un nouveau foyer où elle retrouvait les droits légitimes d’une épouse, et ses enfants un père. Le mariage jouait alors, pour les femmes veuves ou divorcées de leurs enfants, un rôle de protection sociale. Après réunion du conseil de famille, si personne d’autre n’avait demandé la femme en mariage, on chargeait généralement un cousin ou un parent qui n’avait pas encore atteint les quatre épouses autorisées par la loi islamique de l’épouser. (Dans les sociétés africaines traditionnelles, les veuves épousaient généralement l’un des frères du mari défunt.)” (p. 229)

La journée d’un enfant
Dans l’école coranique de Tierno Bokar. Celui-ci lui est comme un père.
Amkoullel retrouve un compagnon de l’enfance: Daouda Maïga, qui lui sera ami pour la vie.
Moodi = maître.
Le délai traditionnel pour apprendre le Coran était de sept ans, sept mois et sept jours.
Chaque leçon non apprise est punie par Tierno de quelques légers coups de liane ou d’un pincement d’oreille.
“C’est l’islam qui exigeait de vêtir les enfants, non la tradition africaine qui n’exigeait l’habillement qu’après la circoncision.” (p. 231)
Toujours sur l’école coranique: “A la nuit tombée, les «grands élèves» étudiaient leurs leçons à sa lumière, car il y avait des cours du soir pour ceux qui voulaient devenir hafiz à la fin de leurs études, c’est-à-dire retenir le Coran tout entier de mémoire – ce que les familles célébraient par une fête. Des jeunes gens parvenaient ainsi à écrire et à réciter le texte entier du livre saint sans une seule faute, alors qu’ils n’en comprenaient pas le sens; seuls ceux qui, plus tard, apprendraient l’arabe pourraient accéder à sa signification.” (p. 233)
Sur le crépuscule et le symbolisme du soleil: “Le crépuscule, surtout le moment précis où le soleil lance ses dernières flèches de lumière avant de s’engloutir dans l’inconnu, était depuis toujours considéré comme un moment ambigu et dangereux où des forces obscures sont tout coup libérées. Dans l’antique tradition peule, le soleil est considéré comme symbolisant l’œil de Guéno, l’Eternel, le Dieu suprême. Quand cet œil s’ouvre, la lumière se répand sur le monde et permet aux hommes de vaquer à leurs affaires; les mauvais génies, sorciers, vampires et jeteurs de sort se retirent alors dans leurs retraites respectives, tandis que lutins et farfadets se terrent dans des abris secrets. Mais quand cet œil béni se ferme et que l’obscurité envahit la terre, le poussin, apeuré, se réfugie sous les plumes de sa mère, le veau et l’agnelet se blottissent contre le flanc de leur maman, les femmes prennent leur bébé dans leur dos ou dans leur giron afin de protéger son «double» contre les vampires suceurs de sang; les insectes font tinter leurs enclumes et les animaux nocturnes de la haute brousse commencent à pousser mille cris qui animent la nuit.” (p. 235)

Les excréments des Blancs et le village d’ordures
“Tout ce qui touchait de près ou de loin aux Blancs et à leurs affaires, y compris leurs balayures ou leurs ordures, était tabou pour les nègres. On ne devait ni les toucher ni même les regarder! Or, un jour, j’entendis le cordonnier Ali Gomni, un ami de mon oncle maternel Hammadoun Pâté, déclarer que les excréments des Blancs, contrairement à ceux des Africains, étaient aussi noirs que leur peau était blanche.” (p. 236-237)
L’expédition dans le quartier des Blancs – Sinci (c’est-à-dire “interdit”). Avec les ordures ménagères ils font une sorte de musée.

Fondation de ma première association
Daouda et Amkoullel fondent une waaldé (une association). Amkoullel est choisi le chef. La coutume demandait que l’association soit protégée par une association aînée, qui jouait auprès d’elle un rôle de conseil. Il fallait aussi choisir un doyen, un “père” (mawdo), sorte de président d’honneur adulte, qui jouait traditionnellement un rôle de conseiller, de représentant officiel. Ils ont choisi Ali Gomni, de la caste des cordonniers.
“Chaque association était en effet organisée selon une hiérarchie qui reproduisait la société du village ou de la communauté. Outre le mawdo, doyent et président d’honneur extérieur à l’association, il devait y avoir un chef (amîrou), un ou plusieurs vice-chefs (diokko), un juge ou cadi (alkaali), un ou plusieurs commissaires à la discipline ou accusateurs publics (moutassibi), enfin un ou plusieurs griots pour jouer le rôle d’émissaires ou de porte-parole.” (p. 244)
“Certains lecteurs occidentaux s’étonneront peut-être que des gamins d’une moyenne d’âge de dix à douze ans puissent tenir des réunions de façon aussi réglementaire et en tenant un tel langage. C’est que tout ce que nous faisions tendait à imiter le comportement des adultes, et depuis notre âge le plus tendre le milieu dans lequel nous baignions était celui du verbe. Il ne se tenait pas de réunion, de palabre ni d’assemblée de justice (sauf les assemblées de guerre ou les réunions de sociétés secrètes) sans que nous y assistions, à condition de rester tranquilles et silencieux. Le langage d’alors était fleuri, exubérant, chargé d’images évocatrices, et les enfants, qui n’avaient ni leurs oreilles ni leur langue dans leur poche, n’avaient aucune peine à le reproduire: à la limite, j’ai plutôt simplifié leurs tirades, pour ne pas trop déconcerter le lecteur. Les règles étaient, elles aussi, empruntées au monde des adultes. La vie des enfants dans les associations d’âge constituait, en fait, un véritable apprentissage de la vie collective et des responsabilités, sous le regard discret mais vigilant des aînés qui en assuraient le parrainage.” (p. 247)

La poignée de riz
Sur l’attitude à prendre pendant le repas: “Durant les repas, les enfants étaient soumis à une discipline rigoureuse. Ceux qui y manquaient étaient punis, selon la gravité de leur faute, d’un regard sévère, d’un coup d’éventail sur la tête ou d’une gifle, ou même d’un renvoi pur et simple avec privation de nourriture jusqu’au repas suivant. Nous devions observer sept règles impératives:
- ne pas parler;
- tenir les yeux baissés durant le repas;
- manger devant soi (ne pas grapiller à droite et à gauche dans le grand plat commun);
- ne pas prendre une nouvelle poignée de nourriture avant d’avoir terminé la précédente;
- tenir le rebord du plat de la main gauche;
- éviter toute précipitation en puisant la nourriture avec la main droite;
- enfin, ne pas se servir soi-même parmi les morceaux de viande déposés au centre du grand plat. Les enfants devaient se contenter de prendre des poingées de céréales (mil, riz ou autre) bien arrosées de sauce; ce n’est qu’à la fin du repas qu’ils recevaient une pleine main de morceaux de viande considérée comme un cadeau, ou une récompense.
Toute cette discipline ne visait nullement à torturer inutilement l’enfant, mais lui enseignait un art de vivre. Tenir les yeux baissés en présence des adultes, surtout des père – c’est-à-dire les oncles et les amis du père -, c’était apprendre à se dominer et à résister à la curiosité. Manger devant soi, c’était se contenter de ce que l’on a. Ne pas parler, c’était maîtriser sa langue et s’exercer au silence: il faut savoir où et quand parler. Ne pas prendre une nouvelle poignée de nourriture avant d’avoir terminé la précédente, c’était faire preuve de modération. Tenir le rebord du plat de la main gauche était un geste de politesse, il enseignait l’humilité. Eviter de se précipiter sur la nourriture, c’était apprendre la patience. Enfin, attendre de recevoir la viande à la fin du repas et ne pas se servir soi-même conduisaient à maîtriser son appétit et sa gourmandise.
En fait, même pour les adultes, le repas correspondait jadis – et encore aujourd’hui dans certaines familles traditionnelles – à tout un rituel. En islam comme en tradition africaine, la nourriture était sacrée et le grand plat commun, symbole de communion, était censé receler en son centre un foyer de bénédiction divine.” (p. 249-250)

A l’école des maîtres de la Parole
Les maîtres de la culture orale pouvaient non seulement dire des histoires, des épopées et des contes, mais aborder n’importe quel domaine de la connaissance. Ils n’étaient pas des spécialistes au sens moderne du mot, mais des généralistes. La connaissance n’était pas compartimentée.
“Le même vieillard (au sens africain du terme, c’est-à-dire celui qui connaît, même si tous ses cheveuc ne sont pas blancs) pouvait avoir des connaissances approfondies aussi bien en religion ou en histoire qu’en sciences naturelles ou en sciences humaines de toutes sortes. C’était une connaissance plus ou moins globale selon la qualité de chacun, une sorte de vaste “science de la vie”, la vie étant ici conçue comme une unité où tout est relié, interdépendant et interagissant, où matériel et spirituel ne sont jamais dissociés. L’enseignement, lui non plus, n’était jamais systématique, mais livré au gré des circonstances, selon les moments favorables ou l’attention de l’auditoire.” (p. 253-254)
Tierno Bokar disait: “L’écriture est une chose et le savoir en est une autre. L’écriture est la photographie du savoir, mais elle n’est pas le savoir lui-même. Le savoir est une lumière qui est en l’homme. Il est l’héritage de tout ce que les ancêtres ont pu connaître et qu’ils nous ont transmis en germe, tout comme le baobab est contenu en puissance dans sa graine.” (p. 254)

Le jardin de Sinali
Les enfants faisaient souvent des actes turbulents, parmi lesquels le saccage du jardin de Sinali (ancien militaire noire dans l’armée française) a risqué de tourner mal. Le pillage de son jardin, en guise de vengeance.

Valentins et Valentines
La waaldé des garçons doit jumeller une waaldé de filles. “Pour être complets, il ne nous manquait plus que d’être jumelés, comme le voulait la coutume, avec une association de jeunes filles de même catégorie d’âge que nous et dont nous deviendrions, en quelque sorte, les chevaliers servants et les protecteurs attitrés, elles-mêmes devenant nos “dames de cœur” platonique. Pour employer un terme utilisé par certains ethnologues français, elles seraient nos “Valentines” et nous leurs “Valentins”. (Cette coutume, qui remonte à un passé lointain, existait, à ma connaissance, dans toute l’Afrique subsaharienne.)” (p. 266-267)
“En effet, si la tradition permettait au Valentin de badiner galamment avec sa Valentine – aujourd’hui, on dirait flirter – c’était à la condition expresse de respecter sa chasteté. Il pouvait chanter la beauté de sa Valentine dans des poèmes, vanter ses vertus et ses mérites, lui dédier ses exploits, lui consacrer une soirée poétique et musicale en compagnie d’un griot, mais la communauté le tenait pour personnellement garant de la pureté de la jeune fille, et cela jusqu’à son mariage. C’était pour lui-même, et pour toute sa famille, une question d’honneur.” (p. 273)
Encore sur cette institution: “Les mariages étant conclus dès l’enfance entre cousins et cousines, il était assez rare qu’un Valentin puisse épouser sa Valentine (cela s’appelait “mettre du miel dans le lait”). Son honneur et sa gloire étaient alors de conduire sa “Dame” vierge jusqu’au jour de son mariage. On disait de lui: “Il peut mourir de faim à côté d’un mets délicieux sans y toucher.” Maître de ses instincts, il était consacré digne de confiance et devenait de droit le meilleur ami des deux époux.” (p. 273-274)

Kadidja et Tidjani: le drame
Le calme d’avant la tempête: “Partagé entre mes deux familles où j’étais également comblé, entre mon frère aîné Hammadoun, que j’admirais, et mon gracieux petit frère Mohammed el Ghaali dont j’étais le protecteur, entre mes deux maîtres Tierno Bokar et Koullel dont chacun m’apportait, dans son domaine respectif, tout ce qui pouvait le mieux enrichir l’esprit d’un enfant, entre mes camarades garçons et nos charmantes Valentines, j’étais vraiment l’un des enfants les plus heureux de Bandiagara, la ville dont les enfants étaient les petits rois.” (p. 274)
La gente féminine de Tidjani manigance pour le sépare de sa troisième femme, Kadidja. Par faiblesse, Tidjani se laisse faire. Kadidja se soumet, mais elle est profondément blessée.
Son frère attrape une rougéole et en mort.
De retour chez soi, Tidjani reproche à ses femmes de s’être arrogé un droit que même Dieu n’a pas: celui de prononcer le divorce entre un homme et son épouse. Il rejoint Kadidja à Bamako, où ils reprenent leur vie commune.
“Et voilà comment mon père adoptif Tidjani (Amadou Ali) Thiam sortit ses pieds des étriers d’argent de la chefferie de Louta pour les poser sans complexe sur la pédale d’une machine à coudre, face à un étalage de pacotilles où bonbons, allumettes, sucres et biscuits voisinaient avec du “bleu Guillemet”. Il vendait un peu de tout, à la seule exception de la liqueur et du vin, interdits par le Coran, et du tabac, auquel un bon adepte de la Tidjaniya ne saurait toucher ni de près ni de loin!” (p. 279)

Circoncision de mon frère Hammadoun
“Après le baptême (cérémonie d’imposition du nom), la circoncision est la deuxième cérémonie publique de la vie d’un homme, la troisième étant le mariage. Comme le baptême, elle occasionne de nombreuses dépenses. La famille, aidée par les parents et les amis, s’y prépare longtemps à l’avance. Après la récolte, quand les greniers sont pleins et que les vents frais commencent à souffler, les vieux du village ou du quartier se concertent en vue d’organiser la cérémonie.
Généralement, les enfants à circoncire sont âgés de sept à quatorze ans. Pour les Bambaras, l’âge idéal est de vingt et un ans, c’est-à-dire à la fin du premier cycle de trois fois sept ans. Mais en fait elle a souvent lieu beaucoup plus tôt, en particulier quand l’enfant se sent prêt et en fait lui-même la demande, ne voulant plus être traité moqueusement par les autres de bilakoro (incirconcis), terme qui constitue la plus grave des injures quand on l’adresse à un adulte, lui signifiant par là qu’il n’est pas un homme.
Chez les Peuls de brousse, on aime que le futur circoncis ait déjà fait la preuve de son courage, par exemple en allant délivrer un veau enlevé par une hyène ou une panthère, voire un lion.
En islam, la circoncision du petit garçon a lieu le septième jour après sa naissance, en même temps que la cérémonie du baptême. Les Peuls convertis à l’islam ont reporté l’opération à sept ans, parfois même plus tard.” (p. 280-281)
Quelqu’un propose qu’Amadou soit circoncis avec son frère. La réplique de Boudjedi Bâ, le doyen d’âge des Bâ: “Cela entraînerait une violation de la coutume […]. Les garçons circoncis en même temps deviennent en effet, pour toute leur vie, des «camarades» sans considération d’âge, de hiérarchie ni de statut social, et ils jouissent les uns vis-à-vis des autres d’une liberté de comportement totale. Cela irait à l’encontre du devoir d’obéissance et de serviabilité dû â l’aîné de la part d’un petit frère, surtout de même père et de même mère.” (p. 282)
“Notre tradition interdit en effet aux nobles de dire du bien d’eux-mêmes ou de leurs ancêtres; ils sont toujours tenus à une extrême réserve de langage et de gestes, sauf pour les fêtes de circoncision et les veilles de départ à la guerre. En toute autre circonstance ils doivent se taire: les griots parlent pour eux.” (p. 284)
Symbolisme de la circoncision: “Après l’opération, tous les prépuces furent enterrés. Pour la tradition africaine ancienne, le prépuce est considéré comme un symbole de féminité dans la mesure où il recouvre le pénis et l’enveloppe dans une sorte d’obscurité, car tout ce qui est fémini, maternel et germinatif s’accomplit et se développe dans le secret et l’obscurité des lieux clos, que ce soit dans le sein de la femme ou dans le sein de la Terre-Mère. Une fois le garçon dépouillé de sa marque de féminité originelle, qu’il retrouvera plus tard chez sa compagne, il est censé devenir le support d’une force exclusivement masculine.” (p. 288)
Après la circoncision: “Au cours de la première semaine, on gave les circoncis de nourriture comme des moutons de case, mais ils ne doivent se désaltérer qu’aux principaux repas. Ils dorment sur le dos, les jambes écartées. Au premier chant du coq, leur bawo les réveille. On allume un grand feu autour duquel ils viennent tourner en cercle, reprenant en chœur les chants spéciaux qu’on leur enseigne et dont ils marquent le rythme avec leurs castagnettes. L’ensemble forme un chœur très harmonieux chez les Peuls, et plus encore chez les Dogons. Durant toute la première semaine, le membre opéré reste enveloppé dans un emplâtre médicinal, qui forme une croûte assez épaisse.” (p. 288)
“En perdant son prépuce, le garçon a perdu le droit de marcher nu. Son membre viril, désormais consacré en tant qu’agent de la reproduction humaine, donc réceptacle d’une force sacrée, ne doit plus être exposé à la vue de tous.” (p. 292)
“Un lien de camaraderie puissant, de fraternité même, double d’un devoir d’assistance mutuelle, se crée entre les circoncis d’une même promotion, et cela pour toute la vie. Ils ont les uns sur les autres des droits analogues à ceux que donne la relation dite de “parenté à plaisanterie” ou sanankounya (dendirakou en peul). Comme l’avait fait remarquer le vieux Boudjedi Bâ, ils peuvent, sans considération d’âge ni de classe sociale, se plaisanter et se “mettre en boîte”, même assez vertement, en public, sans que cela puisse tirer à conséquence; ils peuvent aussi se baigner nus ensemble en un même lieu, utiliser les montures des uns et des autres sans avertissement préalable, s’asseoir sur leurs couchettes respectives (attitude très inconvenante pour toute autre personne), enfin se montrer galants en paroles avec les épouses de leurs condisciples (comme dans la relation de sanankounya entre beau-frères et belles-sœurs), sans que leur attitude puisse être suspectée par le mari à moins d’une preuve patente de déshonneur conjugal, ce qui vaudrait d’ailleurs au coupable d’être mis au ban de tous ses camarades, voire de ses concitoyens, dans le cas où le mari ne lui aurait pas déjà passé sa lance à travers le corps.” (p. 292-293)

Le grand combat
Les garçons d’une autre waldée les obligent à se battre. Cette situation malheureuse est elle aussi codée par la tradition.
Kadidja sur la conduite d’un chef de waaldé: “Un bon chef de waaldé doit toujours se montrer patient et conciliant. Il ne doit pas encourager la bagarre, mais si celle-ci devient inévitable, il ne doit pas non plus reculer. Et dans la mêlée, si mêlée il y a, il ne doit jamais fuir, quels que soient le nombre et la violence des coups qu’il reçoit. La seule blessure incurable pour un chef, ajoutait-elle, c’est de fuir devant l’ennemi.” (p. 299-300)
Formule dite à la fin d’un serment: “Une bouche sans parole [qui ne tient pas sa parole – n.n.] est une reine sans couronne.” (p. 305)

A l’école des blancs
Réquisitionné d’office
Chaque fois que la vie d’Amkoullel s’engage sur une voie bien droite, le destin lui donne une chiquenaude pour la faire basculer dans une direction inattendue.
L’école des Blancs était considérée par les musulmans comme “la voie la plus directe pour aller en enfer!” (p. 308)
Les deux frères, Amkoullel et Hammadoun sont appelés pour suivre l’école des blancs: “A côté de mon grand frère Hammadoun j’étais, intellectuellement parlant, comme un baudet par rapport à un coursier bien entraîné. A tous points de vue, mon frère Hammadoun était un chef-d’œuvre de la nature. C’était le plus beau garçon de tout Bandiagara, et sans avoir une stature de lutteur, il était doué d’une telle force physique que jamais un camarade n’avait pu le terrasser, au point qu’on l’avait surnommé “le raide”. Quant à sa mémoire, elle était si prodigieuse qu’à l’âge de onze ans il avait déjà achevé de retenir par cœur la totalité du Coran. Quand Koniba était venu nous recruter, mon frère en était à son second “tour” du livre saint, alors que moi je pataugeais encore dans la première moitié.” (p. 315)

Le commandant et la pièce de cent sous
Hampâté est recruté pour l’école, et reçoit une pièce d’argent pour s’endimancher.

La première classe
Amadou est assis dans la salle devant Madani, le fils du prince. Il essaie de lui céder sa place, mais le maître dit: “Ici, il n’y a ni princes ni sujets. Il faut laisser tout cela chez vous, derrière la rivière.” (p. 331) Réflexions d’Amadou: “Ces paroles me marquèrent profondément. Comment cela était-il possible? Dans nos associations, nous étions tous camarades égaux, mais nos fonctions respectives reflétaient tout de même plus ou moins les classes auxquelles nous appartenions, et nul n’en avait honte. Ici, d’après le maître, il n’y avait plus rien. J’essayai d’imaginer un monde où il n’y aurait plus ni rois ni sujets, donc plus de commandement, plus de castes d’artisans et de griots, enfin plus aucune différence d’aucune sorte. Je n’y arrivai pas.” (p. 331-332)
“[…] pour un adulte il était malséant, sinon ridicule, de courir.” (p. 334)
Sa mère veut le retirer de l’école, mais Tierno Bokar s’y oppose. Il invoque deux ahadith: “La connaissance d’une chose, quelle qu’elle soit, est préférable à son ignorance.” Et aussi: “Cherchez la connaissance du berceau au tombeau, fût-ce jusqu’en Chine!” Sa mère se soumet. “C’est ainsi que, par le triple effet de la rancune de Koniba Kondala, de la sagesse de mon maître et sans doute de la volonté divine, s’infléchit ce jour-là la ligne de ma destinée. Elle m’écarta du chemin tout tracé qui devait me mener à la carrière de marabout-enseignant (doublée sans doute d’une activité de tailleur-brodeur comme mon père Tidjani et Tierno Bokar lui-même) pour me pousser sur une nouvelle voie dont personne, à l’époque, ne savait où elle me mènerait.” (p. 336)
Sur la capacite des africains de parler des langues: “Bien des adultes, réputés “illettrés” selon la conception occidentale, parlaient quatre ou cinq langues, en tout cas rarement moins de deux ou trois; Tierno Bokar lui-même en parlait sept. S’y ajoutaient parfois l’arabe et, maintenant, le français – ce dernier souvent parlé, il est vrai, à la façon piquante des tirailleurs, que l’on appelait le forofifon naspa.” (p. 340)

Première rencontre avec Wangrin
Wangrin: “un homme qui, par ses seuls dons de ruse et d’intelligence, parvint – fait rarissime à l’époque pour un indigène – au sommet de la réussite sociale et financière puisqu’il finit par accumuler une fortune comparable au capital des plus grosses sociétés françaises de l’époque, roulant et trompant sans vergogne les riches et les puissants d’alors, aussi bien africains que français (y compris les redoutables administrateurs coloniaux dits “dieus de la brousse” et la toute-puissante “chambre de commerce” elle-même), se sortant par une pirouette des pires imbroglios créés par lui-même à plaisir, poussant parfois le panache jusqu’à prévenir certaines de ses futures victimes du “tour carabiné” qu’il allait leur jouer, et, finalement, redistribuant aux pauvres, aux infirmes et aux déshérités de toutes sortes une grande partie de ce qu’il avait gagné en dupant les riches.” (p. 344)
“Il me considéra aussitôt comme son propre neveu, ainsi que le voulait la tradition africaine où l’ami du père est un père, l’ami de l’oncle un oncle, etc.” (p. 347)

La mort de mon grand frère
Son frère est mort à cause des négligeances d’un griot.

L’école de Djenné: premier certificat d’études
Adage: “A trop vouloir jeter au loin une grenouille qui vous dégoûte, elle finit par tomber dans une bonne mare.”
La mosquée de Djenné, la plus belle de l’Afrique noire.
Les écoliers de Bandiagara sont logés dans la maison du chef peul Amadou Kisso Cissé.
Portrait de Blanc-Noir: “Quant à notre directeur, M. Baba Keïta, c’était le modèle même du grand “Blanc-Noir”. Constamment habillé à l’européenne, il avait épousé une métisse “père blanc-mère noire” à la peau claire et aux longs cheveux lisses. Ils sortaient très peu, vivaient enfermés chez eux à la manière des toubabs et se nourrissaient de mets européens qu’ils dégustaient assis devant une table, à l’aide de couverts de métal. M. Baba Keïta poussait le raffinement – pour nous du plus haut comique! – jusqu’à se moucher dans un morceau de toile dans lequel il enfermait soigneusement ses excrétions avant de les enfouir, sans doute pour ne pas les perdre, au plus profond de sa poche. Il tenait constamment en main un trousseau de clés qu’il faisait tinter de temps en temps pour se distraire. Peu bavard et de nature nonchalante, il avait la voix nasillarde, ce qui nuisait à l’agrément de sa conversation qui était toujours très instructive. Les écoliers de Bandiagara lui donnèrent vite le sobriquet de “Monsieur Nez Bouché”.” (p. 363)
A Djenné vivaient douze ethnies: bozo, bobo, nono, songhaï, peule, dîmadjo (caste des captifs peuls), bambara, malinké, maure, arabe, mianka et samo. “La ville était administrée par un triumvirat bozo-songhaï-peul, secondé par deux collèges: un collège d’anciens et un collège de marabouts. La police était assurée par la classe des captifs, celle des artisans étant plus spécialisée dans la surveillance des mœurs. Les métiers traditionnels artisanaux (forgeron, tisserands, cordonniers, etc.) étaient organisés en corporations appelées tennde (ateliers) et dirigées par un comité que présidait un doyen d’âge.” (p. 368)
L’islam vit en même temps que des éléments préislamiques: “La ville était parsemée de petits cimetières où étaient inhumés des saints dont on invoquait l’intercession, mais elle comptait aussi, tand dans ses murs qu’à l’extérieur, d’anciens lieux sacrés païens où certains continuaient d’aller sacrifier, tels le mur de la vierge Tapama ou le bois sacré de Toula-Heela, résidence du grand génie Tummelew, maître de la terre et protecteur des lieux.” (p. 368)

La grande famine de 1914: une vision d’horreur
Sur la relation profonde qui unit Dogons et Bozos, et qui permit aux premiers de traverser la grande famine aux dépens des derniers: “Leurs deux ethnies étaient liées, en effet, par les liens sacrés d’alliance de la sanankounya (dont j’ai parlé précédemment), que des ethnologues appellent “parenté à plaisanterie” parce qu’elle permet de se plaisanter et de se mettre en boîte, voire de s’injurier, sans que cela puisse jamais tirer à conséquence. En fait, il s’agit de tout autre chose que d’une plaisanterie; cette relation représente un lien très sérieux et profond qui, jadis, entraînait un devoir absolu d’assistance et d’entraide, puisant son origine dans une alliance extrêmement ancienne, nouée entre les membres ou les ancêtres de deux villages, deux ethnies, deux clans (par exemple entre les Sérères et les Peuls, les Dogons et les Bozos, les Toucouleurs et les Diawambés, les Peuls et les forgerons, les clans peuls Bâ et Diallo, etc.). Evoluant avec le temps, il n’est souvent resté de cette alliance que la tradition de mise en boîte réciproque, sauf entre les Dogons et les Bozos dont la sanankounya est sans conteste l’une des plus solides de l’Afrique de la savane, avec, peut-être, celle qui unit les Peuls et les forgerons.” (p. 378)

La déclaration de guerre
Ce que les noirs disent de la cérémonie des torches de chaque 14 Juillet: “Chaque année, il faut que les Blancs sacrifient au feu. Sûrement, c’est au feu qu’ils doivent le secret des armes meurtrières qui leur ont permis de conquérir le pays et de faire de nous leurs captifs et leur propriété.” (p. 382)
L’ancienne griote Flateni nomme les toubabs (les blancs): “peaux allumées” et “gobeurs d’œufs”.
Mamadou Daouda, ancien spahi retraité, dit sur les Blancs: “Ils sont tellement savant qu’ils ont réussi à asservir la matière: ils la font travailler à leur place. Regardez le fer: ils en ont fait leur captif sans âme, mais doué d’une telle force qu’il est capable de travailler plus vite et plus fort que l’homme.” (p. 388)
Le discours de Diawando Guéla M’Bouré sur les Blancs: ‘[…] nous constituons, pour les «peaux allumées», un bien matériel très important. Aux uns ils ont enseigné leur langue, aux autres leur façon de cultiver, à d’autres encore le métier de la guerre, et ainsi de suite. Pourquoi tout cela? Ce ne sont pas des apôtres venus s’acquitter d’une mission charitable sans attendre de récompense immédiate; ils ne travaillent que pour la vie d’ici-bas, ils n’attendent rien de l’autre monde. Il y en a même parmi eux qui ne croient ni en Dieu ni en la vie future. On dit que leur chefferie a couppé les ponts avec Dieu; leurs marabouts n’ont aucune place dans leurs conseils, et ils ont fait une séparation nette entre leur mosquée (l’Eglise) et leur case à palabres (l’Etat, le Parlement).
Pourquoi les toubabs sont-ils venus nous envahir, pourquoi nous ont-ils capturés et domestiqués? Uniquement pour se servir de nous en cas de besoin, tout comme le chasseur se sert de son chien, le cavalier de son cheval et le maître de son captif: pour les aider à travailler ou à combattre leurs ennemis. Cela n’a rien d’étonnant. Nous aussi, jadis, avons fait des captifs par la guerre, avant de le devenir nous-mêmes.” (p. 389-390)
Les Peuls ne sont pas contents du fait que la propagande française présente les allemands comme des sorciers qui veulent conduire le monde entier: “Les chefs blancs […] présentent leurs ennemis à nos enfants, donc indirectement à nous-mêmes, comme s’ils étaient des sorciers et des diables; mais il est impensable que toute une race soit uniquement constituée de mauvaises gens. Les hommes sont comme les herbes et les plantes des champs: les espèces vénéneuses poussent à côté des espèces guérisseuses, et les plantes comestibles à côté de celles qui ne le sont pas. Chez tous les hommes, à part les sages ou les saints, on trouve un trait commun: chacun est porté à dénigrer son ennemi ou son adversaire et à le présenter comme un vaurien. Pourtant, bien peu se rendent compte qu’en diminuant la valeur de leur rival, ils ne font que minimiser leur propre valeur.” (p. 396) – tout conflit est possible là où il y a une dimension commune.

Fugue
L’obtention du certificat d’études. Le départ pour voir sa mère.

Sur les pas des chiens de guerre
Sur l’hospitalité: “Jadis, dans l’Afrique de la savane – la seule dont je puisse parler véritablement parce que je la connais bien – n’importe quel voyageur arrivant dans un village inconnu n’avait qu’à se présenter au seuil de la première maison rencontrée et dire: “Je suis l’hôte que Dieu vous envoie” pour qu’on le reçoive avec joie”. On lui réservait la meilleure chambre, le meilleur lit et les meilleurs morceaux. Souvent même, le chef de famille ou le fils aîné lui abandonnait sa propre chambre pour aller dormir sur une natte dans le vestibule ou dans la cour. En échange, l’étranger de passage venait enrichir les veillées en racontant les chroniques historiques de son pays ou en relatant les événements rencontrés au cours de ses pérégrinations. L’Africain de la savane voyageant beaucoup, à pied ou à cheval, il en résultait un échange permanent de connaissances de région à région. Cette coutume des “maisons ouvertes” permettait de circuler à travers tout le pays même sans moyens, comme je l’expérimenterai moi-même plus tard bien souvent.” (p. 409)

Les trois couleurs de France
La pirogue métallique de terre
Les noirs appellent le train – “pirogue métallique de terre”.

Le gouffre de la grande hyène noire
Diatroufing – “la grande hyène mythique noire, aux pattes blanches et au front marqué d’une étoile, et dont la crinière, à la nuit tombée, étincelait de mille flammèches noires.” (p. 421)
Tidjani disait: “On ne peut ni mourir avant l’heure, ni ne pas mourir quand l’heure sonne. Alors pourquoi avoir peur?…” (p. 422)
La tradition africaine évitait les grandes effusions sentimentales.

Kati, la ville militaire
Sur son père en tant que musulman: “Peu à peu, mon père, sans prosélytisme aucun et par la seule vertu de ses qualités et de son exemple, fut amené à convertir de nombreux Bambaras à l’islam.” (p. 431)
Toujours sur le père: “Il avait une spécialité très étrange – innée ou transmise, je ne sais – qui consistait à soigner les fois. Quand on lui amenait un dément, il le gardait à la maison jusqu’à ce que le malheureux pique une crise, se mette à crier et tombe sur le sol. Alors Tidjani ôtait sa sandale, récitait certains versets coraniques sur elle, puis s’en servait pour donner un grand coup sur l’oreille du malheureux. Par un phénomène curieux, celui-ci tombait immédiatement dans un profond sommeil qui pouvait durer toute une demi-journée. Parfois, une bave abondante coulait de sa bouche et la morve lui sortait du nez. Quand il se réveillait, mon père lui faisait prendre un bain, et tout était dit. Il rentrait chez lui guéri.” (p. 431)
Un ami marabout avertit que la manière de Tidjani de déloger les esprits avec violence peut se venger. La prédiction se confirma en grande partie: l’une des filles de Tidjani et de Kadidja, née à Kati, attrapa la folie et Tidjani ne put la guérir.
Très important détail sur les marabouts: “Bien entendu, jamais mon père ne faisait payer ses services ni son aide en matière religieuse. Cela aurait été contraire non seulement à sa nature, mais à l’injonction divine catégorique qui figure dans le Coran: “Ne vendez pas mon nom pour un vil prix.” (II, 41). Aujourd’hui, hélas, trop de “marabouts” ou soi-disant tels – il suffit parfois d’un simple vernis de connaissances islamiques pour se parer de ce titre – non seulement acceptent de l’argent pour “faire un travail” en faveur de quelqu’un – ou pis, pour nuire – mais bien souvent ils en fixent le prix eux-mêmes et en font un véritable métier. Un tel comportement, qui malheureusement est devenu courant dans la société africaine musulmane d’aujourd’hui, est formellement contraire à l’islam et n’a d’ailleurs jamais été observé ni chez un Alfa Ali, ni chez un Tierno Bokar, ni chez un Tierno Sidi, tous grands marabouts de Bandiagara, réputés pour leur savoir et leur élévation spirituelle.” (p. 432)

La nouvelle waaldé
Il y avait à Kati trois sanctuaires: l’église chrétienne avec son école et sa crèche; la mosquée, avec sa medersa (école) et sa zaouïa (lieu de réunion et de prière des membres d’une confrérie soufi), enfin le djetou, bois sacré des Bambaras, où se célébraient leurs cultes.
Un jour, Amakoullel accompagne un ami chrétien à l’église. Son père lui dit après: “Accompagne ton camarade si tu le désires. Ecoute tout ce que le prêtre dira, et accepte-le, sauf s’il te dit qu’il y a trois dieux et que Dieu a un fils. Dieu est unique et il n’a pas de fils. A part cela, prends et retiens dans ses paroles tout ce qu’il y a de bon, et laisse le reste.” (p. 439)

Une circoncision à la sauvette
Retour à l’école
“L’un des effets majeurs, quoique peu connu, de la guerre de 1914 a été de provoquer la première grande rupture dans la transmission orale des connaissances traditionnelles, non seulement au sein des sociétés initiatiques, mais aussi dans les confréries de métiers et les corporations artisanales, dont les ateliers étaient jadis de véritables centres d’enseignement traditionnel. L’hémorragie de jeunes gens envoyés au front – d’où beaucoup ne devaient pas revenir -, le recrutement intensif pour les travaux forcés liés à l’effort de guerre et les vagues d’exode vers la Gold Coast privèrent les vieux maîtres de la relève nécessaire et provoquèrent, de façon plus ou moins marquée selon les régions, la première grande éclipse dans la transmission orale de ce vaste patrimoine culturel, processus qui, au fil des décennies, irait en s’aggravant sous l’effet de nouveaux facteurs sociaux.” (p. 465)

Bamako, les dernières études
Le second certificat d’études
Les Noirs retournés de France, après avoir servi dans la première guerre mondiale, ont provoqué de retour la chute du mythe de l’homme blanc en tant qu’être invincible et sans défaut.

Vanité et poursuite du vent
L’histoire d’une famille de noirs devenus très riches, le père même nommé roi par la France, un des fils héros dans la première guerre mondiale, puis tout terrassé, tout détruit, le deuxième fils réduit à l’état de mendiant.


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Ananda K. Coomaraswamy, Who Is "Satan" and Where Is "Hell"?, (full text)

That in this day and age, when "for most people religion has become an archaic and impossible refuge," [1] men no longer take either God or Satan seriously, arises from the fact that they have come to think of both alike only objectively, only as persons external to themselves and for whose existence no adequate proof can be found. The same, of course, applies to the notions of their respective realms, heaven and hell, thought of as times and places neither now nor here.

We have, in fact, ourselves postponed the "kingdom of heaven on earth" by thinking of it as a material Utopia to be realized, we fondly hope, by means of one or more five-year plans, overlooking the fact that the concept of an endless progress is that of a pursuit "in which thou must sweat eternally," [2] -- a phrase suggestive less of heaven than of hell. What this really means is that we have chosen to substitute a present hell for a future heaven we shall never know.

The doctrine to be faced, however, is that "the kingdom of heaven is within you," here and now, and that, as Jacob Boehme, amongst others, so often said, "heaven and hell are everywhere, being universally extended... Thou art accordingly in heaven or hell... The soul hath heaven or hell within itself," [3] and cannot be said to "go to" either when the body dies. Here, perhaps, the solution of the problem of Satan may be sought.

It has been recognized that the notion of a Satanic "person," the chief of many "fallen angels," presents some difficulties: even in religion, that of a Manichean "dualism" emerges; at the same time, if it be maintained that anything whatever is not God, God's infinity is thereby circumscribed and limited. Is "he," Satan, then a person, or merely a "personification," i.e., a postulated personality? [4] Who is "he," and where? Is he a serpent or a dragon, or has he horns and a poisonous tail? Can he be redeemed and regenerated, as Origen and the Muslims have believed? All these problems hang together.

However the ultimate truth of "dualism" may be repudiated, a kind of dualism is logically unavoidable for all practical purposes, because any world in time and space, or that could be described in words or by mathematical symbols, must be one of contraries, both quantitative and qualitative, for example, long and short, good and evil; and even if it could be otherwise, a world without these opposites would be one from which all possibility of choice, and of procedure from potentiality to act, would be excluded, not a world that could be inhabited by human beings such as we. For anyone who holds that "God made the world," the question, Why did he permit the existence in it of any evil, or that of the Evil one in whom all evil is personified, is altogether meaningless; one might as well enquire why He did not make a world without dimensions or one without temporal succession.

Our whole metaphysical tradition, Christian and other, maintains that "there are two in us," [5] this man and the Man in this man; and that this is so is still a part and parcel of our spoken language in which, for example, the expression "self-control" implies that there is one that controls and another subject to control, for we know that "nothing acts upon itself," [6] though we forget it when we talk about "self-government." [7] Of these two "selves," outer and inner man, psycho-physical "personality" and very Person, the human composite of body, soul, and spirit is built up. Of these two, on the one hand body-and-soul (or -mind), and on the other, spirit, one is mutable and mortal, the other constant and immortal; one "becomes," the other "is," and the existence of the one that is not, but becomes, is precisely a "personification" or "postulation," since we cannot say of anything that never remains the same that "it is." And however necessary it may be to say "I" and "mine" for the practical purposes of everyday life, our Ego in fact is nothing but a name for what is really only a sequence of observed behaviors. [8]

Body, soul and spirit: con one or other of these be equated with the Devil? Not the body, certainly, for the body in itself is neither good nor evil, but only an instrument or means to good or evil. Nor the Spirit -- intellect, synteresis, conscience, Agathos Daimon -- for this is, by hypothesis, man's best and most divine part, in itself incapable of error, and our only means of participation in the life and the perfection that is God himself. There remains only the "soul"; that soul which all must "hate" who would be Christ's disciples and which, as St. Paul reminds us, the Word of God like a two-edged sword "severs from the spirit"; a soul which St. Paul must have "lost" in order to be able to say truly that "I live, yet not I, but Christ in me," announcing, like Mansur, his own theosis.

Of the two in us, one the "spark" of Intellect or Spirit, and the other, Feeling or Mentality, subject to persuasion, it is obvious that the latter is the "tempter," or more truly "temptress." There is in each of us, in this man and that woman alike, an anima and animus, relatively feminine and masculine; [9] and, as Adam rightly said, "the woman gave, and I did eat"; also, be it noted, the "serpent," by whom the woman herself was first beguiled, wears, in art, a woman's face. But to avoid all possibility of misunderstanding here, it must be emphasized that all this has nothing whatsoever to do with a supposed inferiority of women or superiority of men: in this functional and psychological sense any given woman may be "manly" (heroic) or any given man "effeminate" (cowardly). [10]

One knows, of course, that "soul," like "self," is an ambiguous term, and that, in some contexts, it may denote the Spirit or "Soul of the soul," or "Self of the self," both of which are expressions in common use. But we are speaking here of the mutable "soul" as distinguished from the "spirit," and should not overlook the extent to which this nefesh, the anima after which the human and other "animals" are so called, is constantly disparaged in the Bible, [11] as is the corresponding nafs in Islam. The soul is the self to be "denied" (the Greek original meaning "utterly reject," with an ontological rather than a merely ethical application), the soul that must be "lost" if "it" is to be saved; and which, as Meister Eckhart and the Sufis so often say, must "put itself to death," or, as the Hindus and Buddhists say, must be "conquered" or "tamed," for "that is not my Self." This soul, subject to persuasion, and distracted by its likes and dislikes, this "mind" that we mean when we speak of having been "minded to do this or that," is "that which thou callest 'I' or 'myself,'" and which Jacob Boehme thus distinguishes from the I that is, when he says, with reference to his own illuminations, that "not I, the I that I am, knows these things, but God in me." We cannot treat the doctrine of the Ego at length, but will only say that, as for Meister Eckhart and the Sufis, "Ego, the word I, is proper to none but God in his sameness," and that "I" can only rightly be attributed to Him and to the one who, being "joined unto the Lord, is one spirit."

That the soul herself, our "I" or "self" itself, should be the Devil -- whom we call the "enemy," "adversary," " tempter," "dragon," -- never by a personal name [12] -- may seem startling, but it is very far from being a novel proposition. As we go on, it will be found that an equation of the soul with Satan has often been enunciated, and that it provides us with an almost perfect solution of all the problems that the latter's "personality" poses. Both are "real" enough for all pragmatic purposes here, in the active life where "evil" must be contended with, and the dualism of the contraries cannot be evaded; but they are no more "principles," no more really real, than the darkness that is nothing but the privation of light.
No one will deny that the battleground on which the psychomachy must be fought out to a finish is within you, or that, where Christ fights, there also must his enemy, the Antichrist, be found. Neither will anyone, "superstition" apart, be likely to pretend that the Temptations of St. Anthony, as depicted in art, can be regarded otherwise than as "projections" of interior tensions. In the same way that Picasso's "Guernica" is the mirror of Eurpoe's disintegrated soul, "the hell of modern existence," the Devil's horns and sting are an image of the most evil beast in man himself. Often enough it has been said by the "Never-enough honoured Ancients," as well as by modern authors, that "man is his own worst enemy." On the other hand, the best gift for which a man might pray is to be "at peace with himself;" [13] and, indeed, for so long as he is not at peace with Himself, [14] he can hardly be at peace with anybody else, but will "project" his own disorders, making of "the enemy" -- for example, Germany, or Russia, or the Jews -- his "devil." "From whence come wars and fightings among you? Come they not hence, even from your lusts (pleasures, or desires, Skr. kamah) that contend in your members?" (James 4:1)

As Jung so penetratingly observes: "When the fate of Europe carried it into a four years war of stupendous horror -- a war that no one wanted -- hardly anyone asked who had caused the war and its continuation." [15] The answer would have been unwelcome: it was "I" -- your "I" and mine. For, in the words of another modern psychologist, E. E. Hadley, "the tragedy of this delusion of individuality is that it leads to isolation, fear, paranoid suspicion, and wholly unnecessary hatreds." [16]

All this has always been familiar to the theologians, in whose writings Satan is simply referred to as "the enemy." For example, William Law: "You are under the power of no other enemy, are held in no other captivity, and want no other deliverance but from the power of your own earthly self. This is the one murderer of the divine life within you. It is your own Cain that murders your own Abel," [17] and "self is the root, the tree, and the branches of all the evils of our fallen state... Satan, or which is the same thing, self-exaltation... This is that full-born natural self that must be pulled out of the heart and totally denied, or there can be no disciple of Christ." If, indeed, "the kingdom of heaven is within you," then also the "war in heaven" will be there, until Satan has been overcome, that is, until the Man in this man is "master of himself," selbes gewaltic, enkrates heautou.

For the Theologia Germanica (ch. 3, 22, 49), it was the Devil's "'I, Me, and Mine' that were the cause of his fall... For the self, the I, the me and the like, all belong to the Evil Spirit, and therefor it is that he is an Evil Spirit. Behold one or two words can utter all that has been said by these many words: 'Be simply and wholly bereft of self.’ For "there is nothing else in hell, but self-will; and if there were no self-will, there would be no devil and no hell." So, too, Jacob Boehme: "this vile self-hood possesses the world and worldly things; and dwells also in itself, which is dwelling in hell"; and Angelus Silesius:

Nichts anders stuerzet dich in Hoellenschlund hinein
Als dass verhasste Wort (merk's wohl!): das Mein und Dein. [18]

Hence the resolve, expressed in a Shaker hymn:

But now from my forehead I'll quickly erase
The stamp of the Devil's great "I." [19]

Citations of this kind could be indefinitely multiplied, all to the effect that of all evil beasts, "the most evil beast we carry on our bosom," [20] "our most godless and despicable part" and "multifarious beast," which our "Inner Man," like a lion tamer, must keep under his control or else will have to follow where it leads. [21]

Even more explicit sayings can be cited form Sufi sources, where the soul (nafs) is distinguished from the intellect or spirit (aql, ruh) as the Psyche is distinguished from the Pneuma by Philo and in the New Testament, and as anima from animus by William of Thierry. [22] For the encyclopedic Kashfu'l Mahjub, the soul is the "tempter," and the type of hell in this world. [23] Al-Ghazali, perhaps the greatest of the Muslim theologians, calls the soul "the greatest of your enemies"; and more than that could hardly be said of Satan himself. Abu Sa'id asks: "What is evil, and what is the worst evil?" and answers: "Evil is 'thou,' and the worst evil 'thou' if thou knowest it not"; he, therefore, called himself a "Nobody," refusing, like the Buddha, to identify himself with any nameable "personality." [24] Jalalu'd Din Rumi, in his Mathnawi, repeats that man's greatest enemy is himself: "This soul," he says, "is hell," and he bids us "slay the soul." "The soul and Shaitan are both one being, but take two forms; essentially one from the first, he became the enemy and envier of Adam"; and, in the same way, "the Angel (Spirit) and the Intellect, Adam's helpers, are of one origin but assume two forms." The Ego holds its head high: "decapitation means, to slay the soul and quench its fire in the Holy War" (jihad); and well for him who wins this battle, for "whoever is at war with himself for God's sake, ... his light opposing his darkness, the sun of his spirit shall never set." [25]

'Tis the fight which Christ,
With his internal Love and Light,
Maintains within man's nature, to dispel
God's Anger, Satan, Sin, and Death, and Hell;
The human Self, or Serpent, to devour,
And raise an Angel from it by His Pow'r.
John Byrom

"Spark of the soul... image of God, that there is ever in all wise at war will all that is not godly... and is called the Synteresis" [26] (Meister Eckhart, Pfeiffer ed., p. 113). "We know that the Law is of the Spirit... but I see another law in my members, warring against the Law of the Intellect, and bringing me into captivity... With the Intellect I myself serve the Law of God; but with the flesh the law of sin... Submit yourselves therefore to God: resist the devil." [27] And similarly in other Scriptures, notably the Bhagavad Gita (VI.5, 6): "Lift up the self by the Self, let not self sit back. For, verily, the Self is both the friend and the foe of the self; the friend of one whose self has been conquered by the Self, but to one whose self hath not (been overcome), the Self at war, forsooth, acts as an enemy"; and the Buddhist Dhammapada (103, 160, 380), where "the Self is the Lord of the self" and one should "by the Self incite the self, and by the Self gentle self" (as a horse is "broken in" by a skilled trainer), and "one who has conquered self is the best of all champions." (Cf. Philostratus, Vit. Ap., I.13: "Just as we break in skittish and unruly horses by stroking and patting them.")

At the same time, it must not be forgotten that the Psychomachy is also "a battle of love," and that Christ -- to whom ye should be married... that we should bring fruit unto God" (Rom. 7:3, 4) -- already loved the unregenerate soul "in all her baseness and foulness," [28] or that it is of her that Donne says, "Nor ever chaste, except Thou ravish me." It was for nothing but "to go and fetch his Lady, whom his Father had eternally given him to wife, and to restore her to her former high estate that the Son proceeded out of the Most High" (Meister Eckhart). [29] The Deity's lance or thunderbolt is, at the same time, his yard, with which he pierces his mortal Bride. The story of the thunder-smitten Semele reminds us that the Theotokos, in the last analysis Psyche, has ever been of Lunar, never herself of Solar stock; and all this is the sum and substance of every "solar myth," the theme of the Liebesgeschichte des Himmels and of the Drachenkaempfe.

"Heaven and earth: let them be wed again." [30] Their marriage, consummated in the heart, is the Hieros Gamos, Daivam Mithunam, [31] and those in whom it has been perfected are no longer anyone, but as He is "who never became anyone." [32] Plotinus' words: "Love is of the very nature of the Psyche, and hence the constant yoking of Eros with the Psyches in the pictures and the myths" [33] might as well have been said of half the world's fairy-tales, and especially of the Indian "pictures and myths" of Sri Krishna and the Milkmaids, of which the Indian commentators rightly deny the historicity, asserting that all these are things that come to pass in all men's experience. Such, indeed, are "the erotika (Skr. srngara) into which, it seems that you, O Socrates, should be initiated," as Diotima says, and which in fact he so deeply respected. [34]

But, this is not only a matter of Grace; the soul's salvation depends also on her submission, her willing surrender; it is prevented for so long as she resists. It is her pride (manas, abhimana; oiema, oiesis; self-opinion, overweening), the Satanic conviction of her own independence (asmimana, ahamkara, cogito ergo sum), her evil rather than herself, that must be killed; this pride she calls her "self-respect," and would "rather die" than be divested of it. But the death that she at last, despite herself, desires, is no destruction but a transformation. Marriage is an initiatory death and integration (nirvana, samskara, telos). [35] "Der Drache und die Jungfrau sind natuerlich identisch"; [36] the "Fier Baiser" transforms the dragon; the mermaid loses her ophidian tail; the girl is no more when the woman has been "made"; from the nymph the winged soul emerges. [37] And so "through Thee an Iblis may become again one of the Cherubim." [38]

And what follows when the lower and the higher forms of the soul have been united? This has nowhere been better described than in the Aitareya Aranyaka (II.3.7): "This Self gives itself to that self, and that self to this Self; they become one another; with the one form he (in whom this marriage has been consummated) is unified with yonder world, and with the other united to this world"; the Brhadaranyaka Upanisad (IV.3.23): "Embraced by the Prescient Self, he knows neither a within nor a without. Verily, that is his form in which his desire is obtained, in which the Self is his desire, and in which no more desiresor grieves." "Amor ipse no quiescit, nisi in amato, quod fit, cum obtinet ipsum possessione plenaria"; [39] "Jam perfectam animam ... gloriosam sibi sponsam Pater conglutinat." [40] Indeed:

Dafern der Teufel koennt aus seiner Seinheit gehn,
So saehest du ihn stracks in Gottes Throne stehn. [41]

So, then, the Agathos and Kakos Daimons, Fair and Foul selves, Christ and Antichrist, both inhabit us, and their opposition is within us. Heaven and Hell are the divided images of Love and Wrath in divinis, where the Light and the Darkness are undivided, and the Lamb and the Lion lie down together. In the beginning, as all traditions testify, heaven and earth were one and together; essence and nature are one in God, and it remains for every man to put them together again within himself.

All these are our answers. Satan is not a real and single Person, but a severally postulated personality, a "Legion." Each of these personalities is capable of redemption (apokatastasis), and can, if it will, become again what it was before it "fell" -- Lucifer, Phosphorus, Helel, Scintilla, the Morning Star, a Ray of the Supernal Sun; because the Spark, however it may seem to be smothered, is an Asbestos that cannot be extinguished, even in hell. But, in the sense that a redemption of all beings cannot be thought of as taking place at any one time, and inasmuch as there will be devilish souls in need of redemption throughout all time, Satan must be though of as being damned for ever, meaning by "damned," self-excluded from the vision of God and the knowledge of Truth.

The problem with which we started has largely been solved, but it still remains to accomplish the harder tasks of an actual "self-naughting" and consequent "Self-realization" to which the answers point, and for which theology is only a partial preparation. Satan and the Ego are not really entities, but concepts postulated and valid only for the present, provisional, and practical purposes; both are composite photographs, as it were of X1, X2, X3. It has often been said that the Devil's most ingenious device is to persuade us that his existence is a mere "superstition." In fact, however, nothing could be more dangerous than to deny his existence, which is as real, although no more so, as our own; we dare not deny Satan until we have denied ourselves, as everyone must who would follow Him who said and did nothing "of himself." "What is Love? the sea of non-existence"; [42] and "whoever enters there, saying 'It is I,' I [God], smite him in the face"; [43] "What is Love? thou shalt know when thou becomest Me." [44]

Footnotes

[1] Margaret Marshall in The Nation, February 2, 1946.

[2] Jacob Boehme, De incarnatione Verbi, II.5.18.

[3] Jacob Boehme, "Of Heaven and Hell," pp. 259, 260.

[4] "Person cannot be affirmed... of living things... bereft of intellect and reason... but we say there is a person of a man, of God, of an Angel" (Boethius, Contra Evtychen 11). On this basis, Satan, who remains an angel even in hell, can be called a Person, or, indeed, Persons, since his name is "Legion: for we are many"; but as a fallen being, "out of his right mind," in reality a Person only potentially. Much the same could be said of the soul, viz. that there is a Person of the soul, but hardly that the soul, as it is in itself, is a Person. Satan and the soul, both alike invisible, are only "known," or rather "inferred," from behvior, which is just what "personality" implies: "personality, that is the hypothetical unity that one postulates to account for the doings of people" (H. S. Sullivan, "Introduction to the Study of Interpersonal Relations," Psychiatry, I, 1938).

[5] Plato, Republic 439DE, 604B; Philo, Deterius 82; St. Thomas Aquinas, Sum. Theol. II-II.26.4; St. Paul, II Cor. 4:16; and in general, as the doctrine is briefly stated by Goethe: "Zwei Seelen wohnen ach, in meiner Brust, die eine will sich von der andern trennen" (Faust, I, 759). Similarly in the Vedanta, Buddhism, Islam, and in China.

[6] Nil agit in seipsum: axiomatic in Platonic, Christian, and Indian philosophy: "the same thing can never do or suffer opposites in the same respect or in relation to the same thing at the same time," Plato, Republic 436B; "strictly speaking, no one imposes a law upon his own actions," Sum. Theol. I.93.5; "because of the antinomy involved in the notion of acting upon oneself" (svatmani ca kriyavirodhat), Sankara on BG II.17.

[7] "Art thou free of self? then art thou 'Self-governed'" (selbes gewaltic = Skr. svarat), Meister Eckhart, Pfeiffer ed., p. 598.

[8] "How can that which is never in the same state 'be' anything?" (Plato, Cratylus, 439B; Theatetus, 152D; Symposium, 207D, etc.). "'Ego' has no real meaning, because it is perceived only for an instant," i.e., does not last for even so long as two consecutive moments (naivaham-arthah ksanikatva-darsanat; Vivekacudamani of Sri Sankaracharya, 293, Swami Madhavananda, tr. Almora, 3rd ed., 1932).

[9] It is unfortunate that, in modern psychology, an originally lucid terminology and distinction has been confused by an equation of the "soul-image" with "the anima in man, the animus in woman." The terms are even more misused by Father M. C. D'Arcy in his Mind and Heart of Love (London, 1946), ch. 7. Traditionally, anima and animus are the "soul" and the "spirit" equally in any man or woman; so William of Thierry (cf. note 22 below) speaks of animus vel spiritus. This usage goes back to Cicero, e.g., Tusculan Disputations I.22.52, "neque nos copora sumus ... cum igitur: Nosce te dicit, hoc dicit, Nosce anumum tuum," and V.13.38, "humanus ... animus decerptus [est] ex mente divina"; and Lucius Accius (fr. 296), "sapimus animo, fruimur anima; sine animo, anima est debilis."

[10] In all traditions, not excepting the Buddhist, this man and this woman are both equally capable of "fighting the good fight."

[11] Cf. D. B. Macdonald, The Hebrew Philosophical Genius (Princeton, 1934), p. 139, "the lower, physical nature, the appetites, the psyche of St. Paul ... 'self,' but always with that lower meaning behind it"; Thomas Sheldon Green, Greek-English Lexicon of the New Testament (New York and London, 1879), s.v. psuchikos ("governed by the sensuous nature subject to appetite and passion"); "anima ... cujus vel pulchritudo virtus, vel deformitas vitium est ... mutabilis est" (St. Augustine, De gen. ad litt. 7.6.9 and Ep. 166.2.3).
On the other hand, the "Soul" or "Self," as printed with the capital, is Jung's "Self ... aound which it [the Ego] revolves, very much as the earth rotates about the sun ... [its] superordinated subject" (Two Essays on Analytical Psychology, London, 1928, p. 268); not a being, but the inconnumerable and indefinable "Being of all beings."
We are never told that the mutable soul is immortal in the same timeless way that God is immortal, but only that it is immortal "in a certain way of its own" (secundum quemdam modum suum, St. Augustine, Ep. 166.2.3). If we ask, Quomodo? seeing that the soul is in time, the answer must be, "in one way only, viz. by continuing to become; since thus it can always leave behind it a new and other nature to take the place of the old" (Plato, Symposium, 207D). It is only God, who is the Soul of the soul, that we can speak of as immortal absolutely (I Tim. 6:16). It is incorrect to call the soul "immortal" indiscriminately, just as it is incorrect to call any man a genius; man has an immortal Soul, as he has a Genius, but the soul can be immortalized only by returning to the source, that is to say, by dying to itself and living to its Self; just as a man becomes a genius only when he is no longer "himself."

[12] Even the Hebrew Satan, "opponent," is not a personal name.

[13] Contest of Homer and Hesiod, 165, where the expression eunoun einai heauto = metanoein ("repentance," i.e., "coming to be in one's right mind"), the opposite of paranoein.

[14] The Self we mean when we tell a man who is misbehaving to "be yourself" (en sauto genou, Sophocles, Philoctetes 950), for "all is intolerable when any man forsakes his proper Self, to do what fits him not" (ibid. 902-903).

[15] C. G. Jung, The Integration of Personality (New York, 1935), p. 274.

[16] E. E. Hadley, in Psychiatry V (1942), 133; citing also H. S. Sullivan, op. cit., pp. 121-134: "emphasized individuality of each of us, 'myself.' Here we have the very mother of illusions, the ever pregnant source of preconceptions that invalidate almost all our efforts to understand other people."

[17] William Law, The Spirit of Love, and an Address to the Clergy, cited in Stephen Hobhouse, William Law and Eighteenth Century Quakerism (London, 1927), pp. 156, 219, 220.

[18] Angelus Silesius, Der Cherubinische Wandersmann, V.238.

[19] E. D. Andrews, The Gift to be Simple (New York, 1940), p. 18; cf. p. 79, "That great big I, I'll mortify."

[20] Jacob Boehme, De incarnatione Verbi, I.13.13.

[21] Plato, Republic, 588C ff., where the whole soul is compared to such a composite animal as the Chimaera, Scylla, or Cerberus. In some respects the Sphinx might have been an even better comparison. In any case, the human, leonine, and ophidian parts of these creatures correspond to the three parts of the soul, in which "the human in us, or rather our divine part" should prevail; of which Hercules leading Cerberus would be a good illustration.

[22] William of Thierry, The Golden Epistle of Abbot William of St. Thierry to the Carthusians of Mont Dieu, tr. Walter Shrewing (London, 1930), sections 50, 51.

[23] Kashf al-Mahjub, tr. R. A. Nicholson (Gibb Memorial Series XVII), p. 199; cf. p. 9, "the greatest of all veils between God and man."

[24] For Abu Sa'id see R. A. Nicholson, Studies in Islamic Mysticism (Cambridge, 1921), p. 53.

[25] Citations are from Mathnawi I.2617; II.2525; III.374, 2738, 3193, 4053 (nafs va shaitan har du ek in bud'and); cf. II.2272 ff., V.2919, 2939. The fundamental kinship of Satan and the Ego is apparent in their common claim to independent being; and "association" (of others with the God who only is) amounts, from the Islamic point of view, to polytheism (ibid. IV.2675-2677).

[26] On the meaning of the "Synteresis," etymologically an equivalent of Skr. samtaraka, "one who helps to cross over," see O. Renz, "Die Synteresis nach dem Hl. Thomas von Aquin," Beitraege zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, X (Muenster, 1911).

[27] Rom. 7:14-23; James 4:7.

[28] St. Bonaventura, Dominica prima post octavum epiphaniae, 2.2. For the whole theme, see also Coomaraswamy, "On the Loathly Bride."

[29] Pfeiffer ed., p. 288.

[30] RV X.24.5.

[31] SB X.5.2.12.

[32] KU II.18.

[33] Enneads VI.9.9.

[34] Plato, Symposium 210A.

[35] Nirvana, J. I.60; samskara, Manu II.67; telos, H. G. Liddlell and R. Scott, A Greek-English Lexicon, 8th ed., Oxford, 1897, s.v. VI.2.

[36] E. Siecke, Drachenkaempfe (Leipzig, 1907), p. 14.


[37] For the Fier Baiser see the references in Coomaraswamy, "On the Loathly Bride." For the marriage, Meister Eckhart (Pfeiffer ed., p. 407) and Omikron, Letters from Paulos, New York, 1920, passim.

[38] Rumi, Mathnawi IV.3496.

[39] Jean de Castel, De adhaerendo Deo, C. 12.

[40] St. Bernard, De grad. humilitatis, VII.21.

[41] Angelus Silesius, I.143. Cf. Theologia Germanica, ch. XVI: "If the Evil Spirit himself could come into true obedience, he would become an angel [of light] again, and all his sin and wickedness would be blotted out."

[42] Mathnawi III.4723.

[43] Rumi, Divan, Ode XXVIII. "None has knowledge of each who enters that he is So-and-so or So-and-so," ibid., p. 61.

[44] Mathnawi II, Introduction.


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Athos, The Da Vinci Code Review, (note de lectura)

Articol publicat pe www.regnabit.com
For the common people, the existence of the secret organizations has allways produced distrust and animosity.
Today nothing is considered „intimate” anymore.
The mass-media’s slogan: „the public has the right to know”. Actually, the real information is buried in a huge amount of gossip and intimacies.
If Masonry survived (even if there were epochs when it was totally prohibited), that was due to the passage from “operative” to “speculative” and, especially in modern times, due to its opening to the world, where in its ranks were accepted many individuals who, in normal times, would not have a chance of becoming masons without possessing the necessary qualifications.
The fundamental law of traditional symbolism stipulates that not only does a symbol, by definition, accept an indefinite number of meanings, but also it always has two faces, one beneficent, and the other maleficent, since our world is based on duality.
The beneficent meaning could be lost for the evil one. Ex: Saturn, the King, became an ogre; the wolf. The same thing happend to the colour black.
The pentagram was not only a Masonic emblem, but also a Rosicrucian one, symbolizing the initiate, that is, “the perfect man.” The mockery that presents the satanist with a pentagram on his chest is a part of a larger action, a counter-initiatory one, aiming at the desecration of the traditional symbols. We may note that the “adverse” forces, not at all negligible, know only to imitate, their role being to steal the traditional elements and desecrate them in an infernal mode. For the common people, such an action generates an irremediably confusion, and that is what these forces want. There are other examples we could mention. Guénon stated that the apocalyptic number 666, “the number of the Beast,” is also a solar number; as well the lion is, at the same time, Christ and Antichrist’s emblem. The confusion between the luminous aspect of the symbol and its dark side constitutes “satanism”.
What characterizes all this amateurish “literature” that focused upon the Masonic secret is the endeavour to invent something sensational and corporeal, which could represent the “secret.”
Some decades ago a campaign was launched to convince the public that all gods were aliens form another planets.
We may view modern literature from a quadruple perspective, with respect to the author:
 there are authors, very few, who possess initiatory data and these are reflected in their works;
 there are authors who, unconsciously, transmit in their works unaltered traditional vestiges;
 there are antitraditional authors who willingly abuse the sacred symbols and fabricate others, writing a maleficent literature;
 eventually, there are authors who, manipulated without knowing by counter-initiatory forces, issue noxious writings.
Nowadays the great temptation is to bring the gods to a human level.
„We must stress from the beginning that, despite the historicist fantasies, the Holy Grail is not a corporeal vessel, hiding somewhere and covering some tenebrous secret. The Grail is a symbol; its sacred meaning alludes to the primordial Tradition, to the Lost Word, and to the divine Knowledge. Finding the Holy Grail crowns an initiatory quest, that is, a spiritual realization that occurs within the being. In the Christian tradition, “the quest of the Holy Grail,” like in Islam, has two components: an external one, regarding the heroic deeds of the knights (corresponding to the “particular orientation” in Islam), and an inner one, when the quest aims at the Heavenly Kingdom within us, that is, the divine presence in the Heart (Emmanuel), Pax Profunda in the center of the being.”
The loss of the Graal represents in fact the loss of the Tradition.
„[…] the Grail signifies, at the same time, two things strongly related to each other: the initiate who possesses the integral primordial Tradition, so reaching an effective degree of knowledge that essentially implies this possession, is indeed, at the same time, reintegrated into the plenitude of the “primordial state,” realizing what the fairy-tales name “eternal youth and life without death.”
What the Grail is considered to be by the modern mentality is purely and simply Anti-Grail.
Jean Tourniac, Principes et problèmes spirituels du Rite Écossais Rectifié, Dervy, 1969.
Jean Robin, Seth le dieu maudit, Guy Trédaniel, 1986.
Jean Parvulesco, La Place Royale, oct. 1986.


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Horia-RomanPatapievici, Despre resentiment în nostalgia originilor, (note de lectura)

Articol apărut în Dilema, nr.214, 28 feb.-6 martie 1997
Arthur O. Lovejoy si George Boas, în Primitivism and Related Ideas in Antiquity, în 1935, au enumerat 66 de sensuri ale conceptului de Natură. Concluzie: conceptul nu este „natural” ci construit, artificial, cultural.
În 1948, G. Boas a publicat rezultatele analizei sale asupra Evului Mediu în Essays on Primitivism and Related Ideas in the Middle Ages.
Emoţiile colective se prind cu precădere de raţiuni false şi de pietăţi frauduloase.
Primitivismul susţine următoarele idei ca fiind irefutabile:
1. Civilizaţia este contrară naturii.
2. Adevărul este la începutul timpurilor.
3. Imperativul religios, moral şi cosmologic al regresiunii in illo tempore.
„In suma, primitivismul imi apare a fi o combinatie intre credinta ca originea este adapostul unei ontologii "regeneratoare" si setea resentimentului de a distruge cit mai radical lumea care il face cu putinta.”


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29 mai 2005

Eric Geoffroy, Le Rayonnement Spirituel du Cheikh Al Alaoui en Occident, (note de lectura)

Etude du site www.religioperennis.org
Paroles du Cheikh Al Alaoui: “Je suis une âme nue et une âme a besoin d’un corps. Elle a besoin d’une langue, d’oreilles, d’yeux, de mains. Je cherche un corps. Si je trouvais un groupe qui soit mon interprète auprès du monde de l’Europe, on serait étonné de voir que rien ne divise l’Occident de l’islam.”
En 1926, lors de l’inauguration de la Grande Mosquée en Paris, le Cheikh Al Alaoui a prononcé la khutba et a dirigé la prière. Il a été un grand rénovateur (mujaddid).
Il a été beaucoup intéressé par les autres religions, par la science occidentale et la philosophie bergsonienne. Certains l’ont considéré même trop ouvert et trop perméable à l’esprit occidental.
L’expression coranique ad-dîn al-qayyim singnifie réligion primordiale, ou immuable.
Il a implanté la tarîqa ‘Allawiyya en Europe. Des zâwiyas ont été instalées à Paris, Marseille, en Angleterre et en Hollande. Elles étaient ouvertes aux commencement uniquement pour les Arabes et les Kabyles.
Martin Lings, dans son livre Qu’est-ce que le soufisme?, a comparé le Cheikh avec Junayd de Bagdad, surnommé sayyid al-tâ'ifa, le « maître de l’ordre des soufis ».
L’orientaliste Augustin Berque, le père de l’arabisant Jacques Berque, parle du charisme qui émanait du Cheikh.
Parmi les convertis français à l’islam qui ont connu le Cheikh Al Alaoui il faut citer Eugène Taillard, interprète du grand tribunal de Tunis; Gustave Henri Jossot, ‘Abd al-Karîm en islam, mort en 1951.
René Guénon entra en islam en 1912, sous le nom de Abd al-Wâhid Yahia. Il a été initié au soufisme dans la tarîqa Shadhiliyya. Son maître soufi à lui a été le Cheikh ‘Illîsh.
Avec Frithjof Schuon l’influence du Cheikh Al Alaoui prend un tournant et une ampleur incontestables. Parmi les disciples directs de Schuon il faut énumérer: Titus Burckhardt, Michel Vâlsan, Martin Lings (qui est un de ses successeurs, l’autre est S. H. Nasr).
Frithjof Schuon sur le Cheikh Al Alaoui: « On peut comparer la rencontre d'un de ces messagers à celle d'un saint du Moyen Age ou d'un patriarche sémitique, écrivait Schuon. Comment oublier cette apparition d'un anachronisme émouvant : ce vieillard fin et grave qui semblait être sorti de l'Ancien Testament ou du Coran ? [...] Il exhalait de lui quelque chose de l'ambiance archaïque et pure des temps de Sidna Ibrahim El-Khalîl (Abraham) ».
Jussot: « le Cheikh a une belle tête de Christ douloureux et tendre ».
Chodkiewicz: « L'attraction très forte que le shaykh al-‘Alawî exerça sur certains Européens qui devinrent ses disciples et le rôle que sa tarîqa a joué dans l'introduction du tasawwuf en France et dans d'autres pays occidentaux confirment l'adéquation entre le type de walâya qu'il incarnait et la nature du milieu dans lequel il était appelé à représenter le tasawwuf ».
Sur la doctrine de l’héritage soufi: “On comprend mieux dès lors l'intérêt que portait le Cheikh à la tradition chrétienne. Il faut ici apporter une précision doctrinale : selon le soufisme, les saints musulmans héritent des prophètes antérieurs à Muhammad par l'intermédiaire de la fonction globalisante, synthétisante (jam‘iyya) du Prophète, lequel récapitule tous les types prophétiques antérieurs. Tel saint sera, à un moment de sa vie ou plus durablement, "noétique", "abrahamique", "moïsiaque", ou "christique". Il peut également passer d'un héritage à un autre. Cet héritage agit comme un « patrimoine génétique » qui « marque de caractères précis et repérables le comportement, les vertus caractéristiques et les charismes du walî ("saint") ». Le soufisme a ainsi connu des saints moïsiaques qui, à l'instar du prophète Moïse descendant du Mont Sinaï, se voilaient le visage afin que la lumière intense qui en émanait n'aveugle ou ne tue pas leurs interlocuteurs. D'autres saints, "christiques" cette fois, auraient eu la faculté de ressusciter les morts, comme le fit Jésus. La doctrine de l'héritage prophétique (wirâtha) affleure chez les premiers auteurs soufis, mais elle trouve sa formulation chez Ibn ‘Arabî.
La dimension christique est restée présente, il faut le noter, chez les successeurs du Cheikh Al Alaoui à Mostaganem. Pensons au beau texte Jésus, âme de Dieu du cheikh Hajj ‘Adda, à la présence du cheikh Khaled en Europe et à son rôle pionnier dans le dialogue islamo-chrétien... Chez Schuon également, les traits christiques sont prononcés : il avait pour nom « cheikh ‘Îsâ (Jésus en islam) » et avait baptisé sa voie la Maryamiyya, du nom de Maryam, la Vierge Marie.”


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26 mai 2005

Camara Laye, Le regard du roi, (note de lectura)

Paru chez Plon, 1954.

Première partie. Adramé
Clarence, un Blanc, avance dans la foule pour voir le roi. Il avait tout perdu aux cartes. Il espère trouver un travail auprès du roi nègre. Un mendiant noir lui promet d’intervenir en sa faveur.
“- Il n’y a pas de droit, dit Clarence. – Eh bien, un enfant sait cela, dit le mendiant.” (p. 17)
Des tambours annoncent l’arrivée du roi. Le mendiant dit: “Ces tambours sont des tambours parlants, ils annoncent le roi et ils disent que c’est le roi des rois… Ce n’est que chez les hommes blancs que la musique est dépourvue de signification.” (p. 20)
Toujours le mendiant sur le roi: “Il est jeune et il est fragile […] mais il est en même temps très vieux et il est robuste… S’il était moins chargé d’or, rien sans doute ne pourrait le retenir parmi nous.” (p. 23)
Le mendiant sur l’or: “L’or peut aussi être autre chose que l’or […]. Est-ce que l’or, chez les hommes blancs, n’est jamais que l’or? […] Mais l’or peut aussi être l’un des signes de l’amour, si l’amour atteint à sa pureté; c’est d’un or de cette sorte que le roi est prisonnier, c’est pourquoi ses bras sont si lourdement chargés.” (p. 23)
Le salut du roi. La fin de la cérémonie. Clarence ne réussit pas approcher le roi, à cause de la foule.
L’explication de Noaga concernant certaines fresques: “Le roi se détourne de ses vassaux infidèles; il les juge assez punis par leur infidélité même. Seuls les plus fidèles d’entre ses vassaux sont immolés, parce que seuls ils sont dignes des autels. Ce serait profaner les pierres sacrificatoires que d’y répandre un sang coupable.” (p. 31-32)
Deux garçons s’appellent Nagoa et Noaga, mais “ce ne sont pas les mêmes noms” (p. 32).
La sacrification des vassaux.
Sur la relation que l’homme blanc a avec les visages noirs: “Il essayait de lire sur le visage du mendiant, mais il ne put rien lire: il était depuis trop peu de temps dans le pays pour s’être déjà accoutumé à déchiffrer des visages noirs.” (p. 37)
Sur les timbaliers, ce que dit le mendiant noir à Clarence: “Ce n’est pas là un simple emploi […]; les timbaliers sont de caste noble et, chez eux, l’emploi est héréditaire; certes, vous auriez battu du tambour, seulement ce n’est pas ce qui compte: vos battement n’auraient eu aucun sens. Là aussi, il faut savoir… Vous êtes un homme blanc!” (p. 38)
Le vieillard nie que des vassaux auraient été égorgés.

II. L’auberge
Le mendiant: “Il n’y a pas de plaisir à se gausser des gens, la nuit; on n’en voit pas le résultat.” (p. 40)
Encore: “La nuit est toujours très noire quand le roi regagne son palais.” (p. 41). Fonction solaire, lumineuse, du roi?
Le mendiant envers Clarence: “- La chance! s’écria le mendiant. Vous ne cessez s’avoir ce mot dans la bouche ou dans le cœur, et vous me reprochez de parler de «faveur»!… Faites-vous donc si grande différence entre «chance» et «faveur»?… J’avoue que j’ai parfois peine à vous suivre.” (p. 44) Clarence réfléchie et se rend compte que la «chance» n’est qu’une «faveur».
L’aubergiste apporte une marmite avec du riz et des poissons pimentés.
Les jeunes doivent manger après les vieux. Comme dit le mendiant: “Qu’ils s’estiment heureux si je leur laisse quelque chose à grapiller.” (p. 45)
Apparement, le mendiant jouit d’une grande autorité auprès les autres noirs.
Le mendiant, en invitant Clarence de partir avec lui vers le Sud: “S’il est vrai que je n’ai rien obtenu pour vous cette fois, il n’est pas prouvé que je n’obtiendrai rien la fois suivante. Et puis votre cas n’était pas un cas ordinaire: vous demandiez un emploi, n’importe lequel, mais vous n’avez de qualité pour aucun emploi; certes, vous vous seriez satisfait du plus humble, mais c’est seulement parce que vous ne pouviez prétendre à aucun autre. Les hommes de votre race n’ont jamais brillé par l’humilité. […] Peut-être ai-je commis une erreur quand j’ai présenté votre requête. J’ai beau avoir de mon métier une longue expérience, je n’y suis pas infaillible. Et puis c’était la première fois que je m’occupais d’un cas aussi extraordinaire… Peut-être n’aurais-je pas dû annoncer que vous étiez prêt à occuper n’importe quel emploi; peut-être s’est-on méfié d’un homme qui était prêt à occuper n’importe quel emploi, car cela signifie en même temps qu’il n’était apte à aucun… S’il y a eu faute de ma part, je la confesse; et il importe peu qu’elle soit involontaire; elle subsiste, ses effets subsistent! Je sais que, en vous guidant vers le Sud, je ne la rachèterai pas – comment rachèterait-on une faute? -, mais je pourrai tout au moins en alléger les suites…” (p. 55-56)
Clarence paye avec sa veste le repas offert par l’hôtelier.

III. La veste volée
Dans la rue, même pendant la nuit il y a toute une agitation fourmilante. Les deux gosses disparaissent, et le mendiant dit à Clarence: “Et quant à vous, prenez garde que nous atteignons le centre de la ville, tenez les yeux ouverts et ne me quittez pas d’une semelle, sans quoi vous vous perdrez aussi; et ce sera plus grave, car vous ne me paraissez pas être de cette sorte d’hommes qui retrouvent facilement leur chemin…” (p. 62) Beaucoup de répliques du mendiant noir semblent être porteuses d’un sens spirituel, au moins virtuellement.
L’hôtelier accuse Clarence et le mendiant d’avoir volé sa veste. L’accusation est fausse, mais les gardes saisissent les deux hommes. Ils sont amenés chez le juge.
“[…] car ce ne sont jamais les gestes qu’on fait qui compte, mais la façon, la malicieuse façon dont on les interprète.” (p. 67-68)
L’hôtelier demande aussi la chemise et le pantalon de Clarence. Celui-ci voyant que le juge est prêt à le priver de ces derniers biens, les habits, s’enfuit brusquement pour rencontrer le mendiant à la porte de la ville.
Le mendiant: “Ne pouvez-vous comprendre qu’un droit ne se quémande pas? J’aurais pu quémander une faveur, je veux dire: une chose qui n’est pas due; ke ne pouvais quémander un droit, qui vous est dévolu d’office. D’ailleurs je n’ai pas appris à quémander les droits: cela ne s’enseigne nulle part. […] Tenez, un exemple: rien ici ne m’interdit de quémander une calebasse à notre hôte, mais… […] je ne la quémande pas comme un droit, même pas comme un droit de l’hospitalité. Comprenez donc que c’est faire injure, que de quémander un droit!” (p. 82)
Une femme sauve Clarence. Elle le reconduit dans une salle où son père ressemble étrangement au juge, et où il se trouve le mendiant. Les deux gosses y sont toujours, avec deux parties de sa veste. La femme la coud à la main.

IV. L’odeur du Sud
Dans les fermes où ils arrivent, les voyageurs sont reçus et on leur donne à manger, en vertu de la loi de l’hospitalité.
L’odeur du Sud: “L’odeur mêlait intimement aux parfums des fleurs les exhalaisons du terreau. C’était là assurément une odeur bizarre et même suspecte, pas désagréable ou pas nécessairement désagréable, mais bizarre, mais suspecte; un peu comme l’odeur opaque d’une serre chaude et de fleurs décomposées; une odeur douceâtre, entêtante et inquiétante, mais plus enveloppante que rebutante, étrangement frôleuse, oui, et – on s’effraie de l’avouer – attirante, insidieusement attirante; une odeur en vérité où le corps et l’esprit, mais l’esprit surtout insensiblement se dissolvaient. On l’eût très exactement qualifiée d’émolliente.” (p. 85-86)
Le mendiant répond parfois aux pensées de Clarence, comme s’il venait de lire dans son esprit.
“Il y a des sentiers. Si vous ne les voyez pas – et pourquoi le verriez-vous? – n’accusez que vos yeux. Un homme blanc ne peut pas tout voir; et il n’a pas non plus besoin de tout voir, car ce pays n’est pas un pays de blancs.” (p. 87)
Clarence éprouve de la somnolence en traversant la jungle. Un des enfants le conduit en lui tenant le bras.
“- Je ne suis pas de ce pays, dit vivement le mendiant. Le roi me préserve de jamais appartenir à ce pays!… Les deux garçons, oui, sont de ce pays. Ne l’aviez vous pas déjà observé? C’est parce qu’ils sont du Sud, qu’ils sont si fripons.” (p. 94)
Dans la jungle Clarence perd la direction. Il se sent dans la main du vieil homme. Quand même ce dernier respecte le pacte: la pitance et la gîte ne manquent jamais. Le vin ne manque jamais. Plus de vin qu’on n’en pourrait boire.
Le mendiant parle de soi: “Moi, il faut que je marche, que j’aille de village en village et de hameau en hameau. Si je m’arrêtais, si on me rencontrait trop souvent et trop longtemps au même endroit, on se lasserait de me donner. Généralement les gens veulent bien donner, mais ils ne veulent pas toujours donner au même; comme si, dans le fond, ce n’était pas la même chose, le même geste et la même dépense, le même espoir de récompense; comme si l’on se sentait moins vertueux pour avoir fait la charité au même quémandeur. Mais voilà, quel est l’homme qui admettrait de se sentir vertueux chaque jour? Il se croirait offensé et dupe!… C’est pourquoi je marche tant. Oui, c’est pourquoi j’ai la plante des pieds comme rabotée. Et personne certainement ne pourrait prétendre que je suis fainéant, encore qu’il semble, à première vue, que je ne fasse rien… Seulement parfois on aimerait se reposer un peu, on aimerait reposer un peu ses pieds…” (p. 97-98)
Un mur d’épines bare leur chemin vers le sud. “Chaque jour, pourtant, le mendiant reprend le même sentier – peut-être n’y a-t-il pas d’autre sentier? – chaque jour, il vient regarder vraiment, peut-être vient-il voir seulement si le mur est toujours en travers du sentier; et quand il a vu de ses yeux que le mur est toujours là, et que l’obstacle n’est ni moins élevé, ni moins compact, ni moins infranchissable que les jours précédents, il revient sur ses pas. Mais que croit-il?… Croit-il par hasard que les épines subitement vont disparaître? Serait-ce un miracle qu’il attend?… Et peut-être attend-il vraiment un miracle…” (p. 100)
Chaque fois quand il entre dans la forêt, Clarence fait de gros efforts pour lutter contre le sommeil, contre l’odeur.
“La forêt est absolument silencieuse; elle est comme vide; elle est toute plongée dans son odeur, plongée dans l’odeur comme dans un crime, et solitaire comme une criminelle.” (p. 103)

V. Le troc
“Depuis plusieurs jours, à Aziana, les tambours parlants annonçaient l’arrivée de la petite troupe. D’abord l’arrivée des deux jeunes garçons, natifs du village et dont le retour était impatiemment attendu; et puis celle de Clarence et du mendiant, mais principallement celle de Clarence, qui faisait sensation; si bien que le village presque entier était venu au-devant des voyageurs, avant même que ceux-ci eussent atteint les premières cultures.” (p. 106)
Le mendiant leur ordonne de marcher derrière lui, en queue. Les villageois les accueillent et ils forment un gros serpent derrière les nouveaux venus.
Le sol est trop détrempé pour le mil, il y a partout des rizaies.
Description du village: “Des parois lisses et sonores, délicatement, délicieusement vernissées et patinées, fleurant bon la brique chaude, et d’un rouge!… D’un rouge presque insoutenable. On y a ménagé des sortes de hublots, juste assez larges pour encadrer un visage, pas assez spacieux cependant pour qu’un visage étranger puisse lancer plus qu’un rapide regard à l’intérieur de la case. Ce dernier détail a son importance: il est visiblement prémédité, visiblement conçu pour faire la nique aux indiscrets. Quant à la netteté, elle est parfaite: les chaumes sont neufs, la poterie luisante et comme fraîchement brossée. Tout le village, au demeurant, est d’une rigoureuse netteté; les clôtures sont sans lézardes, les fossés désherbés et le sol, entre les cases, tout récemment balayé. Tant d’ordre est faite pour reposer l’œil et l’esprit, au sortir de la forêt sauvage.” (p. 107)
Clarence se dit: “Pour sûr, c’est ici un endroit où le silence est d’or.” (p. 109)
Le mendiant affirme maintes fois exactement le contraire de ce qu’il vient de dire. Clarence rencontre le naba (chef du village). Nagoa et Noaga le quittent.
Entre la forêt et le village: “Non, ce n’était pas tout à fait la même chose; c’était, de l’avis de Clarence, un choix entre des choses non pas également désagréables, mais presque aussi désagréables les unes que les autres; de ces choses qu’on n’eût point choisies librement, des choses résultant d’un choix qui n’était qu’un pis-aller.” (p. 114-115)
Le mendiant: “Une préférence est déjà un choix.” (p. 115)
Le mendiant: “Il n’y a généralement pas d’homme si dépourvu qui ne puisse, à l’occasion, rendre quelque menus services.” (p. 115)
“De nouveau ses yeux brillaient, peut-être même brillaient-ils plus fort qu’ils ne l’avaient fait jusqu’ici. «Mais pourquoi ses yeux brillent-ils ainsi? se demanda de nouveau Clarence. Il n’y a pas de motif pour qu’ils brillent. Ou aurait-il bu avec excès? On boit facilement trop, dans les fêtes du village!…» Mais l’explication ne le satisfaisait pas vraiment. Ce n’était pas la petite lueur vacillante de l’ivresse que Clarence voyait, ni la petite flamme de l’inavouable; c’était un éclat… Il fut un moment à chercher le mot… «Redoutable!» se dit-il tout à coup. Mais le mot ne disait pas encore assez: dans le regard du mendiant, il y avait une attente et une sournoiserie, une attente mêlée de duplicité; oui, comme un piège ouvert… Ouvert pour qui?… Non, l’inquiétude de Clarence n’aurait pas pu diminuer.” (p. 116)
Clarence cherche toujours Nagoa et Noaga. Il propose au mendiant de le laisser dans le village du naba.
Les garçons Nagoa et Noaga sont des polissons et tournent le tout en plaisanterie.
Adramé est le nom de la ville où avait commencé le voyage initiatique. Aziana est le nom du village du naba. “Il était à Aziana, il allait longuement se reposer à Aziana, en échange de menus services; tous les menus services qu’un homme de sa sorte peut rendre à des villageois: par exemple, éloigner des champs de mil les oiseaux, à l’époque des semailles ou de la moisson; ou poursuivre les mulots aux approches de la moisson; ou détruire les chenilles; ou enfumer les nids de guêpes… Et puis le roi viendrait… Le roi!… Clarence croyait déjà le voir, si frêle et si fort, soutenu par des pages, et se dirigeant avec lenteur vers la galerie au fond de la cour. Ensuite le roi s’assoirait et il porterait le regard sur Clarence… Le regard, rien que le regard, et tout serait dit. Tout!…” (p. 120)
Clarence commence à se passer des deux garçons, en attendant le roi.
Le mendiant est accompagné d’un personnage gigantesque, “une sorte de tour géante, terminée par une tête comme une pleine lune.” (p. 121). Son nom: Samba Baloum. “Il était gras, trop gras et beaucoup trop familier, mais il ne paraissait pas être de mauvais poil; il était certainement trop gras pour n’être pas de bon poil.” (p. 122)
Le mendiant: “Il fit plusieurs petits gestes du revers de la main, comme pour balayer négligemment des débris de nourriture tombés sur son boubou; mais ce n’étaient ni des grains de mil, ni de quelconques pépis de fruit, qu’il balayait ainsi, c’étaient toutes sortes de petites vanités et de petites aises, comme s’il eût définitivement dépassé toutes satisfactions charnelles et comme si rien de terrestre ne pût encore le tenter; soit qu’il y eût renoncé par sagesse, soit que son grand âge, ou que son métier simplement, l’en eussent depuis toujours écarté.” (p. 123)
Le mendiant quitte Clarence, pour faire son métier ailleurs. “Il se demandait s’il ne devait pas remercier le mendiant pour ses bons offices. Cet «adieu» tout court était bien sec! Mais la petite flamme, au fond des yeux du vieil homme, brûlait toujours et elle ne paraissait aps honnête. Elle n’était pas du tout honnête.” (p. 125)
Samba Baloume palpe Clarence et l’appelle “un vrai poulet”. (p. 125)
Le mendiant s’en va avec une femme et un âne trop maigre.

Deuxième partie. Aziana
I. Akisi.
Les villageois font une case à Clarence. Il vit avec une femme, Akissi.
“Non, une femme n’était pas toujours la même; elle ne pouvait ps toujours être la même. Et lui-même… Mais peut-être était-ce plus contrariant que divertissant.” (p. 136)
Clarence et mécontent parce qu’il passe le temps à ne rien faire. Par contre, Samba Baloum est très content du fait que Clarence prend de la graisse, qu’il n’est plus un vrai poulet.
Les journées sont trop belles, trop uniformement belles. Toutes les nuits ne sont pas pareilles pour Clarence.
Petite altercation avec le maître de cérémonies.
Anticipation: “Un jour, le roi s’assoirait sous la galerie, il s’assoirait là même où ils s’étaient assis, fragile et pur, fort d’une force qu’il tirait de sa pureté; indiciblement pur!… Est-ce qu’un étalon pourrait s’approcher du roi?… Clarence soupira… Ah! comme toutes ces journées passées dans l’attente du roi étaient longues! Et lourdes! C’était le vide, ces journées; et c’était un terrible poids; c’était… On ne pouvait dire ce que c’était… C’était fangeux et c’était gluant… Est-ce que le roi pourrait voir autre chose que cette fange? Il ne verrait que cette fange et il reculerait de dégoût, il…” (p. 149)

II. Le maître des cérémonies
Clarence se laisse vivre.
“Il y a temps pour tout […]. Temps pour méditer et temps pour se laver. Temps…” (p. 153)
Le maître de cérémonies est accusé par Samba Baloum.
Clarence réussit, en dépit des interdictions, d’assister à une partie du procès. Samba Baloum dit: “Je répète que l’homme blanc ne s’apercevait de rien, et qu’il ne pouvait s’apercevoir de rien, car chaque épouse, en entrant dans sa case, déposait à la tête du lit une gerbe de fleurs forestières; l’odeur aussitôt se répandait et rendait l’homme blanc inconscient.” (p. 159)
En sortant, il observe toute sorte d’immondices: “«Suis-je revenu à Adramé?» se demanda Clarence. Mais sans doute était-il revenu à Adramé, car les mêmes tas d’immondices parsemaient les chambres qu’il traversait. «Ou serait-ce que la sordide justice des hommes ne peut se rendre que parmi les immondices?»” (p. 161)
Le maître de cérémonies reçoit une correction physique. Clarence donne son boubou aux garçons et en reçoit un autre, vert et avec des fleurs blanches.

III. Les femmes-poissons
Le maître de cérémonie raille Clarence en l’accusant subrepticément d’embrasser plusieurs autres femmes sous le visage de Akissi.
“Dans l’esprit de Clarence aussi, dans sa nuit aussi, il y avait eu d’abord un premier trait de lumière, un trait qui blessait, et puis tout s’était éclairci, tout s’était violemment et cruellement illuminé. Clarence se rendait parfaitement compte à présent qu’il avait rêvé; mais il voyait tout aussi clairement que son rêve était vrai, que le maître de cérémonies avait dit vrai. Toutes ces choses qui jusqu’ici ne l’avaient pas frappé, qui l’avaient inexplicablement laissé de marbre, brutalement lui tombaient sur la tête, lui tombaient comme une avalanche sur la tête. Il était littéralement anéanti.” (p. 181)
Clarence découvre qu’Akissi le ment. Il se croit même menti par tous. Il se rend chez Diallo, le forgeron.
Diallo dit: “Toute vérité, voyez-vous, n’est pas bonne à dire. […] Ni bonne à dire ni bonne à entendre. […] La vérité, […] est une chose qu’il faut manier avec plus de précautions encore qu’un fer rougi à blanc. On s’y brûle sans le vouloir, et on s’y brûle un peu plus que les doigts.” (p. 185)
“[…] différentes causes peuvent avoir le même effet.” (p. 186)
Sur l’arrivée du roi: “Il ne viendra pas absolument à l’improviste, mais ce sera tout comme: il nous surprendra comme s’il était venu inopinément.” (p. 187)
Eclaircissements sur l’arrivée du roi: “Eh bien, nous l’attendons. Chaque jour et chaque heure, nous l’attendons. Mais nous nous lassons aussi de l’attendre. Et c’est quand nous sommes le plus las qu’il survient. Ou nous l’appelons – à chaque seconde nous l’appelons; mais, malgré nous, nous ne l’appelons pas toujours; nous oublions de l’appeler, nous sommes distraits, l’espace d’un quart de seconde -, et soudain il apparaît, il choisit ce quart de seconde pour apparaître. Ou même nous l’attendons et nous l’appelons constamment, notre vigilance n’est jamais en défaut, mais sa venue ne nous surprend pas moins en plein désarroi, car elle est telle qu’elle nous précipite immanquablement dans le désarroi. Quand bien même nous serions irréprochables – et le roi sait si nous le sommes peu -, sa venue nous ferait tout de même trembler.” (p. 187) [Le roi ne peut être que le Principe Universel.]
Toujours Diallo: “[…] les hommes justes seraient beaucoup moins juste, je suppose, si leur justice flattait moins leur cruauté.” (p. 187)
Clarence: “Il était résolu à ne plus se laisser conduire par ce corps qui se comportait comme une bête immonde. Mais que pouvait-il contre l’odeur, contre le Sud?” (p. 193-194)
“Un jour, le roi viendrait, et ce serait comme s’il n’était jamais venu.” (p. 194)
Au bord du fleuve, Clarence voit des sirènes qui monte sur les bords pour brouter de l’herbe. Il fait nuit. Il commence à naviguer sur le fleuve (pas “dans”, mais bien “sur”.) Tout s’avère un rêve, à la fin.

Troisième partie. Le roi
I. Dioki
Sur la galerie où allais s’asseoir le roi: “La galerie s’étendait vraiment très loin; si loin que l’œil aurait difficilement pu voir jusqu’où elle s’étendait. Pour la soutenir, il y avait une très longue suite de piliers; tant et tant de piliers que l’œil, après s’en être un moment amusé, renonçait bientôt à les dénombrer; d’ailleurs, à partir d’un certain point, les piliers semblaient se rejoindre pour former un mur continu; mais sans doute n’était-ce là qu’une illusion d’optique. L’uniformité de ces arcades et de ces piliers avait, au surplus, quelque chose de décourageant; c’était un peu comme une image de la vie; les jours qui s’joutent aux jours, la même navrante répétition…” (p. 205)
La galerie, selon Noaga et Nagoa ne mène nulle part: “Il n’y a rien au bout de la galerie.” (p. 206)
Baloum est le gardien du serail.
Baloum lui avait dit que les femmes-poissons sont des lamantins. Ceux-ci ne doivent jamais être regardé dans les yeux, pour ne pas mourir.
“Le roi… Il était bien temps, après cela, de penser au roi!… Pourtant c’était au roi malgré tout que Clarence pensait, c’était malgré tout sur le roi qu’il comptait, pour être délivré. Oui, le roi viendrait et le délivrerait…” (p. 210)
Sur la date de l’arrivée: “Oui, il viendra un jour, dit Clarence, mais ce jour est imprévisible. Diallo dit qu’il est imprévisible. En attendant, les mois et les années passent. Mais est-ce bien «en attendant» qu’il faut dire? On finit par ne plus rien attendre; ce jour devient si imprévisible, si problématique, qu’on finit par n’y plus croire.” (p. 211)
Selon les deux garçons, une vieille femme, Dioki, devrait connaître la date de l’arrivée du roi.
Clarence décide de lui rendre visite, à cette vieille. Il doit lui apporter un cadeau, sinon il risque de ne recevoir aucune réponse. Il choisit de lui apporter des œufs, pour les donner à ses serpents, et du vin de palme pour elle-même.
Les deux garçons accompagnent Clarence jusqu’à la palissade délabrée de la maison de Dioki.
Description du serpent qui vient auprès de Clarence: “La bête était richement ocellée de vert et de violet. D’une façon, elle était belle – on n’aurait pas pu dire qu’elle n’était pas belle -, seulement le contact des écailles était extrêmement désagréable. C’était froid et un peu trop glissant, pas visqueux mais glissant; une espèce de moire, mais trop mobile et trop froide; vivante, mais à la fois trop vivante et trop peu vivante: trop vivante, parce qu’il n’était pas naturel que de la moire fût douée de vie, trop peu vivante parce que la froideur des écailles jurait avec la vie. La bête levait la tête vers Clarence, l’élevait insensiblement, avec un mouvement ondulatoire très gracieux; finalement, parvenue à hauteur du visage, elle s’immobilisait pour regarder fixement Clarence dans les yeux. Il n’y avait à vrai dire aucune animosité dans le regard de la bête; aucune amitié particulière non plus; une sorte de curiosité, plutôt; et, vraisemblablement, une arrière-pensée de fascination.” (p. 218)
Dioki l’assure que le roi est en route. Mais elle ne donne aucun détail temporel précis (en disant que ce n’est pas vraiment une question).
Dioki est enlacée par les serpents. Leur manège ressemble aux trémoussements de la passion. Clarence ne peut pas fuir le spectacle (à cause d’un serpent qui le menace), alors il regarde autour: “Quand il l’avait regardée [la cour – n.n.] du haut de l’escalier, ce n’était guère qu’une fosse; et la fosse même où se terre une bête plutôt qu’un être humain; mais, à présent, c’était une cour qui n’en finissait plus, une cour que le regard ne parvenait plus à embrasser. Et par-dessus, ce n’était plus le ciel qu’on découvrait, mais, très haut, aussi haut que le ciel, une voûte rocheuse.
Cette voûte était du même rouge que le sol, du même rouge aussi que le grand nuage qui avait plané sur l’esplanade; comme le nuage, elle était inondée de lumière, inondée de soleil, bien que le soleil fût absent de la caverne et que la lumière parût sourdre, bizarrement, de la voûte même.
Au boût d’un moment, Clarence vit une ombre s’avancer sur la voûte, comme si, sur ce ciel rocheux, des nuages étaient passés. L’ombre s’allongea petit à petit et finit par occuper un espace considérable. Puis une seconde ombre, plus petite et en forme de tour, surgit de la première. Ainsi placées, les deux ombres évoquaient curieusement le palais royal d’Adramé; l’une figurait la longue muraille; l’autre, le donjon derrière la muraille. Quant au rectangle plus clair qui s’étalait au-dessous des deux ombres, il évoquait non moins curieusement l’esplanade d’Adramé.
Et ce n’était pas simplement une de ces figures comme on en devine dans les nuages, une figure un peu molle et trop fuyante. Non, les arêtes des ombres allaient s’accentuant, et Clarence maintenant distinguait les créneaux de la longue muraille et l’escalier extérieur du donjon. La vision se précisait rapidement. Bientôt, Clarence vit la plate-forme du donjon, aussi nettement qu’il l’avait vue, la plate-forme paraissait donner accès au ciel même, paraissait relier le palais au ciel et faire de ce palais on ne sait quelle insolite dépendance terrestre du ciel.
Clarence avait les yeux fixés sur le donjon, quand le soleil parut se lever au bout de la plate-forme. Dans ce rayonnement en étoile du soleil levant, une lumière plus mince apparut, une lumière fragile et redoutable. Et le roi tout à coup se dévoila! Des pages aussitôt accouraient et s’emparaient des bras du roi, les soutenaient, guidaient le souverain dans sa marche; le grand manteau blanc flottait légèrement dans l’air du matin.
Le roi descendit lentement les degrés de l’escalier extérieur. Un moment, la longue muraille le cacha à la vue; et, durant ce moment, la muraille elle-même, comme travaillée par une lumière intérieure, s’anima; la colonnade se dessina, et la petite porte s’inscrivit comme une ombre plus claire. Puis la porte s’ouvrit, et le roi quitta le palais dans un flot de clarté. L’esplanade était couverte d’une foule compacte qui sautait, qui battait des mains et, sans doute, poussait des cris. Derrière le roi, venaient l’escorte des pages danseurs, et le palefroi; et tout autour les guerriers se pressaient tumultueusement, montés sur leurs chevaux enjuponnés. Parvenu au centre de l’esplanade, le roi se hissa sur le palefroi. Les chevaux caracolèrent, et les guerriers firent s’écarter la foule. Après quoi, le roi avança, protégé par le grand parasol… Il semblait que la scène entière, à laquelle Clarence avait assisté sur l’esplanade, se fût déroulée de nouveau, mais cette fois dans le sens contraire.” (p. 220-222)
Le roi parcourt la même route, mais la forêt devant lui se déchire.
En dépit de la distance immense, Clarence voit clairement le roi: “Clarence voyait le roi distinctement. Il le voyait, en dépit de l’ombre portée par le grand parasol, comme s’il se fût trouvé à un pas de la personne royale. Et parce qu’il voyait le roi d’une manière si distincte, parce qu’il était si près de la personne royale, parce qu’il lui semblait qu’il ne serait jamais plus près de cette personne, il chercha le regard du roi.” (p. 222)
Le regard du roi: “Mais il s’aperçut que ce regard ne se posait sur rien, et que le souverain avançait comme absent de tout ce qui l’entourait; son regard, eût-on dit, était tout tourné vers l’intérieur et comme posé sur sa propre personne… Et où un tel regard eût-il reposé, sinon en lui-même?… Néanmoins tant d’indifférence glaçait… Certes, cette indifférence, on la concevait – Clarence la concevait – et même on l’acceptait, on se résignait à l’accepter. On savait bien qu’on n’avait droit qu’à l’indifférence et qu’en fait on méritait de la répugnance; mais tout cela ne rendait cette indifférence ni moins glaciale, ni moins cruelle, ni moins désespérante… Clarence brusquement se sentit glacé jusque dans les os…” (p. 222-223)
Ce fut une vision, pendant l’étreinte que Dioki a eu avec les serpents.
Clarence retourne chez Diallo, qui forge des hâches de plus en plus belles. Clarence dit: “Je ne jurerais pas qu’elle soit plus heureuse que les précédentes, mais elle est certainement heureuse. Elle est comme le croissant de la lune. – Oui, comme la lune, dit rêveusement Diallo. Elle aura la pureté et l’éclat de la lune…” (p. 225) Diallo aussi attend le roi.
Clarence témoigne: “- Si je l’attends! dit Clarence. Oh! comme je l’attends! s’écria-t-il. Dieu seul sait comme je l’attends!… Je ne l’ai pourtant pas toujours attendu avec la même ferveur. Parfois…” (p. 226)
Les garçons annoncent l’arrivée du roi. Clarence est heureux: “Son visage n’avait pas cessé de rayonner. Il rayonnait comme si le roi eût déjà posé le regard sur lui. Oui, comme si véritablement un autre visage, un visage plus haut, plus grand, déjà se fût emparé du sien…” (p. 227)

II. Le roi
Le maître de cérémonies vient chez Clarence pour lui transmettre l’ordre du naba de ne pas bouger de sa case. Clarence implore l’aide de Baloum.
Clarence appelle le maître de cérémonies pour savoir si son boubou vert à fleurs blanches serait assez bon pour l’arrivée du roi.
Le maître de cérémonies dit son opinion vis-à-vis de Clarence: “Un coq! voilà tout ce que tu es, dit-il. C’est comme coq que le mendiant t’a vendu au naba, et c’est ne coq que tu t’es comporté. […] Un coq n’est pas signe de paraître devant le roi, […]. Un coq… […] Impur comme tu l’es, tu n’es bon qu’à être enfermé dans le sérail!” (p. 238)
Parabole de la connaissance: “Mais ce n’était pas les tambours qu’il entendait. Il entendait le bruit de la mer; et il revoyait la barre, le redoutable rouleau d’eau qui défend la terre d’Afrique; et, perçant par intervalles ce bruit d’eau déferlante, l’écho des apostrophes du maître des cérémonies lui parvenait, comme un mugissement de surcroît. Le roulement des tambours n’était sans doute pas absent de cette grande rumeur; pourtant ce n’était pas les tambours que Clarence entendait; et ce n’était pas non plus le cortège royal qu’il regardait s’avancer: le rouleau d’eau s’avançait!
Chaque fois que le rouleau de vagues était près d’atteindre la terre, il s’élevait; il élevait la tête; il regardait, l’espace d’une seconde, le sol rouge d’Afrique; et puis il retombait, il s’éparpillait furieusement. Il levait la tête et il regardait, mais il n’avait garde de regarder trop longtemps et il se gardait bien de s’avancer jusqu’à la terre! Sitôt que sa curiosité était satisfaite, il s’épandait. Et si, dans sa course vers la côte, il entraînait une barque, il comprenait parfaitement que les gens de la barque voulussent, eux aussi, regarder la terre rouge; il élevait la barque, il la tenait sur sa crête, l’espace d’une seconde; et puis, dans son propre reflux, il ramenait la barque vers le large; il n’oubliait pas de ramener la barque, car il jugeait que, leur curiosité satisfaite, les gens de la barque n’avaient rien de plus à attendre de la terre d’Afrique. Il jugeait, avec sa vieille sagesse, qu’il leur en cuirait d’en apprendre davantage.
Mais les tgens, dans la barque, ne se satisfaisaient nullement de cette vue lointaine. Ils n’avaient ni la sagesse, ni l’expérience millénaire du gros rouleau d’eau; ils voulaient toucher cette terre, fouler ce sol rouge. Le rouleau d’eau avait beau les en dissuader et chaque fois les ramener vers le large, ils refusaient ses conseils; ils se penchaient plus fortement et toujours plus fortement sur les rames; et, enfin, ils triomphaient de la barre, ils touchaient terre!
Pendant quelques heures, ou pendant quelques jours et parfois pendant quelques semaines, les gens de la abrque ne savaient comment exprimer leur bonheur. Ils croyaient véritablement avoir remporté une grande victoire. Mais quelle défait c’était! Et comme il aurait mieux valu que la barque se retournât, comme il aurait mieux valu que l’océan à jamais engloutît les passagers! Mais, cette dernière chance, cette chance suprême, que les gens de la barque tenaient pour un grand malheur, était rarement accordée.” (p. 241-242)
Sur la pureté du roi, à partir du fait que les deux garçons avaient joué une danse lubrique en présence du roi: “Mais pourquoi était-ce ce mime-là qu’on avait choisi de représenter devant le roi? N’était-ce pas faire injure au roi, insulter à sa pureté? Ou la simple présence du roi retranchait-elle son ignominie au mime?… Eh bien, peut-être… Peut-être suffisait-il que le roi fût présent pour que tout devît pur…” (p. 243)
Clarence commence à douter lui-même de sa pureté et de ses bonnes intentions.
“- Il est toujours trop tard, dit Diallo. A peine sommes-nous nés, qu’il est déjà trop tard. Mais le roi ne l’ignore pas, et c’est pourquoi aussi il est toujours temps.” (p. 245)
Baloum: “Si tous ceux qui se présentent devant le roi devaient être dignes de lui, le roi vivrait dans un désert.” (p. 246)
Baloum sur la chance: “Appelle la chose comme tu voudras, mais c’est le nom que je lui donne. Peut-être ne correspond-il a rien; et peut-être est-il le signe d’une chose réelle. Qu’en sais-tu? Ce que je sais, et cela je le sais à n’en pas douter, c’est que, si la chose existe, elle ne te sera pas donnée comme un don gratuit; tu n’en recevras pas plus que tu n’en extorqueras. Celui qui ne demande rien ne doit pas non plus s’étonner de s’en retourner les mains vides. Et enfin si personne n’est constamment favorisé, personne non plus n’est constamment frustré.” (p. 247)
Baloum appelle “chance” ce que le mendiant appelait “faveur”, et Diallo – “pitié”.
Baloum pousse Clarence à aller devant le roi: “C’est pourquoi je te dis de saisir ta chance, car tu l’as à portée de ta main. Mais saisis-la, fais le geste de saisir, car, si tu ne t’efforces pas, tu ne la saisiras pas.” (p. 248)
Diallo: “Alors que craignez-vous? Il ne vous sera rien demandé au-delà de votre effort.” (p. 248)
Parabole de la vie: “Et au moment où il achevait de prononcer ces paroles, il [Clarence – n.n.] tomba dans une sorte d’inconscience; dans une impuissance, plus exactement. Les autres, autour de lui, parlaient et s’agitaient; et peut-être répondait-il; peut-être n’était-il pas totalement absent de leur conversation, ni entièrement en dehors de leur agitation. Et même il semblait qu’il répondît, qu’il s’agitât mais il n’avait conscience ni de ce qu’il répondait, ni des gestes qu’il faisait; ce n’était guère plus qu’un bruit confus de paroles et qu’une agitation dépourvue de sens. «Quelque chose qui ressemble à la vie, dépourvue de sens. Quelque chose qui peut-être est la vie-même: une pure folie et une sarabande de fols!…»” (p. 248-249)
Le regard du roi: “Pourtant le souverain n’avait pas un regard pour ces présents qui s’accumulaient: il regardait droit devant lui; et peut-être ne regardait-il rien; peut-être son regard, comme dans la caverne de Dioki, était-il simplement tourné vers sa propre personne; peut-être ce regard qu’il dirigeait au loin n’était-il qu’une pure apparence, l’effet d’une condescendance, d’une bonté distraite et presque méprisante… Qu’eût-ce été, sinon? Il n’y avait rien sur quoi le roi pût arrêter son regard, dans ce Sud ignoble. Cette condescendence déjà était une faveur, quel que fût le secret mépris qui s’y mêlait.” (p. 249)
“[…] plus Clarence regardait le roi, plus il mesurait l’audace, l’étendue d’audace, qu’il eût fallu s’arroger pour s’avancer vers lui.” (p. 250)
Le sourire du roi: “Et ce n’était pas son dénuement seulement, ce n’était pas son avilissement seulement qui empêchaient Clarence de s’avancer, c’était bien autre chose; et bien d’autres choses. C’était la grande fragilité du roi, la fragilité autant que la puissance, la même adorable fragilité, la même redoutable puissance que Clarence avait observées sur l’esplanade; le même sourire aussi, le même lointain sourire qu’on aurait pu, comme le regard, confondre avec le dédain, qu’on devait certainement confondre avec le dédain, et qui assurément errait sur les lèvres plus qu’il ne s’y posait; et sans doute aussi les habits, la blancheur immaculée du manteau, l’or de la torsade nuée en turban sur le front; tant de choses encore, tant d’autres choses qu’une vie entière n’eût pas suffi à dénombrer… Mais surtout tant de pureté, tant d’éclatante pureté.” (p. 250)
Clarence au roi: “- Hélas! Seigneur, je n’ai que mon bon vouloir, murmura Clarence, mon très faible bon vouloir! Mais vous ne pouvez pas l’accepter. C’est un bon vouloir qui me condamne plus qu’il ne me disculpe.” (p. 251)
La dernière séquence: “Pourtant le roi ne détournait pas le regard. Et son regard… Son regard semblait malgré tout appeler. Alors, brusquement, Clarence s’avança. Il aurait dû se heurter à la paroi, mais la paroi devant lui s’effondra, la case derrière lui s’effondra, et il s’avança.
Il s’avançait et il n’avait aucun vêtement sur lui. Mais la pensée ne l’effleura pas qu’il aurait dû, au préalable, mettre son boubou; le roi le regardait, et rien, plus rien n’avait d’existence en dehors de ce regard. C’était un regard si lumineux et où il y avait tant de douceur que l’espoir, un fol espoir, naissait en Clarence. Oui, l’espoir à présent le disputait à la crainte; l’espoir devenait plus fort que la crainte. Et bien que le sentiment de son impureté dissuadât Clarence de s’approcher, néanmoins Clarence s’avançait. Il s’avançait en chancelant; il foulait l’épais tapis en chancelant; il lui semblait à tout moment que ses jambes ou que le sol allaient soudain se dérober sous lui. Mais non, il avançait, il continuait de s’avancer, et ses jambes ne le trahissaient pas, le sol ne s’ouvrait pas. Et le regard… Le regard ne se détournait pas.
- Seigneur! Seigneur! murmura Clarence. Est-il vrai que vous m’appelez? Est-il vrai que l’odeur qui est sur moi ne vous fait pas reculer d’horreur?
Et parce que le regard demeurait posé sur lui, parce que l’appel demeurait sur lui, ce fut comme un trait de feu qui le transperça.
«Personne pourtant n’est plus vil que moi, plus dénué que moi, pensait-il. Et vous, Seigneur, vous acceptez de poser le regard sur moi!» Où était-ce son dénuement même?… «Ton dénuement même! semblait dire le regard. Ce vide effrayant qui est en toi et qui s’ouvre à moi; ta faim qui répond à ma faim; ton abjection même qui n’existait pas sans ma permission, et la honte que tu en as…»
Quand il fut parvenu devant le roi, quand il fut dans le grand rayonnement du roi, et tout meurtri encore par le trait du feu, mais tout vivant et seulement vivant de ce feu, Clarence tomba à genoux, car il lui semblait qu’il était enfin au bout de sa course et au terme de toute course.
Mais sans doute ne s’était-il pas assez approché encore, sans doute était-il trop timide encore, car le roi lui ouvrit les bras. Et dans le temps qu’il lui ouvrait les bras, son manteau s’entrouvrit, son mince torse d’adolescent se découvrit. Sur ce torse, dans la nuit de ce torse, il y avait – au centre, mais pas tout à fait au centre, un peu sur la droite – un léger battement qui faisait frémir la peau. C’était ce battement qui appelait, ce léger battement! C’était ce feu qui brûlait et cette lumière qui rayonnait. C’était cet amour qui dévorait.
- Ne savais-tu pas que je t’attendais? dit le roi.
Et Clarence posa doucement les lèvres sur le léger, sur l’immense battement. Alors le roi referma lentement les bras, et son grand manteau enveloppa Clarence pour toujours.” (p. 251-252)


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25 mai 2005

René Guénon, Carta a Marcel Avramescu

El Cairo, 28 de junio de 1935

Estimado Señor,
He recibido la información que había pedido para usted y quiero transmitírsela sin tardanza. He aquí pues lo que se me escribe textualmente.

“Las obras de astrología hindú traducidas en inglés son las de Varahâ Mihira: “Bihat Jataka" y la “Brihat Samhita”; han sido publicadas por “The Astrological Magazine”, pero están agotadas. El “Brihat Jataka” ha sido retraducido y debe existir aún en la India. En cuanto a la “Brihat Samhita”, también ha sido traducida por Kern (en inglés) y se encuentra en las obras completas de este último, publicadas en Holanda. En cuanto a las obras modernas de astrología hindú, no las conozco; “The Astrological Magazine” podría dar informaciones al respecto.

He buscado la dirección de la revista en cuestión y la he podido encontrar; hela aquí, en el caso que quiera pedir informaciones que serían ciertamente más completas:

“The Astrological Magazine”
P. O. Bettahalsoor,
Bangalore (India).

Pienso que habrá recibido mi última carta, y espero tener pronto noticias suyas.
Tras haberle escrito, he recibido una nueva carta del señor Lovinescu; en este momento parece ocupado sobre todo en estudiar las huellas de antiguas tradiciones que se pueden encontrar en Rumania.

Escrito con prisa, con los mejores saludos.

Publicada en C. Mutti, Eliade, Vâlsan, Geticus e gli altri, Veltro, Parma, 1999.


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James S. Cutsinger, An Open Letter on Tradition, (full text)

Published in Modern Age, 36:3 (1994)

A TRADITIONALIST asked to write about tradition is faced with a daunting task. Not only must he find fresh words for a familiar topic so as to say something new about something old. Any writer on any subject must do the same if he would capture attention and sustain concentration. But the traditionalist must go further. If he is true to his principles, he must insist in this case that the old really is the new: that the antiquity and continuity of tradition are reasonable means of genuine transformation.

Explaining what is meant by this paradox in words intelligible to fellow traditionalists is one part of my aim in what follows. But in order not to be accused of preaching only to the converted, as I often am by liberal academics, my hope is to go somewhat deeper than the familiar political, moral, and even theological expositions of conservative theorists. Little will be said explicitly about the Western intellectual heritage or religious doctrine as such, and nothing at all about social theory or culture. I leave it to the other symposiasts to cover these bases. The approach here will instead by strictly metaphysical. I use this word knowing of course that it may be misunderstood. Some will hear it and suppose that I intend to engage in remote and rarified speculation. What I mean on the contrary is that I shall be trying to cut straight to the essential heart of our topic in order to consider some very down-to-earth, practical questions: What exactly is the point of tradition? What is to be gained from tradition in contemporary life? Before going any further I should perhaps explain that I have in mind as I write a very specific audience. I have mentioned my liberal colleagues. This article is something of an open letter to them. It represents one more attempt to break through all the hackneyed responses to the dinosaur in their midst. A conservative journal may seem an odd forum in which to continue that conversation, and yet the method has three advantages. By speaking indirectly to those who take a very different position from our own, it may help to keep the participants in this symposium from merely talking shop with each other. It may also prove a useful aid to fellow traditionalists in their own real life conversations with liberal academics. And who knows? It might even succeed in its most important purpose and actually get through to the modernist and postmodernist mind.

Contributors to this discussion will no doubt have defined the key term in somewhat different ways. My own definition of tradition requires that it be paired with revelation. The former, we might say, is horizontal, while the latter is vertical. Where revelation is the projection of God into space, tradition is the extension of revelation through time. A stone is dropped into a quiet pool of water. Its descent toward the pool and its contact with the surface provide an image of what I mean by revelation. The centrifugal movement of concentric waves radiating from the point of impact is an image of tradition. The distinction of space from time is too simplistic, of course. In entering space, God also enters time. And in their extension through time, the modes by which tradition carries the force of revelation—be they words, gestures, symbols, saints, shrines—take up a certain space. But however one pictures it, revelation and tradition are to be seen, I suggest, as two parts of a single movement from God to man.

This way of looking at the matter is consistent with the usual meaning of the word tradition. Tradition, we are told, is the action or result of handing down or transmitting. But at the same time it is important to clarify that not everything handed down is traditional in the sense at stake here. The passing along of a thing received also accounts for mere custom and habit. This, of course, is the concern of the critic: that the conservative is simply nostalgic for the way things were done in the past, irrespective of their truth or adequacy. One would perhaps be justified in replying to this observation by pointing out that the very length of a given usage almost certainly implies a correspondingly deep human need. But this is not my response here. I prefer to admit instead that a greater precision is called for than is afforded by etymology and that our liberal colleagues are right in demanding it. The Thessalonians were exhorted to stand fast and to hold the tradition they received from Saint Paul, but the Colossians were warned against the traditions of men. It appears that not every giving and receiving is good for us. The fact of a transmission itself, let alone its duration or the number of its successive receptions, is not the point. Any particular custom may be older than any particular tradition. The only essential is a contact with revelation and thus with God.
But wait just a minute. My critics are impatient to speak. It will be objected that I am begging the question. For all I have done is to deflect attention from one idea to another. The difference between true tradition and false, I have said, is the difference between what is and what is not revelation. But where does that get us? How are we to know a revelation when we see one, even supposing such a thing and its Source really exist? Does it come labeled as such? Anyone can claim a revealed authority. This in fact is precisely what the history of human thought is all about. It is a history of competing and mutually exclusive claims to truth, a history of men seeking to dignify their wishes and struggles for power by calling them divine. We too, says the liberal, are subject to such wishes and struggles, but at least we know we are, and this knowledge affords us a critical distance on the past. It permits—in fact requires—us to recognize the ideological roots of tradition. All tradition is in fact the tradition of men, Saint Paul’s included, men whose opinions were shaped, not only by their individual psychological needs, but by the social structures and other relativities of their time. Some of their claims to divine inspiration may well have been sincere, so we may forgive them in part for their presumption. But we are certainly not obliged to perpetuate their opinions, nor to force our own thinking and acting into the molds they bequeathed. And in many cases, we must reject their views outright, apostles or not, as inappropriate for contemporary egalitarian life. Those alone cling to past forms who have an interest in maintaining the power and privileges which the forms were designed to promote and protect. In short, only white males and those of their victims who have internalized their oppression are traditionalists.

I covered a lot of ground in that paragraph and may have skipped a step or two. But such in broad strokes is what I am constantly hearing from the majority of the academics around me. What are we to say in response to such charges? Surely the first thing is to agree that traditional forms can be abused and too often have been. Religion in particular has in many cases been the means for perpetuating the very attachment to self-interest and enlargement of ego that it purports to oppose. One must admit that asseverations as to divine inspiration and spiritual insight have sometimes been used for sheerly political purposes. But these historical facts, however odious, are irrelevant to the existence of that insight itself and hence to the true significance of revealed tradition. The fact that my claim to have seen something may be used to guarantee my privileges and to bolster my power is no proof against the existence of eyesight, even my own, nor does it follow that we should all deliberately blind ourselves to prevent such exploitation. The critics are correct to a point, but all this shows is that men are fallen, not that there is no revelation. Whether we call their criticism a case of throwing out the baby with the bathwater or not seeing the forest for the trees, the sad fact remains that too many so-called intellectuals no longer seem to be using their intellects. So distracted are they by the accidents of the many data they study, and so intent on putting forward certain political theses, that they no longer seem capable of thinking metaphysically with respect to essentials. For if they were, they would be obliged to concede that even if all tradition were the tradition of men—even if in the whole of our past authentic revelation had not once broken through the barriers of pride, greed, indifference, and hatred—it had nevertheless finally done so in their case. This is a very important point. Let me circle round and come at it this way.

We are often told that traditionalists are romantics. We idealize and idolize the past. We speak in terms of broad generalities and neglect the complexity and concrete messiness of real life. The picture we paint of our ancestors is a fiction of our own imagining. We should wake up and come to grips with the fact that folks are folks. Socrates, for example, was just another academic—not in his disciple’s but in our sense of the term. He taught, we are told, that the soul is divine and inwardly free from the bonds of becoming, and he may even for awhile have believed it. But like the modern scholar, he was basically in the business of solving various mental puzzles and problems. Even when he claimed to be doing something other and higher—when he claimed that it is possible for a man to discern the eternal forms with a disciplined intellect—this was itself simply another stratagem to circumvent certain conceptual difficulties, which were themselves rooted in the existential need he shared with all of us to cope with “real” life. The same must be said of all the other sages, saints, and prophets whose teachings are comprised by tradition. None were any better than we are. In fact, if you think about it, they must have been worse. Insofar as they were sincere in their claims, they were naïve and unself-critical, and therefore intellectually our inferiors. Insofar as they were not sincere, they were demagogues and petty tyrants, and therefore morally deficient and worthy of censure. I am going a little too far with this, I realize. I have not actually heard a modern or postmodern critic categorically state that all earlier thinkers were beneath him. But consistency demands that he suppose they were—if not all the time or in all particulars, then to the extent at least that they took revelation seriously, which is to say on that one point which was for them most important. For all tradition, remember, is the tradition of men. And all men, according to my liberal colleagues, are inevitably conditioned by their situation in history, whatever may be their claims to the contrary. What they can know is necessarily colored and restricted: inwardly by their psychological make-up, and outwardly by the environment they occupy. Absolutes are therefore out of their reach, and those who purport to transmit a teaching of unconditional value—who suppose themselves links in a true tradition—are either simpletons or frauds. Contributors to this symposium are almost certainly in the latter category. For unlike the ancient thinkers they laud, they have plenty of eager colleagues who are ready at the drop of a hat to diminish their foolishness by reciting the many skeptical mantras about what it means to be caught in the web of relativity. We are therefore without excuse. I am perhaps especially blameworthy. It would be rather different had I spoken only about the concept or the problem of God, or had I stopped short with the observation that such-and-such a historical figure had alleged that revelation is a divine descent into space and that tradition is its radiation through time. But no. Not content with historical or phenomenological description, I have gone and played the metaphysician and spoken as though certain things can be said that just can’t be. A single movement of God to man? What extraordinary pretension!

The reader will observe that I have thus far carefully avoided making use of the various technical terms that might otherwise have facilitated my descriptions of these critics’ position. If he has nonetheless noted the empiricism, nominalism, pragmatism, and evolutionism implicit in their commentary, so much the better. But I have found through long experience that it does no good to employ such words if one really wants to get somewhere in arguing about these issues. Names for schools of thought or philosophical positions are simply too unwieldy, too fuzzy around the edges. Nobody is going to accept a label which he is convinced is the name for an error, and if he is not yet convinced, the label itself will not help. The metaphysician will therefore wish to get behind all the party loyalties, all the likes and dislikes, all the historical associations and influences and eponyms, so as to get directly at the error, and thereby the corresponding truth, itself. By briefly recounting some of the arguments I hear against the traditionalist point of view, my aim is to encourage if possible a more precise assessment of the essential problems we face than a mere listing of –isms allows for. And I hope by this means to have helped in exposing the fundamental illogic at the root of the liberals’ position. Take a quick look back at the last page or so. The illogic or the contradiction I am referring to may not be immediately obvious. I have left it for the most part embedded in the ambiguities and half-truths in which it usually comes packaged. There is one sentence, however, where it was allowed to emerge into the clear light of day. According to the critics, I reported, all men are inevitably conditioned by their situation in history. My report is hardly unique. We have all been force-fed this maxim hundreds of times. But I suspect that its very repetition may have dulled us to its full enormity. All men are inevitably conditioned by their situation in history. When all the competing slogans are put to one side, it is this more than anything else which seems to typify the modernist mentality, whatever the peripheral nuances. And it is this which accounts for the liberal scholar’s sometimes patronizing, sometimes hostile attitude toward those who put stock in revealed tradition. Quite apart from all the rhetoric about abuse and injustice, and leaving aside all the lamentations about our need for pluralistic perspectives, the bottom line has to do with a complete misunderstanding about the nature of man himself and about what can and cannot be known. And here, of course, is where the contradiction comes in. Who is there to know what the rest of us can’t?

An image may be helpful. What we are dealing with basically are crabs in a barrel. The experienced chef is confident that he has nothing to fear in leaving the barrel uncovered as he goes about preparing to cook the creatures. For as soon as one of them gets close to the rim, the others are sure to pull him back. And so it seems with our critics. Let anyone try to get past the rim of history and contingency—let anyone even take seriously the possibility that some men have succeeded—and they are sure to cry foul. Certain of the cognitive police would pull us down sooner. The world is a construction of language! All theory is ideology! Others would allow us to crawl a bit higher. All ideas follow from impressions of sense! Concepts without percepts are empty! But, either way, what these particular crabs do not seem to realize is that in their efforts to bring everybody else back down into the domain of the relative, they are themselves obliged to create leverage by reaching over the edge.

In order meaningfully to claim that all men are inevitably conditioned by their situation in history, the critics must for a split second at least have escaped their own law of gravity. Either they have ceased to be men altogether or as men they have ceased to be subject to the conditions in question. If the first were true, if these apparent men were gods, then their dictum, we might suppose, could be salvaged. I suspect, however, that they will confess they are not. If, on the other hand, the second and only other possibility obtains, then the rule collapses, the possibility of revelation is vindicated, and Socrates and company are free once again to teach the truth. This is what I had in mind earlier when I accused the critics of tradition of not using their intellects and for not thinking consistently. As I explained, even if they suppose all tradition to be the tradition of men, they are compelled to make an exception in their own favor. Even if there were no revelation before, and therefore no contact with something higher than the rim of the barrel, there must now be in their case. And this, of course, is the illogic I speak of. For if no one could know more than the relative, no one would be left to proclaim this was so. Make no mistake. There is clearly nothing new in these comments. I have myself been over much the same ground countless times, as I am sure my fellow contributors have. And like me, they will doubtless have heard the many excuses for the unthinking at work here, some more and some less sophisticated. We are told about tricks of language, performative contradictions, the subtleties of self-reference, and incompleteness theorems, while distinctions within distinctions are drawn between various degrees of relativism, as if a man could be “sort of” dead or a woman “rather” pregnant. I used to try putting up arguments against these dodges, but I have come to believe that the real problem is not a lack of proof or clarity, but a lack of attention. The only other, even less charitable, hypothesis is sheer perversity. It seems instead there are minds, otherwise fairly supple and clever, which can nevertheless not sustain a thought long enough to ponder its implications. I do not know why, but some apparently intelligent people simply cannot look at their looking so as to see what conclusions must be drawn from their seeing. Try as one might by the grip of sound logic to pin their gaze and to keep their heads from twisting and turning, they are still going to blink.

But the point of this paper is not to engage in more wrestling. I return to the modern illogic only because I think it is crucial for the whole question of tradition in contemporary life. I would argue, in fact, that diagnosing this malady can help us understand what is decisive about tradition in any period, past or present. For the role of tradition, as defined at the outset, is today no different from what it ever was. In season and out, the extension or radiation of revelation through time always serves the same essential function, which is to recall men from their attachment to time itself. In the midst of all the many changes both within us and out, the point of tradition is to provide us with openings onto the eternal—moments in which all movement is taken into itself, places where all of space becomes centered, and where we are brought face to face with what truly abides beneath the shifting surface of contingency. A ritual gesture, the implacable face in an icon, the poise of a spiritual master, a place of pilgrimage, the chanted words of a sacred text, a flower. These are all modes of tradition. These are the echoes and reflections of God.
Conceived in this way, tradition is there to remind us of who we are. Created in the image of God, man is meant to be a pontifex. Made of both the real and the unreal, he is fashioned as a bridge between the infinite and the finite, the absolute and the relative. He is himself a projection of God into space, a kind of living, breathing revelation, from whose touch there should flow to all creatures the reverberations of their origin. But man constantly falls away from this calling. Taking his definition from the creatures beneath him, he spends his whole life resisting the fact that he is made for eternity. He gives way to what changes and is drawn further and further into its sphere. What fails to abide also fails to demand, and man is soft. He finds it so much easier to flow with the currents around him than to resist and be broken. So much the better, of course, if he can manage to convince himself that everything flows, that everything is relative, that all is woven from the threads of history. For then he has no cause to feel bad or inadequate. His torpor excused as if it were a consequence of the very nature of things, he can then turn the tables on those who would speak of the gods, charging them with fantasy.

No one doubts of course that men have always cherished their excuses. I certainly do. There is nothing at all new in our wish to avoid the discipline that must accompany all contact with God. The absolute by its very nature requires all that I am. It is satisfied with nothing less than the complete and constant conformity of my entire being. And in this sense folks really are just folks. No one likes to have his ego killed. Sanctity has never been easy, and those who think otherwise really are just romantics, and not traditionalists. What is new about the modern mentality is not its weakness but its smugness. The position which the modernist espouses is unprecedented, not because men never made excuses before, but because they never dreamed of elevating individual laziness to the level of a universal fatality. What is unique to our day is the interest on the part of the critics in applauding man’s failures and translating them into the language of maturity and strength. Ignorance has given way to agnosticism, sin to sickness, and virtue itself of vice must pardon beg. And this is why any serious acceptance of tradition is bound to provoke the reactions it does, whether quiet amusement or smoldering indignation, or at best a feigned interest in the psychology or phenomenology of old-fashioned ways of thinking. Whatever else they may tolerate, those for whom everything changes and change is everything simply cannot abide the thought that there was something in the beginning, which is now, and which ever shall be, unto the ages of ages. It cramps their style.

It is time to back off just a bit. As I approach my conclusion, I realize that I must admit in all candor that part of the problem we face in dealing with liberal academics may well be the result of a genuine misunderstanding. This is not to take back what I have said. I continue to think that attention is the real key to this matter. But there may be more, and for this reason, one final effort in the direction of clarity will perhaps not have been wasted. Part of the problem, I suggest, is that tradition remains confused in some quarters with things that are simply chronologically old. On this showing, all traditionalists would be reactionaries. This is why I was at pains early on to insist that we focus here only on transmissions beginning in God. My metaphysical definition of tradition as such, as distinct from a doctrinal exposition of any given tradition, was meant to underscore the fact that age in itself is not the issue, and to encourage us in prescinding from all the many interminable historical arguments about local apostolic successions.
Of course what I am calling tradition as such cannot but be old, nor would it be possible to discover an era without its expression. But this is simply owing to the nature of the God who reveals Himself, who cannot but be infinite, and whose infinitude means both originality and perpetuity on the plane of becoming. To put the point otherwise, there has never been a time without God, nor a place into which He has failed to descend. His eternal power and Godhead have always been manifest in the things that are made, and the particular traditions are so many palimpsests of a script written into the substance of creation itself. It is not surprising, therefore, that we should find signs of tradition wherever and whenever we look. But the universality and antiquity are accidental from the metaphysical point of view. They are the results of tradition and not its causes. This of course is what accounts for my opening paradox, and it is this that makes the traditionalist’s task so difficult, so easily confused at first glance with exclusivist dogmatism or fundamentalism. He must defend what is old, not as old but as true, as the temporal expression of something which is always springing fresh from eternity, without father, without mother, without descent, having neither beginning of days, nor end of life, but made like unto the Son of God.
I do not, however, wish to leave my reader with the wrong impression. I am not suggesting that we conservatives are altogether alone in our quest of the truth. We are simply conscious about what we are doing, and one hopes conscientious as well. Had they eyes to see, the liberals would realize that our innate nobility obliges all of us to think metaphysically, for no man can escape his nature, not even by denying he has one. There is no getting around the fact that we are made for the absolute or else we are nothing, and that to be man in the fullest sense of the word is to know it. Even in their duckings and dodgings, the modernists and the postmodernists must attempt to speak truly. They must say what they suppose to be so, not only here and now but as such. And they cannot therefore avoid being metaphysicians, whether they like it or not, and be they good ones or bad. The illogic of their supposals stands as indirect proof this is so. For it is precisely when their position implodes that they attest quite in spite of themselves to the underlying point of tradition, which is to transmit what we need in order to become what we are. They confess with us all that in abdicating his vocation as a projection of God, man now stands in need of an outward assistance. He is dependent on symbols of the truth that he has buried within his heart. Of course most of my fellow academics will still resist my talking this way. They will object that this letter has ignored their demands for criteria and their protests that revelation is far from self-evident. They will complain that my approach remains too abstract, too pretentious, and out of touch with the times. They will say, in short, that I am still preaching to the converted and not taking them seriously. And perhaps they are right. But throughout this additional rhetorical flurry, they will not have changed either. They will still be necessarily speaking as men—fallen men who like me long for the truth that makes free, whom tradition in contemporary life may yet make whole.


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20 mai 2005

Hariche Samir, Le langage de la Prostituée de Babylone, (note de lecture)

Article publié sur www.religioperennis.org.

Les traditions sont unanimes à reconnaître qu’à la fin des temps le langage deviendra dur et grossier, et que la vulgarité tiendra lieu de la sincérité.
La grossiéreté du langage participe de la dégénérescence de la forme.

La langue qui détient la suprématie aujourd’hui est l’anglais, qui apporte une vision du monde extrêmement simple et pauvre. Par rapport à elle, le sanskrit et l’arabe sont d’un raffinement inouïs.

Le processus de dégradation est visible à l’intérieur de la même langue aussi. La perte du sens métaphysique des mots pour un sens vague et inférieur est une chose qui se constate de plus en plus (ex: le mage mazdéen, qui était un brahmane, un sacerdot). D’autres exemples: amour, adepte, prophète, devin, voyant, tradition, marabout, fakir, initiatique, mystique, ésotérique, etc.

Un symptome de l’indistinction chaotique de la fin des temps est la présence des mots fourre-tout: truc et machin. C’est le cas inverse d’Adam, qui avait donné le nom à toute chose.

“Enfin, un des plus diaboliques procédés de dégradation de la forme est le gros mot, ou encore celui qui attribue à une expression métaphysique une signification sexuelle. Nous parlons de ces processus différents en même temps parce qu’ils se rejoignent sur l’importance donnée au scatologique et au sexuel, ou, en un seul mot, à l’organique. Les gros mots en effet renvoient pour la plupart à des organes génitaux, à des actes sexuels, ou à des personnes liées au monde du sexe et de sa marchandisation, ou encore aux matières excrémentielles ou aux actes les produisant.”
Ex: le mot “putain”, qui est utilisé dans les mêmes circonstances dans lesquelles les musulmans utilisent “al-hamdulillah”.

“Lorsqu’on dit « Putain ! », de la même façon que les croyants nomment Dieu par l’attribut de Sa Louange, on est en fait en train de vénérer ce que l’Apocalypse nomme la Prostituée de Babylone.”

Pûtanâ, déesse-démon fille de Bali, a tenté d’empoisonner le bébé Krishna. Elle symbolise en hindouisme l’égo qui veut détruire la Divinité.

L’Antichrist est l’aspect actif du Satan; la Prostituée est son aspect passif.
L’emploi des expressions grossières est l’adoration inconsciente de la Prostituée de Babylone.

“L’alchimie traditionnelle voit en toute chose de l’or en puissance qu’il s’agit d’actualiser, de révéler. Elle se fonde sur une hiérarchie des métaux. Or l’alchimie satanique du langage de la Prostituée de Babylone transforme toute chose en la matière la plus vile de toutes, qui n’est même pas un métal, aussi vil soit-il comme le plomb. La matière fécale est le dernier degré de dégradation et de dissolution que subit l’idée de matière, liée à la réceptivité, à la plasticité et à la passivité du principe féminin. En un certain sens, c’est là la matière même du corps abominable et monstrueux de la Prostituée de Babylone.”

“On ne dit donc rien impunément, sans que des conséquences inévitables ne s’ensuivent dans l’ordre cosmique. Les Anciens avaient le sens de ce genre de responsabilités métaphysiques, dont les modernes ont perdu même la notion. Peut-être dire, comme on le fait habituellement, qu’une chose est une « merde », ne la rend pas réellement telle ; mais quand trois milliards d’êtres humains disent cent fois par jour « merde » à propos de tout, le monde commence à le devenir réellement.”
La métaphysique est utilisée pour désigner des réalités sexuelles: “septième ciel” pour “orgasme”.

Observation: en roumain se fait depuis la modernité l’invocation du diable (drace!, ce dracu!, ce naiba!, du-te naibii! etc.). Encore: l’Algérie et la Tunisie sont beaucoup plus vulgaire que le Maroc et surtout la Libie, restées traditionnelles. La vulgarité est presque inconcevable en Egypt.


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19 mai 2005

Platon, Le Banquet ou de l’Amour, (note de lectura)

Traduit du grec par Léon Robin et M.J. Moreau. Editions Gallimard, 1950.

Préface (signée François Châtelet, octobre 1972)
La date de la composition du Banquet semble 385 avant notre ère.
L’atmosphère du Banquet ne semble pas favoriser l’échange intellectuelle: une présentation singulièrement confuse, une circonstance exceptionnelle – une beuverie systématique, des événements qui, en apparence encore, viennent rompre la continuité du récit: la mauvaise humeur de celui-là, le hoquet de celui-ci, l’arrivée inattendue d’autres convives plus ivres encore…
Par structure, le Banquet est rapproché de Phédon, le dialogue qui raconte les circonstances de la mort de Socrate.

Introduction ou dialogue raconté
Apollodore de Phalère parle avec Glaucon sur la réunion d’Agathon, de Socrate, d’Alcibiade.
Le récit du banquet est fait par Aristodème de Kydathènéon, “un petit homme, toujours nu-pieds” (p. 23).
“Quelle bonne affaire ce serait, Agathon, dit Socrate en s’asseyant, si la sagesse était chose de telle sorte que de celui de nous qui est plus plein elle coulât dans celui qui est plus vide, à condition que nous soyons en contact l’un avec l’autre: comme l’eau que contiennent les coupes coule, par le moyen du brin de laine, de celle qui est plus pleine dans celle qui est plus vide!” (p. 30)
Eryximaque, le fils d’Acoumène.
Pausanias.
Phèdre de Myrrhinonte.
Eryximaque: “l’ivresse est funeste aux hommes” (p. 33)
En quelque sorte le sujet des discours: “[…] n’est-ce pas un scandale que tels ou tesl d’entre les Dieux aient inspiré aux poètes la composition d’hymnes et de péans, tandis que pour l’Amour, qui est un dieu si ancien, si important, il ne s’est jamais trouvé un seul poète, entre ceux qui se sont fait une place importante, pour composer aucun hommage à sa gloire.” (p. 34-35)

Première partie
1. Discours de Phèdre
L’Amour est, parmi les dieux, le plus ancien. Il est sans parents.
Selon Hésiode, le premier né est le Chaos, puis Terre, puis Amour. Selon Parménide, Amour est le premier dieu auquel ait pensé la déesse.
Note: “Le thème dominateur des cinq premiers éloges est la conception, mi-admise, mi-réprouvée, de l’amour masculin. Tous visent à le justifier à des points de vue divers, et même en le déguisant, comme fera Pausanias, sous des intentions moralisatrices. Avec Socrate au contraire, cet amour est totalement épuré de ses motifs sensuels et transposé, sans équivoque, sur le plan éducatif et spirituel.”
Phèdre évoque:
♥ Alceste, la fille de Pélias, celle qui a accepté de mourir à la place de son époux;
♥ Achille, qui a vengé Patrocle, tout en sachant que de cette manière il perdra sa vie;
♥ Orphée, fils d’Œagre, renvoyé de chez Hadès sans avoir rien obtenu.
Conclusion de son discours (et réaffirmation de la thèse): “Ainsi, je prétends donc, quant à moi, qu’Amour est, des Dieux, le plus ancien, le plus vénérable, le plus puissant pour conduire les hommes, à l’acquisition de la vertu et du bonheur, aussi bien pendant leur vie qu’après leur mort.” (p. 43)

2. Discours de Pausanias
L’Amour n’est pas unique.
Il existe deux Aphrodites: Céleste, fille de Ciel, et la fille de Zeus et de Diônê. A chaque Aphrodite correspond son Amour.
Sur Aphrodite la Populaire: “est moins ancienne que l’autre et […] dans son origine, participe de la femelle et du mâle.” (p. 46)
Dans l’Ionie et en nombre d’autres pays “soumis à la domination des Barbares” (p. 49), l’homosexualité est une vilaine chose.
Conclusion, après l’exposé de plusieurs manières d’envisager l’homosexualité: “Ainsi donc, là où il a été institué que c’est une vilaine chose de céder aux vœux d’un amant, il y a là une conséquence de la dépravation de ceux qui cela est institué: d’une part, de l’ambition avide des détenteurs du pouvoir. Mais, où la règle a été posée d’une manière absolue qu’au contraire cela est bien, il y a là une conséquence de la paresse d’âme de ceux chez qui cela a été institué.” (p. 49-50)
Il est plus beau d’aimer ouvertement que d’aimer en cachette.
Il est préférable d’aimer les plus nobles et les meilleurs, même s’ils sont plus laids que les autres.
C’est une bonne chose de faire une conquête, tout comme c’est une vilaine chose de la rater.
Dans l’amour sont permises des choses qui ne sont pas tolérées dans d’autres domaines. “[…] un serment d’amour, dit le proverbe, ce n’est point un serment!” (p. 52) Celui qui aime dispose à Athenes d’une complète liberté.
Presque une conclusion: “Ainsi que je l’ai dit dès le commencement, la chose comporte des distinctions; elle n’est en soi-même et par soi-même ni belle, ni laide. Mais elle est belle si c’est de la belle façon qu’on la fait, vilaine, au contraire, si c’est de la vilaine façon; et de la vilaine façon maintenant, c’est quand perversement on cède aux désirs d’un pervers; de la belle, c’est quand on cède bellement et à un homme de mérite.” (p. 53)
La constance et la stabilité sont considérées supérieures au changement.

3. Discours d’Eryximaque
Eryximaque est d’accord avec le double amour, exposé par Pausanias.
Définition: “La médecine est en effet, pour le dire sommairement, la science des phénomènes d’amour dont le corps est le siège […]” (p. 60-61) Dans le corps, le sain et le morbide sont distincts et dissemblables.
Héraclite dit que “l’unité se compose en s’opposant elle-même à elle-même, tout comme l’accord de l’arc ou celui de la lyre.” (p. 62) Réfutation: “Or il est d’une complète inconséquence de dire qu’un accord est une opposition, ou qu’il est consitutué par des oppositions qui n’ont pas disparu. Ce que sans doute il voulait dire cependant, c’est que, d’une opposition antérieure de l’aigu et du grave, puis de leur conciliation ultérieure, l’art musical a fait un accord; car il serait impossible assurément que l’accord pût exister, si subsistaient encore et l’aigu et le grave! L’accord musical est en effet une consonance, et la consonance est une sorte de conciliation; mais la conciliation ne peut résulter de l’opposition, tant que subsiste éventuellement cette opposition: encore une fois, ce qui s’oppose, et qui n’est point concilié, ne peut constituer un accord.” (p. 62-63)
“[…] la musique est, à son tour, dans le domaine de l’accord et du rythme, science des phénomènes d’amour.” (p. 63)
Le bel amour tient de la muse de l’astronomie, Ourania. Le mauvais amour tient de Polymnie, la muse de la passion. Parfois, les deux amours sont difficiles a séparer.
Les sacrifices aux dieux ont pour but de préserver et de guérir l’amour.
“Toute impiété, en effet, naît de ce que, au lieu de céder aux vœux de l’amour bien réglé, au lieu de l’honorer, de le vénérer en tout ce qu’on fait, c’est ainsi qu’au contraire on se comporte envers l’autre, et en ce qui concerne les parents, aussi bien vivants que défunts, et en ce qui concerne les Dieux.” (p. 66)

4. Discours d’Aristophane
Thèse d’Aristophane: “A mon avis, en effet, les hommes n’ont absolument pas conscience du pouvoir d’Amour, car, s’ils en avaient conscience, ils lui auraient élevé les temples les plus imposants, dressé des autels, offert les plus riches sacrifices; et non, comme aujourd’hui, où rien de tel n’existe à son sujet, tandis que l’existence en est tout ce qu’il y a de plus nécessaire!” (p. 69)
Le discours se veut une initiation au pouvoir de l’Amour.
Autrefois la nature de l’homme n’était pas celle d’aujourd’hui. “Premièrement, l’espèce humaine comportait en effet trois genres; non pas deux comme à présent, mais, en outre de mâle et femelle, il y en avait un troisième, qui participait de ces deux autres ensemble, et dont le nom subsiste de nos jours bien qu’on ne voie plus bien qu’on ne voit plus la chose elle-même: il existait alors en effet un genre distinct, l’androgyne qui, pour la forme comme pour le nom, participait des deux autres ensemble, du mâle comme de la femelle; ce qui en reste à présent, ce n’est qu’une dénomination, tenue pour infamante.” (p. 70) Platon note bien qu’entre la nature primordiale et le présent il existe un processus de dégénérescence. Hélas, la description de l’androgyne est impregnée de l’antromorphisme grec: “[…] chacun de ces hommes était, quant à sa forme, une boule d’une seule pièce, et avec un dos et des flancs en cercle; il avait quatre mains et des jambes en nombre égal à celui des mains; puis, sur un cou tout rond, deux visages absolument pareils entre eux, mais une tête unique pour l’ensemble de ces deux visages, opposés l’un à l’autre; quatre oreilles; parties honteuses en double; et tout le reste comme cet aperçu permet de le conjecturer!” (p. 70-71)
Le mâle était un rejeton du soleil [yang], la femelle, de la terre [yin]. L’androgyne tenait de la lune, parce qu’elle participe des deux [principes].
L’avancement de l’androgyne se fait en tournant en boule, comme une roue.
L’androgyne avait beaucoup d’orgueil, ce qui le poussa à attaquer Dieu. Zeus décide de le couper en deux, pour le faire plus faible.
L’androgyne n’avait besoin de personne, il pouvait s’accoupler lui-même.
L’amour guérit la nature humaine, en refaisant l’androgyne primordial.
Forte tendance d’expliquer les déviations en utilisant des “mythes”.
Définition de l’amour: “[…] au désir et à la recherche de cette nature d’une seule pièce, qu’on donne le nom d’amour.” (p. 79)
De nouveau, sur la chute: “[…] auparavant […] c’est ce que je dis, nous étions un être unique; mais maintenant, à cause de notre injuste conduite, notre unité à été dissoute par le Dieu, de la même façon que, par les Lacédémoniens, l’unité arcadienne.” (p. 79-80)
La menace de Zeus de couper les hommes encore une fois en deux – prophétie du rétrecissement moderne (hyperspécialisation)?!?
Conseil pour le bonheur: “[…] le moyen pour notre espèce de parvenir au bonheur, ce serait, pour nous, de donner à l’amour son achèvement, c’est-à-dire que chacun eût commerce avec un aimé qui soit proprement le sien; ce qui est pour chacun revenir à son antique nature.” (p. 81)
Somme tout, l’Amour chéri par Aristophane est une voie de reconstitution de l’androgyne primordial.

5. Discours d’Agathon
Agathon se propose de faire une description de l’Amour.
L’amour est le plus jeune, parce qu’il cherche toujours la jeunesse et fuit la vieillesse. “[…] car il dit vrai, l’antique adage, que le semblable se rapproche toujours de son semblable!” (p. 86)
L’amour est délicat. C’est dans les âmes des dieux et des hommes qu’il établit sa résistence.
Sa nature est souple.
Entre Laideur et Amour il y a un perpétuel conflit.
L’Amour ne commet pas d’injustice, ni n’est victime d’injustice.
Force ne se saisit point d’Amour, c’est de bon gré que tout homme se met au service d’Amour.
L’Amour participe de la justice, tout comme de la tempérance.
Il n’y a pas de volupté qui soit plus forte que l’Amour.
Arès ne peut pas rivaliser avec Amour.
Il existe dans l’Amour un savoir grâce auquel naissent et croissent tous les vivants.
“Or, jusque-là, ainsi que je l’ai dit en commençant, quantité de choses affreuses, d’après la légende, avaient lieu parmi les Dieux, parce que régnait Nécessité; mais, après la naissance de notre Dieu, l’amour des belles choses a engendré tous les biens, pour les Dieux aussi bien que pour les hommes.” (p. 92)
L’intervention est trop poétique par ailleurs.

Trosième intermède: la parole passe à la philosophie. Socrate
Sur la méthode à suive dans le dialogue: “Dans ma sottise, je m’imaginais en effet qu’on doit dire des choses vraies sur le comte de chaque objet dont on célèbre la louange, et que cela est fondamental; que, d’autre part, entre ces choses vraies ont fait un choix des plus belles et qu’on les dispose de la manière la meilleure et la plus convenable.” (p. 96) J’ai du mal à comprendre pourquoi la Vérité devrait être corompue par l’intrusion du beau et du convenable. A vrai dire, je ne comprends guère.

Deuxième partie
Préparation dialectique: Socrate et Agathon
On a envie de ce dont on est dépourvu.
Amour est amour de quelque chose indéterminé.

Continuation fictive du dialogue: diotime
Les informations de Socrate viennent de Diotime, “une femme qui était aussi savante là-dessus que sur quantité d’autres sujets et à laquelle les Athéniens ont dû, grâce à un sacrifice fait à un certain moment avant la peste, un répit de dix années” (p. 104-105)
Il faut d’abord expliquer la nature de l’Amour, puis ses œuvres.
Selon Diotime, l’Amour n’est ni bon, ni beau. Or, il se fait qu’il n’est pas non plus mauvais et laid. Il est “quelque chose d’intermédiaire entre les deux contraires.” (p. 106)
Il existe un intermédiaire entre le savant et l’ignorant: “Juger droit et sans être en état de rendre raison de ce jugement, […] cela n’est, ni posséder le savoir, car comment une chose dont on ne rend pas raison pourrait-elle constituer un savoir? ni ignorance, car comment ce à quoi il arrive de rencontrer la réalité constituerait-il une ignorance? C’est en quelque chose de tel que consiste l’opinion droite: un intermédiaire entre sagesse et ignorance.” (p. 106)
L’Amour n’est pas un dieu, tout comme il n’est pas un mortel. Il est “[…] un intermédiaire entre ce qui est mortel et ce qui est immortel.” (p. 108)
L’Amour est: “Un grand démon […] et, de fait, tout ce qui est démonique est intermédiaire entre ce qui est mortel et ce qui est immortel.” (p. 108) Sa fonction est “[…] de faire connaître et de transmettre aux Dieux ce qui vient des hommes, et aux hommes de qui vient des Dieux: les prières et les sacrifices des premiers, les injonctions des seconds et leurs faveurs, en échange des sacrifices; et, d’un autre côté, étant intermédiaire entre les uns et les autres, ce qui est démonique en est complémentaire, de façon à mettre le Tout en liaison avec lui-même.” (p. 108-109)
Le savant est un homme démonique (s’est-il fait le frère du diable, comme dit un proverbe roumain?). “Enfin, celui qui est savant là-dessus [sacrifices, initiations, incantations, prédiction, magie] est un homme démonique, tandis que celui qui est savant en tout autre domaine, en rapport, soit à une science spéciale, soit à un métier manuel, celui-là n’est qu’un artisan!” (p. 109)
L’Amour est fils de l’Expédient, et de Pénia (Pauvreté).
Nature de l’Amour: “En premier lieu, toujours il est pauvre, et il s’en faut de beaucoup qu’il soit délicat et beau comme la plupart des gens se l’imaginent; mais, bien plutôt, il est rude, malpropre; un va-nu-pieds qui n’a point de domicile, toujours couchant à même la terre et sans couvertures, dormant à la belle étoile sur le pas des portes ou dans la rue; tout cela parce que, ayant la nature de sa mère, il fait ménage avec l’indigence! Mais, en revanche, conformément à la nature de son père, il guette, embusqué, les choses qui sont belles et celles qui sont bonnes, car il est vaillant, aventureux, tendant toutes ses forces; chasseur habille, ourdissant sans cesse quelque ruse; curieux de pensée et riche d’idées expédientes, passant toute sa vie à philosopher; habile comme sorcier, comme inventeur de philtres magiques, comme sophiste. De plus, sa nature n’est ni d’un immortel, ni d’un mortel, mais, le même jour, tantôt, quand ses expédients ont réussi, il est en fleur, il a de la vie; tantôt au contraire il est mourant; puis, derechef, il revient à la vie grâce au naturel de son père, tandis que, d’autre part, coule de ses mains le fruit de ses expédients! Ainsi, ni jamais Amour n’est indigent, ni jamais il n’est riche!” (p. 110-111)
Sur l’ignorance et l’autosuffisance: “[…] car ce qu’il y a précisément de fâcheux dans l’ignorance, c’est que quelqu’un, qui n’est pas un homme accompli et qui n’est pas non plus intelligent, se figure l’être dans la mesure voulue: c’est que celui qui ne croit pas être dépourvu n’a point envie de ce dont il ne croit pas avoir besoin d’être pourvu.” (p. 112)
Ceux qui philosophent ne sont ni les sages, ni les ignorants, mais ceux qui se trouvent entre les deux, intermédiaires [ce qui nous poussent à prendre la philosophie pour ce qu’elle est, une préparation pour quelque chose de nettement supérieur].
Par la possession des bonnes choses les gens sont heureux.
Le passage de la non-existence à l’existence est une création.
Définition de l’Amour: “D’une façon générale, tout ce qui est désir des choses bonnes et du bonheur, c’est cela qu’est Amour, aussi tout-puissant que rusé en toute chose.” (p. 116)
Il y a un doctrine d’après laquelle ceux qui cherchent la moitié d’eux-mêmes, ce sont eux qui aiment. [l’amour = recherche de ce qui manque, de l’équilibre absolu]
“En conséquence, conclut-elle, l’objet de l’amour, c’est, dans l’ensemble, la possession perpétuelle de ce qui est bon.” (p. 118)
Ceux qui vivent selon l’Amour arrivent à “un enfantement dans la beauté, et selon le corps, et selon l’âme.” (p. 118-119)
L’objet de l’amour est l’immortalité. La procréation est ce que comporte d’éternel et d’impérissable un être mortel.
Sur l’identité: “En effet, même dans ce qu’on appelle la vie individuelle de chaque vivant dans son identité (c’est ainsi que, depuis sa petite enfance jusqu’à ce qu’il soit devenu vieux, on dit qu’il est la même personne), oui, cet être-là, quoiqu’en lui il n’ait jamais les mêmes choses, on l’appelle néanmoins le même, et cependant, tout en faisant des pertes, il se renouvelle incessamment, dans sa chevelure, dans sa chair, dans ses os, dans son sang et, d’une façon générale, dans tout son corps. Et ce n’est pas seulement dans son corps, mais ce sont aussi, selon l’âme, ses manières d’être, son caractère, ses opinions, ses désirs, ses joies et ses peines, ses craintes, c’est chacun de ces éléments qui, pour chacun de nous, ne se présente jamais identique à ce qu’il était; il y en a, au contraire, qui vienennt à l’existence; il y en a d’autres qui se perdent.” (p. 122-123)
Etudier implique une évasion de la connaissance.
L’amour de la renommée est “le désir de se ménager pour l’éternité du temps une gloire immortelle.” (p. 125)
Les hommes féconds selon le corps se tournent vers les femmes, les hommes féconds selon l’âme se tournent vers la pensée.
Sur l’initiation à l’amour: “Or ces mystères d’amour, Socrate, ce sont ceux auxquels, sans doute, tu pourrais être toi-même initié. Quant aux derniers mystères et à la révélation, qui, à condition qu’on en suive droitement les degrés, sont le but de ces premières démarches, je ne sais si tu es capable de les recevoir.” (p. 128)
Quand on est jeune on cherche la beauté résidant dans les corps. Ensuite on cherche la beauté résidant dans les âmes, le beau dans les occupations et les maximes de conduite.
Le but final de la connaissance est apercevoir “une certaine connaissance unique” (p. 130). La révélation suprême est le Beau absolu: “Celui qui en effet, sur la voie de l’instruction amoureuse, aura été par son guide mené jusque-là, contemplant les beaux objets dans l’ordre correct de leur gradation, celui-là aura la soudaine vision d’une beauté dont la nature est merveilleuse; beauté en vue justement de laquelle s’étaient déployés, Socrate, tous nos efforts antérieurs; beauté dont, premièrement, l’existence est éternelle, étrangère à la génération comme à la corruption, à l’accroissement comme au décroissement; qui, en second lieu, n’est pas belle à ce point de vue et laide à cet autre, pas davantage à tel moment et non à tel autre, ni non plus belle en comparaison avec ceci, laide en comparaison avec cela, ni non plus belle en tel lieu, laide en tel autre, en tant que belle pour certains hommes, laide pour certains autres; pas davantage encore cette beauté ne se montrera à lui pourvue par exemple d’un visage, ni de mains, ni de quoi que ce soit d’autre qui soit une partie du corps; ni non plus sous l’aspect de quelque raisonnement ou encore de quelque connaissance; pas davantage comme ayant en quelque être distinct quelque part son existence, en un vivant par exemple, qu’il soit de la terre ou du ciel, ou bien en quoi que ce soit d’autre; mais bien plutôt elle se montrera à lui en elle-même et par elle-même, éternellement unie à elle-même dans l’unicité de sa nature formelle, tandis que les autres beaux objets participent tous de la nature dont il s’agit en une telle façon que, ces autres objets venant à l’existence ou cessant d’exister, il n’en résulte dans la réalité dont il s’agit aucune augmentation, aucune diminution, ni non plus aucune sorte d’altération.” (p. 131-132) [belle description du Non-Etre indescriptible]
L’initiation à la Beauté: “[…] partant d’un seul beau corps de s’élever à deux, et, partant de deux de s’élever à la beauté des corps universellement; puis, partant des beaux corps, de s’élever aux belles occupations, de s’élever aux belles sciences, jusqu’à ce que, partant des sciences, on parvienne, pour finir, à cette science sublime, qui n’est science de rien d’autre que de ce beau surnaturel tout seul, et qu’ainsi, à la fin, on connaisse, isolément, l’essence même du beau.” (p. 133)
La vie de celui qui “contemple le beau en lui-même” (p. 133) ne peut être comparée avec rien, ni ne mérite être changé avec un autre état.
Le beau divin n’a pas de commune mesure avec ce qui on lui attribue ici-bas: “Comment donc concevoir dès lors, poursuivit-elle, l’état d’un homme qui aurait réussi à voir le beau en lui-même, dans son intégrité, dans sa pureté, sans mélange; qui, au lieu d’un beau que souillent des chairs, des couleurs humaines, une foule d’autres balivernes mortelles, serait au contraire capable d’apercevoir, en lui-même, le beau divin dans l’unicité de sa nature formelle?” (p. 134)
Tout beau est simulacre par rapport au Beau absolu: “Ne réfléchis-tu pas, ajouta-t-elle, que c’est là seulement qu’il réussira, en voyant le beau au moyen de ce par quoi il est visible, à enfanter, non pas des simulacres de vertu, car ce n’est pas avec un simulacre qu’il est en contact, mais une vertu authentique, puisque ce contact existe avec le réel authentique?” (p. 134)

III. Troisième partie
L’entrée d’Alcibiade, ivrogne, qui veut accorder à Agathon la couronne du plus savant et du plus beau.
Socrate témoigne son amour pour Agathon.
Alcibiade décide de faire l’éloge de Socrate. Il avertit que ce n’est pas la caricature qui l’intéresse, même si son éloge pourait y ressembler. Après quoi affirme que Socrate ressemble à Silènes, au satyre Marsyas. Il compare Socrate à un flûtiste sans instrument, qui charme les hommes. Il compare plusieurs orateurs: “Or, en écoutant Périclès et d’autres bons orateurs, je les estimais sans doute éloquents, mais je ne ressentais rien de semblable; mon âme n’en éprouvait point de trouble non plus; elle ne s’irritait pas non plus de penser à la servitude de ma condition. Au contraire, le Marsyas que voici, maintes fois même, m’a mis en de tels états que l’existence, je la jugeais impossible si je me comportais comme je me comporte.” (p. 146)
Apparemment Alcibiade est homme politique: “[…] il y a une foule de choses dont personnellement je manque, et pourtant je continue à n’avoir pas souci de moi-même, tandis que je m’occupe des affaires des Athéniens!” (p. 146)
Alcibiade témoigne éviter les discours de Socrate de la même manière qu’il faut éviter les chants des Sirènes. Il dit aussi avoir honte de Socrate, et que celui-ci est le seul au monde qui l’a fait sentir ce sentiment. “En conséquence, tel un esclave qui s’échappe, loin de lui je m’enfuis, et, quand il m’arrive de le voir, j’ai honte de ce dont j’ai convenu! Maintes fois même, c’est avec joie que j’aurais vu sa disparition du nombre des hommes; mais je sais fort bien en revanche que, si cela arrivait, j’en serais encore bien davantage peiné. Bref, je ne suis pas à même de savoir comment m’y prendre avec ce diable d’homme!” (p. 147)
Alcibiade appelle Platon – “le satyre que voici avec ses airs de flûte” (p. 147) Il dit lui avoir voulu céder pour apprendre de lui “absolument tout ce qu’il savait” (p. 149). Il est désenchenté parce que “[…] rien absolument de tout cela [contact homosexuel – n.n.] n’arriva, mais, après m’avoir tenu des propos semblables à ceux qu’il pouvait d’habitude me tenir, au bout de cette journée passée avec moi, il sortit et s’en alla.” (p. 150)
Dicton: “dans le vin c’est la vérité”.
La tentation d’Alcibiade est déjouée par Socrate, avec “cet air parfaitement naïf qui est tout à fait à lui” (p. 154) Alcibiade témoigne: “Oui, sachez-le, j’en atteste les Dieux, j’en atteste les Déesses: après avoir ainsi dormi avec Socrate, il n’y avait, quand je me levai, rien de plus extraordinaire que si j’avais passé la nuit près de mon père ou d’un frère plus âgé!” (p. 156)
Socrate est “de toutes parts beaucoup plus invulnérable à la séduction de la richesse qu’Ajax ne l’était au fer” (p. 156). Encore: “pour ce qui est de supporter les fatigues, […] supérieur, […] à tous les autres, sans exception.” (p. 157) Encore: “pour la résistance, les autres n’existaient pas comparés à lui.” (p. 157) Il boit plus que tout le monde, mais “jamais personne n’a vu Socrate ivre” (p. 156-157). Encore: “pour l’endurace par rapport aux rigueurs de l’hiver […] il réalisait des prodiges” (p. 158).
Une anectode sur la contemplation: “Ayant en effet concentré ses pensées dès l’aurore sur quelque problème, planté tout droit, il le considérait, et, comme la solution tardait à lui venir, il ne renonçait pas, mais restait ainsi planté, à chercher; c’était déjà midi, les hommes en faisaient la remarque, et, pleins d’étonnement, ils se disaient l’un à l’autre: «Depuis le petit jour, Socrate est là debout, en train de méditer quelque chose!» Finalement, le soir venu, quelques-uns de ceux qui l’observaient, ayant, après leur dîner, transporté dehors (car on était alors en été) leur couchage, joignaient ainsi à l’agrément de dormir au frais la possibilité de surveiller Socrate, pour voir si, toute la nuit, il demeurerait ainsi, en plant. Or, il resta planté de la sorte jusqu’à l’aurore et au lever du soleil. Ensuite, il s’en alla de là, après avoir fait au Soleil sa prière.” (p. 158-159)
Socrate avait sauvé Alcibiade, quand celui-ci était blessé.
Jugement de synthèse: “Or, que Socrate ne ressemble à aucun homme, ni parmi ceux de l’Antiquité, ni parmi nos contemporains, voilà qui mérite de pleinement nous émerveiller.” (p. 161)
Sur le discours de Socrate, qui ressemble à celui dex Silènes: “[…] car, si l’on veut bien écouter les propos de Socrate, on les trouvera sans doute, à première impression, complètement grotesques.” (p. 162) – cela est pour les dehors. Encore: “[…] il donne toujours l’impression de dire les mêmes choses sous la même forme, si bien que quiconque est ignorant ou irréfléchi doit tourner ses propos en dérision.” (p. 162-163) Mais, après avoir passé le seuil de l’indigénce extérieure du discours: “on découvrira, premièrement qu’ils sont les seuls à avoir dans le fond quelque intelligence; ensuite, qu’ils sont tout ce qu’il y a de plus divin, qu’ils contiennent en eux le plus grand nombre possible d’images divines de vertu, avec le plus large champ d’application, bien mieux avec tout celui qu’il convient d’avoir en vue quand on se propose de devenir un homme accompli!” (p. 163)

Epilogue
“Voilà bien, dit Alcibiade, ce qui se passe d’habitude! Quand Socrate est quelque part, il n’y a, pour un autre, rien à faire du côté des beaux garçons! A présent encore, voyez comme il lui fut expédient de découvrir un motif plausible de faire installer celui que voici auprès de lui-même!” (p. 166)
La fin: “Là-dessus, Socrate, les ayant endormis comme des enfants, se leva et partit; comme à son habitude, Aristodème le suivit. Il se dirigea vers le Lycée, et, après s’être débarbouillé, il passa, comme n’importe quelle autre fois, le reste de la journée, et, quand il l’eut ainsi passée, vers le soir il alla chez lui se reposer.” (p. 167).


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René Guénon, Initiation and the Crafts, (full text)

Initiation and the Crafts was published in the Journal of The Indian Society of Oriental Art, Volume VI. 1938

We have frequently said that the "profane" conception of the sciences and the arts, such as is now current in the West, is a very modern one and implies a degeneration with respect to a previous state in which both of them had an altogether different character. The same can be said about the crafts; the distinction, moreover, between arts and crafts or between "artist" and "craftsman" is also specifically modern, as if it were born of this profane deviation and had no meaning outside it.

The "artifex", with the ancients is without differentiating, a man who practises an art or a craft. He is neither an artist nor a craftsman in the sense these words have today, but something more than the one or the other, for his activity, in its origins at least, issues from principles of a far more profound order.

In all the traditional civilisations, in fact, every activity, of man, whatever it be, is always considered as essentially derived from the principles; on account of that derivation it is as if "transformed" and, instead of being reduced to what it is simply in its exterior manifestation (this would be the profane point of view), it is integrated in the tradition and, for the one who performs it, it is a means of effectively participating in this tradition. Even from the simple exoteric point of view this is so: if one views, for example, a civilisation like that of Islam or the Christian civilisation of the Middle ages, it is easy to see the "religious" character which the most ordinary acts of existence assume in it. Religion there, is not a thing that holds a place apart and unconnected with everything else as in the case of the modern Westerners (those at least who still consent to acknowledge a religion); on the contrary, it pervades the whole existence of the human being; or, it would be better to say, all that constitutes this existence and the social life particularly, is as if included in its domain, so much so that under such conditions there cannot really be anything "profane", but for those who for one reason or another are outside the tradition and whose case is then a mere anomaly. In other civilisations, where there is nothing to which the name religion can be properly applied, there is none the less a traditional and " sacred" legislation which, while having different characteristics, exactly fulfils the same role; these considerations can therefore be applied without exception to all traditional civilisations. But there is something further still; if we pass from the exoteric to the esoteric (we use these words here for the sake of greater convenience, although they do not fit all the cases with equal rigour), we observe, generally, the existence of an initiation bound up with the crafts and taking them as its basis; these crafts then are still susceptible of a superior and more profound significance; we would like to indicate how they can effectively furnish a way of access to the domain of initiation.

Our understanding of it is made easier by the notion of what in Hindu doctrine is called "svadharma", that is the performance by every being of an activity consistent with his own nature, and it is also by this notion, or rather by its absence, that the deficiency of the profane conception is most clearly marked. In the latter, a man can adopt any profession and he can even change it according to his will, as if this profession were something purely exterior to him, without any real connection with that which he really is and by virtue of which he is himself and not another. According to the traditional conception, on the contrary, every one must normally fulfil the function for which he is destined by his very nature; and he cannot fulfil any other without a grave disorder resulting from it which will have its repercussion over the whole social organisation to which he belongs; more than that: if such a disorder becomes general, it will have its effects on the cosmical realm itself, all things being linked together according to strict correspondences.

Without insisting any further on this last point, which, however, could easily be applied to the conditions of the present epoch, we may remark that the opposition of the two conceptions, in a certain connection at least, can be reduced to that of a "qualitative" and a "quantitative" point of view: in the traditional conception, the essential qualities of beings determine their activities; in the profane conception, the individuals are considered as mere "units", interchangeable, and as if in themselves they were without any quality of their own. This last conception is closely connected with the modern ideas of "equality" and "uniformity" (the latter is contrary to true unity, for it implies the pure and "inorganic" multiplicity of a kind of social "atomism") and can lead logically to the exercise of a purely "mechanical "activity only in which nothing properly human subsists; it is just this, in fact, that we can see today. It is thus well understood that the "mechanical" crafts of the modern age, being but a product of the profane deviation, cannot by any means offer the possibilities of which we intend to speak here; they even cannot in truth be considered as crafts, if one wishes to preserve the traditional meaning of the word, the only one with which we are concerned at present.

If the craft is something of' the man himself and is, in a way, a manifestation or expansion of his own nature, it is easy to understand, as we have already said, that it can be used as a basis for an initiation and that generally even it is the fittest thing for this end. In fact, if initiation essentially has for its aim a surpassing of the possibilities of the human individual, it is equally true that only this individual such as he is in himself, can be taken as its point of departure; this accounts for the diversity of the ways of initiation, that is to say, of the means wrought up to act as "supports", in conformity with the difference of individual natures. a difference which subsequently intervenes less and less, as the being goes on advancing on his way. The means thus employed can be efficient only if they correspond to the very nature of the beings to whom they are applied, and as it is necessary to proceed from the more accessible to the less accessible, from the outer to the inner, it is normal to take these means from the activity by which the nature is manifested outwardly. It is evident, however, that this activity can play such a part only inasmuch as It really expresses the inner nature; here is truly a question of "qualification", in the initiatory sense of this term; in normal conditions this "qualification" should be a necessary condition for the exercise itself of the craft. This is at the same time related to the fundamental difference which separates the initiators teaching from profane teaching: whatever is simply "learnt" from outside is here without any value; the question is to "wakeup" the latent possibilities which the being has in himself (and this ultimately is the true significance of Platonic "reminiscences").

Following these last considerations, one can also understand that the initiation, taking the craft as its "support", will have at the same time, and inversely in some way, a repercussion in the practice of this craft. The being, in fact, having fully realised the possibilities of which his professional activity is but an external expression, and having thus an effective knowledge of the principle itself of this activity, will henceforth fulfil consciously what hitherto had been but an instinctive consequence of his nature; if thus the initiatory knowledge, for him, is born of the craft, the latter, in its turn, will be the field of application of this knowledge from which it can never be separated any more. There will be then a perfect correspondence of the interior and the exterior, and the work produced will be an expression, not only to some degree and more or less superficially, but a really adequate expression of the man who conceived and executed it; it will be a master-work in the true sense of this word.

This, one sees, is very far from the so-called "inspiration-, unconscious or subconscious in which modern people want to see the criterion of the real artist, who is nevertheless considered superior to the artisan or craftsman, according to -the more than contestable-distinction which they are in the habit of making. The artist or artisan, if he acts under such an "inspiration", is in any case but a profane person, he shows, no doubt, by his -inspiration- that he carries within himself certain possibilities; as long however as he has not effectively become conscious of them, be it even that he attains to being what is generally called a "genius", this does not make any difference; unable as he is to control his possibilities, his success will be but accidental and this is granted as one commonly says that the "inspiration" is sometimes lacking. All one may concede so as to bring the present case nearer to the other where true knowledge intervenes, is, that the work which consciously or unconsciously flows from the nature of the person who performs it, will never give the impression of a more or less painful effort; the effort always carries with it some imperfection, being anomalous, whereas such a work derives its perfection from its conformity with the nature; this conformity implies directly and necessarily that it is exactly suited to the end for which it is destined.

If now we intend to define more rigorously the domain of what may be called the initiations through the crafts, we have to say that they belong to the "lesser mysteries". referring as they do to the development of the possibilities which belong to the human state proper; this is riot the last aim of initiation, but constitutes at least its first obligatory phase. It is necessary, in fact, that this development is accomplished in its integrity in order then to allow a surpassing of the human state; beyond this, however, it is evident that individual differences, in which these initiations through the crafts have their support, disappear completely and play no part any more. As we have explained elsewhere, the "lesser mysteries" lead to the restitution of the "primordial state", as it is called in traditional doctrines; yet, once the being has arrived at this state, which still belongs to the domain of human individuality (and which is the point of communication between it and the superior states), the differentiations which give birth to the diverse "specialised" functions have disappeared, "although" it is there that they all have equally their source, or rather "on account" of this very fact; to this common source one has to remount so as to possess in its plentitude all that is implied by the exercise of any function whatever.

If we view the history of humanity as taught by traditional doctrines, in conformity with cyclical laws, we must say that in the beginning man had the full possession of his state of existence and with it he naturally had the possibilities corresponding to all the functions prior to any distinction of these. The division of these functions came about in a subsequent phase, representing a state already inferior to the -primordial state", in which however every human being, while having as yet only some definite possibilities, still spontaneously had the effective consciousness of them. It is only in a period of greater obscuration that this consciousness became lost; hence initiation became necessary so as to enable man to find once more along with consciousness, also the former state in which it inheres; this is, in fact, the first of its aims, and the one at which it aims immediately. In order to be possible, this implies a transmission going back by an uninterrupted "chain" to the state to be restored and thus step by step to the "primordial state" itself; still, the initiation does not stop there and the "lesser mysteries" being but the preparation for the "great mysteries", that is for the taking possession of the superior states of the being, one has to go back even beyond the origins of humanity. In fact, there is no true initiation, even , in the most inferior and elementary degree, without the intervention of a "non-human" element, which is the "spiritual influence" regularly communicated by the initiatory rite. If this is so, there is obviously no room for searching "historically" for the origin of initiation-a search which now appears bereft of sense-nor the origin of the crafts, arts and sciences, viewed according to their traditional and "legitimate" conception, for all these, through multiple, but secondary, differentiations and adaptations, derive similarly from the "primordial state" which contains them all in principle, and from there they link up with other orders of existence, even beyond humanity itself; this is necessary so that all and each, according to its rank and measure, can concur effectively in the realisation of the plan of the Great Architect of the Universe.


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Anca Manolescu, O distanţă productivă, (note de lectura)

Articol apărut în Dilema, nr.291, 28 aug. - 3 sept. 1998.

René Guénon a influenţat:
 catolicii de tipul lui Jacques Maritain;
 aventurierii de tipul lui Andre Malraux;
 revoltaţii de tipul lui Henri Michaux;
 revoluţionarii (suprarealiştii).

Keith Hitchins, Ortodoxismul: polemica despre etnicitate şi religie în România interbelică.

Credinţa că înţelepciunea perenă s-a păstrat în literatura populară.

Ernest Bernea (un volum publicat în 1997, Humanitas) – analize folclorice.

Citatele despre ordinea lumii (ca dată, şi în curs): "Un fir de iarbă sau de porumb nu pot trăi singure. Toate merg laolaltă legate, merg prinse aşa cu rostu lor pînă la frumuseţea lumii; aici e taină mare." (p. 238, ibidem).

Ţăranul cunoaşte lumea fără a-i şti detaliile. Intelectualul cunoaşte câteva detalii, dar ignoră sensul lumii. Ţăranul are conştiinţa întregului. Intelectualul nu poate recupera imaginea totalităţii, deşi cunoaşte foarte bine anumite fragmente.


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18 mai 2005

Martin Lings, Le sens intérieur du Jihad, (fragment)





De Qu’est-ce que le soufisme, pp. 34-35.

Dans de nombreux versets, les sens extérieur et intérieur s’appliquent à des domaines très différents. Un jour, au retour d’une bataille contre les infidèles, le Prophète dit: «Nous sommes revenus de la petite Guerre saint à la grande Guerre sainte.» Ses compagnons demandèrent: «Qu’est-ce que la grande Guerre sainte?» et il répondit: «La guerre contre l’âme.» On trouve ici la clé du sens intérieur de tous les versets du Coran se rapportant à la Guerre sainte et aux infidèles. Admettons que ce dire du Prophète apporte quelque chose à chacun, et la plupart des musulmans pourraient prétendre avoir l’expérience de la lutte contre les infidèles de l’intérieur, c’est-à-dire contre les éléments rebelles et non musulmans [insoumis à Dieu] de l’âme. Mais résister de temps en temps à la tentation est une chose, et faire la guerre en est une autre. La grande Guerre sainte dans son sens plénier est le soufisme, ou, plus précisément, elle en est un aspect et ne regarde que les soufis. Le Coran déclare: «Combattez les idolâtres totalement» (IX, 36), et ailleurs: «Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition, et que la religion soit toute à Dieu» (VIII, 39). Cela, seul le mystique est capable de le réaliser intérieurement, et lui seul sait ce que cela veut dire de maintenir une opposition méthodique contre ses propres possibilités inférieures et de porter la guerre dans le territoire de l’ennemi, de manière que l’âme soit tout entière «à Dieu». C’est à cause des dangers de cette guerre qu’aucun ésotérisme n’est aisé d’accès. En fait, mais non de propos délibéré, l’exotérisme est un état de trêve avec des escarmouches occasionnelles et livrées de façon décousue; et il est bien préférable de demeurer exotériste que de susciter toute la fureur de l’ennemi [du diable] et, ensuite, d’abandonner la lutte, laissant les possibilités inférieures envahir l’âme.


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16 mai 2005

Horia-Roman Patapievici, Omul recent, (note de lectura)

Subtitlu: O critică a modernităţii din perspectiva întrebării „Ce se pierde atunci când ceva se câştigă?”
Bucureşti, Humanitas, 2001, Ediţia a III-a.
„Omul recent […] este însă o pledoarie pentru redescoperirea rădăcinilor religioase ale prezenţei omului în lume şi o tentativă de a regândi omul modern din perspectiva unităţii sale premoderne.” (p. 7, notă la ediţia a doua)
Metoda de redactare este cea a rizomului (orice punct al lui trebuie să poată fi unit cu oricare altul).

Cuvânt înainte
Nici un lucru nu este bun peste măsura care îi este proprie. „Modernitatea singură este excesul unei lipse – al lipsei celor nevăzute.” (p. 15)
„Pentru a nu mai fi un exces, modernitatea ar trebui contrabalansată cu ceva, aşa cum se întâmpla cu textele manuscriselor medievale, purtătoare ale unei imagini perfect ordonate a lumii, care, fără a-i şoca pe savanţii călugări, erau ilustrate în chenarul paginii cu acele stranii şi exuberante marginalia, purtătoarele unui comentarii al lumii pe dos. În Evul Mediu, oamenii mai aveau încă forţa de a accepta şi viaţa, şi pe Dumnezeu aşa cum sunt, potrivit unei bune separaţii a puterilor în cosmos – a Creatorului transcendent faţă de lume şi a creaturii legate de Creatorul ei printr-o infinită distanţă proximă. Îţi trebuie un formidabil instinct al adevărului pentru a îndrăzni să comentezi imaginea lumii de sus printr-o imagine a lumii pe dos! Omul ultimei tradiţii pre-moderne îl mai avea…” (p. 15)
„[…] postmodernitatea nu este decât o modernitate care se ia atât de în serios qua modernitate încât are impresia că se joacă […].” (p. 16)
Despre Omul recent: „Este o critică făcută din perspectiva conştiinţei că atunci când ţi se deschide în faţă un drum, fără să vrei, în mod automat, în spate ori alături ţi se închide un altul. Când se închină bigot la minunile modernităţii, cum ne îndeamnă zelatorii ei şi delatorii tradiţiei, în sufletele noastre ignorante se tânguiesc de o manieră sfâşietoare toate bogăţiile pe care le-au pierdut înăuntru atunci când trupurile noastre au progresat în afară.” (p. 16)
Orice principiu care s-ar extinde la întreaga existenţă trebuie să fie transcendent, personal şi creator.
Modernitatea şi postmodernitatea par a deveni parte a condiţiei umane. Nimic mai fals!
Alternativa la modernitate nu este în urmă, nici în cine ştie ce New Age. Alternativa la neghiobia modernităţii trebuie să fie bunătatea modernităţii, compusă din:
 curăţenia sufletului;
 arsura păcatului;
 setea de aequanimitas;
 discernământul binelui şi discriminarea răului;
 deosebirea ticăloşiei de nobleţe şi preţuirea fără invidie a lucrurilor înalte;
 speranţa în viaţa de după moarte;
 ierarhia stărilor, gândurilor şi emoţiilor;
 viaţa în acord cu prezenţa vie a lui Dumnezeu;
 simplitatea vieţuirii fireşti.
„Căci nu modernitatea trebuie schimbată, ci ideea greşită că modernităţii trebuie să-i subordonăm totul, inclusiv acea exigenţă interioară pe care, din cea mai adâncă vechime, toţi oamenii o numesc Dumnezeu.” (p. 18)
A fi civilizat înseamnă să trăieşti în actualitatea valorilor superioare. Modernitatea nu este conştientă că ea nu este şi nu poate fi totul.
Postmodernii sunt „o specie de om garată pe acel peron pe unde nu va mai trece niciodată trenul.” (pp. 18-19)
Modernitatea trebuie privită ca mijloc, şi nu ca ideal. Modernitatea universalizează reducţionismul. Ea are două chei simple:
 transformarea în temporalitate a tuturor esenţelor instituite de tradiţia de până la ea;
 aplicarea principiului „Gott ist tot” la orice formă de existenţă, fie ea ideală ori materială.
Destinul modernităţii este:
 epuizarea tuturor tradiţiilor şi punerea tuturor conţinuturilor vieţii într-o stare de revoluţie permanentă, prin antrenarea tuturor legăturilor sociale într-o mişcare de tip partid unic, totalitar;
 umplerea până la refuz a lumii cu rezultatul material al transformării tuturor gândurilor şi idealurilor imaginabile în creaţii ale tehnicii.
Modernitatea se îndreaptă spre o suprasaturare a prezentului prin irezistibila curgere înainte, care treptat va desfiinţa viitorul. Modernitatea se îndreaptă spre nicăieri. „Vom fi dobândit eternitatea de Alzheimer a celor care nu mai au viitor pentru că au încetat să mai aibă trecut – ceea ce ne aduce în strania situaţie de a fi de faţă fără a mai putea fi prezenţi. Exercitată ca substanţă, modernitatea va sfârşi – ea, care nu poate vreodată sfârşi – prin a transforma întregul univers într-un enorm depozit – coş de gunoi.” (p. 19-20)
Epoca omului recent este cea a timpului-pâlnie, care se roteşte din ce în ce mai repede „scurgerea care se-afundă infinit în abisul finitudinii, spre orificiul scuipătoare” (p. 20).
Despre oamenii recenţi: „Oamenii de azi sunt cei mai bine hrăniţi, cei mai prosperi, cei mai liberi (sub raportul deplasării în spaţiu) pe care i-a cunoscut umanitatea. În acelaşi timp, sunt oamenii cei mai slabi de înger, cei mai dependenţi de confort şi de consum, cei mai aserviţi bunului plac al liberului arbitru, cei mai puţin autonomi în judecăţile lor, cei mai gregari şi servili (în raport cu Statul), pe care i-a cunoscut vreodată umanitatea. Întotdeauna s-a spus despre ei că sunt noi, că sunt înnoiţi. Cântăriţi, sunt însă prea lejeri. Evaluaţi, sunt de tot greoi.” (p. 21)
Din nou despre omul recent: „Omul recent este omul care, dorind să se sature de toate fenomenele lumii – stăpânindu-le, posedându-le, schimbându-le după plac şi pătrunzându-se de toată materialitatea lor – s-a trezit într-o bună zi că nu mai este decât un epifenomen al curgerii, scurgerii şi prelingerii lor.” (p. 21)

[1] Inversiunile modernităţii
Potrivit lui Platon, fiecare om posedă, în adormire, „organul” cu care poate fi văzut adevărul. Dacă omul se cantonează în devenire, organul va fi orbit şi în cele din urmă ucis. Pentru Platon, „a cunoaşte” înseamnă a gândi într-un fel divin. Cunoaşterea obiectivă este identificare cu obiectul cunoaşterii. Acest fel de cunoaştere, odată deşteptat, nu mai moare niciodată în cel ce îl exercită.
Platon numeşte şi cunoaşterea necesară ocupaţiilor cotidiene şi a virtuţilor. Diferenţa dintre prima şi a doua este cea dintre metafizică şi ştiinţe (la Kant). Ştiinţele înseşi pot fi folosite în modul instrumental, utilitar, sau în scopul răsucirii sufletului spre sacru.
Cunoaşterea tehnică este bazată pe ipoteze, vizează acţiunea şi foloseşte întotdeauna la ceva mundan, limitat. Cunoaşterea veritabilă trece dincolo de orice ipoteze, vizează ceea-ce-este. Cunoaşterea tehnică priveşte lumea în chip profan, filozofia cea adevărată depăşeşte lumea vizibilă, contopindu-se cu ceea ce este divin. Pentru Platon, cunoaşterea mundană este dăunătoare cunoaşterii adevărate, pentru că ţine facultăţile spiritului orientate în jos. Dacă este decretată suficientă cunoaşterea tehnică, omul este izgonit iremediabil printre lucrurile strict materiale.
Cunoaşterea veritabilă nu poate fi predată, deci nu este instrumentalizabilă.
Platon: „Despre lucrurile esenţiale eu nu am scris şi nici nu voi scrie nimic. Nu există vreo posibilitate de a te exprima asupra lor în termenii unei discipline care să se poată preda.” (Scrisoarea VII, 341 c-d).
Atunci când nu este cunoaştere a fiinţei, cunoaşterea este veritabilă. Lumea fiinţei este cea a esenţelor separate. Adevărata filozofie, în termeni platonicieni, ne scoate din peştera în care suntem captivi. În termenii lui Wittgenstein, învaţă musca să iasă din sticlă.
„A şti ce înseamnă dreptatea nu este totuna cu a fi capabil să discursezi despre ea (cum se întâmplă pentru noi, modernii), înseamnă, în mod direct şi lipsit de echivoc, a face lucruri drepte, adică a fi om drept. În acelaşi fel, a cunoaşte virtutea înseamnă a o întrupa.” (p. 28)
Atributele „tari” ale fiinţei, aşa cum sunt ele prezente la Parmenide şi Platon: eternitate, stabilitate, autenticitate, superioritate, autoritate, unicitate, substanţialitate, esenţialitate, raţionalitate etc. Aceste atribute caracterizează în egală măsură cunoaşterea veritabilă.
Dimpotrivă cunoaşterea devenirii ţine mai mult de opinie decât de certitudine, este parţială, posedă un caracter trecător şi schimbător. Feyerabend numeşte asta „anything goes”. Acest tip de cunoaştere este mai degrabă un bricolaj cognitiv, care cere meşteşug mai degrabă decât raţiune. Este neunificată, esenţialmente multiplă. Neavând relevanţă existenţial, rămâne la suprafaţă.
Până în Evul Mediu (inclusiv), atributele „tari” ale Fiinţei au fost considerate superioare celor „slabe” (ale devenirii).
Ecuaţie: „a cunoaşte înseamnă a fi”.
În toate culturile pre-moderne a existat ideea că sufletul omului este distrus dacă profesează lucruri joase sau ignobile. În cultura modernităţii post-moderne relaţia dintre om, adevăr şi sufletul său s-a rupt. „De acum înainte se consideră că profesarea unor doctrine false sau nocive nu poate avea, eventual, decât efecte sociale perverse. Există convingerea că mintea nimănui nu se strică şi nici sufletul cuiva nu se poate detraca dacă gândeşte ori crede lucruri false. În ceasul târziu al modernităţii noastre, adevăr şi om nu mai sunt miscibile.” (p. 30-31)
Inversiunea atributelor „tari” ale fiinţei a avut loc în secolul XVII. Certitudinea, adevărul, metoda universală, raţionalitatea şi caracterul definitiv al rezultatelor vizează numai lumea fenomenală, lumea sublunară. Schimbarea epistemică s-a petrecut între fiinţă şi devenire. Unele elemente ale cunoaşterii tehnice au fost „recuperate” în noul program de cercetare (exemplu: raţiunea modernă nu are nimic în comun cu ceea ce anticii şi scolasticii numeau „raţiune” – actualmente a trata raţional înseamnă „a atrata ca pe un mecanism”). A cunoaşte începe să însemne „a cunoaşte cum a fost construit”. Dacă vechea formă de cunoaştere absolută era non-instrumentală, noua formă de cunoaştere proclama ca criteriu de eficienţă chiar instrumentalizarea.
Per total, în secolul XVII a avut loc o inversiune de accent între două forme de cunoaştere, şi un împrumut între ele.
Actualmente, ştiinţa este identificată cu puterea de a dispune de un obiect. Cunoaşterea tehnică a devenit noua divinitate, în urma unei translaţii de atribute de la sfera ontologică a lui Dumnezeu la domeniul ontologiei lumii sublunare. „Capital pentru tipul de translatio care stă la originea modernităţii este faptul că ceea ce fusese, în schema platoniciană, sus, este acum adus pe pământ; metodele care, potrivit discursului murmurat al platonismului, acţionau în lumile superioare, sunt translatate în lumea devenirii şi traduse în termeni „materiali”; în special, dacă magia fusese o ştiinţă a imaginarului, tehnologia, care i-a preluat obiectivele, este o artă a manipulării obiectelor materiale.” (p. 37)
Modernitatea debutează cu:
 o problemă de cunoaştere;
 o falsificare ontologică.
Nietzsche: „cea mai înaltă voinţă de putere este de a atribui devenirii atributele fiinţei”.
Modernitatea, prin inversiunea atributelor tari ale fiinţei, s-a dezvoltat ca şi cum principiul suveranităţii tehnicii ar fi un principiu nu doar epistemologic, ci şi ontologic adevărat. Teologia modernităţii este exprimată la Descartes şi Bacon în felul următor: „tot ce nu poate fi cunoscut într-un anume fel nu există”.
Or, lucrurile esenţiale nu se pot preda, pentru că ele sunt un mod de a fi, şi nu nişte cunoştinţe care să intre într-o propoziţie.
Cunoaşterea modernă este o semidocţie raţionalistă prezentată ca singura cunoaştere ştiinţifică posibilă.
Situaţia exprimată prin suveranitatea şi autosuficienţa cunoaşterii tehnice, faţă de dispozitivul platonician originar, reprezintă o inversiune completă. Ea este, în cultura umanităţii, fără precedent. Pentru moderni, ceea ce este superior nu mai există. Noua eră a promiscuităţii se bazează pe indistincţia dintre ceea ce se află sus şi ceea ce se află jos. „Se poate spune că istoria omului este dramatic împărţită în două de un „mic” eveniment regional, petrecut în secolul al XVII-lea, undeva în Europa de Vest şi Nord: naşterea ştiinţei moderne din inversiunea atributelor tari ale fiinţei.” (p. 44)
Potrivit mecanismului de generare a modernităţii, omul bine individuat este individualitatea. Potrivit mecanismului de generare a postmodernităţii, omul bine individuat este aderent fără rest la individualitatea grupului său de apartenenţă comunitară (religioasă, etnică, sexuală etc).
Modernitatea este o inversiune a postulatelor ontologice fundamentale ale tradiţiei.

[2] Ştiinţa grecilor şi excluderea temporalităţii din ştiinţă
Ideea grecilor era că nu se poate spune ceva precis decât despre lucrurile care nu depind de timp. Lucrurile care se sustrăgeau timpului şi erau precizabile erau concomitent şi singurele care contau.
Aristotel numeşte cunoaşterea principiilor – inteligenţă.
Simţurile sunt înşelătoare şi nu pot oferi nici o cunoaştere.
Lucrurile perceptibile admit principii perceptibile, lucrurile trecătoare şi coruptibile se supun unor principii trecătoare şi coruptibile, în timp ce lucrurile eterne implică principii eterne.
Deoarece principiile sunt omogene cu lucrurile care cad sub incidenţa lor, rezultă că principiul a ceea ce este supus timpului face parte cu necesitate din substanţa lucrurilor supuse timpului, iar principiul a ceea ce este etern face parte cu necesitate din substanţa lucrurilor eterne.
Intuiţia intelectuală – noesis.
Percepţia sensibilă – aisthesis.
Prin contaminarea cu timp a matematicii, modernii au arătat că se poate face ştiinţă exactă nu numai cu spaţial finite ci şi cu obiecte temporal infinite (fluxiuni).
Timpul implică în mod natural nelimitarea şi delimitarea. Infinitul temporal poate fi sesizat dacă este împărţit în infinitezimali identici.
„[…] nelimitatul poate fi dominat numai prin limitat, infinitul numai prin finit, timpul numai prin spaţiu, temporalitatea numai prin eternitate, relativul numai prin absolut.” (p. 51-52)
„Termenul tare este întotdeauna absolutul. După cum viaţa este singura certitudine absolută a fiinţelor vii, la fel moartea este singura certitudine absolută a tuturor relativiştilor: aceştia de toate se pot îndoi, mai puţin de faptul că într-o zi tot vor muri.” (p. 52)

[3] „Cunoaştere = putere” – un exemplu de egalitate asimetrică
Cu excepţia identitãţilor, care sunt simple tautologii, toate egalităţile sunt asimetrice. „Ambele civilizaţii [pre-revoluţia industrială şi post-] invocă aceeaşi ecuaţie – „ştiinţa este putere”. Dar civilizaţia pre-industrială înţelegea egalitatea dinspre cunoaştere, în timp ce civilizaţia postindustrială o interpretează dinspre putere.” (p. 53)

[4] Sentimentul modernilor că nu sunt decât fiii timpului lor
Modernii au senzaţia clară că tradiţia lor este o rupere cu trecutul, în întregime inventată.
Bernard din Chartres (sec. XII): modernii sunt nişte pitici căţăraţi pe umeri de uriaşi.
Ulterioritatea este valorizată de către moderni ca o valoare indubitabilă.
„Figura retorică a rupturii s-a transformat, cu timpul, în realitatea neliniştitoare a unei fără-de-întoarcere rupturi cu trecutul. […] Această stranie voinţă de separare, de uitare, de autonomie absolută în raport cu trecutul şi cu orice precedent ar putea explica şi noutatea modernităţii.” (p. 55)
René Char: „Moştenirea noastră nu este precedată de nici un testament.” Viitorul nostru nu mai poate invoca nici un trecut.
Pentru moderni, haina este mai aproape decât cămaşa. Imediatul temporal este mai departe decât departele.

[5] Noi suntem moderni qua moderni, nu prin comparaţie. Temporalitatea
În Evul Mediu, cei ce se numeau „moderni” o făceau în opoziţie cu anticii. Noi azi ne numim „moderni” definind prin asta un conţinut. Suntem acel tip de om care se consideră în mod natural superior tuturor celor care l-au precedat. Ne-modernii sunt aruncaţi în trecut – a nu fi modern înseamnă în mod automat a fi antic.
Libertatea anticilor era asociată unui spaţiu: polisul, agora, forumul.
Libertatea modernilor este asociată cu comerţul – schimbul între lucruri care trebuie să aparţină aceleiaşi tip de realitate pentru a putea fi echivalente. Comertul pune deci în joc temporalitatea subiacentă desfăşurării proceselor de schimb, iar din acest motiv schimbul este o activitate eminamente dinamică.
„Libertatea modernă se întemeiază pe timp, ţine de temporalitate şi este garantată prin desfăşurarea neîngrădită a ceva dinamic, indefinit, imposibil de cuprins dintr-o privire, ceva pe care, pentru a-l sesiza, trebuie să-l laşi să se desfăşoare.” (p. 58)
Libertatea anticului avea sens în comunitate. Libertatea modernului este aceea de a se desprinde de comunitate. Libertatea anticilor era un exerciţiu legat de un spaţiu public, în timp ce libertatea modernului e o jouissance legată de un spaţiu privat.
„Seria antică: adunarea cetăţenilor (corp politic), spaţiu public, exterioritate, spaţiu. Seria modernilor: schimb comercial, piaţă liberă (fără corp politic, care este consumat până la exhaustiune de „corpul economic”), interioritate, spaţiu privat, timp.” (p. 59)

[6] „Nelimitarea” celor ce ţin de modernitate
Principiul politic al celor vechi era datoria. Principiul celor moderni: libertatea şi egalitatea. Datoria este un principiu finit, în timp ce libertatea si egalitatea sunt infinite în sine. „[…] esenţa principiului politic tradiţional este limitarea, în timp ce esenţa principiului politic modern este nelimitarea.” (p. 59-60)

[7] Împărţirea lumii în celest şi sublunar şi criteriul temporalităţii
Timpul este graniţa care separã esenţa de accident. „Când spunem că o anumită însuşire este esenţială înţelegem prin asta că însuşirea respectivă este inalterabilă temporal.” (p. 61)
Eternitatea nu e gândită prin evacuarea scurgerii temporale, ci prin îngheţarea acesteia: prin transformarea timpului în spaţiu.
Criteriul temporalităţii: „Ce este modernitatea? – Este gândirea care tinde să transforme orice lucru în temporalitate şi pentru care categoria centrală a oricărei gândiri a devenit timpul.” (p. 62)
Modernitatea a apărut atunci când cantitatea de concepte implicând temporalitatea a fost suficient de mare încât să dea tonul gândirii. Modernitatea implică şi dispreţul esenţelor.
Modernitatea este victorioasă atunci când nimic nu se mai poate sustrage temporalităţii.

[8] Temporalitatea şi definiţia Europei. „A fi modern” înseamnă „a deveni tot mai modern”
Lumea actualã se dizolvã din ce în ce mai mult în timp. Modelul spaţial de gândire a fost înlocuit cu modelul temporal, de unde gravitatea ponderii timpului.
Disputa nullibistă a fost ultima controversă în jurul existenţei lui Dumnezeu.
„Europa, rapid spus, este starea de spirit care s-a constituit prin mobilizarea tehnicilor de proiectare temporală.” (p. 63) Europenii sunt popoare ale timpului. Existenţa tradiţională este construită în funcţie de spaţiu. „Unde istoria este tratată ca proiect şi cucerire, unde tehnica de a mobiliza timpul este folosită pentru a stăpâni spaţiul – acolo începe Europa […].” (p. 64) Imperialismul european este în fapt posibilitatea de a stăpâni timpul celorlalte continente.

[9] Despre spiritul Evului Mediu
În timpul Evului Mediu Dumnezeu a început să fie privit ca un rest explicativ (ceea ce poate fi explicat prin matematică, va fi explicat prin matematică, iar ceea ce nu se poate explica prin matematică, va fi explicat prin Dumnezeu). Era vorba despre Dumnezeu-ignoranţă, a cărui retragere era scontată pe fondul avansului ştiinţei.
„Acest tip de argumentare [descris mai sus – n.n.] mi se pare o dovadă irefutabilă a faptului că anume creştinismul latin a produs atitudinea ştiinţifică în faţa lumii şi, finalmente, ştiinţa. Dar, ca un efect colateral, tot creştinismul latin a făcut posibilă incredulitatea, ca atitudine creştină necesară. Şi, prin intermediul acestui mod de a face ştiinţă (tot ce poate fi explicat natural, trebuie explicat natural, deci tot ce nu poate fi explicat natural nu există), a făcut imposibilă menţinerea simultană a unei atitudini ştiinţifice şi a credinţei în Dumnezeu.” (p. 69)
Miracolul este inexplicabilul necesar în ordinea lumii.

[10] Caracterul religios al epistemologiilor lui Bacon şi Descartes
Metoda lui Bacon consta în golirea minţii de orice prejudecăţi şi imagini false primite de la tradiţie care, spunea el, ne falsifică observaţiile.
Pentru Descartes, metoda presupunea dubiul sistematic asupra tuturor conţinuturilor minţii, până se ajunge la ideile clare şi distincte, care constituie o certitudine în ele însele.
Or, această metodă a fost postulată în mistica creştină - golirea inimii de toate patimile şi reprezentările false în vederea primirii lui Hristos. Descartes şi Bacon au aplicat în ştiinţa profană metoda ştiinţei sacre.

[11] Natura care a putut fi stăpânită nu este întreaga Natură
Conceptul de Natură nu este Natura însăşi.
„Să nu ne imaginăm că posedăm cu adevărat altceva: nu putem băga în buzunar decât ceva de forma şi mărimea buzunarului. În privinţa restului, sunt inconştient parcurse două etape istorice: la început, restul este partea nedorită: nu se regăseşte în buzunarul nostru pentru că nu l-am considerat demn de a fi posedat; în final, când devine evident, retrospectiv, că restul fusese poate, lucrul cel mai important, nici nu ne mai trece prin cap că problema lui nu este, în fond, decât problema buzunarului nostru.” (p. 72)
„Relativismul contemporan profesează relativismul numai atunci când te descurajează să crezi în ceva absolut: redevine absolutist de îndată ce alte viziuni despre valoarea cunoaşterii intră în concurenţă cu el.” (p. 72)

[12] Marea inovaţie a secolului al XVII-lea este că lumea poate fi gândită autonom
„Marea inovaţie a secolului al XVII-lea, cea din care s-a născut frigul metafizic în care trăim de atunci – şi de care ne protejăm prin multiplicarea indefinită a confortului material -, este aceea că lumea fizică poate fi gândită şi logic, şi ontologic, şi teologic ca fiind perfect autonomă.” (p. 73) Această idee l-a ucis pe Dumnezeu.
Autonomia presupune legi incompatibile cu teonomia. A fi autonom presupune a fi radical şi total independent de principiul care face posibilă dependenţa: Dumnezeu.

[13] Obiectivitatea ştiinţifică
Învăţaţii demitizanţi:
 „acei preaînvăţaţi maeştri ai disputei” (Platon);
 „farisei”, „cărturari” (Evangheliile);
 „viri eruditissimi” (Jacob Burckhardt);
 „raţionalişti” (Michael Oakeshott).
Oricărui proces de demitizare îi lipseşte un temei explicativ ultim, ferm, definitiv, fix.
Temeiul cel mai des invocat în sprijinul ştiinţei contemporane este obiectivitatea ştiinţifică.
„Pentru ştiinţă, data la care a fost scrisă Evanghelia după Ioan nu a putut fi anterioară execuţiei Sf. Petru, deoarece, în ea, Hristos profetizează execuţia acestuia. Evident, presupoziţia acestui raţionament este că o carte nu poate fi scrisă înaintea evenimentelor la care se referă, iar cunoaşterea viitorului nu este, în principiu, posibilă.” (p. 75-76)
Profeţiile se explică „ştiinţific” prin aceea că sunt relatări târzii privitoare la evenimentele istorice deja petrecute.

[14] Nullibismul şi inutilitatea „ipotezei Dumnezeu”
Problema existenţei lui Dumnezeu este problema relaţiei lui Dumnezeu cu lumea. Dacă lumea fizică este un sistem izolat şi închis, atunci Dumnezeu nu există. A nu fi nicăieri (nullibi esse) însemnează a nu exista (non esse).
Pentru secolul al XVII-lea a cunoaşte ceva înseamnă a şti cum poţi să-l construieşti, iar a descoperi ce este înseamnă a şti cum a fost făcut. Atunci când Dumnezeu devine o ipoteză inutilă pentru operaţiile cunoaşterii înseamnă că de fapt Dumnezeu nu a fost în nici un fel de faţă la construcţia obiectului cercetat.
În mod curios, excluderea lui Dumnezeu din logica lumii s-a făcut de către oameni credincioşi, dar incapabili să evalueze consecinţele celor spuse de ei. („lipsiţi de fler epistemologic”, p. 80)
Newton nu a acceptat faptul că materia ar avea ca proprietate esenţială gravitaţia. Astlfe spus, nu a acceptat că materia şi-ar putea fi suficientă sieşi, ar fi cumva autonomă.
Napoléon a introdus principiul modernităţii în ştiinţa distrugerii. Laplace a introdus principiul modernităţii în ştiinţa creaţiei.

[15] Dumnezeu ca limită a lumii
În momentul în care aventura occidentală a omului a pus problema existenţei lui Dumnezeu sub forma unui enunţ, funcţia fiinţei supreme a devenit, din orientativă, una limitativă.
Încăpăţânarea de a defini existenţa lui Dumnezeu într-un enunţ a deschis modernitatea prin două temeriuri distincte:
 spre ştiinţă, prin secularizare. Dumnezeu a devenit fiinţa care garantează atât funcţionarea ca „ceasornic” al lumii cât şi existenţa a două tipuri de separaţii: separaţia între originea lumii şi desfăşurarea ei actuală; şi separaţia între contextul descoperirii şi contextul justificării. „Ştiinţa modernă s-a născut dintr-o gândire pentru care lumea este în mod radical lipsită de prezenţă, iar separarea faţă de origine s-a tradus prin ruptura epistemologică dintre subiect şi obiect.” (p. 84)
Postulat modern: originile sunt în afara logicii de funcţionare a lumii, dacă lumea există. Ceea ce revine la a afirma că teoriile prezentului sunt mai complete, mai cuprinzătoare, decât teoriile trecutului. Pe scurt, prezentul este superior trecutului. Aceasta este axioma valabilităţii argumentului prin temporalitate.
 prin emancipare, prin pierderea lumii valorilor. „Dacă Dumnezeu se află în proximitatea noastră, atunci legea pieţei nu este universală, i.e., există valori care scapă echivalării mercantile, iar transformabilitatea calităţii în cantitate admite o limită naturală, care este Dumnezeu şi cele ce îi sunt asemenea.” (p. 86)
Fără limită transcendentă, emanciparea a fost deplină: orice constrângere din partea tradiţiei şi orice etică a îndatoririlor s-au spulberat, dar valorile n-au mai avut de atunci nici stabilitate, nici consistenţă şi nici natură proprie.
Principiul pieţei a înghiţit totul, inclusiv religia.
Nihilismul este proliferarea orizontală indefinită.
Giannini Vattimo a demonstrat că atâta timp cât acceptăm categoriile gândirii bazate pe ruptura dintre subiect şi obiect avem două posibilităţi de a înţelege construcţia intelectuală a lumii:
 ca pe o preeminenţă a obiectului asupra subiectului (ontologia precede gnoseologia);
 ca pe o preeminenţă a subiectului asupra obiectului (gnoseologia precede ontologia).
„Procesul prin care raţiunea fondatoare, fără soluţie de continuitate, se transformă în raţiune de schimb poartă, în concepţia mea, numele de secularizare.” (p. 89)

[16] Zăvorârea în peşteră, prin eliberarea din cosmosul finit al medievalilor
Alexandre Koyré vorbeşte de „istoria distrugerii cosmosului şi istoria infinitizării universului”. „Când ceea ce poţi vedea în sus este la fel cu ceea ce poţi vedea în jos, când dreapta este ca stânga, iar faţa este întru totul asemănătoare cu spatele, atunci, de fapt, eşti confruntat cu o singură dimensiune calitativă: dimensiunea unui singur tip de existenţă, a corpurilor fizice, alcătuite dintr-o aceeaşi materie, uniformă şi omogenă în tot universul, multiplicată la infinit. În mod cu totul neaşteptat, prin transformarea unei lumi închise într-un univers deopotrivă infinit (ţinând o aceeaşi direcţie, nimeni nu se poate reîntoarce de unde a plecat) şi monoton (nu există alt fel de existenţe decât existenţele fizice) omul a încetat, în fond, să mai trăiască spiritual într-un spaţiu deschis – fie acesta cu şase dimensiuni, cum era pentru antici, fie cu trei, cum era pentru matematicienii scolastici.” (p. 89)
Din punct de vedere spiritual, infinita deschidere a spaţiului revine la o dramatică închidere de orizont.
„Suntem ca într-un subsol scund şi apăsător, fără capăt, desfăşurat în faţa şi laterala ochilor noştri: deasupra, un tavan de beton infinit, care porneşte chiar de deasupra creştetului nostru – închipuind infinita opacitate a obiectelor care, fiind radical lipsite de transcendenţă, sunt absolut private de interioritate; dedesubt, o podea infinită de beton, pornită imediat de sub tălpile noastre – închipuind infinita precaritate a lucrurilor care nu au nici rădăcini, nici trecut, nici autoritate temporală. De sus, ne presează în jos o infinită masă de opacitate, densă şi grea; de jos, ne împiedică să ne avântăm în sus o de nepătrunsă întindere compactă, a lumii din care ne tragem şi în care rămânem captivi – fiinţe recente faţă de amândouă.” (p. 90)

[17] Cauza primă a fost ucisă de eficacitatea cauzelor secunde
Explicaţiile prin cauzele secunde au fost extinse asupra domeniilor în care până atunci Cauza primă nu fusese niciodată pusă în discuţie.
Cauzele secunde au fost numite „Natura”. „Natura, ca sediu autonom al cauzelor secunde, este, în fond, cea care l-a ucis pe Dumnezeu.” (p. 90)
Temporalitatea este cea care a distrus (prin dizolvare), destaurat (prin uciderea subiectului transcendental şi prin discreditarea Metodei) şi exfundat (prin desfiinţarea idei de temei) Natura.

[18] Principiul „Gott ist tot” este o consecinţă epistemologică inevitabilă a creştinismului
După Nietzsche, simţul veracităţii a fost dezvoltat în cel mai înalt nivel de către creştinism.
Creştinismul include moartea zeului ca o condiţie esenţială a învierii lui. „Chiar şi mort, Dumnezeu rămâne referinţa inconturnabilă a lumii care a fost odată creştină. Căci o lume care a încetat să mai fie creştină nu este, pur şi simplu, lumea dinaintea creştinismului: este o lume inevitabil anticreştină, şi anume – resentimentar anticreştină.” (p. 93) Orice emancipare este o blasfemie, o apostaziere, este o polemică împotriva lui Dumnezeu.
„Problema lui „Gott ist tot” înseamnă: deşi inteligenţa noastră a devenit (parţial) atee, instinctele noastre mai sunt încă (parţial) creştine.” (p. 93)
„Încadrat în sistemul de reflecţie al filozofiei culturii şi profeţind relativismul cultural ca pe o nouă Aufklärung, chemată să elibereze în sfârşit pe oameni de ultima tiranie – tirania adevărului ca ştiinţă a universalului şi a încrederii în posibilitatea certitudinii -, multiculturalismul ideologic îşi vădeşte funcţia esenţială pe care este chemat să o joace, potrivit naturii sale profunde – de ultimă şi cea mai virulentă mişcare anticreştină pe care a produs-o în ultimele trei secole civilizaţia occidentală – eliminare completă a creştinismului dintre referinţele de orice tip ale lumii contemporane.” (p. 93)

[19] Drepturile noastre sunt faţă de această lume, dar obligaţiile noastre sunt din cealaltă
Simone Weil
Nevroza modernităţii postmoderne: indefinita revendicare de drepturi.
1789 – Déclaration des Droits de l’Homme
1795 – Déclaration des Devoirs du Citoyen.

[20] Nemulţumirea omului modern
Ideea de datorie creştină a murit. Instinctul că trebuie să ne facem datoria creştină încă mai supravieţuieşte.
La nivelul conştienţei, omul modern are senzaţia că s-a eliberat, dar existenţa lui nu e fructuoasă, ci maniaco-depresivă. La nivelul subconştientului, el are sentimentul că nu-şi face datoria, ceea ce-i dă o puternică nemulţumire latentă, fără obiect şi difuză; în mod global omul modern are entuziasme şi exaltări, articulate pe un fond mocnit de nemulţumire.
Datoria nu poate fi îndeplinită decât într-o societate ierarhică.
Oamenii au nevoie de o autoritate legitimă, adică una care să nu fie strict umană.
Democraţia nu face imposibil abuzul conducătorilor, ci îl limitează în timp. Dar nu face cu putinţă naşterea în sânul ei a unei autorităţi legitime. „Căci numai ce este legitim e acceptat de noi aşa cum ne acceptăm fiinţa: împreună cu defectele, reuşitele şi scăderile ei. Restul, tot restul, e acceptat de noi ca o convenţie. Faptul că azi totul pare a nu fi decât „construit” şi doar „imaginat” (până şi sexul a ajuns să fie „inventat” de un subiect, aşa-zisul „subiect” istoric), se explică prin absurda lipsă de legitimitate la care ne-a condus eliminarea lui Dumnezeu din orice referinţă rezonabilă a vieţii pe care o împărţim cu semenii noştri.” (p. 95)

[21] Modernitatea şi rescrierea trecutului
Modernitatea s-a înstăpânit peste noi după o sumă de falsificări, unele terminate, altele în curs de elaborare. O înşiruire a lor:
 viaţa din societăţile premoderne era intolerabilă;
 ştiinţa Evului Mediu nu a avut nici un rol în naşterea ştiinţelor moderne.
Falsificările feminismului intenţionează să ne facă ilizibile marile opere literare ale secolelor precedente, inculcându-ne ideea că până acum am fost traşi pe sfoară de reacţionari care au complotat la oprimarea celor slabi. „Grila feministă de lectură a operelor umanităţii ne învaţă ce îl învăţa şi pe Lenin schema marxistă de interpretare a istoriei ca luptă de clasă: la ce moştenire culturală trebuie să renunţăm pentru a ne situa de partea punctului de vedere „progresist”.” (p. 97)
Cuvântul de ordine al modernităţii a fost ruptura cu trecutul. Dogmă: ştiinţa modernă s-a născut împotriva tradiţiei, iar naşterea ei s-a petrecut numai pentru că tradiţia a fost în fine ucisă. „Modernitatea s-a instalat printr-un deicid care a implicat, evident, o atentă şi partizană rescriere a istoriei.” (p. 99)
Temporalitatea asociată operaţiilor modernităţii este cu necesitate mecanică.

[22] Cum se intră în logica unei schimbări istorice?
„O dată ce ai intrat în modernitate, nu există epocă a modernităţii, deoarece ea pur şi simplu nu se poate închide prin mecanisme interne. Din punct de vedere ontologic, modernitatea este deja încheiată: ea nu poate ieşi din condiţia strict bidimensională în care a intrat atunci când şi-a luat în serios definiţia „Gott ist tot”.” (p. 99)
Postulatul Antichităţii: „există zei”.
Postulatul Evului Mediu: „există un zeu, şi acesta este Dumnezeu”.
Postulatul modernităţii: „lumea poate fi gândită complet fără a mai presupune existenţa vreunui Dumnezeu, indiferent că este vorba de Dumnezeul filozofilor ori de cel al credincioşilor”.

[23] Dispreţul faţă de Evul Mediu este un sentiment protestant
„Profetii” si „teologii” mortii lui Dumnezeu sunt protestanti. Renasterea, ca si „întunericul” Evului Mediu, este un topos protestant.
Protestantii au impus dogma discontinuitãtii absolute a Renasterii.
Sola Scriptura – principiul protestant al suficienţei ontologice a textului.
O altã idee protestantã: înlocuirea gândurilor formate din imagini cu gânduri formate strict din cuvinte. Consecintã: algebra (strict cantitativã) a luat loc geometriei (care opereazã cu imagini calitative). „S-ar putea cu perfect temei sustine cã lumea modernã este lumea asupra cãreia a fost sistematic aplicat catehismul principiilor metafizice protestante.” (p. 103)

[24] Afinitatea dintre protestantism şi lumea conceptelor nelimitate
Joseph de Maistre a demonstrat că principiul protestant este anti-suveran şi rebel. Abolirea catolicismului pe care o propunea, înseamnă abolirea creştinismului.
Protestantismul a proclamat dreptul de a examina fără limite orice fundament. Efectele protestantismului: „Tradiţiile sunt afectate la fel de dramatic: toată partea de invizibil a societăţilor şi culturii omeneşti e decretată ca inexistentă şi, ca atare, totul trebuie legiferat până la cel mai mic gest şi amănunt, iar cultura trebuie continuu inventată şi reinventată, toată substanţa ei reducându-se la o succesiune nevrotică de revoluţii artistice permanente.” (p. 105)
Principiul protestantismului a lăsat nealterate îndeletnicirile umane care au legătură cu materia, dar a alterat profund îndeletnicirile umane care nu se pot referi direct la materie ori implică, într-un fel sau altul, transcendenţa.

[25] Dreptul la fericire şi dualismul incoerent al modernităţii
„Însă, în această proclamaţie [a dreptului la fericire – n.n.] cu valoare normativã, este omul altceva decât suma satisfacţiilor sale materiale? Obţinute în materie, cu ajutorul materiei, având drept motor şi scop setea nemăsurată de materie?” (p. 106)
Ideea că te poţi înnoi şi îmbogăţi interior având numai scopuri materiale este o inepţie şi o ipocrizie.
Dualismul fondator al modernităţii:
 natura nu are finalitate;
 dar omul, în ciuda faptului că e o fiinţă naturală, trebuie totuşi să aibă una.
Poziţia modernilor este intenabilă.
„[…] proclamând scopuri (fericirea) care sunt negate de premisele sale cele mai adândi (Dumnezeu nu există), modernitatea nu poate oferi omului decât un simulacru de fericire, un îndemn gol, o invitaţie obligatorie la ghiftuială – ca unic conţinut imaginabil (şi realizabil) al fericirii.” (p. 107)
Înnoirea lucrurilor duce la distracţie, la distragerea atenţiei.
Capitalismul, corect folosit, ar trebuie să fie doar un decor. Problema capitalismului: „idealul este fericirea, dar unica realitate este ghiftuiala, ce-i de făcut?”

[26] Modernitatea selecţionează ca valabile numai acele condiţii de viaţă care o confirmă
„Modernitatea este un regim onto-social care îşi confirmă adevărul printr-un mecanism de tip self-fulfilling prophecy.” (p. 108)
Starea de natură despre care au vorbit Hobbes şi Rousseau nu are corespondent… în natură.
Completa realizare a tuturor drepturilor exclude virtutea. Drepturile imaginare nu permit construirea unei veritabile societăţi civilizate.
Societatea civilă este adevărata şi singura stare-de-natură proprie omului.
Conform lui Edmund Burke:
 oamenii nu îşi inventează legăturile şi condiţiile de asociere;
 drepturile veritabile ale oamenilor nu pot fi deduse din natură prin teoria drepturilor imaginare;
 suveranitatea nu poate fi dreptul oricărui individ de a judeca cu imaginaţia proprie ce e bine şi ce e rău.
Dimpotrivă:
 oamenii îşi moştenesc legăturile;
 legitimitatea unei societăţi poate fi judecată numai prin experienţă;
 autoritatea apare numai din prescripţiile achiziţionate prin exercitarea în comun a virtuţii: legea nescrisă este adevăratul depozitar al autorităţii, iar legea nescrisă nu vine din imaginaţie, ci din experienţă.
„Pentru Burke, singura bază a discuţiei este datul, starea de fapt, iar singurul ghid de orientare este experienţa. În schimb, principalul caveat este născocirea imaginară de drepturi şi legături.” (p. 110)
Avertismentele lui Burke, formulate în sec. XVIII, sunt azi mai reale ca oricând. Drepturile imaginare par mai concrete decât drepturile reale. „Ceea ce, pentru el, un autentic Old Whig, era radical fals, era chiar spiritul falsităţii; pentru noi, moderni consumaţi, posliberali şi postmoderni, spiritul falsităţii a devenit adevărat, este chiar adevărul.” (p. 111)
Societatea s-a schimbat radical pe linia modernă atunci când a început să moştenească mai puţin decât a reuşit să imagineze şi să inventeze. Când artificialul dobândit a devenit precumpănitor în raport cu naturalul moştenit.
„Modernitatea pe care o trăim (şi care ne trăieşte) este consecinţa nu atât a pierderii vreunei tradiţii particulare, cât a respingerii sistematice a ideii înseşi de tradiţie, în numele posibilităţii tehnice de a imagina, inventa şi construi propriile condiţii de existenţă. Definiţa filozofică cea mai radicală a modernităţii este următoarea: acel mod de a fi în lume, care, împreună cu lumea, este capabil să îşi dea şi condiţiile ei de posibilitate.” (p. 112)
„Pentru a fi completă, modernitatea trebuie să inventeze nu doar realitatea, ci şi datele care permit această invenţie, şi datele care permit aceste date – şi aşa mai departe, la infinit.” (p. 112)

[27] Rămânând în datele ei, modernitatea nu poate fi încheiată
Expresiile:
 societate incomplet modernizatã;
 modernizare neîncheiatã;
 modernizare în curs, etc.
presupun, în mod fals, că modernitatea are un capăt, o închidere. Principiul modernităţii: „a fi modern înseamnă a considera ca principală valoare faptul de a fi modern.” Acest principiu conţine în definiţia sa timpul, şi este non-substanţial. Modernitatea de-substanţializează lumea şi o temporalizează. Modernitatea este un proces fără capăt şi nu există, ca în şah, o regulă de închidere a ei.
„Modern eşti numai atâta timp cât te afli pe creasta timpului. Imediat ce ai alunecat sub coama valului devii premodern. Căci a fi modern înseamnă a fi mereu identic cu ultimul moment al timpului, a fi cel mai avansat, cel mai nou, cel mai recent. În sens radical, a fi modern înseamnă a fi mereu mai recent. După ce a abandonat reziduurile substanţialiste ale trecutului, modernitatea a ajunsă să nu mai aibă alt conţinut decât ultimul eveniment, cea mai recentă realizare – cu o singură condiţie: să fi înlocuit deja orice spaţialitate cu temporalitatea.” (p. 114)

[28] O dată ce ai intrat în modernitate, nu există epocă a modernităţii
Expresiile „modernitate ultimă”, „postmodernism” sunt calchiate potrivit ideii că modernitatea se poate încheia. „Modernitatea nu are presupoziţiile vreunui stil (domeniul finitului), ci funcţionează după logica exigenţei de „a fi contemporan” (domeniul indefinitului).” (p. 115)
Modul cel mai sigur de a îndepărta pe cineva dintr-o dezbatere e de a-i demonstra că e învechit. „Când timpul e calificat prin atributele negative ale fiinţei (cum era cazul în toate culturile pre-moderne), vechimea conferă valoare; când timpul devine stăpân (cum se întâmplă în cultura modernă), vechimea devine un defect şi o insultă.” (p. 115)

[29] Postmodernitatea nu este altceva decât aprofundarea modernităţii
Există un consens în a crede că postmodernitatea este istovirea modernităţii. Postmodernitatea ne apare mai nouă decât modernitatea şi mai agresivă.
Nimic din postmodernitate nu a fost mai înainte în modernitate. Posmodernitatea este o noutate de recesie faţă de modernitate. „Ceea ce cu adevărat s-a epuizat în modernitate, pentru a deveni postmodernitate, nu este modernitatea însăşi: ci aspectul ei exterior.” (p. 116)
Modernitatea clasică este acţiunea principiului modernităţii în interiorul unei tradiţii încă vii. „Când substanţa limitativă a tradiţiei s-a epuizat şi oamenii, ca hipnotizaţi, încep să nu mai vadă în lume nici o piedică în calea exercitării arbitrariului lor personal, atunci începem să resimţim modernitatea ca pe o postmodernitate.” (p. 116)

[30] Genealogia postmodernismului
Postmodernismul se bazează pe două postulate:
 modernitatea s-a terminat;
 totul este simulacru din punct de vedere ontologic (i.e., nu există o realitate esenţială);
 totul este relativ din punct de vedere epistemologic (i.e., nu există nici un criteriu obiectiv de a stabili dacă cineva are dreptate ori se înşală).
„Teza mea este că postmodernismul nu este decât o formă exacerbată de modernitate şi că, în esenţa lui psihologică, postmodernismul este un fenomen post-traumatic. El afirmă că modernitatea s-a epuizat pentru a nu se observa că, prin exasperarea sa, modernitatea renaşte – exacerbată ş falsificată.” (p. 117)

(A) Postmodernismul nu este decât o formă exacerbată de modernitate. Omul postmodern se opune modernităţii preluând sub formă inversată unele postulate moderne.

(i) Modernii din sec. XVII au redefinit cunoaşterea, pentru a o face ştiinţifică, afirmând că a cunoaşte înseamnă a şti cum anume ceva este construit. Mai precis, a cunoaşte înseamnă a şti cum anume construise Dumnezeu lucrurile. Din acest gând, postmodernii au reţinut că realitatea este construită „de cineva”. Postmodernii au reluat argumentul epistemologic al lui Vico: putem cunoaşte numai ce am construit noi (de aceea sunt posibile ştiinţele istorice); tot ceea ce a construit Dumnezeu rămâne de nepătruns (de aceea este cu neputinţă fizica). Numai că pentru postmoderni, prin dispariţia elementului de obiectivitate absolută legată de existenţa lui Dumnezeu, argumentul lui Vico devine: realitatea este construcţia noastră. A rezultat următorul principiu postmodern: toată realitatea este rezultatul unor „invenţii” sociologice, iar orice cunoaştere este complet epuizată de sociologia cunoaşterii.

(ii) Tipic postmodernă este reducerea ontologiei la gnoseologie. Există numai ce se poate cunoaşte. „Se observă imediat că transformând principiul epistemologic al secolului al XVII-lea – a cunoaşte înseamnă a şti cum este făcut; a cunoaşte înseamnă a construi; numai ce este construit poate fi cunoscut – într-o afirmaţie de tip ontologic, de tipul – tot ce există este o construcţie de cunoaştere – se ajunge la teoria postmodernă a simlacrelor: lumea întreagă s-a transformat în fabulă, în récit, în joc al aparenţelor, în joc tout court.” (p. 118) Preeminenţa epistemologiei asupra ontologiei.
Doctrina simulacrelor ne face să ne întrebăm ce este un simulacru? Pentru ca totul să fie simulacru, ar trebui ca simulacrul însuşi să fie simulacru – paradox. Acelaşi lucru şi despre relativism: pentru ca relativismul să fie adevărat, ar trebui ca însăşi postulatul conform căruia relativismul este adevărat să fie relativ.
„[…] de ce postmodernismul, deşi exacerbează modernitatea, are totuşi conştiinţa că o invalidează în chiar spiritul ei – pe care îl depăşeşte? Deoarece posmodernismul se nutreşte din psihologia inversată care e proprie spiritelor lovite de un şoc traumatic.” (p. 119)

(B) Postmodernismul este un fenomen post-traumatic. „Postmodernul este un modern alienat. Este modernul adus de propria sa modernitate la exasperare şi care, totuşi, datorită nihilismului său radical, nu poate ieşi din logica modernităţii decât prin inversiune psihologică.” (p. 119)

(iii) Proclamaţia postmodernă a fost primită cu entuziasm de către aproape toţi cercetătorii care lucrează în domeniul acelor ştiinţe ale omului care au un statut ştiinţific dicutabil ori contestabil.
Ştiinţele naturii au emis:
 pretenţia negaţionistă: tot ce nu are exactitatea ştiinţelor naturii nu este ştiinţă.
 pretenţia anexionistă: tot ce merită apelativul de ştiinţă trebuie să fie o ştiinţă de tipul ştiinţelor naturii.
Dilthey, împotriva pretenţiilor negaţionistă şi anexionistă, a propos în favoarea ştiinţelor umane următorul raţionament: există în mod legitim două tipuri de ştiinţe: unele în care obiectul este în mod natural obiectiv, situat în exterioritatea omului, şi unele în care obiectul este o interioritate exteriorizată. Ştiinţele naturii îşi ating domeniul de precizie prin exactitate, ştiinţele spiritului îşi ating domeniul de precizie prin pătrunderea minţii în interiorul obiectului cercetat, ca urmare a unei „experienţe trăite”.
Pozitiviştii negau că ar exista şi altfel de ştiinţe decât ştiinţele naturii. Postmodernii neagă că ar exista şi alte ştiinţe decât cele antropologice şi sociologice. Pentru pozitivişti orice ştiinţă trebuie să fie o ştiinţă a naturii. Pentru postmoderni, orice ştiinţă nu este decât o ştiinţă umană. „În cazul postmodern, adevărul formulei penser contre c’est penser comme se verifică pas cu pas.” (p. 121)
Resacralizarea pe care vrea să o facă postmodernismul (prin afinitate cu New Age) nu poate fi decât satanică.
Orice discuţie referitoare la postmodernism trebuie să plece de la constatarea că acesta este un efect post-traumatic al modernităţii, bazat pe inversiunea câtorva din premisele ei epistemologice fundamentale şi pe conservarea principiului ei ontologic fundamental – nihilismul.
Postmodernismul este o radicalizare a modernismului. Este şi o încercare de a anihila inspiraţia filozofiei greceşti, care e mai eficace decât cea a barbarilor din Evul Întunecat ce a urmat căderii Romei, mai eficace fiindcă se realizează prin puterea şi în chipul filozofiei înseşi.

[31] Judecăţile de progres ale postmodernilor
Deşi postmodernii denunţă progresul ca o prejudecată, ei sunt cei mai acerbi bigoţi ai progresului. Postmodernii au interiorizat ideea de progres în domeniul judecăţilor de valoare (acolo unde ar trebui să existe doar eternitatea imuabilă). Nu mai există judecăţi de adevăr, nici judecăţi de discernământ, doar judecăţi de condamnare a ceea ce nu mai este suficient de nou, în numele a ceea ce este cel mai recent cu putinţă.
Postmodernul face discriminare între:
 progresist şi reacţionar;
 recent şi învechit;
 actual şi depăşit;
 în pas cu timpul şi rămas în urmă;
 revoluţionar şi conservator.
„Deoarece singurul criteriu în definiţia postmodernităţii este poziţia în raport cu cel mai recent moment al scurgerii timpului, distanţa faţă de prezent a rămas să fie unicul criteriu de valoare, de judecată, de acceptare ori de respingere.” (p. 124)
„Prin reducerea tuturor raporturilor tradiţional spaţiale la timp şi, în acelaşi timp, prin evacuarea lui Dumnezeu din orice judecată validă asupra lumii, postmodernismul nu poate scăpa din logica infinitului prost: a infinitului fără punct de acumulare, a lumii reduse la un singur registru, a labirintului care nu mai are nici regulă, nici capăt, a încăperii din care nimeni nu mai poate ieşi, pentru că a fost complet zidită.” (p. 124)

[32] Din modernitate nu se poate ieşi decât negându-i principiul fondator – „Gott ist tot”
Cu adevărat în afara modernităţii nu se află decât cel pentru care afirmaţia „Viu este Domnul Dumnezeul nostru” a devenit o realitate istorică necesară.

[33] Fanatismul reducţionist al modernităţii
Secolul al XVII-lea voia să reducă toată ştiinţa la mecanicism.
Scolul al XIX-lea voia să reducă toate ştiinţele la fizică (vezi evoluţiile din sec. XX ale biologiei şi informaticii).
Pozitivismul a vrut să reducă cultura la tot ce era ştiinţific în ea.
Structuralismul a vrut să reducă totul la lingvistică, mai precis la fonetică.
Actualmente, postmodernismul vrea să reducă totul la antropologie.
Antropologia propune o hartă etnografică a zoologiei şi sociologiei umane, ignorând faptul că raţiunea, dreptatea, adevărul, frumuseţea sunt universale, aceleaşi pentru toţi.
În perioada lui Renan, antropologia era legată de iluziile şi primejdiile teoriei raselor.

[34] Unitatea postmodernă a lumii
Condiţia suficientă a unificării lumii: ştiinţa matematică a naturii (fizica modernă). Condiţia necesară: marile descoperiri geografice şi cucerirea colonială.
„Postmodernismul filozofic marchează decesul fascinaţiei exercitate timp de trei sute de ani de ştiinţa matematică a naturii asupra tuturor celorlalte forme de cunoaştere.” (p. 127)
„Unde modernitatea gândea în termeni de „putere” şi de „suveran”, postmodernii au început să gândească în termeni de „microputeri” şi de societăţi multiculturale. Voinţa de a depăşi fragmentarul a murit, iar acolo unde nu a murit încă, e timorată de opinia generală, care o suspectează de perversităţi politice „antidemocratice”.” (p. 128)
Soluţia multiculturalismului ideologic: refuzul oricărui „grand récit” şi menţinerea cu orice preţ a stării de fragmentar.
A doua soluţie priveşte înlocuirea fizicii cu biologia, aceasta din urmă fiind mai solidară cu noile evoluţii pragmatic-ştiinţifice. „Cu ajutorul mijloacelor de care dispune, noua paradigmă biotehnologică vizează transformabilitatea tehno-ştiinţifică a înseşi naturii umane, pe care speră să o poată modifica potrivit unui nou proiect politic radical, unul ideologic agreat de o majoritate oarecare. În urma acestui tip de modificare a naturii umane, corpul politic va începe să capete un cu totul alt sens, imposibil de precizat înainte ca experimentul biopolitic să fi avut loc.” (p. 128)
„Deoarece posibilitatea unei morale universale este legată de existenţa unei naturi umane, controlul naturii umane prin manipulare tehno-medicală schimbă complet datele istoriei, aşa cum o ştim noi.” (p. 130)
Idealul ideologic al sănătăţii perfecte.

[35] Antropologia – cea mai recentă ştiinţă-pilot
Modernitatea are principiile următoare:
 principiul depăşirii (mecanismul avansului istoric ascendent);
 principiul monismului (totul poate fi adus fără pierderi la o cauză unică).
Postmodernitatea are principiile următoare:
 principiul avansului fără revenire;
 principiul pluralismului ontologic, metodologic etc.
În discursul său, postmodernismul încurajează:
 dispersia;
 fragmentarea;
 reducerea la accident;
 transformarea tuturor substanţelor în simulacru.
Totuşi, în practică încurajează antropologia: „Fireşte, ceea ce ignoră cei care absolutizează rolul culturii în formularea judecăţilor cu valoare universală – susţinând că antropologia culturală reprezintă criteriul de judecată ultim pentru afirmarea adevărului – este faptul elementar că fiecare om este nu doar fiul, ci şi tatăl culturii în care este cufundat. Prin urmare, „o cultură nu poate niciodată să devină criteriu de judecată şi, cu atât mai puţin, criteriu ultim de adevăr” (Ioan Paul al II-lea). Antropologia nu poate fi sub nici un chip proclamată metoda universală a tuturor ştiinţelor omului.” (p. 133)
Recursul la antropologie ţine de agenda postmodernismului, care este fundamental politică. „Or, scopul politic al revendicării postmoderne este destaurarea oricărei referinţe la universal şi aducerea ştiinţelor umane la situaţia în care pe viitor orice referinţă la universal, din partea unui cercetător serios, va trebui să pară publicului larg şi comunităţii de savanţi la fel de bigotă, la fel de periculoasă, la fel de fundamentalistă ca şi o referire la Biserica lui Dumnezeu, azi, în politica democratică.” (p. 133-134)

[36] Ravagiile transformării antropologiei în ştiinţă-pilot
În Evul Mediu era de la sine înţeles faptul că omul este superior tuturor fiinţelor inferioare create, precum şi faptul că după Judecată va fi superior îngerilor. Omul era considerat singurul creat după asemănarea lui Dumnezeu.
În anii 60 ecologiştii predicau că omul este egal şi în rând cu celelalte animale. Dacă omul este asemenea unui animal, inteligenţa se reduce la o facultate pragmatică de adaptare. „Inteligenţa nu mai are nimic noetic, nimic iniţiatic, nimic divin: ea este un coeficient de inteligenţă, un număr pe un formular de angajare.” (p. 135)
Antropologic vorbind, cultura nu înseamnă decât mod de trai, hrană, credinţe, tehnici, habitat, comportament – dar nu şi valoare, sau mântuire.
„Câţi dintre noi, astăzi – bine hrăniţi cum suntem, cu turismul la zi, ignoranţi în toate cele, buni doar la consum şi inapţi să concepem ţeluri mai înalte decât creşterea venitului şi adorarea PIB-ului -, câţi dintre noi nu am merita, judecaţi prin prisma purităţii acelui medieval, să fim trecuţi în rândul făpturilor incapabile de raţiune şi judecaţi ca nedemni să purtăm nobilul nume de om? – Nişte animale prospere, blânde şi politicoase, asta am devenit…” (p. 137)

[37] Mizerie materială şi transfigurare spirituală
„Noul duşman al umanităţii nu mai este, ca în trecut, bestialitatea barbarului, ci docilitatea blândă şi tâmpă a acelor animale domestice care reprezintă adevartul tip omenesc (inuman, fireşte) pe care îl produce şi reproduce civilizaţia noastră exclusiv comoditară şi arogant materialistă.” (p. 137)

[38] Tipurile umane dominante şi condiţiile lor materiale de viaţă
Tipul uman clasic era unitar, ierarhic, contemplativ şi resemnat.
Tipul uman creştin medieval era complex, ierarhic, contradictoriu, iscoditor şi neliniştit.
Tipul uman modern clasic era complex, egalitar, contradictoriu, ştiinţific şi neliniştit.
Tipul uman postmodern este simplu, nivelat, timorat, tehnologic şi relativist.

[39] Prima modernitate încă mai invocă substanţele, cea recentă le aboleşte prin dizolvarea tuturor în temporalitate
În cazul modernităţii clasice, a fi modern însemna a fi în pas cu principiile cele mai raţionale cu putinţă. Întâmplător, cele mai raţionale cu putinţă erau şi cele mai recente, în ordinea timpului. Însă temporalitatea nu prima asupra criteriului raţional. În cuplajul timp-raţiune ceea ce conta era raţiunea.
În cazul postmodernismului, cuplajul timp-raţiune s-a reformulat, în favoarea timpului. „Acum contează numai a fi în pas cu timpul: nimeni nu se mai întreabă dacă este mai raţional sau mai bine.” (p. 139) Axiomă iraţională: mai recent înseamnă sigur mai bine.
„Spre deosebire de modernitatea clasică, a cărei mişcare era justificată prin promovarea progreselor raţiunii, modernitatea recentă îşi justifică mişcarea numai prin reflexul instinctiv de a se strânge tot mai aproape de şuvoiul cel mai rapid al scurgerii timpului.” (p. 139)
În timpul modernităţii recente a fi modern înseamnă a fi cât mai strâns cuplat cu tot ce e mai nou, cu ultimele produse, cu ultimele invenţii, ultimele teorii, ultimele descoperiri. Înseamnă a fi la modă.
Andy Warhol a proclamat nevoia şi suficienţa celor 15 minute de celebritate.
Omul modern este persoană în sensul cel mai brutal etimologic – mască, rol, personaj.
„Identitatea lui [a omului postmodern – n.n.] nu mai este dată: e construită, pentru un uz temporar, de el în cooperare cu alţii, într-o comunitate nu de destin, ci de opţiune radical liberă (adică fără raport necesar cu tradiţia). Identitatea omului recent nu este doar construită şi imaginată: ea este, prin vocaţia ei de a se uni cu scurgerea temporalităţii şi prin dependenţa ei de jocul sociologic al apartenenţelor, fundamental capricioasă. Omul recent are identitatea aderenţelor sale instantanee.” (p. 140-141)
„Setea de viitor fără grijă faţă de conţinutul lui este forma cea mai servilă a adicţiei omului recent faţă de temporalitate – zeul ultim al celor pentru care a fi modern este în sine valoarea supremă a vieţii.” (p. 141)

[40] Modernitatea – o tehnică a rezolvării conflictelor politice care a fost, cu timpul, luată ca fiind substanţa însăşi a omului civilizat
Modernitatea nu are substanţă. Ea este strict de ordin instrumental. „Modernitatea nu fusese, iniţial, decât modul în care oamenii din secolul al XVII-lea au încercat să rezolve problema teologico-politică.” (p. 141)
Modernitatea este o formă devenită conţinut. Astăzi, ea este un principiu radical, potenţial totalitar. În limbaj scolastic, este mod devenit substanţă.
Principiul „vălului de ignoranţă” este la baza teoriei liberale.

[41] Gelozia modernităţii faţă de tradiţie.
Modernitatea îşi propune să înlocuiască în totalitate tradiţia. „Modernitatea este dezastruoasă atunci când caută să se substitue integral tradiţiei şi este remarcabilă atunci când caută să o realizeze prin alte mijloace, mai lipsite de prejudecăţi. Când este geloasă pe tradiţie, şi îşi pune gelozia în aplicare, modernitatea se transformă repede în coşmar.” (p. 144)
„Dusă la limita ei extremă, modernitatea crează o lume saturată de mijloace, dar endemic sărăcită de idealuri (iar când pretinde că le are, idealurile acestei lumi din ce în ce mai recente sunt doar scopuri de consum – adică idealuri de extracţie joasă, achizitiv-apetitive).” (p. 145)

[42] Modernitatea ca distrugere „creatoare”
Marx şi Engels au susţinut în Manifestul Partidului comunist două teze istorice diferite:
 Burghezia nu poate exista fără a revoluţiona neîncetat toate relaţiile sociale.
 Proletariatul va opri această schimbare permanentă după ce va pune mâna pe putere (la care va accede în virtutea logicii antrenate de prima teză).

[43] Caracterul irezisitibl al principiului democratic
Democraţia este irezistibilă pentru că este o teorie despre cum se poate împărţi puterea. „Statul modern se foloseşte de democraţia de mase pentru a smulge individului, prin definiţie aristocratic, libertăţile şi privilegiile moştenite de acesta din societatea medievală. Statul modern este tirania maselor asupra libertăţilor individuale.” (p. 150)

[44] Ce este lichiditatea?
Substantivul lichiditate este din aceeaşi familie lexicală cu verbul a lichida.

[45] Aducerea lumii la lichiditate
Este remarcabilă înlocuirea posesiunilor solide cu cele lichide. Valoarea echivalată printr-o posesiune spaţială a fost abandonată în favoarea unei proprietăţi bazate pe organzarea temporalităţii.
Modernitatea suscită energia unei abilităţi eliberate de responsabilităţile proprietăţii spaţiale – abilitatea omului care nu mai are nimic sfânt.
„Prima modernitate a făcut inofensivă tradiţia, condiţionându-i manifestarea de, practic, auto-suspendarea ei; modernitatea târzie (postmodernitatea) a invalidat tradiţia, declarând-o nu inutilă, ci reacţionară.” (p. 157)

[46] Incoerenţa programului modern
„Modern este omul mişcat de somaţia interioară de a schimba locul naşterii sale.” (p. 46)
Modernitatea s-a născut ca o regăsire a naturii veritabile, dar a gândit natura astfel descoperită în termenii devenirii temporale.
Omul modern îşi dezvăluie natura prin descoperirea că natura care i se potriveşte cel mai bine este natura pe care nu o are.
„O dată cu naşterea omului modern, condiţiile care fac posibilă naşterea celui recent sunt deja puse. În omul modern, cel recent îşi trăieşte nu doar preistoria, ci şi postistoria. Omul recent este o eroare de perspectivă asupra unei perspective care a fost iremediabil pierdută.” (p. 162)

[47] Omul recent stă sub semnul lui Proteu
În timp ce omul modern stătea sub semnul lui Prometeu. Omul recent este volatil, tine de mercur, si nu de aur.

[48] Natura omului este să nu aibă nici una
Este o afirmaţie a lui Maurice Merleau-Ponty. În fapt, e vorba de natura omului recent.
Ceea ce este fix în omul modern este incapacitatea de a se fixa.

[49] Caracterul „temporal” al stabilităţii democratice (argumentul lui Hayek)
Trecerea de la „substanţe spaţiale” la „substanţe temporale”, de la raţionamentul prin indicarea fundamentului la raţionamente situate în exfundare, de la explicaţii prin stări la explicaţii prin procese.
Totalitarismul este o pseudomorfoză a sistemului democratic. „Totalitarismul este punerea modernismului în slujba unui ideal arhaic – de democraţie totală şi de sistem de castă plebiscitat.” (p. 165)

[50] Sursa răului totalitar
Ideea că răul totalitar este consecinţa adoptării unei anumite poziţii politice este falsă.
Condiţiile raului totalitar:
 Existenţa unui stat mai puternic decât societatea;
 Adoptarea de către opinia publică a ideii că este legitim ca statul să impună societăţii o anumită viziune ideologică.
„Acest tip de analiză arată că ambele condiţii ale răului totalitar continuă să fie astăzi îndeplinite, în ţările cu democraţiile aparent cele mai puternice. Nu neapărat comunist şi cu atât mai puţin fascist, răul totalitar de azi este strâns înşurubat în creşterea monstruoasă a puterii statului modern şi în scăderea dramatică a culturii libertăţii, la aproape toate popoarele care au ajuns să creadă în democraţie numai şi numai pentru că acest regim continuă să umple conturile.” (p. 167)

[51] Secretul comunismului: o teorie a salvării formulată în termeni perfect seculari
Comunismul nu i-a sedus doar pe dezmoşteniţi, ci şi pe mari intelectuali (Maurice Merleau-Ponty, Julien Benda).
„Or, comunismul tocmai asta a ştiut să ofere spiritului radical desacralizat al modernilor: o teorie a salvării formulată în termeni de perfectă mundanitate. O religie în limbajul desacralizat al teoriei practice, al realismului crud (adică pur material – zeitatea epistemologică a modernilor): capital, relaţii de producţie, proletariat, mijloace de producţie, contradicţii de clasă, rezolvare violentă, autodepăşire istorică – toate aceste concepte erau citite în cheia mistică a salvării.” (p. 170)

[52] Falaciozitatea argumentului care absolvă comunismul invocând pedigriul lui filozofic
Conform unui argument adesea invocat, rădăcinile filozofice ale comunismului sunt infinit mai stimabile decât cele ale fascismului.

[53] Problema socialiştilor
Există o confuzie între socialismul ca forţă morală, ca patos al egalităţii, şi socialismul ca logică infailibilă a istoriei.

[54] Eroarea de principiu a stângii
Două presupoziţii false privesc chestiunea economică a politicii:
 prosperitatea este un fapt natural care nu poate fi pierdut prin îndiguirea economiei de piaţă;
 justiţia socială este o lege a naturii.
Prima presupoziţie face abstracţie de istorie: nici o civilizaţie nu a cunoscut prosperitatea economică, aşa cum a cunoscut-o civilizaţia occidentală începând cu secolul XVII. „Între lucrurile pe care istoria le repetă la nesfârşit este şi acela că prosperitatea NU este un dat al naturii şi că, dimpotrivă, ea este rezultatul întrunirii unui anumit număr de factori, pe care suntem departe atât de a-i controla empiric, cât şi de a-i înţelege teoretic.” (p. 174)
A doua presupoziţie porneşte de la ideea că dacă oamenii se nasc egali, atunci ar trebui să trăiască în condiţii identice de prosperitate şi oportunităţi. Trebuie să ne întrebăm:
 Există suficientă prosperitate pentru toţi?
 Odată realizată împărţirea prosperităţii, este de crezut că ea va fi reatinsă la următorul ciclu productiv?
Răspunsul rezonabil la aceste două întrebări este clar negativ.
Aproape toate ideile economice ale stângii sunt false.
Cine doreşte să egalizeze prosperitatea obţine inevitabil diminuarea şi chiar dispariţia ei.

[55] Socialiştii şi inegalităţile acceptabile
Socialismul este un sistem al inegalităţii acceptate… de către socialist.

[56] Cunoaşterea centralizabilă nu este toată cunoaşterea
Ludwig von Mises: oricât de învăţaţi şi oricât de bine intenţionaţi vor fi planificatorii ei nu vor putea găsi soluţiile corecte la problema costurilor şi preţurilor deoarece nu vor putea dispune de valorile corecte ale intrărilor.
În epistemologie se ştie că orice formă de cunoaştere lasă ceva esenţial pe dinafară, fără de care folosul acestei cunoaşteri este nul. În teoriile sociale se acceptă că raţionalitatea nu poate fi atinsă reducând acţiunile libere ale indivizilor la echilibre statice din care spontaneitatea este evacuată, ci numai incluzând-o în sistem.

[57] Noua idee dirijistă şi „justiţia socială”
„Cea mai mare ameninţare contemporană la adresa libertăţii este ideea, atât de strând legată de existenţa statului providenţă (welfare state), că guvernul este îndrituit să aibă o putere nelimitată în administrarea prosperităţii, în vederea impunerii justiţiei sociale.” (p. 181)

[58] Mai poate fi gândit liberal statul care preia sarcina prosperităţii?
Statul liberal a fost gândit ca limitându-se la securitate şi menţinerea regulilor de convieţuire pe care le doresc toţi.
Statul care se ocupă de securitate are o sarcină finită. Statul care se ocupă de prosperitate are o sarcină infinită, deci atribuţiile sale pot creşte infinit.

[59] Abuzul de stat
Statul inculcă ideea falsă că resursele gestionate de el sunt ieftine şi abundente.
Statul mai este periculos şi pentru ideea că toate treburile se rezolvă prin măsuri administrative. De unde la credibilitatea de care se bucură intervenţionismul. „[…] ideea că toate tipurile de probleme admit soluţii tehnic-administrative este profund falsă, iar împrejurarea că statul este azi chemat să intervină peste tot este esenţa pericolelor cu care se confruntă astăzi umanitatea care a încetat să mai trăiască în mizerie materială.” (p. 185)

[60] Economia şi justiţia socială (argumentul lui Collingwood)
După Collingwood, în economie singurele probleme valabile sunt cele care se referă la cât anume poate primi un om în schimbul bunurilor pe care le comercializează, ori în schimbul muncii salariale pe care o prestează.
„Însă, fireşte, deoarece nu mai trăim demult într-un regim de opinie bazat pe afirmarea şi cultivarea discernământului, ci, din contră, într-unul bazat pe supremaţia spiritului fals, problemele prost puse sunt cele care au devenit centrale în orice dezbatere de opinie care se respectă.” (p. 185-186)
Educaţia actuală nu este bazată pe discernământ, ci pe informaţie.

[61] Aberaţia principiului redistribuirii proprietăţii
Azi este stabilit principiul redistribuirii prin impozit a proprietăţii private celor decretaţi de stat ca fiind defavorizaţi.
Împotriva acestei practici există două argumente:
 argumentul conservator: înstrăinarea proprietăţii este un act care diminuează libertatea, iar obiceiurile bazate pe servitate degradează moral omul şi îi corup caracterul.
 argumentul ad personam: proprietatea putând fi văzută ca o extensie a persoanei (viziunea romanilor, a ţăranilor din Evul Mediu şi a aristocraţilor). Dacă este moral ca proprietatea să fie confiscată, atunci ar fi normal ca şi individul talentat să poată fi deposedat de talentul său, fără să i se ceară consimţământul.
„Cu cât mai democratică în sens totalitar este o societate, cu atât mai iresponsabil este tipul de cetăţean pe care aceasta îl reproduce.” (p. 188)

[62] Tipul uman socialist
„Socialismul, ca sensibilitate, este invenţia unora dintre membrii trândavi şi incapabili ai claselor avute.” (p. 188)
„Socialismul este invenţia unor oameni lipsiţi de responsabilităţi, care, fugind de răspunderea propriilor teorii, au oferit primul exemplu dezgustător de iresponsabilitate intelectuală absolută.” (p. 188-189)

[63] Psihologie socială
„[…] socialismul construieşte generozitatea faţă de celălalt, printr-un mecanism de impunere silită, adresat tuturor. Nu este numai ipocrizie inconştientă: este (a) punerea carităţii cu care eşti dator de la Dumnezeu, (b) pe seama altora, cărora le-o impui cu forţa.” (p. 189)
„Aşa începe infernul politicii socialiste, de la o boală morală (fuga de responsabilitatea de a fi generos), pe care socialistul caută să o vindece printr-o diformitate silogistică (adevărata generozitate se obţine numai atunci când tuturor li se impune de către puterea de stat să fie generoşi, în sensul fixat de noi, de către socialişti.” (p. 190)

[64] Adevărul manifest, temporalitatea şi socialismul
Karl R. Popper vorbeşte de „doctrina adevărului manifest”. Conform ei şi susţinătorilor acestui punct de vedere, adevărul este vizibil, sare în ochi, iar cei care nu-l îmbrăţişează automat sunt nişte profitori care trăiesc de pe urma minciunilor lor.
Argumentul „decisiv” invocat de Léon Blum în favoarea socialismului este temporalitatea (noutatea doctrinei socialiste în raport cu liberalismul).
La autorii evrei apare des tema fluidităţii: Blum a fost partizan al abandonării etalonului „pământ” şi promotor al etalonului „schimbare”. „Fidelitatea faţă de pământ este cel mai mare obstacol în calea schimbărilor care sunt necesare pentru a schimba natura umană – avem aici catehismul modern şi postmodern laolaltă.” (p. 193)
Evreii sunt un popor care trăieşte în timp, şi nu în spaţiu. „Dacă profeţii aveau menirea religioasă de a fi groparii timpului, rabinii şi-au asumat sarcina dificilă de a fi păstrătorii acestuia.” (p. 195)
„Prin trecerea de la o religie centrată pe posesia templului (ilustrând un tip de identitate bazată pe înrădăcinarea spaţială) la una centrată pe apărarea Torei (ilustrând un tip de identitate bazată pe înrădăcinarea temporală, la purtător), evreii au devenit primul popor din istorie şi din lume care a trecut de la gândirea în termeni de substanţe spaţiale, tipică tuturor tradiţiilor premoderne, la o gândire în termeni de substanţe temporale, tipică oricărei gândiri moderne.” (p. 195)
Afinitatea dintre evrei şi modernitate este naturală.
Protestanţii, deoarece reprezentau o întoarcere a creştinismului la izvoarele sale iudaice, au reprezentat tipul creştin de predilecţie prin care s-a impus modernitatea.

[65] Joseph de Maistre ca indicator al temporalizării lumii
Maistre este „reacţionar” în măsura în care a avut o repulsie uriaşă pentru schimbarea care se opera între substanţe-esenţă şi substanţe-timp.
Joseph de Maistre este cel mai important martor al schimbării pe care o trăim noi.
„Creştinismul ţine de Pământ şi de substanţele-esenţă. Iudaismul de după a doua distrugere a Templului, iudaismul pribeag şi lipsit de Centru, ţine de Timp şi de Mare. De aceea, de îndată ce modernitatea apare şi se instalează, evreii devin fără ezitare cheia istoriei europene – pentru că ei, singurii între culturile europene, împreună cu potenţialităţile deschise prin descoperirea politicii mării, poartă elementul timp spre împlinirea lui, în timp ce toate celelalte forţe, ale uscatului şi ale interpretării tradiţionale ale creştinismului, i se opun sau tind să i se refuze.” (p. 197)
Motorul modernităţii este transformarea tuturor substanţelor-esenţă în substanţe-timp. „Civilizaţia, să nu uităm, a apărut numai acolo unde au fost simultan posibile scrisul şi monumentele de piatră. Acel moment, potrivit victoriei depline a spiritului recent, a trecut. Viitorul aparţine forţelor care vor răsturna atât scrisul, cât şi, simultan, spiritul care doreşte să fie exprimat prin monumente. Timpul – este ocazia. Excesul de timp – este destrămarea. Aici, pe această muchie de cuţit, se dispută tot binele şi toată primejdia modernităţii.” (p. 197)

[66] Trebuie să fii în pas cu timpul, altminteri eşti declarat reacţionar!
Distincţia dintre bine şi rău a fost înlocuită cu cea dintre progresist şi reacţionar.

[67] Cum se definea un Old Whig?
Conservatorismul doreşte să păstreze intact ceea ce revoluţia vrea să distrugă complet.

[68] Dreapta şi stânga din perspectiva poziţiei faţă de tradiţie
Distincţia politică dintre dreapta şi stânga nu apare decât odată cu ieşirea din tradiţie. Înţelegem prin tradiţie absamblul presupoziţiilor care nu pot fi puse niciodată în discuţie. Stânga pune în discuţie aceste presupoziţii, în timp ce dreapta este cea care împiedică acest lucru.
Conservarea produce ideologii (moduri false ale conştiinţei, care pretind că lucrurile sunt mai stabile decât par), în timp ce orientarea spre nou produce utopii (supraevaluări ale viitorului şi celebrări ale forţelor dinamice ale istoriei).
Stânga este naturaliter revoluţionară, în timp ce dreapta este inevitabiliter conservatoare. „Iluzia stângii este că dictatura egalităţii va putea în cele din urmă salva oamenii de nelecuitul lor sentiment că viaţa i-a neîndreptăţit; iluzia dreptei este că impunerea unei ierarhii care nu a fost găsită, ci inventată va putea vreodată lecui omenirea de sentimentul că a fost izgonită din Paradis.” (p. 200)
Ambele moduri de raportare la tradiţie se înşală şi au dreptate în acelaşi timp. Totuşi, în ordinea umanului, şi stânga şi dreapta sunt fapte umane secundare. În fapt, problema dispariţiei tradiţiei este problema instaurării unei existenţe umane în întregime supuse temporalităţii (altfel spus, imposibilitatea de a mai avea valori care să nu depindă de timp). Problema dispariţiei tradiţiei este problema imposibilităţii găsirii unui teren ferm.
Fermitatea devine din substantiv, adjectiv, iar din verb, adverb. Singurul argument devine forţa. „[…] politica este numele pe care l-a dobândit întrebuinţarea legitimă a forţei, iar exercitarea ei legală s-a numit stat.” (p. 202)
Nevroza stângii este schimbarea cu orice preţ, prin care se exprimă setea vorace de temporalitate. Nevroza dreptei este îngheţarea cu orice preţ a schimbării, în care se adăposteşte setea nostalgică de repaus.

[69] Obiecţie la politologia contemporană
Ignorându-l pe Dumnezeu, teoria politică contemporană nu mai poate avea despre om decât o viziune limitată sus, şi prelungită indefinit în jos.
Reducţionismul este filosofia de bază a modernităţii. Altfel spus, tot ce se află sus poate fi explicat printr-o combinaţie a ceea ce este jos.

[70] Stânga este partidul politic al dezinvestirii lui Dumnezeu de atributele sale tradiţionale
Stânga este expresia mecanismului însuşi prin care avansează modernitatea. Ea îl evacuează cu orice preţ pe Dumnezeu din istorie.
Mecanismul din care s-a născut modernitatea este articularea coerentă a laicizării cu secularizarea şi cu descreştinarea.
Alternativa la viaţa în interiorul tradiţiei este barbarismul cel mai nemilos. „Căci, în definitiv, de ce să nu extermini câteva gâze limbute care se agită inutil, dacă tot ce se referă la identitatea lor a fost inventat, dacă tot ce le justifică existenţa a fost construit cu premeditare, dacă deosebirea dintre bine şi rău este pur convenţională, dacă un fapt poate lua orice valoare, dacă nici o valoare nu va putea vreodată egala valoarea unui fapt brut?” (p. 206)

[71] Politicul ca deschis al societăţii umane
Ideologicul este o formă coruptă a politicului (aceste din urmă precede politicul).

[72] Despre aberaţia unor taxinomii bazate pe stânga dreapta
Sunt considerate de către „progresişti” ca fiind „reacţionare” instituţiile care au un raport oricât de mic cu tradiţia: biserica, religia, monarhia, statul, elitele, cultura.
„Astăzi, într-o epocă în care radicalismul de stânga a devenit presupoziţia comună de raportare la lume a majorităţii oamenilor obişnuiţi, orice instituţie care întreţine cu trecutul şi cu tradiţia un raport de continuitate ori de reverenţă este resimţită, inconştient şi involuntar, ca „depăşită”, „învechită”, „discriminatorie”, „intolerantă”, „fundamentalistă”, „potenţial represivă”, „reacţionară”.” (p. 210)

[73] Politicul şi ştampila ideologică „dreapta vs. stânga”
Politicul începe prin identificarea unui bine comun.

[74] Suprimarea politicului prin ideologii şi prin soluţia tehnocrată
Două metode au tins spre suprimarea politicului:
 soluţia tehnocrată (ideea că, în virtutea unor competente, cineva ar putea da o soluţie tehnică în ceea ce priveşte binele de care avem nevoie);
 identificarea politicului cu ideologia (altfel spus soluţia tehnică poate fi realizată prin gnoza ideologicului).
Pretenţia de a-i înlocui pe oamenii politici prin administratori a fost numită de Oakeshott „eroarea supremaţiei tehnice”.
„Dacă eroarea ideologică submina şi tindea să desfiinţeze economia – făcând imposibilă prosperitatea economică -, eroarea tehnocratică subminează şi tinde să desfiinţeze partea de comunitate din orice societate – paralizând inventivitatea socială şi atrofiind spontaneitatea prezenţei sociale a oricărui individ, luat în particularitatea sa irepetabilă.” (p. 213)

[75] Deformările politicului
Politicul este devorat de ispita tehnică şi de anexionismul ideologic. Ideologiile secolului XIX au fost create de intelectuali şi vizau scopuri universaliste. Ideologiile secolului XX au fost create de oameni politici şi vizează scopuri parohiale.
„Dacă politica secolului al XIX-lea a fost intens ideologizată, putem spune că politica ultimei părţi a secolului XX, care cu siguranţă deschide spre modul de a face politică al secolului care urmează, a fost puternic „tehnologizată” – prin asta înţelegând transformarea spaţiului politic într-un soi de management tehnic, pentru care parlamentul, partidele politice şi corpul politic au devenit elemente de marketing de imagine, supuse tehnicilor de manipulare ale managementului electoral.” (pp. 214-215).

[76] Tradiţia libertăţii va fi înlocuită cu setea de prosperitate şi cu teama de nesiguranţă
La originea civilizaţiei europene stă decizia de a conferi libertăţii valoare politică supremă.
După 1960 valoarea civilizaţiei europene a devenit bunăstarea materială. „Cum va arăta cultura acestei civilizaţii şi cum vor fi gândite instituţiile acestui tip de cultură? Nu ştiu. Presimt însă că viitorul nu va mai acorda atenţie nici libertăţii, nici culturii, nici măreţiei valorilor noastre. Aceste lucruri, deja, au încetat să mai atragă atenţia. Noi, deja, vorbim în zadar. Deja, se poate spune, posteritatea noastră a devenit trecutul.” (p. 216)

[77] Geniul Europei şi spiritul modernităţii, între relativism, multiculturalism şi liberalism
„Paradoxul libertăţii ţine, deci, de împrejurarea că se bazează pe posibilitatea ca minciuna, răul şi imoralitatea să existe. Căci, dacă ar exista în mod cert numai ceea ce este adevărat, moral şi frumos, care este unic, atunci libertatea ar fi nu doar inutilă, ci direct subversivă. Argumentul este următorul: dacă adevărul ar fi cunoscut cu certitudine, atunci ar fi absurd să fie tolerate opiniile false […].” (p. 217)

[78] Spiritul modern şi excesul de legiferare
A consolida modernitatea recentă înseamnă a legifera din ce în ce mai mult, în tot mai multe domenii, din ce în ce mai complet.
„Or, ce reprezintă o tradiţie, oricare ar fi ea? Nimic altceva decât transformarea spontană a formelor de viaţă în conţinuturi stabile ale vieţii. Dimpotrivă, ceea ce în modul cel mai general numim modernitate reprezintă un anumit mod de a te raporta la tot ceea ce, la un moment dat, se prezintă ca fiind deja consolidat sub forma unei tradiţii.” (p. 221)

[79] Regulile, tradiţia şi comunităţile
Discernământul nu este ereditar şi nici nu poate fi transmis în mod uniform descendenţilor.
Iniţial, în comunităţile mici, regulile au apărut pentru că discernământul nu a putut fi transmis automat. Ulterior, în comunităţile mari, a apărut ideea că totul trebuie să depindă de nişte reguli.
„Orice stil cultural se naşte prin afirmarea unui anumit tip de discernământ – simţul pentru tot ceea ce este mare, pentru ceea ce este divin, pentru ceea ce este eficient etc. Deopotrivă, stilurile mor atunci când legiferarea începe să domine asupra actului individual de judecată. Altfel spus, civilizaţiile încep să se dezagrege o dată cu dispariţia discernământului care le-a animat la formare.” (p. 222)

[80] Ce ar trebui să fie legea?
Legea are mai degrabă o valoare negativă, fiind ceea ce în fizică numim condiţiile limită.
Legile care vor să legifereze toate combinaţiile posibile, mutilează realul. Se ajunge la principiul aberaţiei totalitare: tot ceea ce nu este explicit permis, este implicit interzis.
„Departe de a reuşi să facă ilegalitatea imposibilă, excesul de legalitate sfârşeşte invariabil prin a face dreptatea impracticabilă. Şi totuşi nimeni nu resimte încă o instinctivă repulsie faţă de legea înţeleasă ca normativ al tuturor posibilităţilor admise.” (p. 225)
Excesul legislativ este în directă legătură cu dispariţia discernământului.
Sursa greşelii nu este liberul arbitru, ci absenţa discernământului.

[81] Legea instituită ca discernământ deja pierdut
Tablele legii au devenit necesare atunci când comportamentul religios nu a mai putut constitui o morală universal acceptată.
Legiferarea atestă o disfuncţionalitate în funcţionarea socialului, că procesul supus legiferării nu mai merge de unul singur.
Legile reprezintă suduri în real, ele nu sunt inocente.
Legea este înlocuirea naturii (după cum ea face parte din apanajul modernităţii recente, şi nu a modernităţii clasice, bazate pe natură). Acolo unde modernii clasici gândeau în termeni de natură cei recenţi gândesc în termeni de construcţie deliberată.
Pentru omul recent orice cunoaştere serveşte voinţei de putere.
Omul recent este suspicios. El refuză tradiţia deoarece aceasta nu a fost elaborată de tipul său uman.
Programul omului recent vizează exterminarea sistematică a tuturor resturilor de tradiţie clasică din formula primei modernităţi, cea care gândise deja tradiţia ca pe ceva care trebuia depăşit şi învins.
„Omul recent reprezintă triumful eliminării oricărei substanţe din gândirea umană şi înlocuirea acesteia cu timpul. […] Multiplicarea fără de capăt, goana timpului, imposibilitatea de a fixa vreun termen, vreun reper, vreo haltă – aceste sunt datele revoluţiei celei mai recente.” (p. 229)
„Înţelepciunea omului recent e goana înainte. Cunoaşterea sa e caleidoscopul. Singura sa pace – caruselul. Iar singura breşă în relativismul său vesel şi superficial este propria sa moarte, faţă de care nutreşte terorile unui pudel răsfăţat şi bine hrănit faţă de dizgraţia stăpânei.” (p. 230)

[82] Spiritul subversiunii
Orice ordine construită şi inventată de-a gata este condamnată să devină dezordine.
„Aş numi era în care dezordinea apare ca efectul inevitabil şi neintenţionat al dorinţei de a propune o ordine mai bună „era subversiunii”.” (p. 231)
Subversiv – acţiunea de a răsturna. Subversiunea este instalarea în acţiunea care face posibilă răsturnarea infinită. Spiritul subversiunii este cel care dezrădăcinează. „[…] adevărul subversiunii constă în aflarea faptului că, în lume, nu este de găsit nici un punct de sprijin, iar acolo unde un astfel de punct este cu putinţă nu există de fapt lume.” (p. 232)
Principiul subversiunii contestă existenţa unui temei al lumii.
Subversiunea nu are principiu intern de limitare. În cadrul ei judecata de actualitate se sustrage oricărui tip de judecată tradiţională (estetică, etică, de adevăr etc.).
Silogismul subversiunii: „timpul e adevărul, tu nu te afli în avangarda lui, deci te înşeli”. Veracitatea lumii pare a fi concepută astăzi numai prin prezent.
„În timp ce conservatorii reacţionează la faptul că timpul le fuge de sub picioare, subversioniştii fug o dată cu timpul şi jură pe toate nebuniile lui, deşi îşi imaginează că îi împărtăşesc înţelepciunea.” (p. 234-235)
„Cine crede în timp nu poate crede decât în el, antrenat în el. Când timpul debordează, spiritul subversiunii inundă.” (p. 235)

[83] La sfârşitul moralei
Der liebe Gott steckt im Detail (Aby Wartburg) – Esenţialul vieţii noastre e făcut şi el din detalii.
Problema este că azi nimeni nu mai crede în mod serios:
 că morala este universală;
 că morala este obligatorie.
Morala este astăzi un anumit conformism lejer la deprinderile liber asumate ale grupului social de identificare.
Morala în sensul strict presupune exigenţa unor convingeri primite de la o instanţă superioară, legitimată prin convingeri liber asumate şi dusă mai departe prin sancţiuni benevol acceptate.
Etica presupune existenţa unor principii pe care nici o instanţă, fie ea politică ori ştiinţifică, nu le poate relaxa sau elimina.
Omul zilelor noastre este un perfect oportunist moral.
Orice morală tradiţională este o etică religioasă. Începutul destrămării moralei tradiţionale a fost începutul sfârşitului moralei.
A fi moral presupune a trăi în interiorul unei adevărate religii.
„Spre mulţumirea tuturor progresiştilor, caracterul represiv al moralei a fost, în fine, complet eradicat – şi din educaţie, şi din şcoli, şi din cei şapte ani de-acasă.” (p. 240)
„Nu ne mai dăm seama că facem ceva rău – aceasta este forma sub care se manifestă progresele răului.” (p. 240)
Trăim într-o lume care a abandonat orice referinţă morală absolută.
Iluminismul ne-a lăsat moştenire ideea că emanciparea morală se poate petrece numai prin epurarea, raţionalizarea, ori abandonarea moralei tradiţionale religioase.
„[…] miscarea prin care se va ajunge după un număr finit de pasi de la încurajarea furtului la acceptarea crimei deja a devenit un proces necesar.” (p. 242)

[84] Stilul de fast food obligatoriu al modernităţii recente
„Durata lungă a opiniei publice era făcută de religii, comportamente instituţionalizate, tradiţii şi culturi. O dată cu începutul modernităţii, durata medie a fost dată de cărţi şi de acele curente de idei care s-au impus în conştiinţa tuturor ca un soi de Zeitgeist inevitabil, necesar. Durata scurtă, adică opinia de agitaţie, e dată de ziare şi, în general, de mass media.” (pp. 242-243)
„Conţinutul, pentru omul calchiat după chipul şi asemănarea tehnicii, este o consecinţă a exercitării formei. Esenţa sa este, deopotrivă, moda, instantaneitatea şi manipularea. Mileniul care începe se deschide pe această epocală descoperire a culturii mass media: MTV-ul ca model suprem al personalităţii umane.” (p. 243)

[85] Obiecţie la liberalism: nu îşi poate reproduce tipul uman fondator
Tipul fondator al liberalismului era: respectuos pentru reguli, raţional în decizii, calculator al riscurilor, în căutarea confortului personal şi a respectibilităţii sociale, preţuind libertatea, generos, cu cultul muncii şi al lucrului bine făcut, alergic la tiranie, lipsit de spirit religios, tolerant chiar şi la intoleranţă. Acest tip de om a fost produs de creştinismul secularizat.
Homo sovieticus: nu respectă contractele decât dacă este forţat de lege, ia decizii arbitrare, nu calculează nimic, iubeşte bogăţia, se dă în vânt după faţada socială, doreşte să aibă totul, dispreţuieşte libertatea celorlalţi, este insensibil, e incapabil să-şi ajute dezinteresat semenii, urăşte munca, face doar treabă de mântuială, respectă doar forţa, e slugarnic, intolerant şi superstiţios.
După anii 60, a apărut un alt tip uman, care are multe în comun cu homo sovieticus: infantilizat de o prosperitate provenită din cer, rebel fără cauză, învăţat să creadă că singurul ţel în viaţă este sporirea plăcerii personale, nu respectă nici o autoritate, interpretează absenţa privilegiilor ca o nedreptate strigătoare la cer, pretinde totul de la societate şi nu aşteaptă nimic de la efortul personal.
„Viitorul e sumbru. El aparţine omului instinctual, egoist cu ferocitate, îndrăgostit de sine, lipsit de scrupule, ahtiat de putere, superstiţios şi laş, servil şi avid. Comunismul a făcut doar începutul, a cântat uvertura. Adevăratul loc de naştere al ororilor care vor veni este o combinaţie între China colectivistă şi America ideologiilor extremiste care sunt cuprinse în agendă, vizibilă ori ascunsă, a corectitudinii politice.” (p. 245)
Naţionalismul PIB-ului.
Şovinismul bunăstării.

[86] Regăsirea stării de natură prin mijloacele tehnologiei soft
În orice societate în care există exclusiv bunuri externe competitivitatea devine singurul zeu.
Viaţa postmodernului este o fantezie masturbaţională non-stop.
Norman Manea, trăsăturile Statelor Unite:
 cultul succesului;
 atenţia acordată trupului;
 aducerea rapidă a oricărui eveniment la dimensiunea schimbului comercial;
 invazia intimităţii (deşi individualismul prevalează);
 peisajul politic deopotrivă democratic şi „monetar”;
 noţiunea de trecut limitată adesea la ultimele două săptămâni.

[87] Progresiştii şi cultul valorilor de unică folosinţă
A fi eliberat de anumite intoleranţe nu garantează bigotismul altora.
Conservator – horribile dictu.
Progresistul, când nu are adepţi fanatici, nu are decât duşmani.

[88] „Nevoia de informaţie, de cât mai multă informaţie” – o nevroză recentă
Uşurinţa de a transporta informaţie şi facilitarea accesului la ea nu rezolvă problema dificultăţii omului de a comunica cu semenii lui.
„Discernământul este facultatea de a decide, în condiţii de incomensurabilitate a criteriilor, atât valoarea relativă a paradigmelor incomensurabile, cât şi dezirabilitatea teoriilor morale bazate pe acestea.” (p. 250)
Viciul modernităţii nu este acela de a calcula totul, ci de a exclude tot ce nu poate fi calculat.
Există o preferinţă modernă pentru uzul impersonal al regulamentelor în defavoarea facultăţii personale a discernământului.
„[…] informaţia fără perspectivă este o formă mai înaltă de ignoranţă.” (p. 253)

[89] Popularitatea veritabilei culturi înalte
Cultura înaltă a devenit „înaltă” atunci când a încetat să fie gustată de publicul larg. Cultura este hrană spirituală numai dacă se poate înscrie în circuitul imaginal al sensurilor.
„Dacă specia prevalentă în mediile de specialişti este tipul intelectualului incult, tipul prevalent în mediile populare este incultul cu alergie la „cultura înaltă” şi la purtătorii ei tradiţionali, intelectualii.” (p. 255)

[90] Discernământ, spirit fals şi erudiţie recentă
Postmodernismul este arta de a citi texte clasice în cheie improprie. Postmodernismul este o subclasă deviantă a hermeneuticii tradiţionale.
Prin secularizarea studiilor s-a ajuns la imanenţa cercetării.
Erudiţia tradiţională căuta să sprijine viziunea. Erudiţia recentă se străduieşte s-o facă inutilă.
„Erudiţia recentă reprezintă victoria modului de a fi erudit al filologilor asupra modului de a fi erudit al filozofului. Întregul câmp al ştiinţelor umane a fost astfel reformulat.” (p. 260)
„Dacă e să folosim o metaforă electronică, erudiţia care a dominat până la jumătatea secolului al XX-lea – şi care prelungea secolul al XIX-lea, esenţialmente german în stil – era analogică, iar erudiţia recentă este digitală. Erudiţia recentă, impusă ca nivel de perfecţiune academică de anglo-saxoni după 1960, este vizibil marcată de ascendentul maşinii asupra omului. Ea este nu doar digitală, ea e şi esenţialmente cantitativă.” (p. 264)
Stilul erudiţiei recente este marcat de obsesia trimiterilor exhaustive şi de prudenţa timorată a concluziilor definitive.
Viziunea universală a fost înlocuită cu idealul detaliului arhivistic.
Erudiţia recentă se măsoară nu după adâncimea cunoaşterii, ci după amploarea referinţelor.
Pierzând legătura cu sensul primar al textului, interpretarea a ajuns la concluzia că poate spune orice.
„Nu doar că erudiţia recentă mută atenţia de la esenţial, care este viziunea, la lucrurile secundare, reprezentate prin cultul bigot faţă de corectitudinea procedurii (număr de citate etc.); ea ne învaţă că esenţialul (Dumnezeu, sensul, mântuirea) este neserios din punct de vedere academic şi că maximum de seriozitate profesională este atins atunci când, spre exemplu, numărăm cu acribie intrările dintr-un index. Altfel spus, performanţa judicioasă cu amănuntul, performanţă improprie cu ridicata.” (p. 270-271)

[91] Virtuozitatea nu este doar perfecţiune tehnică
Nici o activitate nu poate fi redusă fără pierdere la tehnicitatea ei.
Lumea nu este reductibilă la tehnică. Tehnica nu este separabilă de lume.

[92] Cunoaşterea tehnică este limitată de discernământ
În sens slab, cultura este divertisment. În sens tare, cultura este transmutare a omului, anagogie.
Există un cult superstiţios al expertului, cel care ar fi capabil să rezolve în mod tehnic, unic şi dincolo de orice dezbatere, orice fel de problemă care cade în aria lui de competenţă. Acest cult se bazează pe confuzia între cunoaştere faptelor şi capacitatea de a avea discernământ asupra lor.
„Cultura are doi duşmani, la fel de puternici: trufia eruditului de strictă observanţă şi impietatea ignarului.” (p. 280)

[93] Împotriva dictaturii experţilor
Experţii sunt utili când e vorba de breviare, discernământul trebuie să fie afacerea fiecăruia dintre noi.

[94] Nu se poate obţine unitatea cunoaşterii prin diviziunea disciplinarităţii
Segregarea disciplinară academică nu poate fi depăşită prin inter- ou trans-disciplinaritate, ci prin creativitatea pornită din unitatea viziunii şi din unitatea creaţiei.

[95] Slăbiciunea de azi a cărţilor
„Trăim într-o epocă în care mesajul cărţilor a devenit atât de slab audibil, încât singura sarcină a celor care încă mai scriu este aceea de a repeta ceea ce alţii au spus înaintea noastră mai bine. Cei vii sunt mai ascultaţi decât morţii, mai ales dacă mortul este antipatic. Un viu antipatic stârneşte scandal. Un mort antipatic, tăcere.” (p. 285)

[96] Cultură şi tehnică – două tipuri de înţelegere a lumii
Cultura este expresie a inteligenţei care caută sensuri pentru a se integra lumii. Tehnica este expresia inteligenţei care inventează mecanisme pentru a le substitui lumii, pe care o explică fără rest.
Primul tip de inteligenţă se bazează pe necesitatea de a obţine o viziune, cel de-al doilea pe cea de a construi un mecanism. Primul este holistic, al doilea este atomist.
Dintotdeauna cultura a fost superioară tehnicii. Azi doar pretenţia mai există, în practică tehnica se consideră superioară culturii.

[97] Timpul şi legitimitatea pluralismului cultural
Teza I. Există două tipuri de cunoaştere (cea care se epuizează în rezultat şi cea care nu se epuizează în rezultat).
Teza II. Există un singur fel de inteligenţă.
„În orice text, hotărâtor este în-afara-textului (acel ceva despre care Derrida afirma sentenţios – il n’y a pas de hors-texte – că nu există).” (p. 292)

[98] Cultură generală şi bine comun
Ecuaţia: trai comun > bine public comun > formarea unui set esenţial de presupoziţii comune > cultură comună.
Convers: dispariţia culturii comune > erodarea presupoziţiilor comune > erodarea ideii că ar exista un bine public comun > devine imposibilă ducerea pe mai departe a traiului paşnic în comun.
„Pentru o civilizaţie bazată exclusiv pe specializarea tehnică, dispariţia culturii generale este începutul barbariei.” (p. 293)
Toate activităţile au devenit marginale în raport cu centrul vieţii.
„Specializarea înseamnă instrumentalizare: înseamnă punerea ca ţel ultim a scopului imediat.” (p. 294)

[99] Slăbirea raţiunii absolutiste şi pierderea discernământului
Raţionalitatea secolelor XVII şi XVIII, lipsită de prezenţa lui Dumnezeu, a fost abandonată pentru o judecată mai liberă şi mai largă, dar debilă în ce priveşte capacitatea de a formula judecăţi de discernământ. „[…] efectul pervers a constat din invazia culturii de către o nouă rasă de barbari: proştii cu şcoală, cretinii educaţi, intelectualii lipsiţi de cultură, savanţii inculţi, relativiştii de profesiune, oamenii care confundă totul, amestecă totul şi triumfă eristic asupra oricărei discipline, secătuind-o de seva ei vie, falsificând-o, ruinându-i spiritul de fineţe, dezechilibrând-i balanţa valorilor – pe scurt, ucigând-o.” (p. 295)

[100] Noua barbarie recentă
„Pînă acum barbarii erau agresivi, inculţi, jegosi, puşi pe cuceriri, veniţi de aiurea. Ca şi cei de ieri, barbarii de azi sunt tot inculţi, dar nu mai sunt agresivi, sunt oameni cum-secade, nu mai sunt jegosi, sunt oameni bogaţi, nu mai sunt puşi pe cuceriri, sunt sedentari şi nu mai vin de aiurea, ci sunt chiar de aici, sunt chiar în mijlocul nostru. Ei ne vor cuceri nu din afară, ci dinăuntru. Barbarii de ieri erau produşi de barbarie şi incultură, fiind însă atraşi de civilizaţie aşa cum fluturii de noapte sunt atraşi de lumina lămpii: pînă la imolare. Barbarii de azi sunt produşi de bunăstare şi civilizaţie materială, fiind tot la fel de porniţi împotriva civilizaţiei care i-a produs pe cît de furioşi ne sunt prezentaţi că ar fi fost păcătoşii, în tratatele ascetice, împotriva celor care ştiau secretul păcatului lor.” (p. 293-294)

[101] Un argument împotriva multiculturalismului qua ideologie
Multiculturalismul pune ca principiu normativ egalitatea şanselor pentru culturi diferite. Presupoziţia de plecare este că toate culturile sunt egale.

[102] Justiţia de grup
Unde există corpuri constituite justiţia nu mai poate fi aplicată uniform. Este foarte posibil ca pe viitor să apară o justiţie corporativă, care să evalueze omul în funcţie de corpul social de la care se revendică.

[103] Idealul de societate al ideologiei multiculturale
Idealul de societate al ideologiei multiculturale, împreună cu idealul corectitudinii politice, este strict totalitar.
„Societatea multiculturală: feudalism fără libertate, plus egalitarism.” (p. 300)

[104] Setea de dreptate egalitară conduce azi la refacerea corporatismului
Democraţia presupune un corp social omogen. Corporatismul îl ucide.
Corporaţiile moderne sunt forme de sindicalizare mai compactă a societăţii. Comportamentul acestora este tipic totalitar: despotice în interior, servile în exterior.
„Corporatismul Evului Mediu tindea să limiteze puterea centrală. Corporatismul modern, deoarece nu mai pleacă de la corpuri constituite, tinde să ilimiteze puterea statului, deoarece numai prin stat (nu şi prin ele însele) pot corporaţiile moderne să obţină subsidii, reprezentare şi recunoaştere simbolică.” (p. 300)

[105] Relativismul şi cultul retragerii în peştera platoniciană
Cetăţeanul democratic credea în raţiune, natură, drepturi naturale, egalitate.
Omul recent crede în:
 ştiinţă ca instrument de dominare a omului alb şi creştin;
 construct cultural în loc de cultură;
 comunităţi imaginate şi culturi justificate etnocentric în loc de drepturi naturale;
 egalitatea culturilor minoritare împotriva idealului de asimilare şi omogenizare al marilor culturi.
„Orice cultură este o peşteră. O confederaţie de peşteri cu paznici ideologici la porţi, cu activişti sociali bine plătiţi de stat pentru a stinge orice lumină a binelui comun (din afara peşterilor), este idealul politic a multiculturalilor.” (p. 301)

[106] Franz Fanon şi criteriile societăţii recente
Sentimentul psihologic central al guvernării monarhice era onoarea. Sentimentul central al republicii era virtutea. Pentru Avishai Margalit, umilinţa este singurul sentiment care nu are nevoie de argumente în favoarea susţinerii eradicării lui.
În societatea decentă, individul nu mai este definit printr-o natură, supusă unor limitări numite datorii şi unor garanţii numite drepturi. El este supus sentimentelor sale de frustrare.
Zelatorii ideologiei corectitudinii politice şi a multiculturalismului militant au două surse:
 egalitatea absolută văzută ca decency;
 moartea oricărei stări de fapt.

[107] Ce este, cu adevărat, corectitudinea politică?
„Corectitudinea politică este decret de corectitudine socială, pe care o minoritate luminată îl impune unei majorităţi înapoiate.” (p. 305)
Principiul politic corect pretinde ca selecţia comportamentelor să se realizeze sub supravegherea sa, iar rezultatul să fie impus societăţii nu prin vot, ci prin decret (forţă).
„Corectitudinea politică pleacă de la pluralismul opiniilor (criteriul liberal), pune ca ideal egalitatea tuturor (criteriul democratic), afirmă că actualul corp al societăţii este inegal (criteriul ierarhic de facto) şi pretinde că minoritatea luminată şi miliantă are dreptul (criteriul ierarhic de jure) şi trebuie în mod absolut să impună majorităţii altfel constituite propriul ei principiu de organizare (criteriul revoluţionar leninist). Ce amestec incoerent!” (p. 306-307)
În condiţiile în care contactele dintre oameni sunt derizoriu de restrânse, cei care conduc mass media au în fapt puterea.
Corectitudinea politică este o construcţie intelectuală de tip ideologic. Caracterul ei este totalitar. Ea nu se adresează raţiunii, ci emoţiilor.
Modalitatea de control social al gândurilor (prin impunerea anumitor expresii) nu diferă cu nimic de vechiul ideal fascist sau comunist de ideologizare forţată a societăţii.
Cheia comportamentului politic corect este să nu faci nicicând şi niciunde judecăţi de discernământ şi valoare.
„Afinitatea dintre omul recent şi ideologia corectitudinii politice nu mai trebuie nici arătată, nici disputată, nici demonstrată: om recent şi sensibilitate rectificată reprezintă două moduri de a spune acelaşi lucru – că viitorul a început ieri, o dată cu proclamarea necesităţii ca toţi „oamenii progresişti” să se nască începând de azi şi să nu se mai definească prin vreo referire la trecut ori prin invocarea unei tradiţii care să nu fi fost inventată aici şi acum, de falanga cea mai progresistă a societăţii.” (p. 314)

[108] Cum funcţionează corectitudinea politică?
Punerea în dubiu a corectitudinii politice trezeşte reacţii de tip încălcare a unui tabu. Viziunea politică corectă joacă rolul tabuurilor din societatea primitivă.
Adevăratul inamic al corectitudinii politice este spiritul critic.
„Corectitudinea politică este, în fond, o nouă formă de bigotism intelectual, un nou tip de pruderie filistină, un nou mod de a face întuneric afirmând că le aduci tuturor lumina.” (p. 316)

[109] Stânga şi suspiciunea faţă de votul majoritar
Stânga a procedat de-a lungul timpului la mai multe reformulări ale corpului social:
 sindicalizarea societăţii (a doua jumătate a secolului XIX) – viza controlul asupra profitului;
 cele două totalitarisme ale secolului XX: naţional-socialismul şi comunismul – viza controlul asupra politicului;
 invenţia statului asistenţial al prosperităţii – vizează controlul asupra bunăstării;
 ideologia corectitudinii politice – vizează controlul asupra formarii sensibilităţii şi concurenţei sociale.
„Într-o manieră blândă, invocând drepturile omului şi pretinzând că luptă în favoarea tuturor oprimaţilor şi contra tuturor discriminărilor, o nouă formă de totalitarism statal e pe cale de a ne corupe inimile şi de a ne cotropi vieţile.” (p. 318)

[110] Fanatismul bunelor intenţii
Postmodernismul social al corectitudinii politice americane foloseşte aceleaşi proceduri ca şi comunismul anilor 50:
 judecarea omului după dosar (adică după grupul social din care face parte);
 privarea de drepturi a copiilor în numele nedreptăţilor pe care le-au comis părinţii;
 limbajul formalizat până la vidare.
Argumentul împotriva corectitudinii politice este acela că nu ai voie să persecuţi în numele nici unei idei, oricât de justă ar fi. Răul persecuţiilor nu este falsitatea scopurilor, ci persecuţia însăşi.
„Persecuţiile în numele ideilor false ori abominabile sunt la fel de rele ca şi persecuţiile duse în numele ideilor generoase şi adevărate. Este motivul pentru care Revoluţia Franceză nu poate fi apărată – a fost, pur şi simplu, o oroare pentru societatea franceză şi o dezonoare pentru Franţa.” (p. 320)
Progresiştii iau viitorul ca garant al adevărului lor. Raţiunii argumentului i se substituie iraţiunea temporalităţii. Argumentul viitorului nu elimină numai versiunile viitorului, ci atrofiază imaginaţia şi forţează gândirea.
Ideologiile progresiste:
 corectitudine politică;
 feminism;
 multiculturalism;
 ecologism;
 postmodernism;
 relativism.

[111] Progresiştii: între mimarea competenţei şi excluderea prin stigmat
Progresiştii uzează numai de argumente de forţă:
 argumentul competenţei în treburile publice (nu poţi discuta pentru că nu eşti de specialitate);
 argumentul de autoritate al judecăţii de excludere (pretinzând că lupta pentru eliminarea oricăror excluderi, ei încep prin a împărţi oamenii în „buni” şi „răi”).
Cei care nu sunt ca ei devin automat „reacţionari”, inamici au umanităţii, antisemiţi, rasişti, extremişti etc.

[112] Libertatea cuvântului într-o societate „progresistă”
Libertatea cuvântului va fi din ce în ce mai restrânsă în viitor, datorită grupurilor de presiune „progresiste”.

[113] Egalitatea absolută este un ideal totalitar
Iar libertatea absolută este un ideal anarhic.

[114] Lipsa de temei împinge spre revoluţionarea permanentă a tuturor condiţiilor de viaţă
Acolo unde lipsa de temei şi de legitimitate este mai adâncă, înclinaţia nevrotică spre revoluţionarea permanentă a vieţii se face tot mai clar simţită.

[115] Pierderea autorităţii
Biserica şi universitatea sunt două instituţii bazate pe autoritate. Ambele au suferit în anii 60 o criză majoră, simptom al pierderii autorităţii.

[116] Problema identităţii
Omul tradiţional se definea:
 în sus: loialităţi şi credinţe;
 în jos: strămoşi şi tradiţie.
Omul modernităţii clasice se definea:
 în sus: credinţe privatizate;
 în jos: rădăcini naţionalizate.
Omul modern îşi practică religia ca pe un viciu: în spaţiul privat.
Omul modernităţii recente se defineşte prin:
 în sus: nimic;
 în jos: nimic.
Omul recent este limitat la orizontalitate, redus la individualitatea sa arbitrară. În mod curios, el este şi cel care a dezvoltat obsesia identitară. În el coincide setea de înrădăcinare cu respingerea oricărei înrădăcinări.
O definiţie a omului recent: „Recent este omul care declară că, pe el, nu îl precede nimic, este cel care ştie mai bine decât oricine din trecut orice.” (p. 330)
În mod paradoxal, în ciuda discreditării tuturor figurilor tradiţionale ale identităţii, singura obsesie metafizică a modernităţii a rămas identitatea.
Încercarea de a face parte dintr-o comunitate artificial constituită este sinonimă cu a face teologie cu instrumentele ateismului.

[117] Minoritar vs. majoritar şi problema politică
Activiştii pentru drepturile minorităţilor tratează afirmaţiile minoritarilor de ca şi cum ar fi obligatoriu adevărare din punct de vedere politic.
„Numărul nu poate face nici adevărul, nici dreptatea şi are rareori vreo legătură cu valoarea.” (p. 348)
S-a ajuns în politică la situaţia în care cine face dreptatea să fie mai important decât dreptatea însăşi.

[118] Minoritarii şi naţionalismul
Segregarea minoritarului în raport cu majoritarul îmbracă trei forme:
 nesiguranţa identitară;
 conştiinţa stimatizării;
 exilul.

[119] Un elogiu al marginalităţii: minorităţile creatoare
„Este o lume construită după imaginaţia unor parveniţi, în care aristocraţia naturală suferă, iar discernământul, fatalmente individualist şi eretic, a fost profitabil înlocuit cu mecanismele de sincronizare socială şi de aducere a gândirii la acelaşi numitor, spre gloria nepieritoare a grupului multicultural din care se întâmplă să faci (obligatoriu) parte.” (p. 352)
Acele societăţi care au păstrat sau au reuşit să reinstaureze principiul omogenizării sociale, confesionale sau politice au ieşit decis din competiţia pentru prosperitatea popoarelor.
În mod deloc întâmplător, ştiinţa modernă este solidară cu naşterea popoarelor, cu formarea capitalismului şi cu „legalizarea” capitalismului.
„Marginalitatea nu este o crimă decât pentru societăţile arhaice sau, în cazul celor moderne, pentru cele bolnave.” (p. 361)
„O politică proastă faţă de marginali transformă o societate promiţătoare într-una menită, lent, sinuciderii. Dimpotrivă, rezultatul toleranţei faţă de marginali a condus în scurt timp anumite naţiuni protestante la progrese care păreau a ieşi din logica naturală a istoriei. Acesta este sensul tezei lui Petty: germenii activi ai istoriei de mâine încolţesc în mediile sociale ale marginalilor de azi.” (p. 362)
O corecţie la Weber: putem spune că ethos-ul care a favorizat atât apariţia şi dezvoltarea ştiinţei moderne, cât şi a capitalismului a fost nu atât formula psihologică a protestantismului ca religie, cât capacitatea ambianţei mentale protestante de a admite deopotrivă valoarea iniţiativei individuale şi dreptul legitim la segregare (instalarea benevolă în marginalitate).

[120] Identitatea publică vs. identitatea privată. Rolul corectitudinii politice în desfiinţarea identităţii private
Apar două tendinţe postmoderne privitoare la spaţiul privat:
 trăsăturile personale care până acum erau considerate strict private sunt tot mai mult exportate în spaţiul public;
 ideologiile corectitudinii politice pretind tot mai mult ca statul să intervină în zone care până de curând erau apanajul exclusiv al spaţiului privat.
Are loc deci o lărgire a spaţiului public concomitent cu o reducere a spaţiului privat.
„Pierderea de substanţă personală (livrarea în exterior a unei părţi din identitatea sa privată) este dublată de o diminuare a suveranităţii personale (relaţia cu „Eul” adânc devine tot mai „oficială”, mai dificil de sustras controlului vigilent exercitat de autoritatea publică).” (p. 366)

[121] Când nu mor de moarte violentă, civilizaţiile mor de epuizarea propriului ascuns
La fel şi oamenii.

[122] Masificarea identităţilor minoritare
Grupurile masificate de azi invocă precursori singuratici şi independenţi (homosexualii îl invocă pe Gide, de exemplu).
„Pierzând scopul cunoaşterii şi desconsiderând ca neştiinţifică aspiraţia cunoaşterii spre dobândirea unui sens al vieţii, cartelarea academică a imposturilor a transformat cercetarea şi cultura într-o afacere şi un prilej de carieră.” (p. 368)

[123] Trăim într-un timp cu totul inferior
Orice referire la spiritualitate în zilele noastre trebuie să fie exclusiv etnică. Singura religie care nu poate fi atacată, exact datorită acestui aspect, este iudaismul. În schimb nimeni nu mai este jenat de atacurile împotriva creştinismului.

[124] Corectitudinea politică este cea mai recentă formă de filistinism
„Corectitudinea politică – cea mai recentă reacţie de înregimentare, de cartelare sectară şi de ripostă politică a vechiului filistinism, pe care tradiţionala alianţă dintre prostie, îngustime de spirit şi resentiment o ridică împotriva tuturor manifestărilor de nonconformism, de spontaneitate şi de bogăţie necenzurată a vieţii.” (p. 370)

[125] Voluntarism politico-teologic
Înclinaţia actuală este de a se rectifica Natura prin egalizare. „Esenţa libertăţii este creşterea sau conservarea a ceea ce există. Esenţa egalităţii este înlocuirea aceea ce există cu ceea ce este doar dorit sau de dorit.” (p. 371)
Libertatea este de ordinul substanţei, în timp ce egalitatea este de ordinul voinţei.
Sloganul voluntarist: dacă ceva poate să fie schimbat, atunci trebuie să fie schimbat.

[126] Guvernarea, ca revoluţionare permanentă a societăţii
Guvernele sunt alese pe principiul revoluţiei permanente, iar opoziţia le critică de parcă ar veni la guvernare ca să mântuie poporul.
Promovarea excepţiei ca normă este esenţa totalitarismului latent pe care îl trăim acum.

[127] Democraţia este incompletă: ea nu poate furniza corpul politic
Limita democraţiei este identitatea civilă şi cultura democratică. Democraţia nu funcţionează fără un minim de cultură şi civilizaţie împărtăşită.
Democraţia este un tip de cultură civică ce nu poate fi redus la proceduri.

[128] Democraţia nu poate fi apărată pozitiv
Majoritatea nu poate justifica sine die valorile, prin vot. Dacă ar putea fi aşa, atunci pogromurile, care implică mase, ar fi perfect democratice.
Principiul tuturor campaniilor democratice este cel al minciunii electorale.
„Or, nimeni nu poate să nege că democraţia presupune vânarea de voturi, presupune desconsiderarea adevărului în favoarea seducţiei, presupune ideea succesul de public hotărăşte în mod legitim soarta valorilor şi că valorile impopulare merită să moară, deoarece fac violenţă majorităţii şi nu satisfac decât „elita” – cuvânt prin care democraţiile depline desemnează tot ceea ce, fiind prea complicat pentru a fi popular, trebuie neapărat să dispară, ca fiind suspect şi, deci, reacţionar.” (p. 376)
În comparaţie cu tot ceea ce i se opune, democraţia este singurul regim care poate organiza răutatea noastră esenţială.
„Democraţia este regimul politic care admite ca pe un dat faptul că omul minte ori se înşală chiar şi atunci când (crede că) spune adevărul, că opiniile omului sunt cu necesitate failibile, că setea de putere nu poate fi extirpată din om, că oamenii sunt inegalabili în rău şi imposibil de egalizat în bine, că omul nu este o fiinţă angelică şi nu poate fi transformat în înger decât transformându-l în fiară şi că singurele două motoare ale acţiunii umane sunt vanitatea (iubirea neruşinată de sine) şi setea de bogăţii (arghirofilia bolnăvicioasă).” (p. 377)
Omul real este omul căzut.
Toate totalitarismele pleacă de la nerealismul unui ideal uman angelic şi de la realismul unei politici diabolice.
Democraţia este regimul coabitării cu acel tip de rău care se poate acomoda unui regim de majorităţi schimbătoare şi care nu stârneşte setea de plebiscit a maselor.

[129] Argumentele în favoarea democraţiei
Natura umană corespunzătoare condiţiilor de imperfecţiune care sunt intrinseci democraţiei nu poate fi decât natura umană rezultată în urma Căderii.
Democraţia nu are menirea de a institui binele, ci doar posibilitatea de a reduce răul.

[130] De ce este bună democraţia?
Democraţia e de preferat pentru că asigură o protecţie mai bună a demnităţii individuale; pentru că oferă mijloace de a cunoaşte ori de a mobiliza prin acţiune ceea ce, cu mijloace nedemocratice, nu poate fi nici cunoscut, nici mobilizat în acţiune.

[131] Ca soluţie politică la problema libertăţii, democraţia este incompletă
Arbitrariul puterii nu poate fi diminuat prin lărgirea bazei ei.
„Dacă între monarh şi individ se aflau corpurile constituite, între puterea absolută a acestuia şi puterea supusului lui se aflau libertăţile şi privilegiile garantate acestora de monarh. În democraţie, între stat şi individ se află doar masele, care sunt amorfe.” (p. 385)

[132] Democraţia şi problema adevărului
Democraţia = vot egal, universal.
Aristocraţia = vot inegal şi ierarhic.
Problema adevărului nu poate fi rezolvată pe cale democratică. Atunci când doreşte să o facă, democraţia trebuie să utilizeze tehnici de tip aristocratic.

[133] Puterea statului şi puterea masei – ambele, în democraţie, sunt cuplate
Puterea maselor este „invazia verticală a barbarilor” (Rathenau). Democraţia recentă, lipsită de frâna spiritului liberal, este neliniştitoare.

[134] Puterea umană imită principiul puterii creaţiei lui Dumnezeu: de aceea tinde să fie absolută
„Regula puterii este mai mult timp, în cât mai mare cantitate.” (p. 389)
Odată retrasă puterea, în locul ei nu mai rămâne nimic. Neantul politicii este imposibilitatea de a mai avea putere.
Orice veritabilă filozofie politică a modernităţii este cu necesitate o teologie politică.

[135] Sursa puterii este reducerea superiorului la inferior
Puterea lucrurilor este exploziv eliberată ori de câte ori omul reuşeşte să le reducă fiinţa la o explicaţie de tip manipulativ, atunci când omul pune lumea în termeni de explicaţie reducţionistă (de tip „întregul este suma părţilor sale”).
Această reducere transformă judecăţile de discernământ în judecăţi de discriminare.

[136] Facultatea imaginaţiei, divinul şi protecţia civilă
James Madison susţinea că prima sarcină a oricărei guvernări este să protejeze facultăţile umane.
Paracelsus numea facultatea noastră de a crede ymaginatio vera.
„Capacitatea naturală a omului normal de a fi în contact cu lumile invizibile şi incorporate a fost grav şi sistematic inhibată de complezenţa modernităţii iluministe faţă de ferocităţile ideologice ale spiritului antireligios şi, cel mai adesea, anticreştin.” (p. 393-394)

[137] Colonizarea dimensiunilor existenţei omeneşti
Amenajării teritoriului îi corespunde amenajarea timpului (prin distracţie, program, orar, întâlniri etc).
„Ne protejăm de lucrurile profunde în două feluri: ori declarându-le absurde, ori considerând că sunt triviale.” (p. 395)
Sensului vieţii i s-a substituit umplerea după plac a timpului liber.

[138] Poate fi munca scopul vieţii noastre?
Munca a devenit o obsesie nevrotică, pentru că din mijloc a devenit scop.
În româneşte există două verbe: a lucra (care are ca rezultat lucrare) si a munci (care a re ca rezultat o alta muncă).
Munca vine dintr-un cuvânt maghiar care înseamnă „chin”.

[139] Individualismul şi imortalitatea sufletului; libertatea de conştiinţă şi separarea temporală şi cea spirituală
Societăţile trăiesc şi mor pe pământ, în timp ce oamenii sunt nemuritori.
Nu există filozofie politică în afara gândirii care se apleacă asupra raportului dintre asocierea civilă şi eternitate (după Michael Oakeshott).
Nici o filozofie politică nu poate depăşi colectivismul dacă lumea este lipsită de transcendenţă.
Ateismul şi colectivismul se justifică reciproc (individul fiind persisabil în raport cu comunitatea, care îi supravieţuieşte).
Individualismul este justificat doar în raport cu nemurirea sufletului.

[140] Lipsa de modestie cognitivă a relativismului contemporan
Două principii ale modestiei cunoaşterii:
 nu putem cunoaşte adevărul despre lucrurile cele mai importante;
 cunoaşterea noastră despre lucrurile cele mai importante poate fi în mod semnificativ sporită.
Relativiştii spun:
 lucrurile cu adevărat importante ţin de cultura în care au fost produse (deci sunt relative);
 lucrurile cu adevărat importante sunt în fond lipsite de adevăr.
Resortul ultim al poziţiei relativiste este groaza şi oroarea de Dumnezeu.

[141] Un argument împotriva celor care susţin că „traducerile oricât de bune” nu sunt posibile
„Dacă relativismul e adevărat (şi nu sunt posibile traducerile perfecte), atunci poziţia de la care pleacă e falsă (adică nu ne putem da seama că traducerile sunt imperfecte). Dacă poziţia de la care pleacă e adevărată (şi ne dăm seama că traducerile sunt imperfecte), atunci relativismul e fals (traducerile „oricât de bune” sunt posibile).” (p. 404)

[142] Relativismul şi argumentele în favoarea existenţei lui Dumnezeu
Din imposibilitatea de a demonstra existenţa lui Dumnezeu relativiştii extrag argumentul în favoarea inexistenţei lui Dumnezeu.
Teza favorită a relativiştilor este incomensurabilitatea paradigmelor culturale istoric distincte.
Miturile postmoderne:
 preeminenţa cunoaşterii locale;
 incomensurabilitatea paradigmelor;
 drepturile minorităţilor de invenţie (auto-identificate potrivit oricărui criteriu);
 adularea justiţiei sociale şi a statului asistenţial;
 Internetul;
 ideea că totul poate fi construit ori schimbat ad libitum etc.

[143] Nu se pot apăra drepturile omului de pe poziţii relativiste
Depturile omului s-au bucurat de preţuire în primul rând datorită caracterului lor universal (deci datorită caracterului lor nerelativist).

[144] Liberalismul, modernitatea şi problema Căderii
„Din raţiuni teologice, omul modern este adict la producerea şi reproducerea inferiorului.” (p. 412)
Modernitatea este expresia „liberă” a omului medieval. Conţinutul ei spiritual este lipsa de nevoi înalte ale omului medieval.
În omul modern, faţă de cel al Evului Mediu, a crescut libertatea de a fi Căzut.
„Modernitatea, în bine şi în rău, este un portret interior neretuşat a ceea ce este omul Căderii în mod real.” (p. 414)

[145] Mâna invizibilă şi problema discernământului
Discernământul nu poate rezulta în urma unui proces de tip piaţă liberă. În caz contrar, morala nu ar mai putea fi autonomă în raport cu economia.
Adepţii necondiţionaţi ai teologiei mâinii invizibile sunt azi anarho-capitaliştii şi libertarienii.
„Anarho-capitaliştii sunt liberalii radicalismului economic ultim, aceia care doresc să extindă principiul pieţei la toate domeniile sociale, propunând soluţii de piaţă la toate problemele vieţii şi abhorând intervenţia statului în ele.” (p. 415)
Pentru anarho-capitalişti Dumnezeu este chiar piaţa.

[146] Măreţia şi suficienţa anarho-capitaliştilor
Anarho-capitaliştii cunosc motivele reale ale superiorităţii modernităţii, la fel cum critica teologică a ei poate înţelege singură motivele veritabile ale răului modern.
Viciul poziţiei anarho-capitaliste este acela că nu se poate reduce orice tip de piaţă (artistică, religioasă, politică) la piaţa economică.
Într-o societate normală:
 există o pluralitate echilibrată a pieţelor libere;
 coexistenţa lor se bazează pe un sistem reciproc de constrângeri specifice.
Pentru a fi completă, libertăţii anarho-capitaliste îi lipseşte discernământul tipurilor de valoare.

[147] Liberal sau conservator?
Dacă liberalismul in statu nascendi a fost inevitabil de stânga, liberalismul in statu maturescendi este cu necesitate de dreapta, şi anume conservator.
Socialismul s-a impus peste tot, falsificând toate doctrinele (multiculturalism, ecologism, feminism etc.).
Liberalismul a fost şi el contaminat de socialism. Vechii liberali sunt consideraţi azi mai degrabă conservatori.
Trinomul: socialism, liberalism, conservatorism.
„Veritabila putere a tradiţiei, singura care este de cu totul alt ordin decât puterea celor care vor să o răstoarne, este puterea implicitului, a acordului tacit şi inconştient – este adeziunea interioară organică, vie, indiscutabilă: ea rabdă totul, suferă totul, îndură totul, fără să ştie că rabdă, că suferă, că îndură.” (p. 423)
Poziţiile de stânga şi de dreapta se definesc în funcţie de un dat considerat ca natural.
Michael Oakeshott consideră că modernitatea ne-a dat două tipuri umane:
 omul-individualitate;
 omul-masă.
Omul-masă ameninţă principiul libertăţii. Prerogativele lui în creştere tind spre eliminarea omului-individualitate.
Omul-masă tinde să înlocuiască dezbaterile omului-individualitate prin soluţiile tehnocratice. El vizează transformarea politicii în inginerie socială.
„Prin urmare, problema crucială la care răspunde conservatorismul nu este conservarea, cum se crede adesea, ci opoziţia de principiu faţă de schimbarea revoluţionară a societăţii.” (p. 429)

[148] Liberali şi conservatori
Conservatorul este un liberal care a ajuns să preţuiască mai mult discernământul oamenilor individuali decât ideea mâinii invizibile.

[149] Creştinii care detestă modernitatea
Creştinii care detestă modernitatea adoptă viziunea temporalităţii ca spirală (doctrina ciclurilor lui Guénon).

[150] Argumentul împotriva degradării progresive a timpului
Omniprezenţa lui Dumnezeu elimină posibilitatea degradării temporale.

[151] Religia camuflată în afirmarea modernităţii ca ex-fundare
„Mersul lumii este o lecţie. Cum trece lumea, dacă am şti să pricepem, ne-ar învăţa şi pe noi să trecem mai departe, dincolo de prăbuşirea ei, aşa cum se cuvine.” (p. 434)

[152] Ce fel de religie este creştinismul
Condamnarea lui Iisus pune trei probleme:
 lipsa de vrednicie a preoţilor (care îl condamnă pe Iisus);
 lipsa de vrednicie a apostolilor (care se leapădă de Iisus);
 lipsa de vrednicie a mulţimii (care îl alege pe un borfaş).
Una dintre concluzii este că în relaţia cu sacrul nimic nu garantează în sine posesia Adevărului.
A doua ar fi că sacrul nu e evident.

[153] Pierderea temeiului şi posibilitatea unei teologii a Sf. Duh
Ideea de temei ultim este la fel de discreditată ca ideea de esenţă.
„Sensul teologic al modernităţii este despuierea completă a lumii de aparenţa că lumea ne poate cu ceva ajuta, atunci când e vorba de cele divine. Însă, dacă modernitatea poate fi salvată teologic, deoarece ne-a pus în situaţia de a pricepe că, fără un temei ultim totul este simulacru, postmodernitatea este o pură rătăcire, deoarece ne sugerează nu doar că şi temeiul ultim trebuie să fie tot un simulacru, ci şi că orice gând bazat pe ideea de transcendenţă este în sine fie fals, fie ilegal.” (p. 439)

[154] Crucea şi răscrucea timpului nostru
Timpul bate, loveşte; iar vremea stă, vremuieşte.

[155] Deşi ne ghidează permanent, logica nu ne duce nicăieri
Dumnezeu a vrut să gândim logic lucruri care nu pot fi exprimate decât gramatical.

[156] Nominalismul şi afirmarea existenţei Invizibilului
Argumentele filosofice funcţionează în orizontul în care au fost situate la naşterea lor.

[157] Invizibilul gândirii
Lumea fizică nu este inteligibilă fără prezenţa non-fizicului în lume.
„Inexistenţa fizică a generalului şi existenţa fizică doar a individualelor, deoarece realitatea nu poate funcţiona aşa cum o vedem decât prin afirmarea în vizibil a ceva ce este de natura invizibilului, implică un continuu exerciţiu spiritual.” (p. 441-442)

[158] Existenţa este creaţia lui Dumnezeu
Existenţa este însuşi Dumnezeu, indiferent ce înţeles am da „cuvântului” Dumnezeu.
Modernii nu mai tratează existenţa ca pe un predicat al fiinţei.

[159] Episodul de la Emaus
Iisus este invizibil cât timp nu e recunoscut; devine vizibil, când e recunoscut; şi redevine invizibil, imediat ce este văzut.

[160] Cum se intră în logica unei lumi?
Logica modernităţii: lumea poate fi gândită în absenţa lui Dumnezeu.
Logica postmodernismului: există doar lumea, şi ea e un simulacru inventat ad libitum.


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Camara Laye, L’enfant noir, (note de lectura)





Paru chez Plon, Paris, 1953.

Chapitre premier
La première scène est celle d’un enfant qui, près de la case de son père (forgeron), joue avec un serpent (il lui enfonce un roseau dans a bouche). Il est retiré par Damany, un apprenti de son père.
Quelques détails de construction: „Mon père avait la case à proximité de l’atelier, et souvent je jouais là, sous la véranda qui l’entourait. C’était la case personnelle de mon père. Elle était faite de briques en terre battue et pétrie avec de l’eau; et comme toutes nos cases, ronde et fièrement coiffée de chaume. On y pénétrait par une porte rectangulaire. A l’intérieur, un jour avare tombait d’une petite fenêtre. A droite, il y avait le lit, en terre battue comme les briques, garni d’une simple natte en osier tressé et d’un oreiller bourré de kapok. Au fond de la case et tout juste sous la petite fenêtre, là où la clarté était la meilleure, se trouvaient les caisses à outils. A gauche, les boubous et les peaux de prière. Enfin, à la tête du lit, surplombant l’oreiller et veillant sur le sommeil de mon père, il y avait une série de marmites contenant des extraits de plantes et d’écorces. Ces marmites avaient toutes des couvercles de tôle et elles étaient richement et curieusement cerclées de chapelets de cauris; on avait tôt fait de comprendre qu’elles étaient ce qu’il y avait de plus important dans la case; de fait, elles contenaient les gris-gris, ces liquides mystérieux qui éloignent les mauvais esprits et qui, pour peu qu’on s’en enduise le corps, le rendent invulnérable aux maléfices, à tous les maléfices.” (pp. 10-11)
Le père de l’enfant est forgeron.
„Mon domaine, en ce temps-là, c’était la véranda qui entourait la case de mon père, c’était la case de ma mère, c’était l’oranger planté au centre de la concession.” (p. 12) La forge de son père ne sera que plus tard „son domaine”.
Le père est chef de famille, homme „d’une extrême sobriété” (p. 13). L’hospitalité est sacrée.
Les rails du chemin de fer passent auprès de la concession. Les serpents y pénètrent souvent.
Sur un serpent particulier, sa mère lui dit: „Celui-ci, mon enfant, il ne faut pas le tuer, ce serpent n’est pas un serpent comme les autres, il ne te fera aucun mal; néanmoins ne contrarie jamais sa course.” (p. 15) Elle l’apellera „le génie de ton père”.
„Qu’étaient ces génies que je rencontrais au peu partout, qui défendaient telle chose, commandaient telle autre? Je ne l’expliquais pas clairement, encore que je n’eusse cessé de croître dans leur intimité.” (p. 16)
Le serpent est, selon les paroles du père: „le génie de notre race” (p. 17). Ici, le sens du mot „race” est d’abord confus: s’agit-il de „clan” (liaison biologique) ou de „caste” (liaison de métier)?
„Ce serpent, poursuivit-il, est toujours présent; toujours il apparaît à l’un de nous. Dans notre génération, c’est à moi qu’il s’est présenté.” (p. 17)
Le père du personnage est chef des forgerons de la région.
Avant d’arriver chez le père, le serpent lui paraît deux fois dans le rêve.
„Tu vois bien toi-même que je ne suis pas plus capable qu’un autre, que je n’ai rien de plus que les autres, et même que j’ai moins que les autres puisque je donne tout, puisque je donnerais jusqu’à ma dernière chemise. Pourtant je suis plus connu que les autres, et mon nom est dans toutes les bouches, et c’est moi qui règne sur tous les forgerons des cinq cantons du cercle. S’il en est ainsi, c’est par la grâce seule de ce serpent, génie de notre race. C’est à ce serpent que je dois tout, et c’est lui aussi qui m’avertit de tout. Ainsi je ne m’étonne point, à mon réveil, de voir tel ou tel m’attendant devant l’atelier: je sais que tel ou tel sera là. Je ne m’étonne pas davantage de voir se produire telle ou telle panne de moto ou de vélo, ou tel accident d’horlogerie: d’avance je savais ce qui surviendrait. Tout m’a été dicté au cours de la nuit et, par la même occasion, tout le travail que j’aurais à faire, si bien que, d’emblée, sans avoir à y réfléchir, je sais comment je remédierai à ce qu’on me présente; et c’est cela qui a établi ma renommée d’artisan. Mais, dis-le-toi bien, tout cela, je le dois au serpent, je le dois au génie de notre race.” (p. 20-21)
Sur l’initiation: „Il y a une manière de conduite à tenir et certaines façons d’agir, pour qu’un jour le génie de notre race se dirige vers toi aussi.” (p. 20)
Le présentiment du père: „J’ai peur, j’ai bien peur, petit, que tu ne me fréquente jamais assez. Tu vas à l’école et, un jour, tu quitteras cette école pour une plus grande. Tu me quitteras, petit.” (p. 20)
Les caressements que le père accorde au petit serpent noir.

Chapitre II
Son père est aussi orfèvre.
Les griots chantent les „louanges du père” – les hauts faits des ancêtres. „Où le gruit puisait-il ce savoir? Dans une mémoire particulièrement exercée assurément, particulièrement nourrie aussi par ses prédécesseurs, et qui est le fondement de notre tradition orale. Y ajoutait-il? C’est possible: c’est métier de griot que de flatter! Il ne devait pourtant pas beaucoup malmener la tradition, car c’est métier de griot aussi de la maintenir intacte.” (pp. 25-26)
Précaution (mais aussi erreur métalurgique): „[…] on ne doit en effet, durant tout le temps que l’or fond, puis refroidit, travailler ni le cuivre ni l’aluminium à proximité, de crainte qu’il ne vînt à tomber dans le récipient quelque parcelle de ces métaux sans noblesse. Seul l’acier peut encore être travaillé. Mais les ouvriers qui avaient un ouvrage d’acier en train, ou se hâtaient de l’achever, ou l’abandonnaient carrément pour rejoindre les apprentis rassemblés autour de la forge.” (p. 28) On ne travaille pas l’aluminium chez un humble forgeron!
Pendant le travail de l’or, son père prononce des incantations, pendant que les autres doivent se taire: „Quelles paroles mon père pouvait-il bien former? Je ne sais pas; je ne sais pas exactement: rien ne m’a été communiqué de ces paroles. Mais qu’eussent-elles été, sinon des incantations? N’était-ce pas les génies du feu et de l’or, du feu et du vent, du vent soufflé par les tuyères, du feu né du vent, de l’or marié avec le feu, qu’il invoquait alors; n’était-ce pas leur aide et leur amitié, et leurs épousailles qu’il appelait?” (p. 29)
Contribution de l’auteur, qui témoigne aussi de son incompréhension: „autour de mon père, il y avait ce silence absolu et cette attente anxieuse” (p. 29) En fait, il n’y avait point d’anxieusité, mais le développemment d’un rituel.
Activité traditionnelle: „L’artisan qui travaille l’or doit se purifier au préalable, se laver complètement par conséquent et, bien entendu, s’abstenir, tout le temps de son travail, de rapports sexuels. Respectueux des rites comme il l’était, mon père ne pouvait manquer de se conformer à la règle.” (p. 32)
Sur la conduite traditionnelle du père: „Je crois au reste que mon père n’entrait jamais dans son atelier qu’en état de pureté rituelle; et ce n’est point que je cherche à le faire meilleur qu’il n’est – il est assurément homme, et partage assurément les faiblesses de l’homme – mais toujours je l’ai vu intransigeant dans son respect des rites.” (p. 33)
„[…] la douga, ce grand chant qui n’est chanté que pour les hommes de renom, qui n’est dansé que par ces hommes.” (p. 34)

Chapitre III
Le village Tindican est le lieu de naissance de la mère.
„[…] chez nous, on ne parle guère des défunts qu’on a beaucoup aimés; on a le cœur trop lourd sitôt qu’on évoque leur souvenir.” (p. 39)
Le jument de son oncle, celui qui a le goût de l’aventure dans le sang, celui que l’on appelle Bô: „J’ai conservé le souvenir d’un homme extrêmement séduisant et qui parlait beaucoup, qui n’arrêtait pas de parler, et qu’on ne se lassait pas d’écouter.” (p. 46)

Chapitre IV
„Décembre, c’est la saison sèche, la belle saison, et c’est la moisson du riz.” (p. 55)
Sur la fête de la moisson: „La fête évidemment ne tombait pas à date fixe: elle dépendait de la maturité du riz, et celle-ci à son tour dépendait du ciel, de la bonne volonté du ciel. Peut-être dépendait-elle plus encore de la volonté des génies du sol, qu’on ne pouvait se passer de consulter. La réponse était-elle favorable, il ne restait plus, la veille de la moisson, qu’à demander à ces mêmes génies un ciel serein et leur bienveillance pour les moissonneurs exposés aux morsures des serpents.” (p. 55)
Sur l’ordre rituel: „Tel était l’usage. Quant à dire pourquoi on en usait ainsi, pourquoi le signal n’était donné qu’après qu’une javelle eût été prélevée sur chaque champ, je n’aurais pu le dire à l’époque; je savais seulement que c’était l’usage et je ne cherchais pas plus loin. Cet usage, comme tous nos usages, devait avoir sa raison, raison qu’on eût facilement découvert chez les anciens du village, au profond du cœur et de la mémoire des anciens; mais je n’avais pas l’âge alors ni la curiosité d’interroger les vieillards, et quand enfin j’ai atteint cet âge, je n’étais plus en Afrique.” (p. 56)
Observation très intéressante: „Il arrive que l’esprit seul des traditions survive, et il arrive aussi que la forme, l’enveloppe, en demeure l’unique expression.” (p. 56) C’est le fragment où, rigoureusement, le mot „tradition” apparaît pour la première fois dans le volume.
La cueillete du riz avec l’oncle Lansana. Le chant des paysans.
„Je ne sais d’où vient que l’idée de rusticité – je prends le mot dans son acception de manque de finesse, de délicatesse – s’attache aux champs: les formes de la civilité y sont plus respectées qu’à la ville; on y observe un ton cérémonieux et des manières que, plus expéditive, la ville ne connaît pas. C’est la vie, la vie seulement, qui y est plus simple, mais les échanges entre les hommes – peut-être parce que tout le monde se connaît – y sont plus strictement réglés. Je remarquais dans tout ce qui se faisait, une dignité dont je ne rencontrais pas toujours l’exemple à la ville; et on ne faisait rien à quoi on n’eût été au préalable invité, même s’il allait de soi qu’on le fît: on y montrait en vérité un extraordinaire souci de la liberté d’autrui. Et pour l’esprit, s’il était plus lent, c’est que la réflexion précédait la parole, mais aussi la parole avait-elle meilleur poids.” (p. 65)
Superstition: „[…] car on ne doit ni siffler ni ramasser du bois mort durant tout le temps que dure la moisson: ce sont des choses qui attirent le malheur sur le champ.” (p. 66)

Chapitre V
Le lieu de naissance de l’enfant, la ville de résidence de ses parents, s’appelle Kouroussa.
„[…] ma mère avait beaucoup de bonté, beaucoup de droiture, beaucoup d’autorité aussi et l’œil à tout; c’est dire que sa bonté n’allait pas absolument sans sévérité […]” (p. 69)
L’apprenti Sidafa.
Sur le repas, la présence féminine de sa mère et les rites: „Je ne puis dire exactement que ma mère présidait le repas: mon père le présidait. C’était la présence de ma mère pourtant qui se faisait sentier en premier. Etait-ce par qu’elle avait préparé la nourriture, parce que les repas sont choses qui regardent d’abord les femmes? Sans doute, mais ce n’était pas tout: c’était ma mère, par le seul fait de sa présence, et bien qu’elle ne fût pas directement assise devant notre plat, qui veillait à ce que tout se passât dans les règles; et ces règles étaient strictes.” (pp. 71-72)
Sur les règles à observer pendant le repas: „Ainsi il m’était interdit de lever les yeux sur les convives plus âgés, et il m’était également interdit de bavarder: toute mon attention devait être portée sur le repas. De fait, il eût été très peu poli de bavarder à ce moment; mes plus jeunes frères même n’ignoraient pas que l’heure n’était pas à jacasser: l’heure était à honorer la nourriture; les personnes âgées observaient quasiment le même silence. Ce n’était pas les seules règles: celles qui concernaient la propreté n’étaient pas les moindres. Enfin s’il y avait de la viande au centre du plat, je n’avais pas à m’en emparer; je devais me servir devant moi, mon père se chargeant de placer la viande à ma portée. Toute autre façon de faire eût été mal vue et rapidement réprimée; du reste les repas étaient très suffisamment copieux pour que je ne fusse point tenté de prendre plus que je ne recevais.” (p. 72)
Sur la femme africaine, la mère du héros, et sa relation avec le père: „le plus souvent on imagine dérisoire le rôle de la femme africaine, et il est des contrées en vérité où il est insignifiant, mais l’Afrique est grande, aussi diverse que grande. Chez nous, la coutume ressortit à une foncière indépendance, à une fierté innée; on ne brime que celui qui veut se laisser brimer, et les femmes se laissent très peu brimer. Mon père, lui, ne songeait à brimer personne, ma mère moins que personne; il avait grand respect pour elle, et nous avions tous grand respect pour elle, nos voisins aussi, nos amis aussi. Cela tenait, je crois bien, à la personne même de ma mère, qui imposait; cela tenait encore aux pouvoirs qu’elle détenait.” (p. 73)
La scène du cheval élevé par les mots: „S’il est vrai que, depuis que je suis née, jamais je n’ai connu d’homme avant mon mariage; s’il est vrai encore que, depuis mon mariage, jamais je n’ai connu d’autre homme que mon mari, cheval, lève-toi!” (p. 75)
L’enfant né immédiatement après les jumeaux est un sayon, c’est-à-dire puîné des jumeaux, et il est doué du don de sorcellerie.
Sur sa mère aussi: „Combien de fois n’ai-je point vu ma mère, au lever du jour, s’avancer de quelque pas dans la cour, tourner la tête dans telle ou telle direction, et puis crier d’une voix forte:
- Si cette entreprise se poursuit, je ne tarderai plus à la révéler! Tiens-toi-le pour dit!” (p. 76)
Toujours sur la mère: „Ma mère était avertie de ces manœuvres durant son sommeil; c’est la raison pour laquelle on ne la réveillait jamais, de peur d’interrompre le déroulement de ses rêves et des révélations qui s’y glissaient. Ce pouvoir était bien connu à nos voisins et à tout notre quartier; il ne se trouvait personne qui le contestât.” (p. 77)
Le père de sa mère avait été forgeron, la mère „détenait les pouvoirs habituels de cette caste, qui fournit la majorité des circonciseurs et nombre de diseurs de choses cachées.” (p. 78)
La mère, une Daman, avait hérité de son père son totem, le crocodile. Cela lui permettait de puiser impunément l’eau du fleuve Niger.
„[…] il y a identité entre le totem et son possesseur; cette identité est absolue, est telle que le possesseur a le pouvoir de prendre le forme même de son totem […]” (p. 79)
Peut-être plus que simple rhétorique: „Je ne veux rien dire de plus et je n’ai relaté que ce que mes yeux ont vu. Ces prodiges – en vérité, c’étaient des prodiges! – j’y songe aujourd’hui comme aux événements fabuleux d’un lointain passé. Ce passé pourtant est tout proche: il date d’hier. Mais le monde bouge, le monde change, et le mien plus rapidement peut-être que tout autre, et si bien qu’il semble que nous cessons d’être ce que nous étions, qu’au vrai nous ne sommes plus ce que nous étions, et que déjà nous n’étions plus exactement nous-mêmes dans le moment où ces prodiges s’accomplissaient sous nos yeux. Oui, le monde bouge, le monde change; il bouge et change à telle enseigne que mon propre totem – j’ai mon totem aussi – m’est inconnu.” (p. 80)

Chapitre VI
Le héros fréquente très tôt l’école coranique, puis l’école française.
Le portrait du maître et de l’enseignement aussi: „Notre maître était comme du vif-argent: il ne demeurait pas en place; il ici, il était là, il était partout à la fois; et sa volubilité eût étourdi des élèves moins attentifs que nous. Mais nous étions extraordinairement attentifs et nous l’étions sans nous forcer: pour tous, quelque jeunes que nous fussions, l’étude était chose sérieuse, passionnante; nous n’apprenions rien qui ne fût étrange, inattendu et comme venu d’une autre planète […].” (p. 84)
Le cauchemar du tableau noir, la solide volée de coups de bâton, la correction reçue sur la derrière. Le maître était „un homme comme du vif-argent, et il maniait le bâton avec une joyeuse verdeur!” (p. 85)
Des punitions écolières: celle de balayer la cour, le travail dans le potager, le gardiennage du trupeau de l’école („notre école possédait ainsi la plus singulière, la plus variée, la plus complète collection de bêtes au coup de corne sournois ou se défilant à gauche quand on les appelait à droite”). A ceux-ci il faut ajouter les mauvais traitements infligés par les élèves-suveillant de dernière année.
La révolte de Kouyaté Karamoko. La fin du règne des grands. Le père cogne le directeur.

Chapitre VII
L’entrée du héros dans l’association des non-initiés. „Cette société un peu mystérieuse – et à mes yeux de ce temps-là, très mystérieuse, encore que très peu secrète – rassemblait tous les enfants, tous les incirconcis de douze, treize ou quatorze ans, et elle était dirigée par nos aînés, que nous appelions les grands «Kodén». J’y entrai un soir précédant le Ramadan.” (p. 102).
La rencontre avec Kondén Diara. Le père explique ce qui va se passer: „Rien que tu doives vraiment craindre, rien que tu ne puisses surmonter en toi. Rappelle-toi: tu dois mater ta peur, te mater toi-même! Kondén Diara ne t’enlèvera pas; il rugit; il se contente de rugir.” (p. 105)
L’engagement vers un lieu sacré, où chaque année l’initiation s’accomplit. Les fils blancs qui nouent les arbres et les maisons.
„Plus tard, j’ai su qui était Kodén Diara et j’ai su aussi que les risques étaient inexistants, mais je ne l’ai appris qu’à l’heure où il m’était permis de le savoir. Tant que nous n’avons pas été circoncis, tant que nous ne sommes pas venus à cette seconde vie qui est notre vie, on ne nous révèle rien, et nous n’arrivons à rien surprendre.” (pp. 118-119)

Chapitre VIII
„Plus tard, j’ai vécu une épreuve autrement inquiétante que celle des lions, une épreuve vraiment menaçante cette fois et dont le jeu est totalement absent: la circoncision.” (p. 123)
Rite public dédié à la joie et rite secret. La danse du soli, celle des futurs circoncis. Les cadeaux faits aux jeunes hommes (des bœufs, des sacs de maïs, de riz ou de mil). La danse du coba, réservée aux futurs circoncis, qui ne se danse que la veille de la circoncision.
„Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur: j’ai senti comme une brûlure, et j’ai fermé les yeux une fraction de seconde. Je ne crois pas que j’ai crié. Non, je ne dois pas avoir crié: je n’ai sûrement pas eu le temps non plus de crier!” (p. 139)
La fièvre. La convalescence. L’isolation: „Nous ne devions en effet point rencontrer de femme, nous ne devions voir de femmes sous aucun prétexte, même pas notre mère, tant que notre plaie ne serait pas convenablement cicatrisée. L’interdit tend simplement à ne pas contrecarrer la cicatrisation; je ne crois pas qu’il faille chercher des explications plus lointaines.” (p. 145)
Au rite de circoncision pour les hommes correspond le rite de l’excision pour les femmes.
„Pour le cas où, plus tard, un non-initié eût cherché à surprendre ce qui avait été enseigné, et se fût fait à cette intention passer pour un initié, on nous informait des moyens de le démasquer. Le plus simple, mais non le moins laborieux de ces moyens, consiste en des phrases avec refrains sifflés. Il y a quantité de ces refrains, il y en a suffisamment pour que l’imposteur, fût-il parvenu par extraordinaire à en retenir deux ou trois, se voie néanmoins dépisté au quatrième ou au dixième, sinon au vingtième! Toujours longs, toujours compliqué, ces refrains sont impossibles à répéter, si on ne vous les a abondamment serinés, si on ne les a patiemment appris.” (p. 146)
La mère ne peut être vue qu’après trois semaines, de loin. Après quatre semaines, la liberté. Homme. Sa case à lui, avec des vêtements d’homme.

Chapitre IX
A quinze ans, départ pour Conakry. Enseignement technique à l’école Georges Poiret, devenue depuis le Collège technique. Conakry est a 600 km de Kouroussa.
Le festin du départ. „Les marabouts, eux, usaient de formules plus longues. Ils commençaient par réciter quelques textes du Coran adaptés à la circonstance; puis, leurs invocations achevées, ils prononçaient le nom d’Allah; immédiatement après, ils me bénissaient.” (p. 156)
Sa mère lui donne de l’eau de Kankan (préparée de l’eau qui a servi pour effacer des planchettes contenant des textes de Coran, à laquelle on ajoute du miel). Son père lui donne une vieille corne de bouc contenant des talismans.
Les adieux. La famille, les amis, la petite amie Fanta. Les louanges des griots. Les petits frères.
Le trajet du train: Dabola (à l’entrée du pays peul) – Mamou (arrêt de nuit) – Kindia (où commence l’aire géographique du dialecte soussou) – Conakry.
Le rencontre avec l’oncle Mamadou. Son accueil chaleureux. Ses tantes Awa et N’Gady. Le déchirement de l’arrivée. Un nouvel univers. La mer.
„[…] mes deux tantes s’ingénièrent à remplacer ma mère et elles persévérèrent durant tout le temps de mon séjour.” (p. 172)
L’oncle Mamadou: „Il était musulman, et je pourrais dire: comme nous le sommes tous; mais il l’était de fait beaucoup plus que nous ne le sommes généralement: son observance du Coran était sans défaillance. Il ne fumait pas, ne buvait pas, et son honnêteté était scrupuleuse. Il ne portait de vêtements européens que pour se rendre à son travail; sitôt rentré, il se deshabillait, passait un boubou qu’il exigeait immaculé, et disait ses prières.” (p. 173)
L’oncle Sékou. Ecole technique ou école normale? L’hospital: „[…] autour de moi, on ne parlait que le soussou; et je suis Malinké, hormis le français, je ne parle que le malinké.” (p. 179)

Chapitre X
Réorganisation de l’enseignement technique. L’amitié avec Marie. L’amour pour Marie.
„[…] j’y rêve avec une mélancolie inexprimable, parce qu’il y eut là un moment de ma jeunesse, un dernier et fragile moment où ma jeunesse s’embrasait d’un feu que je ne devais plus retrouver et qui, maintenant, a le charme doux-amer des choses à jamais enfuies.” (p. 189)
L’île sur la mer.
A la fin de la troisième année d’études – certificat d’études. Premier sur sept admis.

Chapitre XI
Les vacances à Kouroussa. Les améliorations à la case faites par la mère du héros.
Les nuits passées en chantant avec Kouyaté et Check.
La maladie de Check. La souffrance. La mort.
„[…] on ne doit pas appeler les morts à voix haute!” (p. 208)
„[…] je ne pense plus à la mort comme j’y pensais alors: je pense plus simplement. Je songe à ces jours, et très simplement je pense que Check nous a précédés sur le chemin de Dieu, et que nous prenons tous les jours ce chemin qui n’est pas plus effrayant que l’autre, qui certainement est moins effrayant que l’autre… L’autre?… L’autre, oui: le chemin de la vie, celui que nous abordons en naissant, et qui n’est jamais que le chemin momentané de notre exil…” (p. 209)

Chapitre XII
Le retour à Kouroussa, le certificat d’aptitude professionnelle dans la poche.
La proposition d’aller en France, pour y achever les études.
Le départ pour la France: „J’entends encore ma mère se lamenter, je vois mon père qui ne peut retenir ses larmes, je vois mes sœurs, mes frères… Non, je n’aime pas me rappeler ce que fut ce départ: je me trouvai comme arraché à moi-même!” (p. 219)

Camara Laye, Entracte de L’enfant noir

De l’Empire du Mali à la République de Guinée
L’actuelle Guinée a fait partie de l’ancien empire du Mali (1200-1400), dominé par des princes soudanais convertis à l’Islam.
1881 – protectorat français sur le Fouta-Djalon, royaume peul depuis 1725.
Annexion de cette région par la France en 1897.
Construction de Conakry à partir de 1890.
Guerre entre la France et Samory de 1891 à 1898.
De 1893, la Guinée devient colonie française, englobée dans le gouvernement de l’Afrique Occidentale française.
1945, des manifestations dans la capitale contre la colonisation.
1958, la Guinée est le seul pays qui vote contre la constitution d’une Communauté française rassemblant les anciennes colonies.

De Guinée en Guinée
Il y a maintenant trois Guinées:
 la Guinée-Bissau, ex-colonie portugaise, indépendante depuis 1973;
 la Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole, indépendante depuis 1964;
 la République de Guinée, ancien fleuron de l’Empire colonial français, indépendante depuis 1958.


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15 mai 2005

René Guénon, Extractos de cartas a Guido de Giorgio

París, 12 de octubre de 1924

(...) Para Tagore, cuya vertiente sentimental os disgusta, no hay que olvidar que es un poeta, y también que una masa de influencias heterodoxas se han ejercido sobre él. Tampoco tiene nada de una autoridad doctrinal; y, aunque sólo fuera por el papel desempeñado por su familia en el movimiento del Brahma Samâj, sería suficiente para que haya entre la mayor parte de los Hindúes, cierta desconfianza a su respecto. Durante mucho tiempo se le ha reprochado estar en demasiadas buenas relaciones con los Ingleses; él ha terminado por devolver sus títulos y sus condecoraciones, lo que le ha hecho remontar en la estima de sus compatriotas.

Yo no digo que la actitud de los otros Europeos con respecto a los Orientales valga más que la de los Ingleses, sino solamente que éstos tienen en más alto grado que otros los defectos que son en el fondo los de todos los pueblos europeos. (...)


La interpretación del tomismo por Maritain no es la de todos los escolásticos, lejos de ello. Por otro lado, hay que distinguir bien entre tomismo y “neo-tomismo”; nada más ilusorio que los esfuerzos que se han hecho para concordar con las concepciones de la ciencia moderna (que por lo demás, cambian de un día para otro). Así, la cosmología antigua es cosa muy distinta de la física moderna; pero mucha gente no llega a asir la diferencia, porque han sido habituados a los cuadros de la ciencia actual, y todo lo que no entra ahí se les escapa forzosamente (...)


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Bill White, Radical Traditionalism, (full text)

Radical Traditionalism is the doctrine of the occult and initiatic religious school created by the Italian Baron Julius Evola in the early and mid parts of the 20th Century. Because it is "occult" the doctrines it teaches are "hidden" (occult means hidden). To understand it requires research and study into areas of anthropology, history and religion that are concealed from the mainstream of the population, and which represent lost wisdom. Tradionalism synthesizes the major religions of culture -- the pagan faiths of Central America, Europe and Asia, as well as Stoicism, Taoism, Hinduism, Buddhism and other major Eurasian cultural views. It is a non-Semitic religious tradition, meaning that it does not exist within the context of Judaism-Christianity-Islam, and it holds a generally negative views of those religions*.

What follows is the core "story" of Traditionalism, and its major beliefs. Because it is initiatic, the understanding of one idea in the faith is based upon the understanding of other, lesser ideas. By incrementally increasing one's understanding of this wisdom by degrees, one goes from the common understanding one has of the world to a deeper and more meaningful understand of the "hidden" underlying structure of the world. Because this knowledge is acquired by degrees, if one is exposed to the conclusions of a higher degree before one has understood the lesser ideas that support it, the idea is so divorced from the largely manufactured and artificial concepts of the modern world that it seems strange or ridiculous. Imagine being presented with the Bible stories if you had grown up in a culture without a Semitic religion as the dominant faith! However, as Evola points out, this doctrine was "normal" for all non-barbaric people of the world for millenia after millenia until just recently, where doctrines of the "dark side" -- things like progressive-"ism", liberalism, neo-conservatism, Bolshevism, globalism and the like have begun to destroy the real culture of all people, all over the world.

What follows is a distinctly normal view of the world, deeply rooted in your history and culture, whether you are Irish or Greek, Persian or Japanese, and it only seems so out of place in the context of the highly abnormal situation that has resulted from the convergence of a number of forces that have been developed over the past few centuries. I find the Traditionalist framework to be the best and most consistent context for understanding and explaining history and human social development, and the most useful in making predictive analysis of politics, culture and what makes a society prosper or fail. I don't ask anyone to convert to it, but I think it is important in judging a candidate to have a strong understanding of their underlying world view.

In the beginning, one race of man was civilized, and inhabited an area in the far North and in the Arctic. The other men of the earth were barbarians and animals, and incapable of acts of creation and reason. For reasons unknown -- likely a shift in climate -- the men of the North were forced out of their homeland, and began to settle the rest of the Earth in two cycles. The first cycle came South through the far North of Asia in what is called the Hyperborean cycle. The second came South through a large continent that once existed in the midst of the Atlantic ocean, and is known as the Atlantean cycle.

Approximately 10 millenia before Christ -- circa 10000 BC -- the continent of Atlantis was destroyed in a natural disaster that sunk it beneath the sea. In the time between the beginning of its settlement and its destruction, the people of Atlantis had spread across the earth and had settled North and South America, parts of Europe, Northern Africa, and Southern Asia. The Egyptian civilization in particular always considered itself a colony of Atlantis, and the prehistoric inhabitants of Ireland -- the Tuatha de Danaan -- and Greece -- the Danaans -- were likely offshoot of Atlantean culture. The Incas and the Aztecs, too, considered themselves to have been given culture by a superior sea-faring nation in the far North of the Atlantic.

In competition with the people of Atlantis, were the people of the Hyperborean cycle, who spread across the Earth in waves that included the Celtic, Germanic and Slavic invasions of Europe, the Northern invasions that led to the founding of ancient Greek culture, the Aryan invasion in India, the settlement of the Middle East and Persia, and the founding of Chinese civilization.

All of the major civilizations of world -- the Central American (Mayan), Northern European (Norse-Slavic-Celtic), Southern European (Greco-Roman), North African (Egyptian-Carthaginian), Middle Eastern (Babylonian-Assyrian-Persian), Indian, and Chinese -- thus have their root in one common civilization. That civilization is the civilization of Tradition. When men possessed Tradition, they lived in a state of bliss and perfect harmony with the universe and natural law. As they lost their homeland, and interbred with the lesser people that inhabited the Earth, their culture became diluted and they began to enter into cyclical decline.

Key to the structure of a Traditional civilization is the idea of caste. Caste is not a limiting factor, but it is a system of social organization that is designed to let each man best find a method of expressing who they are. There are four castes in every traditional culture, from the Irish-Celtic-Druidic to the Hindu Brahmans. There is the emperor-king, who is a servant of the divine, and who sits above all caste, and there is a religious caste that serves him. There is a warrior caste that enforces social order. There is a merchant caste that tends to material needs. And there is a worker caste that performs physical labor. These castes each have symbolic representations -- gold for the highest, followed by silver, copper/bronze, and iron/lead/stone.

Similarly, the two races of men -- those within Tradition and those without -- have symbolic representations in other fundamental dichotomies: male/female, light/dark, white/black, good/evil, North/South, sun/moon, sky/earth, and the like. In Hermeticism and alchemy, for instance, this relationship becomes mercury/sulfur, and the "gold" that the Philosopher's Stone is supposed to reveal is the Lost Emperor and Secret King of the Golden People.

Society is declining in cycles of the castes. In the beginning, the golden caste -- the religious caste -- ruled. It's rule was followed by that of the warrior caste. Currently, we are living in a time of the rule of the merchant caste. In time, society will degenerate to the rule of the worker caste, and then society will self-destruct, being consumed in fire in a final battle between the forces of Tradition and the forces of "progress" and anti-Tradition. When the final "progressive" society is destroyed by fire (my guess is nuclear fire, but that's just my guess), from the ashes will arise the Secret King -- the true Emperor that once ruled over the regions of the Arctic -- and he will restore the Earth to the Golden Age. Those familiar with Norse myth can think Ragna Rokkr, Baldur, and the release of spirits from Valhalla.

Each cycle of the caste is characterized by its particular vice. Without an Emperor-King, the religious caste loses its center, and cannot function. Without a religious caste to control it, the warrior caste collapsed society into feudalism and war. The merchant caste used this as an excuse to turn them out, and then plunged civilization into an age of greed. The worker states that emerge will be characterized by an age of slavery.

Given that decline is inevitable, there is no question of reversing history. However, one cannot abandon society to "progress", either. One has to stand up among the ruins of civilization and conduct one's self according to the codes of honor that have been lost, and one must constantly fight against the suicidal destruction that society is hurling itself toward. By standing up and conducting one's self properly according to one's caste, one transcends one's current material form and becomes a spiritual entity that will be reincarnated in the final confrontation and destroyed to restore to the world its original form. By transcending material reality one becomes eternal and immortal. The body becomes an avatar of the universal spirit and the soul becomes unified with the eternal soul. It's a very good state of affairs to be in, because material discomforts -- pain, fear, unhappiness and the like -- cease to exist as a state like Nirvana, Zen, or "Oneness with the Tao" replaces normal existence.


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14 mai 2005

Martin Lings, Qu’est-ce que le soufisme?, (note de lectura)





Traduit de l’anglais par Roger Du Pasquier. Editions du Seuil, 1977. Titre original: What is Sufism?. 1975, George Allen & Unwin Ltd, Londres.

Préface

“La plupart des lecteurs occidentaux de ce livre auront entendu dans leur jeune âge que «le royaume des cieux est au-dedans de vous». Ils auront aussi entendu ces paroles: «Cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira.» Mais combien d’entre eux ont-ils reçu une instruction quelconque sur la manière de chercher et sur l’art de frapper?” (p. 8)


1. Originalité du soufisme

La référence symbolique soufie du terme du chemin est l’Océan.

Le soufisme est: “[…] de temps à autre, une Révélation «flue» comme un grand flot de marée venant de l’Océan d’Infinitude vers les rives de notre monde fini; et le soufisme est la vocation, la discipline et la science permettant de se plonger dans le reflux de l’une de ces vagues et d’être ramené avec elle à sa Source éternelle et infinie.” (p. 9)

Il n’y a qu’une seule eau, mais deux Révélations ne sont pas extérieurement semblables. Le mystique se préoccupe beaucoup plus de la vague en reflux que de l’eau laissée derrière elle. Mais il a besoin de ce résidu, des formes extérieures de sa religion qui concernent l’individu humain comme tel.

A la mort de Ghazâlî, le grand soufi du XIe siècle, on trouva sous sa tête un poème qu’il avait écrit durant sa dernière maladie. Ces vers y figuraient:

Je suis un oiseau: ce corps était ma cage,
Mais je me suis envolé, le laissant comme un signe.

“Ce qui, par la réalisation spirituelle, est ramené à la Source peut être désigné comme le centre de conscience. L’Océan est aussi bien au-dedans qu’au-dehors; et le chemin des mystiques est un éveil progressif comme si l’on «reculait» en direction de la racine de son être; c’est un ressouvenir dui Soi suprême qui transcende infiniment l’ego humain et qui n’est autre que les profondeurs vers lesquelles la vague reflue.” (p. 12)

Ce que les hindous appellent «libéré vivant» est nommé en soufisme réalisation de la «Station suprême».

“Le soufi accompli est donc conscient d’être, comme les autres hommes, prisonnier du monde des formes, mais, à leur différence, il a aussi conscience d’être libre, d’une liberté qui l’emporte incomparablement sur sa captivité. C’est pourquoi on peut dire qu’il a deux centres de conscience, l’un humain et l’autre divin, et il peut s’exprimer en fonction tantôt de l’un et tantôt de l’autre, ce qui explique certaines contradictions apparentes.” (p. 13)

L’Arbre de Vie, dont le saint est une personnification, est parfois décrit comme ayant ses racines au Ciel, cela pour qu’on n’oublie pas que la profondeur et l’élévation sont spirituellement identiques.

Le sens du mot «original» a été dévié vers la différence, ou la qualité de ce qui est inhabituel ou extraordinaire. «Original» est utilisé comme synonyme d’«anormal», ce qui est une perversion monstrueuse, puisque la véritable originalité est une norme.

“Le soufisme n’est autre que le mysticisme islamique, ce qui signifie qu’il est le courant central le plus puissant de ce flot de marée qui constitue la Révélation de l’Islam; et il apparaîtra clairement de ce qui vient d’être dit qu’il n’y a là aucune dépréciation, comme certains semblent le penser. C’est, au contraire, l’affirmation que le soufisme est à la fois authentique et efficace.” (p. 15-16)

Le soufisme n’existe et ne peut pas exister à l’extérieur de l’Islam. Si on lui dépouille les particularités et l’originalité, on lui enlève aussi son impulsion.

Au moment où l’Islam fut établi dans le sous-continent indien, il y eut des échanges intellectuels entre soufis et brahmanes, tout comme le soufisme adopta certains termes empruntés au néo-platonisme. “[…] le soufisme, étant totalement dépendant d’une Révélation particulière, est totalement indépendant de toute autre chose. Mais, se suffisant à soi-même, il peut, si le temps et le lieu s’y prêtent, cueillir des fleurs dans un jardin autre que le sien. Le Prophète de l’Islam a dit: «Cherchez le savoir jusqu’en Chine.»” (p. 16)


2. Universalité du soufisme

Le soufisme, en tant que particularité mystique de l’Islam, est parfaitement compatible avec la mystique universelle, tout comme l’art sacré est à la fois particulier et universel.

Titus Burckhardt, dans «Perennial Values in Islamic Art», Studies in Comparative Religion, été 1967, disait: “Personne ne contestera l’unité de l’art islamique, que ce soit dans le temps ou dans l’espace; elle est bien trop évidente: que l’on contemple la mosquée de Cordoue ou la grande medersa de Samarcande, qu’il s’agisse de la tombe d’un saint au Maghreb ou au Turkestan chinois, c’est comme si une seule et même lumière rayonnait de chacune de ses œuvres d’art.»

Frithjof Schuon, dans De l’unité transcendante des religions, Paris, Gallimard, 1948, p. 79, disait: “Devant une cathédrale, on se sent réellement situé au centre du monde; devant une église en style Renaissance, baroque ou rococo, on ne se sent qu’en Europe.”

Tout comme la sainteté est le but final du soufisme, l’art sacré est la cristallisation de la sainteté.

“Selon la doctrine islamique, la perfection est une synthèse des qualités de majesté et de beauté; et le soufisme, ainsi que de nombreux soufis l’ont exprimé, est un revêtement de ces qualités divines: cela implique que l’âme se dépouille des limitations de l’homme déchu, des habitudes et des préjugés qui étaient devenus une «seconde nature», et se couvre des caractéristiques de la nature primordiale de l’homme fait à l’image de Dieu.” (p. 19)

Dans certains Ordres soufiques, le rite d’initiation prend la forme d’une investiture: un manteau (khirqah) est placé par le cheikh sur les épaules de l’initié.

Pour le novice la voie est, au début, surtout une discipline.

Les symboles ne sont pas arbitraires, mais enracinés dans la réalité. Tout de même, un symbole est par définition fragmentaire, en ce qu’il ne peut jamais capter tous les aspects de son archétype (par exemple, dans le symbole du cercle, ce qui échappe est le fait que le centre est infiniment plus grand que le cercle même).

Le soufisme, comme les autres mysticismes, conduit au Centre Unique. Il est particulier par ses distinction et universel parce qu’il fait ce que les autres mysticismes font. Conformément au symbolisme du cercle, le soufisme est un rayon parmi les rayons. “[…] lorsqu’un chemin mystique approche de son But, il est plus proche des autres mysticismes qu’à son départ.” (p. 23)

“L’essence concentrée de l’Islam ne se trouve que chez le saint soufi qui, en parvenant au terme du Chemin, a porté les idéaux spécifiques de sa religion à leur développement le plus élevé et le plus complet, exactement comme l’essence concentrée du christianisme ne peut se rencontrer que chez un saint François, un saint Bernard ou un saint Dominique.” (p. 24)

La denière Révélation, l’Islam, est en quelque sorte une récapitulation des autres.


3. Le Livre

A l’instar de l’hindouisme et du judaïsme, l’Islam établit une nette distinction entre Révélation et inspiration. Une Révélation est consubstantielle à la Divinité dont elle est une projection ou un prolongement, alors qu’un texte inspiré est composé par l’homme sous l’influence de l’Esprit divin. Dans le christianisme, la Révélation est Jésus lui-même, les Evangiles se situant au degré de l’inspiration.

Les soufis parlent de se noyer (istighrâq) dans les versets du Coran, qui sont la Parole incréée de Dieu. Pour certains soufis la récitation du Coran a été le principal moyen de concentration sur Dieu. Leur intelligence était pénétrée par la conscience de la participation à la Parole divine.

Alif-Lâm-Mîm. La première lettre signifie Allâh, la deuxième Rasûl ou l’archange Jibrîl (en arabe la première lettre, tout comme la dernière, peut représenter le mot entier), la troisième Muhammad.

Le mot tarîqah signifie à proprement dire «voie», et par extension un Ordre soufique ou une confrérie.

Coran, II, 156: “En vérité nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons.” (Innâ li-Lhâhi wa innâ ilayhi râji’un). Les soufistes considèrent que tout le soufisme est résumé dans ce verset.

Le soufisme est un mouvement de retour, un reflux, et de ce point de vue les autres membres de la communauté, bien que tournés dans la bonne direction, sont stationnaires.

Dans un Ordre soufiste, les membres plus centraux sont nommés «voyageurs» (sâlikùn), pendant que les mombres plus périphériques sont immobiles.

Le Grand Jihad est soufiste, ou c’est un aspect qui ne regarde que les soufistes.

“En fait, mais non de propos délibéré, l’exotérisme est un état de trêve avec des escarmouches occasionnelles et livrées de façon décousue; et il est bien préférable de demeurer exotériste que de susciter toute la fureur de l’ennemi et, ensuite, d’abandonner la lutte, laissant les possibilités inférieures envahir l’âme.” (p. 35)

Le soufisme est un sens des valeurs ou un sens des proportions.

Le Coran est nommé al-Furqân, qui peut se traduire par «Critère de vérité», «Instrument de discrimination» ou par «Discernement».

La communauté islamique est partagée entre les «voyageurs», les «stationnaires» et les «exotériques».


4. Le Messager

Aïcha a dit du Prophète: «Sa nature était comme le Coran». Autrement dit, Muhammad donnait l’impression d’être le Livre incarné.

“La doctrine islamique du Rasûl est, au fond, la même que la doctrine hindoue de l’Avatâra, la différence immédiate étant que le terme Avatâra veut dire «descente», c’est-à-dire celle de la Divinité, cependant que le Rasûl est défini soit comme un Archange, soit comme une incarnation humaine de l’esprit.” (p. 40) La différence est de perspective, et non pas de fait.

“Muhammad ne fut pas seulement berger, marchand, ermite, exilé, soldat, législateur et prophète-prêtre-roi; il fut aussi orphelin (mais avec un grand-père et un oncle particulièrement aimants), pendant de longues années époux d’une seule femme beaucoup plus âgée que lui, fréquemment père d’enfants qui lui furent enlevés, veuf, et finalement époux de plusieurs femmes dont certaines beaucoup plus jeunes que lui.” (p. 41)

Hadith: “Agissez pour ce monde comme si vous deviez vivre mille ans, et pour l’autre comme si vous deviez mourir demain.”

Les deux grands nuits de l’année islamique sont Laylat al-Qadr (la Nuit du Pouvoir) et Laylat al-Mi’raj (la Nuit de l’Ascension). Elles sont, respectivement, la nuit de la Descente du Coran et celle de l’Ascension du Prophète.

Hadith: “Mourez avant de mourir.”

L’orientation extérieure vers la Mecque est signe de l’orientation intérieure vers le Centre intérieur.

Le Prophète fut transporté «horizontalement» de La Mecque à Jérusalem avant son ascension «verticale». Ses voyages sont le prototype parfait du chemin que doivent suivre les avancés parmi son peuple. C’est seulement à partir du degré de la perfection humaine qu’il est possible d’avoir accès aux états supérieurs de l’être.

“Le grand prototype du rite soufique d’initiation est un événement survenu en un moment crucial de l’histoire de l’Islam, environ quatre ans avant la mort du Prophète: assis au pied d’un arbre, il demanda à ses compagnons présents de lui jurer fidélité en plus et en sus de l’engagement qu’ils avaient pris en entrant en Islam. Dans certains Ordres, ce rite de serrement de mains comprend des éléments supplémentaires, et, dans d’autres, il est remplacé par différentes formes d’initiation dont l’une est particulièrement suggestive de l’idée de chaîne comparée à une ligne de sauvetage: le cheikh tend son rosaire au novice; celui-ci en saisit l’autre extrémité qu’il tient pendant la prononciation de la formule d’initiation.” (p. 49)

Il appartient à la méthode de tout mysticisme de procéder comme si le virtuel était déjà effectif.


5. Le Cœur

Abû’l-Hasan Fushanjî, Xe siècle: “Aujourd’hui le soufisme (taçawwuf) est un nom sans réalite. Ce fut autrefois une réalité sans nom.”

Ibn Khaldûn remarquait lui aussi que pendant les premières générations le mysticisme était une réalité trop répandue pour avoir un nom. Cf. Muqaddimah, chap. XI. Le terme «soufi» traduit ici deux mots dans la langue arabe, çufiyyah et mutaçawwifah; les langues européennes rendent habituellement par «soufi» aussi bien çûfi que mutaçawwif (dont les deux termes arabes qu’on vient de citer sont les pluriels). Au sens strict, ils désignent respectivement celui qui est parvenu au terme du chemin et celui qui en suit encore le cours. Il existe un troisième terme, mustaçwif, «celuji qui aspire à devenir mutaçawwif».

Le mot çufî signifie «de laine», et aussi «vêtu de laine».

Le mot est formé des lettres: çâd – wâw – fâ’. Il existe une identité secrète (dans la science des lettres) avec çâd – fâ’ – wâw (ayant pour sens celui de «pureté»).

Les çufî s’appelent al-fuqarâ’ (pluriel de faqîr), et en persan darvîsh. Le sens de ces mots est celui de «pauvre».

Le Coran est en accord avec la perspective du monde antique, qui attribuait la faculté de la vision au cœur, centre de l’âme et passage vers l’Esprit. Le cœur est le siège de l’intellect.

“Etant le centre du corps, le cœur peut être considéré comme transcendant le reste de celui-ci, bien que sa substance soit faite comme lui de chair et de sang. En d’autres termes, si le corps dans son ensemble est «horizontal» en ce qu’il est limité à son propre plan d’existence, le cœur possède, en plus de cela, une certaine «verticalité» du fait qu’il est l’extrémité inférieure de l’axe «vertical» venant de la Divinité elle-même et passant par les centres de tous les degrés de l’univers.” (p. 61)

Le cœur physique peut servir de foyer de concentration et on peut en trouver des illustrations pratiques dans les méthodes de la plupart des formes de mysticisme.

Hadith: “Ma terre ne peut Me contenir, ni ne le peut Mon ciel, mais le Cœur de Mon esclave croyant peut Me contenir.”

Un poème du soufi Hallâj commence avec: “J’ai vu mon Seigneur par l’œil du Cœur. Je dis: ‘Qui est-tu?’ Il répondit: ‘Toi’.”

‘Abd ar-Razzâq al-Kâshâni, dans un commentaire du Coran fait au XIVe siècle, interprète le mot «soleil» comme Esprit; la lumière est la gnose; le jour est l’Au-Delà, monde transcendant de la perception spirituelle directe; et la nuit est ce monde, monde de l’ignorance ou, au mieux, de la connaissance indirecte réfléchie symbolisée par le clair de lune. La lune transmet indirectement la lumière du soleil à l’obscurité de la nuit; et, semblablement, le Cœur transmet la lumière de l’Esprit à l’obscurité de l’âme. Mais cette faculté est voilée dans l’homme déchu, et cela par définition même, car, si l’on vit qu’il perdit le contact avec la Fontaine de Vie lorsqu’il dut quitter le Paradis terrestre, cela revient à dire qu’il n’a plus d’accès direct au Cœur.

“[…] si l’on demande quelle qualification est nécessaire pour être admis dans un Ordre soufique ou quelle est la chose qui doit inciter quelqu’un à rechercher l’initiation, on repondra que, dans la nuit de son âme, la couche de nuages doit être assez mince pour qu’au moins quelques clartés de la lumière du Cœur puissent percer les ténèbres.” (p. 65-66)

Guénon parle d’un présentiment des états supérieurs de l’être.

Pour indiquer le caractère direct de la connaissance du Cœur, les soufis utilisent le mot dhawq (saveur).

“Lorsqu’on dit que Dieu est Amour, la signification la plus élevée de cette sentence est que l’archétype de toutes les relations positives – conjugales, paternelles et maternelles, filiales et fraternelles – est Un de façon indivisible dans la Perfection infinie et se suffisant à elle-même de l’Essence divine.” (p. 67)

Hadith: “J’étais un trésor caché et J’ai désiré être connu, alors J’ai créé le monde.”

Sur le sceau de Solomon: “L’équilibre parfait de l’âme primordiale dépend de l’union harmonieuse des domaines de l’homme intérieur et de l’homme extérieur. Si nous admettons que le sommet du triangle supérieur du Sceau de Solomon représente l’expérience directe que fait le Cœur des Vérités spirituelles qui sont fruits de l’Arbre de Vie, l’angle opposé du triangle inférieur représentera le goût au sens littéral, alors que les deux bases en position intermédiaire figureront la connaissance mentale indirecte découlant des deux expériences directes. Le message de ce symbole est que, si nous voulons savoir à quoi correspond la connaissance du Cœur, nous devons nous adresser aux sens plutôt qu’au mental, en tout cas en ce qui concerne son caractère direct. Mais notre symbole représente aussi l’abîme séparant les sens du Cœur: la connaissance par les sens, étant le monde de perception placé le plus bas, est plus profondément enfoncée dans l’espace, le temps et les autres conditions terrestres, et donc plus resserrée et plus fugitive que la connaissance mentale, cependant que le «goût» intérieur échappe à ces conditions en raison de son exaltation et, en conséquence, constitue, de toutes les expériences, la plus vaste et la plus durable.” (p. 69-70)

Le mysticisme, sous toutes ses formes, commence par une quête de l’«état primordial», puisque cet état est l’équivalent de la perfection humaine qui est l’unique base de l’ascension spirituelle.

Hadith: “Le parfum et les femmes m’ont été rendus chers, et la fraîcheur a été donnée à mes yeux dans la prière.”

Coran, XVII, 44: “Les sept cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve célèbrent Ses louanges; il n’y a rien qui ne célèbre Ses louanges; mais vous ne comprenez pas leurs louanges.” Autrement dit: Ne regardez pas les choses de ce monde comme des réalités indépendantes, car leur existence à toutes dépend du Trésor caché dont elles ont été créés pour révéler la gloire.

Les «visionnaires» sont ceux qui voient partout des signes.

La définition donnée par le Prophète à l’ihsan (excellence): “L’excellence, c’est d’adorer Dieu comme si tu Le voyais; et si tu ne Le vois pas, Lui te voit.”

Personne n’est, plus que le mystique, lucidement conscient de la chute de l’homme.

Dhikr Allâh (Souvenir de Dieu) est un des noms du Prophète. Selon le Coran cette invocation est «plus grande» que la prière rituelle elle-même.

Hadith: “Il existe pour chaque chose une vernis qui enlève la rouille et le vernis du Cœur est l’invocation d’Allâh.”

Les trois degrés de la certitude, par ordre ascendant: la Science de la certitude (‘ilm al-yaqîn), l’Œil de la certitude (‘ayn al-yaqîn) et la Vérité de la certitude (haqq al-yaqîn). “La Science est la certitude obtenue en entendant une description du feu; l’Œil est celle qu’apporte la vue de ses flammes; la Vérité est la certitude provenant du fait d’y être consumé.” (p. 79)


6. La doctrine

Toute doctrine est en rapport avec le mental; mais la doctrine mystique, qui correspond à la Science de la certitude, adresse au mental un appel à se transcender lui-même.

La doctrine est résumée dans le nom «Allâh», qui contient tout. Elle reçoit un développement dans shahâdah. “Lâ ilâha illâ ‘Llâh” – Il n’est de dieu que Dieu.

Chaque nom d’Allâh est équivalent avec un autre, Allâh étant à proprement parler innomable. Alors, ah-Haqq, qui est la Vérité, ou la Réalité, donne: Il n’est de réalité que la Réalité; Il n’est de vérité que la Vérité. La doctrine fondée sur cette conclusion est appelée «Unité de l’Etre». Il s’agit d’une Unitée absolue, qui exclut l’addition ou la division. Selon elle, l’Infinitude divine est sans parties. Le nom Ahad (Un) devrait se traduire par «l’Indivisible Un-et-Unique».

Hayrah (ar.) = “Effroi ou perplexité en face d’une situation apparemment sans issue, ou de vérités que l’on n’arrive pas à concilier rationnellement; c’est aussi crise du mental se heurtant à ses propres limites. Si nous situons hayrah sur le plan mental, le conseil du cheikh ad-Darqâwi rappelle la méthode des koan utilisée par le Zen et consistant à méditer avec insistance sur certains paradoxes, de manière à provoquer une crise mentale, une perplexité extrême, ce qui peut déboucher sur l’intuition suprarationnelle.» (Titud Burckhardt)

L’étude de la doctrine conduit le mental jusqu’à la limite supérieure au-delà de laquelle se trouve, entre elle et le Cœur, le domaine de l’intuition intellectuelle, ou de la perplexité, selon les cas. Toute doctrine mystique contient des formules aphoristiques capables de galvaniser l’âme en transcendant le mental et en franchissant cette limite.

‘Abd al-Karîm al-Jîlî utilise dans son œuvre le symbole de l’eau et de la glace représentant le Créateur et la création, apparemment différents mais secrètement identiques.

“La subjectivité dont l’homme déchu est conscient résulte de la projection de la lumière intérieure transcendente sur la coagulation semi-opaque et donc impure qui forme barrière entre cette lumière et l’âme. L’ego est une lueur qui donne l’apparence d’avoir son origine au niveau de cette barrière, d’où l’illusion de constituer une unité séparée et indépendante.” (p. 92)

Le saint, dans le Coran, VI, 103: “celui qui était mort, que Nous avons ressuscité et à qui Nous avons remis une lumière pour se diriger parmi les hommes.”

C’est par une manifestation de Soi-même (al-Tajallî) que la Divinité atteint et domine. Ainsi les Arabes chrétiens emploient le terme al-Tajallî pour désigner la Transfiguration qui, pour le Christ, fut une immersion visible de la nature humaine dans la Nature divine.

L’ordre de compréhension: doctrine, compréhension, perplexité, illumination (ou: graine, tige, bouton, fleur).


7. La méthode

Bukhârî, Riqâq, 37: “Rien de ce qui rapproche Mon esclave de Moi ne M’est plus agréable que l’accomplissement des obligations que Je lui ai imposées. En plus, Mon esclave ne cesse de se rapprocher de Moi par des pratiques surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime; et lorsque Je l’aime, Je suis l’ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main avec laquelle il empoigne, le pied sur lequel il marche.”

Le paradoxe de Hallâj: “Quiconque témoigne que Dieu est Un, Lui associe un autre [à savoir son propre soi individuel en tant que témoin].” Autrement dit: l’âme n’est pas competente pour proclamer la Shahâdah.

Le soufisme est caractérisé par ka’anna (comme si). La seconde Shahâdah (Muhammadun Rasûlu ‘Llâh) peut être regardée comme un refus d’admettre que la chute de l’homme ait vraiment eu lieu. Mais cette manière de voir doit se combiner avec une conscience aiguë des effets de la chute.

Bishr al-Hâfi, (mort en 842), grand soufi de Bagdad, disait: «Le soufi est celui qui garde son Cœur pur (çâfi).”

Deux termes soufiques fondamentaux:
♥ fanâ’ (extinction);
♥ baqâ’ (ce qui demeure, ce qui subsiste, Eternité).

Parmi les rites non obligatoires de l’Islam, l’invocation du nom Allâh est de beaucoup le plus important. “Mais il faut garder à l’esprit que, même si les pratiques obligatoires impriment un rythme spirituel à l’écoulement des heures, leur accomplissement exige relativement peu de temps. Les rites surérogatoires ont alors une supériorité potentielle sur elles en ce qu’ils ont la capacité de ceindre et de pénétrer la vie tout entière, et c’est à cela que tendent ceux qui pratiquent l’invocation de façon méthodique.” (p. 103)

La récitation du Coran est le rite facultatif le plus répandu.

“On pourrait dire, en fait, que l’intention d’un miracle est de permettre à l’âme tout entière de participer de façon surnaturelle à une certitude «absolue» qui est normalement la prérogative du Cœur; mais ce résultat peut être obtenu dans une plus faible mesure par ce moyen parfaitement naturel et humain qu’est la prière individuelle – non par un supplément de foi, mais par l’élimination des obstacles et des distractions.” (p. 106)

“On peut conclure des enseignements sur la perfection humaine – ainsi qu’on y a déjà fait allusion à propos du Messager – que l’âme primordiale est une harmonie multiple unifiée et, si l’on peut dire, suspendue entre l’autre monde et celui-ci, ou bien entre l’Intérieur et l’Extérieur, d’une manière telle que l’équilibre est parfait entre l’attraction des signes intérieurs – le Cœur et, au-delà de celui-ci, l’Esprit – et les signes sur les horizons. Cet équilibre revêt aussi un aspect dynamique du fait que le Cœur dirige à travers l’âme un rayon de reconnaissance des signes extérieurs que sont les grands phénomènes de la nature; et ceux-ci, par l’effet qu’ils produisent sur les sens, provoquent une vibration qui traverse l’âme en direction de l’intérieur, de sorte qu’avec l’homme, dernier être créé, le mouvement extérieur de création est renversé et que tout, pour ainsi dire, reflue à travers son Cœur vers sa Source éternelle et infinie. Mais, dans l’âme déchue, où l’attraction du Cœur est plus un moins imperceptible, l’équilibre est rompu et les plateaux de la balance sont lourdement surchargés en faveur du monde extérieur.” (p. 107-108)

Qabd (ar.) = contraction.

Bast (ar.) = expansion.

Le mouvement intériorisant de l’âme vers le Cœur procède du qabd. La «saveur» de celui-ci doit rester afin de veiller sur la réaction concomitante de bast, non pour en diminuer l’amplitude, mais pour lui éviter d’être un retour aux limitations de la mondanité. Dans le Coran existe un rapport entre le qabd du sacrifice et le bast de la croissance.

Un exemple de qabd est le jeûne.

L’objectif le plus élevé du qabd, c’est que le bast se produise en direction du Cœur et même au-delà.

Le qabd le plus rigoureux est la retraite spirituelle, khalwah (littéralement: solitude). Certains ordres affirment que cette retraite doit avoir lieu dans un environnement naturel.

Le terme jalwah désigne les pratiques complementaires, expansives, de la khalwah, et les séances de souvenir (majâlis adh-dhikr), réunions plus ou moins régulières au cours desquelles les frères membres de l’Ordre chantent des litanies et invoquent le Nom divin.

Dans tarîqah des Mawlawî dont les membres sont connus en Occident sous la désignation de «derviches tourneurs», le prélude de la séance d’invocation est fait par une danse sacrée. “Cette danse, qui constitue un bast particulièrement ample, s’ouvre néanmoins sur le qabd initial qu’est la majestueuse procession durant laquelle le danseur croise les bras sur sa poitrine et resserre ses épaules. Accompagné par des flûtes, des tambours et parfois d’autres instrument, un chanteur se fait entendre. Puis, à un moment donné, le chaikh vient occuper la position près de laquelle les formes repliées sur elles-mêmes vont défiler solennellement; et chaque danseur, dès qu’il pénètre dans l’orbite du cheikh, se met à déployer ses bras et à tourner sur lui-même en rond, d’abord lentement mais accélérant bientôt et étendant complètement les bras, la paume de la main droite tournée vers le haut pour être un réceptacle du ciel et celle de la main gauche vers le bas pour transmettre à la terre ce qui vient du Ciel, et le tournoiement continue.” (p. 111)

Les Ordres n’ont pas tous de danse.

Le grand soufi égyptien Dhu ‘n-Nûn al-Miçrî (mort en 861), disait: «Pour le plus grand nombre, la repentance se rapporte aux péchés, mais, pour les élus, elle concerne la distraction (ghaflah).»

Ghaflah (ar.) = négligence dispersée.

La fréquente mention du vin dans la poésie soufique invite à préciser que le seul vin que les soufis eux-mêmes se permettent de boire est celui que le Coran autorise, à savoir le vin du Paradis.

Certains cheikhs décrivent la Station suprême comme un état où l’on est intérieurement ivre et extérieurement sobre.

A la place de qabd et de bast, on pourrait utiliser les termes de «crainte» et d’«amour».

La méditation (fikr) est un élément essentiel de la voie spirituelle, comme auxiliaire du dhikr. Il se fonde sur trois points de vue: la crainte (makhâfah), l’amour (mahabbah) et la connaissance (m‘arifah).

F. Schuon, Les Stations de la sagesse, Paris, Buchet-Chastel-Corréa, 1958, p. 191: “La nature humaine comporte trois plans: le plan de la volonté, celui de l’amour et celui de la connaissance; chacun se polarise en deux modes complémentaires, en sorte qu’ils se présentent, respectivement, comme renoncement et acte, paix et ferveur, discernement et union.”

Sans fikr, le dhikr serait largement inopérant; sans dhikr, le fikr ne servirait à rien.


8. L’exclusivité du soufisme

“Le soufisme est central, élevé, profond et mystérieux; il est inexorable, exigeant, puissant, dangereux, distant – et nécessaire.” (p. 121)

Central, élevé, profond, mystérieux = sacré.

Le soufisme exclut l’athéisme, l’agnosticisme, l’exotérisme étroit, qui prétend se suffire à lui-même.

Hâtim al-Açamm, soufi du IXe siècle: “Chaque matin Satan me dit: Que vas-tu manger, de quoi vas-tu te vêtir et où habiteras-tu? Et je lui réponds: Je mangerai la mort, je revêtirai mon linceuil et j’habiterai dans la tombe.”

F. Schuon, Perspectives spirituelles et Faits humains, op. cit., p. 185-186: “La connaissance ne sauve qu’à condition d’engager tout ce que nous sommes: quand elle est une voie qui laboure et qui transforme, et qui blesse notre nature comme la charue blesse le sol. La connaissance métaphysique est sacrée. C’est le propre des choses sacrées d’exiger de l’homme tout ce qu’il est.”

“L’athéisme et l’agnosticisme peuvent être la révolte d’un mystique virtuel contre les limitations de l’exotérisme; car il se peut qu’un homme ait en lui-même, à l’état non développé, les qualifications qui lui permettraient de suivre une voie spirituelle même dans son acception la plus entière, mais qu’en même temps – et cela, dans le monde moderne, a des chances de se produire plus que jamais – il ignore l’existence de la dimension mystique de la religion. Son athéisme ou son agnosticisme peuvent se fonder sur l'idée fausse que la religion coïncide exactement avec la représentation extérieure et superficielle que, fort souvent, on s’en fait exclusivement parmi ceux qui sont censés en constituer les «autorités». Il y a des âmes qui ne sont disposées à ne donner que tout ou rien.” (p. 124)

Hadith: “Si les sept cieux et les sept terres étaient placés dans le plateau d’une balance, lâ ilâha illâ ‘Llâh dans l’autrea plateau l’emporterait en poids sur eux.”

La purification est un but du soufisme parce que l’âme du novice est relativement impure.

Le manque d’intellectualité, combiné avec l’arrogance mentale moderne, empêche les âmes peu éclairées de comprendre qu’il y a d’autres perspectives cognitives que la leur.

Le prince indien Dârâ Shikoh (mort en 1659), fils soufi de l’empereur mongol Shâh Jahan, a affirmé que le soufisme et le Vedanta de l’Advaida étaient essentiellement une même chose avec quelques différences superficielles de terminologie.


9. Le soufisme à travers les siècles

Chaque nouvelle religion a été un redressement plus ou moins soudain. L’Islam ne fait pas d’exception, sauf que, en tant que dernière religion du cycle, il est aussi une synthèse des autres.

A part le Prophète Muhammad, Abou Bakr (le premier khalifa) et ‘Ali (le cousin et le gendre du Prophète) sont considérés par les soufistes comme les plus grands parmi leurs ancêtres spirituels.

Ibn ‘Arabi affirme que la sainteté est plus grande que la prophétie, parce qu’elle est éternelle, tandis que la prophétie est une fonction ayant un commencement et une fin, mais il ajoute que la sainteté d’un Prophète est plus grande que celle des autres saints.

Muhammad a été en fait le premier cheikh soufi. La saintété des sahaba doit être regardée comme un prolongement de l’attraction du Prophète vers le haut, tout comme la présence des deux saints Jean et saint Pierre n’est pas «par hasard» au temps du Christ.

La première génération de musulmans était ouverte au mysticisme d’une manière qui ne fut jamais possible une fois que se furent cristallisées certaines barrières de l’exotérisme. “Mais il faut se souvenir avant tout qu’un âge apostolique est par définition celui où les «portes du Ciel» sont ouvertes. Si la nuit de la Révélation est meilleure que mille mois, c’est parce que durant celle-ci descendent les anges de l’Esprit; et cette pénétration du naturel par le surnaturel, dont on peut dire qu’elle se poursuit pendant toute la mission du Messager, a pour effe