17 février 2016

Samir Hariche, S'asseoir par terre

Nous ne voulons par cet article que brosser certains aspects de la tradition, et surtout la façon dont des choses extrêmement simples et apparemment anodines ont une retombée relativement importante sur l'ensemble de la vie des hommes. Nous prendrons pour exemple le fait de s'asseoir par terre, ce qui est une chose universelle et commune à toutes les traditions partout dans le monde. Seuls les modernes s'assoient systématiquement sur des chaises. Cette habitude s'est répandue à partir du Moyen Age chrétien, mais on peut en trouver des éléments plus ou moins développés à partir de l'Antiquité latine. Le phénomène n'a donc fait que s'accroître au fil des siècles, au fur et à mesure que l'éloignement par rapport à la tradition augmentait. Certains ont vu très clairement, et avec raison, que la Chrétienté médiévale avait joué un peu un rôle de digue pour refréner, contenir et maîtriser les tendances modernisantes et anti-traditionnelles qui commençaient à se développer et à s'étendre de façon préoccupante à partir de l'Antiquité gréco-latine, et qui ont fini par avoir raison, en grande partie, de l'esprit traditionnel à partir du XIV° siècle. Pour l'Occident, le Christianisme n'a été qu'une miséricorde venant de Dieu.


Aujourd'hui, un Occidental qui s'assoit par terre ne peut tenir plus de dix minutes dans la même posture ; et si ce temps se prolonge, il devra changer continuellement de position. Or c'est là une chose relativement importante. Le fait de ne pas pouvoir tenir sur place, indépendamment des douleurs qui rendent pénible cette posture, n'est que le symptôme de l'activité incontrôlée et désordonnée du mental. En effet, les modernes sont victimes de la frénésie et du stress ; ils doivent à tout prix faire quelque chose, pour ne pas s'ennuyer, car ils ne savent pas apprécier le repos, le calme et la paix du recueillement. L'angoisse du vide hante toute la modernité ; et ce vide est celui que laisse derrière elle la négation illusoire du Divin.

Mais si les Occidentaux ne peuvent tenir sur place lorsqu'ils s'assoient par terre, c'est aussi, comme on l'a dit, parce qu'ils ont mal partout, et surtout au dos et aux jambes. Cela est assez important, car le mal au dos révèle le manque d'exercice et la faiblesse des muscles de cette partie du corps. En effet, les modernes, qui se sont toujours assis sur des chaises, ont un dos extrêmement mou, dont les muscles se fatiguent très vite, parce qu'ils n'ont pas été exercés à l'effort moyen, mais constant, dont on a besoin lorsqu'on s'assoit par terre. Il n'y a rien de quoi s'étonner lorsqu'on apprend que la plupart des modernes, qui travaillent souvent assis dans des fauteuils ou des chaises mal conçues, se plaignent continuellement de leurs douleurs de dos. Et l'affaiblissement des muscles du dos implique l'affaissement de la colonne vertébrale. Alors les gens marchent courbés, et ne peuvent se tenir droits. Ce manque de droiture, loin d'être une figure de style, est le reflet de leur manque de droiture dans le domaine spirituel, et même, malheureusement trop souvent, dans le domaine moral. Sans insister sur les significations trop connues de la colonne vertébrale dans l'anatomie subtile de l'être humain, nous nous bornerons à dire qu'elle est l'image microcosmique de l'Axe du Monde. On peut donc l'appeler l'axe du corps. C'est « à l'intérieur » de la colonne vertébrale que s'écoule le courant principal de l'énergie vitale, qui permet à l'individu de rester en vie.

C'est aussi à travers elle que la Kundalîni, une fois réveillée de son sommeil, s'élance vers le sommet du crâne, comme une flèche, redressant inévitablement le dos de ceux chez qui se produit cette expérience. Cela explique pourquoi on attribue une si grande importance dans les pratiques de la spiritualité orientale au fait d'avoir le dos bien droit dans la posture assise de la méditation.
Ainsi l'impossibilité de se tenir droit est parfois, mais pas toujours, le symptôme de la déchéance spirituelle. Dès lors on ne peut que s'étonner de l'importance aussi grande que les canapés ont dans le mobilier de nos contemporains. Sur la plupart de ces canapés,  on est affaissé comme un mollusque ; on est, pour ainsi dire, intentionnellement mal assis : le dos est courbé, et l'on est penché vers l'arrière. Au moins sur l'ancienne chaise, on avait le dos plus ou moins droit. Mais c'est là l'inévitable dissolution qui touche toute chose en fin de cycle, et qui est même visible au niveau du corps des êtres humains et de leur mobilier. Car après la phase de solidification, vient celle de la dissolution, ainsi que Guénon l'a remarquablement montré.

Les effets largement positifs, ne serait-ce que sur la santé, du fait de s'asseoir par terre sont tellement importants qu'on n'en citera que quelques-uns. Les modernes qui se tracassent pour inventer le mobilier idéal, le plus ergonomique, le plus adapté à l'utilité et à la santé de l'homme, feraient mieux de se demander si le plus simple n'est pas, peut-être, le meilleur. S'asseoir par terre suffit largement ; et il faudrait que les enfants dès leur plus jeune âge prennent cette habitude pour fortifier leurs muscles et assouplir leurs tendons. Mais nous devrions plutôt dire renforcer chez eux l'habitude de s'asseoir par terre, car c'est là quelque chose d'instinctif chez l'enfant, qui en réalité ne peut se résoudre à s'asseoir sur une chaise que par l'envie d'imiter les grands, ou même, parfois, par la menace ou la force.

D'abord, le fait de s'asseoir par terre est bénéfique pour les articulations des genoux et des chevilles, et se révèle souvent, à la longue, positif pour les gens qui souffrent d'arthrose. Cette posture aide, par ailleurs, à prévenir les varices ou d'autres difficultés de la circulation du sang, en faisant appel à des voies de circulation qui ne sont pas toujours utilisées dans les autres postures, en équilibrant ainsi et répartissant le sang dans les jambes de façon plus équitable. Le fait d'avoir les jambes repliées s'accompagne d'une limitation de l'apport de sang dans les jambes, qui n'en ont pas besoin quand on est assis ; ainsi le sang peut circuler de façon plus abondante dans la partie supérieure du corps. Et une meilleure circulation du sang facilite aussi une meilleure respiration. De plus, le fait d'avoir le dos plus ou moins droit et le bassin en rétroflexion, permet au diaphragme d'avoir plus de liberté et
d'ampleur dans ses mouvements. La respiration se calme, et les effets sur le mental se font rapidement sentir. Le dos est droit, ce qui établit une meilleure communication entre la tête et le corps, en améliorant l'irrigation du cerveau. Ce sont là des choses extrêmement évidentes, dont tout le monde peut faire l'expérience dès qu'il dépasse un peu les premières douleurs des genoux et du dos. Nous nous permettons cependant d'y faire allusion à cause de l'ignorance générale des modernes sur des choses d'une simplicité enfantine. Et si nous donnons une telle importance au corps, c'est que,
contrairement à ce que pensent certains, celui-ci est un domaine essentiel dans l'économie des traditions, et il ne faut le négliger à aucun titre, car son excellence est telle que, par exemple, il a été
de tout temps, ainsi que l'affirment unanimement toutes les traditions, un support privilégié pour véhiculer les signes distinctifs des Prophètes et des Saints. Il est en effet dans un rapport d'analogie avec l'Esprit. Et en ce sens, il peut être même dit supérieur à l'âme.

Tous ces effets bénéfiques montrent bien que si les gens s'asseyaient par terre, ils seraient en meilleure santé, aussi bien corporellement que moralement. Et si la maladie et la perte de la santé sont un des signes de la fin des temps, on peut dire que s'asseoir par terre peut être aujourd'hui une sorte de credo traditionnel. Mais on va y revenir. On peut aussi s'intéresser aux différentes implications positives que l'habitude de s'asseoir par terre peut apporter dans l'ensemble de la vie sociale. Les deux conséquences majeures sont visibles dans l'habillement et le mobilier. Du point de vue de l'intérieur de la maison, le fait de s'asseoir par terre simplifie considérablement les meubles qu'on utilise généralement, aussi bien quantitativement que qualitativement. D'un côté, ils sont moins
nombreux, puisqu'on peut déjà éliminer toutes les chaises, les canapés, et les fauteuils. Par ailleurs, les tables sont placées à une hauteur plus basse ; ce qui amène, par souci d'harmonisation, à
réduire également la taille des autres meubles. Les grandes armoires seront souvent remplacées par des commodes ne dépassant pas la taille humaine normale. Les lits seront, par exemple, directement étendus par terre, sans sommier. Cela simplifie considérablement le mobilier et la vie qu'il accompagne, et permet d'effectuer des économies non négligeables sur tout un ensemble de choses totalement superfétatoires et inutiles. Cette simplification est visible aussi dans le vêtement. Comme on s'assoit par terre, on essayera de maintenir le sol d'une pièce propre, et on pourra, par exemple, le
recouvrir de tapis ou de moquette. Ainsi, on évitera d'entrer dans une telle pièce avec des chaussures de rue ; ou on devra même se déchausser. Ce qui amène à simplifier les chaussures, qui ne devront
pas être encombrantes, mais faciles à enlever et à enfiler, ainsi que la couture générale des vêtements, qui devront être larges, et non pas resserrés comme ceux des modernes. Cela aurait des conséquences
très positives : d'un côté, sur la circulation du sang, la respiration, et l'énergie vitale, qui sont entravées par les vêtements resserrés, et d'un autre côté, sur les instincts des hommes et des femmes qui se verraient sagement calmés, au lieu d'être, comme on le constate aujourd'hui en se promenant dans la rue, continuellement et inutilement stimulés et exacerbés, en créant un surplus d'énergie non utilisée, source assez dangereuse de frustration. Le fait de s'asseoir par terre permet aussi de
relativiser l'obsession hygiéniste des modernes qui veulent avoir des habits d'une propreté et d'un lissé extrêmes. L'importance anormale accordée à la propreté par les modernes est la conséquence de leur
manque de souci de la pureté, dont ils ont perdu toute notion ; et celle qu'ils accordent au lissage est le reflet, dans l'ordre du vêtement, de l'uniformisation forcée qui règne dans l'ensemble des
productions modernes, et qui est inhérente à la mentalité moderne.

S'asseoir par terre peut donc constituer un moyen de relativiser la propreté, vue à partir des critères modernes, ce qui permet aussi d'économiser bien du temps, de l'énergie et des produits, parfois rares, comme l'eau, parfois toxiques, comme les détergeants. Alors, psychologiquement, on attribue bien moins d'importance à l'extérieur ou l'apparence des gens, et on peut se centrer davantage sur l'intérieur. On fait aussi, et surtout, moins attention à soi, car le fait de s'abaisser pour s'asseoir peut être vu comme un acte d'humilité. Comme on peut le constater, en latin, le mot « humilitas » provient de la même racine que « humus », qui désigne la terre. L'attribut principal de la terre est l'humilité, car elle est passive, elle se soumet à la gravité sans avoir aucun type d'initiative propre. Elle ne fait qu'un avec la Volonté qui la gouverne. De plus, pour les hommes, s'abaisser pour s'asseoir,
s'humilier en se rapprochant de la terre pour chercher le repos peut être considéré comme une reconnaissance de la grandeur de Celui qui ne connaît ni le sommeil ni la fatigue. En un certain sens, l'homme, en s'asseyant par terre, en retournant ainsi à sa nature originelle de soumission à la Volonté Divine, respecte le serment pré-existentiel prêté à Dieu. D'ailleurs, le nom même de l'homme, qui
vient du latin « homo », est de la même racine que « humus », qui signifie terre. Rappelons en outre que, dans la plupart des traditions, il est dit que l'homme a été créé de terre. Ce symbole est tellement évident, que nous ne prendrons pas la peine de l'expliciter davantage. Chercher la proximité avec la terre est, en un certain sens, chercher Dieu dans ce qui ne Lui appartient pas, c'est-à-dire l'humilité et la modestie. Ainsi, le fait de s'asseoir par terre peut être vu comme la première étape de la prosternation ; et il ne faut pas oublier que le refus de la prosternation participe de la révolte luciférienne. On ne peut s'étonner du fait que ce soit la modernité, motivée par l'orgueil, l'hybris et le culte de l'ego, qui ait répandu l'usage de la chaise, qui coupe les hommes de la terre, qui leur aliène l'humilité qui pourtant est dans leur constitution même.

Nous n'avons pas la naïveté de croire que toutes les conséquences, surtout psychologiques et sociales, du fait de s'asseoir par terre, s'appliquent nécessairement et infailliblement à ceux qui s'assoient par terre et aux sociétés où telle est la coutume générale. Nous savons bien que, en lui-même, le fait de s'asseoir par terre n'apporte rien. Mais intégré dans une organisation traditionnelle de la vie, il peut faciliter certaines choses, et sa pratique endiguer certains comportements anti-traditionnels secondaires. En bref, ce que nous voulons indiquer par toutes ces remarques, c'est d'abord comment la tradition établit des rapports étroits entre tous les éléments de la vie, en contenant synthétiquement les détails de la vie les plus quotidiens et les plus banals ; car l'unité de Dieu se reflète dans l'unité de la tradition, qui ne laisse en dehors d'elle rien à l'arbitraire. Ainsi ceux qui croient que la spiritualité ne s'occupe que de l'intérieur, ont parfaitement tort. Et deuxièmement, nous voulons montrer surtout la façon dont la tradition peut être vécue au sein même de la modernité, non pas comme un syncrétisme entre les deux, mais comme une réinsertion de l'esprit traditionnel d'harmonie et d'unité dans certaines formes et contraintes modernes, qu'on est obligé d'accepter. Et ici la règle principale est de toujours tendre vers la simplicité, l'économie et la sobriété, toutes vertus sévèrement mises à mal par la mentalité moderne. Si, du point du vue de la vie quotidienne et non pas de la pratique spirituelle, qui elle est immuable, on veut vivre la tradition dans une société moderne, nous sommes d'avis que la chose la plus adéquate à faire dans un esprit traditionnel, est, non pas de reconstituer faussement un décor plus ou moins exotique empruntant des éléments d'une tradition donnée, mais au contraire, d'intégrer harmonieusement des composantes traditionnelles dans un ensemble mêlant inévitablement tradition et modernité. La tradition sera donc plus dans l'esprit de l'ensemble, c'est-à-dire dans l'intérieur, que dans ses composantes. Cela dit, la règle de simplicité et d'économie dont nous avons parlé, n'est pas traditionnelle lorsqu'elle devient pragmatique dans le sens moderne du terme, car il y a des buts parfaitement réels, qu'on peut appeler symboliques, que la modernité ignore totalement et même méprise, et qui sont pris en compte lors de la fabrication d'objets comme le mobilier ou le vêtement dans les sociétés traditionnelles. C'est pourquoi, les productions traditionnelles sont parfois très loin d'être simples, par rapport aux buts pragmatiques. Mais précisément nous nous plaçons dans l'optique d'une société qui n'est plus traditionnelle. Cela était important à remarquer, mais nous en avons déjà trop dit sur ce sujet, qui nous éloigne de la question de la chaise.

D'un point de vue symbolique, on peut comprendre facilement pourquoi le fait de s'asseoir sur une chaise est anti-traditionnel, du moins dans son principe. La chaise est en réalité le symbole d'une autorité et d'une supériorité d'abord spirituelle, ensuite temporelle. Le terme français de chaise est une variante de chaire, qui vient du grec « kathedra », qui désigne dans la tradition chrétienne le siège
d'un pontife dans le choeur d'une église. Par extension, le mot grec renvoie à la dignité pontificale. Et en arabe, le terme « kursy » par lequel on désigne une chaise, se trouve dans le Coran, et il peut être traduit, au moins dans certains versets, par « Trône » ; et il s'agit, bien entendu, du Trône de Dieu. De plus, la racine K R S a donné le verbe « karrasa », qui signifie consacrer, bénir. Le rapport entre la chaise et le sacré, sous la forme des fonctions sacerdotale et royale, est donc évident. Nous ne ferons que remarquer rapidement le fait que cette racine est féminine, sans pouvoir en dire davantage, et qu'elle renvoie au Principe passif et féminin de l'Existence ; ce qui est encore surprenant du point de vue de la sacralité et du symbolisme de la langue arabe, lorsqu'on rapproche cela de ce que nous avons dit ailleurs de la Prostituée de Babylone comme négation illusoire du Principe féminin, en lien avec le désordre et avec l'indistinction chaotique. En effet, le ya du mot « kursy », s'écrit en arabe avec deux points, ce qui renvoie au Principe féminin, en tant qu'il permet la différenciation des
différentes créatures. Lorsque ce Principe est illusoirement subverti, il apparaît comme diabolique, dans le sens étymologique du grec « diabolos », où « dia » renvoie à la division, à la séparation, à la multiplicité ; toutes déterminations qui signalent les méfaits de la Prostituée de Babylone. C'est à l'aspect féminin de Satan que revient l'expansion arbitraire de l'usage de la chaise. Et n'oublions
pas ce que nous avons dit plus haut sur la révolte luciférienne… Le fait que tout le monde de nos jours s'assoit sur des chaises montre bien que la modernité a clairement usurpé l'autorité spirituelle pour, vainement, s'auto-proclamer détentrice de la vérité et seule garante légitime du pouvoir. Elle a donné à tout un chacun un simulacre de pouvoir, dans le cadre de ce que l'on nomme aujourd'hui « démocratie », et a pourvu également tout un chacun d'une chaise ; ce qui se correspond parfaitement, puisqu'on a vu qu'il s'agit là d'un symbole lié à la maîtrise et à l'autorité.

Ainsi, aussi étrange que cela puisse paraître aux modernes, le simple fait que tout le monde ait une chaise en sa possession montre bien le désordre de notre époque, car il n'y a d'ordre que là où il y n'y a qu'un seul Maître. La dégradation du Trône en chaise reflète le fait que le pouvoir dont on parle ne peut être qu'un pâle reflet, bien insignifiant, ainsi qu'on le voit dans la vie politique de nos sociétés, de l'autorité spirituelle et royale du Trône. De plus, la multiplicité des chaises renvoie au manque d'unité et au désordre que nous subissons, et donc, nécessairement, à la négation illusoire de l'Unicité Divine. Ceux qui ont certaines connaissances sur la nature du Principe féminin, conçu surtout sous son aspect de Volonté productrice que les Hindous appellent Shakti, et que les musulmans désignent par le nom de Sakîna, verront que la chaise lui est étroitement liée.

S'asseoir par terre, refuser d'avoir des chaises ou des canapés, contre l'uniformisation forcée de la société moderne ; ce peut être là un moyen d'affirmer la tradition, sans pour autant tomber d'un côté dans le pharisaïsme et le fétichisme de l'extérieur, ou, d'un autre côté, dans l'exotisme gratuit et superficiel ; deux écueils qui sont propres à la modernité en réalité. Les thèmes dont nous traitons ici parlent de choses relativement importantes, que nous nous permettons de signaler surtout par réaction contre une tendance « mysticisante » de la spiritualité, ou, pour utiliser un terme un peu barbare forgé par Schuon, une tendance «réalisationniste », mot qui, malgré sa laideur, a l'avantage d'être beaucoup plus adéquat à l'idée que nous voulons exprimer ; comme si la spiritualité n'avait rien à faire avec l'extérieur. Mais ce sont là des choses tellement évidentes qu'il n'y aurait nullement besoin d'en parler dans des sociétés qui auraient gardé un tant soit peu un lien avec l'esprit de la Tradition.

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