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13 août 2007

Cheikh Abd al-Halim Mahmoud, Cheikh Abdel Wahid Yahia (fragment)





Ma thèse de doctorat soutenue, je quittais Paris pour rentrer en Egypte. Dès mon arrivée au Caire, je n’eus rien de plus pressé que de me rendre dans la banlieue de Dokki à la recherche de Cheikh Abd al-Wahid Yahia. A la rue Nawal, je frappai à la porte de la villa Fatima […] et demanda à la bonne de prier le Cheikh de me recevoir. Quelques instants après, la bonne apparut de nouveau portant un banc en bois d’aspect bien modeste et me pria de m’y asseoir et d’attendre un moment.

J’attendis à la porte, presque dans la rue. Les minutes passèrent et je commençais à trouver l’attente longue. La bonne faisait des apparitions dans l’entrée, et dès que je la voyais, je me levais de mon siège, croyant qu’elle venait m’introduire auprès de son maître. Quelque temps après, elle vint me demander de retourner le lendemain à onze heures du matin. Je quittais la maison, non sans un sentiment de surprise et de honte, mais avec l’attention bien arrêtée de voir ce Cheikh qui faisait attendre ses visiteurs dans la rue et qui les congédiait en leur demandant de retourner le lendemain.

Je fus le jour suivant exact au rendez-vous, mais pas plus heureux que la fois précédente. Le Cheikh me fit prier par sa bonne de lui écrire ce que j’avais à lui demander ; il me répondrait aux questions que je lui poserais. Je me retirais après l’échec de cette seconde tentative. Je ne lui écrivis pas. Les réponses qu’il pouvait faire aux questions que je lui aurais posées ne m’intéressaient pas autant que sa rencontre. […]

Nous prîmes un jour la résolution, M. Madero, le ministre de l’Argentine au Caire, et moi, de forcer le barrage que le Cheikh Abd al-Wahid avait élevé entre lui et le monde. Je me souviendrais toujours de ce jour où nous étions allés frapper à la porte de la villa Fatima. Un vieillard, haut de taille, le visage illuminé, l’allure imposante, les yeux brillants, nous ouvrit. Après l’échange traditionnel de salut, il nous demanda l’objet de notre visite. Le ministre lui transmit les salutations d’un ami. A peine le vieil homme eut-il entendu le nom de ce dernier, qu’il nous invita à entrer chez lui. Il garda durant notre visite le silence, et sans la diplomatie du ministre, nous nous serions trouvés dans une situation bien embarrassante. M. Madero rompit en effet le silence en rendant un vif hommage aux opinions du Cheikh Abd al-Wahid. Mais celui-ci ne se départit pas pour autant de son mutisme. Avant de nous retirer, nous lui demandâmes s’il nous permettait de lui rendre une autre visite, ce qu’il accepta fort aimablement. […]

Nos visites au Cheikh se suivirent par la suite. Il nous parla longuement et tint surtout à nous signaler que seuls les importuns qui ont du temps à perdre dans les propos personnels et futiles, croient qu’il se confine dans la solitude. Nous fûmes flattés de l’entendre dire qu’ayant perçu chez nous le désir sincère de comprendre, nous pouvions venir le voir à n’importe quel moment.

Par la suite, nous parvînmes à le sortir de son gîte et à l’accompagner à la mosquée du Sultan Abul-Ala où nous organisions des cérémonies pour la récitation du nom d’Allah. On le voyait, au cours de ces réunions, murmurer d’abord des mots inintelligibles et pris de légères secousses. Puis les mots qu’il prononçait devenait plus nets et les secousses plus fortes, pour faire place ensuite à un profond recueillement . Quand il m’arrivait de lui rappeler que l’heure du départ était venue, il se réveillait en sursaut comme s’il revenait de régions bien lointaines.

Le temps passa. Le ministre quitta l’Egypte et le Cheikh mourut, me laissant les plus beaux souvenirs.


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03 juillet 2005

'Abd Al-Halîm Mahmoud, La méthodologie soufie est une méthodologie islamique, (excerpt)





Traduit de l’arabe de ''Al-'Arif billâh, Abû Al-'Abbâs Al-Mursî '' (Le gnostique, Abû Al-`Abbâs Al-Mursî) de l’Imâm 'Abd Al-Halîm Mahmoud, aux éditions Dâr Ash-Sha'b, Le Caire, Egypte, 1972.

Il s’agit donc d’une méthodologie islamique authentique et irréprochable. C’est aussi une méthodologie philosophique, malgré l’opposition des philosophes cartésiens, reconnue par de nombreux philosophes d’Occident et d’Orient, anciens et modernes. C’est en outre une méthodologie qui a été expérimentée et qui a porté ses fruits. L’Imâm Al-Ghazâlî l’a essayée avec succès. D’autres encore l’ont expérimentée également avec succès.

L’Imâm Al-Ghazâlî en dit : « Il s’est dévoilé à moi lors de mes retraites solitaires des choses innombrables. J’en cite quelques éléments afin qu’ils profitent aux autres. J’ai su avec certitude que les Soufis sont en particulier les itinérants sur le Chemin vers Dieu, leurs historiques [siyar] sont les meilleurs de tous les historiques, leur voie est la plus juste de toutes les voies, leurs manières sont les plus nobles des manières. Je dirai même que si l’on réunit la raison de toutes les personnes sensées, la sagesse des sages, la science des connaisseurs des secrets de la législation divine parmi les savants, pour changer quelque chose de leurs vies et leur éthique en la remplaçant par ce qui est meilleur, cela serait impossible, car tous leurs mouvements et leurs repos, tant dans leur apparence que dans leur for intérieur, sont puisés dans la lumière de la lanterne Prophétique. Et il n’y a de lumière sur terre pour s’éclairer après la lumière Prophétique. En somme, que diraient les orateurs au sujet d’une voie dont la pureté - qui est sa condition première - n’est autre que la purification entière du cœur de tout ce qui est autre que Dieu Exalté soit Il, dont la clef - qui est un pilier indispensable - n’est autre que l’absorption du cœur entièrement par la commémoration de Dieu, et dont la fin est l’annihilation totale (al-fanâ’ bi’l-kulliyyah) en Dieu ? [...]

Dans une conférence donnée à l’université de Paris, le sage français, René Guenon, s’est exprimé sur cette méthodologie et a parlé avec ironie de ceux qui en doutent et qui, par leur attitude, incarnent la lamentable paresse : « Peut-on dépasser la nature pour atteindre ce qu’il y a au-delà ? Nous n’hésitons pas à leur répondre, de la plus claire façon, disant que cela est non seulement possible, mais que cela existe et est réel. Ils diront : c’est une affaire qui manque d’arguments. Mais quel argument l’homme peut-il avancer pour prouver l’existence et la réalité de ce fait ? Il est sans doute très étrange de demander une preuve de l’existence d’un type de connaissance plutôt que d’essayer de l’atteindre par son expérience personnelle, en empruntant le chemin qu’elle exige. La personne qui atteint cette connaissance ne se soucie guère, ni de loin ni de près, des polémiques et débats qui se tissent autour d’elle. Il est clair que substituer la « théorie de la connaissance » à la « connaissance » elle-même constitue un aveu manifeste de l’incapacité de la philosophie moderne ».


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