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28 janvier 2006

Bibliographie Jean-Pierre Schnetzler

Né le 9 août 1929.
I. Activités professionnelles.
Psychiatre des hôpitaux. Chargé de cours à l’Université de Grenoble. Membre didacticien de la société française de psychologie analytique (Jung). Retraité en 1989.

II. Activité Traditionnelles
Bouddhiste. Fondateur du “Centre d’études bouddhiques” de Grenoble, des “Cahiers du Bouddhisme” devenus “Dharma”, de deux centres de filiation tibétaine Kagyupa: “Karma Migyur Ling”, Montchardon, 38160 Izeron et “Karma Ling” Saint Hugon, 73110 Arvillard. Depuis sa retraite se consacre à la pratique et à l’enseignement de la méditation.

Publications
Outre de nombreuses contributions dans le domaine psychiatrique, a publié:
La méditation bouddhique. Bases théoriques et techniques, Dervy-Livres, Paris, 1979, 2ème édition, 1988;

Une trentaine de travaux sur des sujets Traditionnels et sur le Bouddhisme (Cahiers de Bouddhisme, Dharma, Vers la Tradition etc.) et lors de colloques. Certains ont été recueillis dans des publications collectives des éditions Prajna, St. Hugon, 73110 Arvillard.
Méditation Bouddhique et méditation chrétienne, 1983.
Bouddhisme et psychologie moderne, 1983.
Parole et silence, 1984.
Préparation à la mort, 1985.
Yoga, méditation et Bouddhisme, 1986.
L’Unité transcendante des Traditions, 1986.
Dharma et pensée contemporaine, 1922 etc.

Citons enfin quelques articles publiés dans d’autres revues:
Le Bouddha comme thérapeute. Questions de, no 64, 1986.
Un nouveau syndrome: les allégations de souvenirs de vies antérieures (ASVA). Question de, no 71, 1987.
René Guénon et le Bouddhisme, in René Guénon, Editions de l’Herne, 1985.


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21 octobre 2005

Jean-Pierre Schnetzler, René Guénon et la redécouverte de l’Orient, (note de lectura)

Publié dans René Guénon (1886-1951). Colloque du Centenaire, Le Cercle de Lumière, 1993.
Dans son œuvre de rénovation de la Tradition, René Guénon a utilisé surtout le langage de la métaphysique orientale, Hindoue principalement.
Il existe un Orient géographique, mais aussi un Orient qui est symbole de l’origine de la Lumière incréée.

L’unité transcendante
« Le point central de l’œuvre de René Guénon nous semble être l’exposé de ce qu’est la Tradition dans sa dimension cruciforme, inséparablement verticale et trancendante, aussi bien qu’horizontale et temporellement transmise. » (p. 64)
Le concile Vatican II a formulé l’acceptation des autres religions dans leur dignité propre. Auparavant, Sa Sainteté Jean-Paul II a formulé en juin 1986 une encyclique, “Dominum et vivificantem”, sur le rôle inspirateur et unificateur du Saint Esprit, qui peut dépasser les limites étroites de la chrétienté romaine pour concerner “tout homme”.
« Sur un plan plus intérieur l’œuvre de René Guénon a inspiré des relectures du patrimoine métaphysique de l’Occident chrétien et mené à l’évidence de sa parfaite compatibilité avec la métaphysique hindoue. Au-delà des aventures spirituelles de l’abbé Monchanin et de Dom le Saux, c’est à l’œuvre rigoureuse d’un anonyme moine d’Occident, que nous faisons référence et à celle de l’abbé Stéphane. » (p. 64)

Autorité spirituelle et pouvoir temporel
« […] nous dirons seulement que grâce à l’étude des sociétés traditionnelles orientales, sachant aujourd’hui comment seul l’Esprit structure et irrigue une telle société, nous sommes parfaitement lucides et sereins, rien ne peut plus ni nous séduire, ni nous effrayer. Aucune société, aucun gouvernement, aucune doctrine, à l’heure actuelle, tous irrémédiablement, quoique à des degrés divers, profanes et contaminés par le règne de la quantité, ne présentent des caractéristiques de validité Traditionnelle. » (p. 65)

Le rôle de l’hindouisme
Le Hatha-Yoga a débarqué en France est s’est installé dans le moindre chef-lieu de canton. Ultérieurement a eu lieu une prise de conscience progressive de l’amputation réalisée et de cette alchimie inversée, qui transforme l’or pur de la pratique intégrée en plomb. Une solution envisagée semble être la greffe des techniques du Hatha-Yoga sur un porte-gresse Traditionnel présent en Occident, soit le christianisme, soit le bouddhisme, l’hindouisme n’étant guère exportable.
Il faut noter l’impressionnante masse des traductions de textes sacrés classiques hindous, notamment: Ramakrishna, Ramana Maharshi, Ma Ananda Moyi, Swâmi Ramdas, Nisargada Maharaj, pour ne citer que les plus connus. Dans une position moins rigoureusement orthodoxe il faut citer Sri Aurobindo.
« On sait que l’Hidouisme traditionnel ne doit pas se pratiquer hors de la terre indienne, d’une famille hindoue, des rituels et des transmissions initiatiques. Il n’est donc pas exportable en France. On peut certes constater que de rares Occidentaux ont pu s’intégrer à l’Hindouisme, dans une famille hindoue, ou comme sannyasin échappant au système des castes. Mais tous les Français intéressés par l’Hindouisme ne peuvent devenir moines errants. Cela limite considérablement l’impact pratique sans cependant rien enlever à l’incomparable valeur pédagogique, des exposés métaphysiques des enseignements ou de l’exemple des maîtres cités plus haut. Simplement ceux-ci devront être intégrés aux modes traditionnels spécifiques praticables en Occident. » (p. 67)

Le rôle du Bouddhisme
« Revenons maintenant à la signification de cette implantation du Bouddhisme (et de l’Islam) en terre Chrétienne. Il s’agit avec évidence d’un signe de la fin des temps, le prélude de la fin d’un monde, fin du Kali-Yuga ou âge de fer, et préparation d’un nouveau Satya-Yuga ou âge d’or. Le Bouddhisme, comme le Christianisme, est une religion universelle, dégagée de tout lien avec un système social particulier et l’on sait que parmi les signes prophétisés figure la prédication de l’Evantile à toutes les nations […]. » (p. 68)
La diaspora tibétaine, arrachée de son sol, libérée par les assassins chinois des barrières qui l’avaient protégée de la corruption moderne, a démontré un dynamisme extraordinaire dans son implantation en Occident.
Padma Sambhava, l’introducteur du Bouddhisme au Tibet au VIIIe siècle, avait prophétisé: “Lorsque s’envolera l’oiseau de fer et que les chevaux galoperont sur les roues, les Tibétains seront éparpillés au travers le monde comme des fourmis et le Dharma parviendra jusqu’au pays de l’homme rouge”. Le rouge est la couleur attribuée à l’Ouest.
Quelques aspects du Dharma bouddhique particulièrement précieux pour l’Occident:
- le caractère universellement adaptable d’un enseignement qui se réduit à l’essentiel pour la Libération et s’adresse à tout être humain, donc doué de la nature de Bouddha;
- la subtilité des analyses psychologiques, philosophiques et métaphysiques qui retiennent l’attention des scientifiques par leur accord fondamental avec maints développements contemporains;
- la démarche expérimentale du Bouddhisme qui s’accorde avec notre culture;
- la variété des méthodes de réalisation élaborées au fil des millénaires et préservées par des maîtres vivants capables de les enseigner.
« Devant nos yeux se dissolvent les institutions Traditionnelles, les sectes pullulent sur le fumier de l’incroyance, la confusion mentale prolifère grâce aux medias, les techniciens programment l’Apocalypse et les Français battent le record européen de consommation de tranquillisants. Parallèlement un désenchantement lucide s’accroît, les besoins spirituels osent s’exprimer, les vocations contemplatives s’affirment et l’on refuse du monde dans les centres de retraite de trois ans où se forment, durement, les lamas Occidentaux. Quant aux stages, où s’enseignent aux laïcs les méthodes contemplatives destinées à transformer la vie quotidienne, ils ne suffisent pas aux besoins.
Devant le poids du matérialisme subsistant et les prestiges des pseudo-spiritualités, la seule chose nécessaire est de se transformer et de trouver en soi-même la retraite invulnérable. L’action droite et la transformation du monde sont alors les conséquences naturelles et spontanées. Ainsi que René Guénon nous l’a rappelé, la pratique exotérique conjointe aux moyens de réalisation initiatiques s’impose à tous. La compassion et la sagesse du Bouddha mettent l’un et l’autre à la portée de l’Occidental moyen qui souffrait d’une grande pénurie à cet égard. Hindouisme et Bouddhisme nous ramènent à notre Orient intérieur d’où jaillit toujours la Claire Lumière fondamentale. Puissions-nous écarter les voiles qui la dissimulent. Et pour nous rappeler le moyen de grâce le mieux approprié pour ce travail, lors des “derniers temps”, qui est la récitation intérieure d’un mantra comme l’enseignent Hindouisme et Bouddhisme, concluons en parallèle par ce qu’écrivent le prophète Joël (2, 31-32) et les Actes des Apôtres (2, 21), alors… “quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé”. » (p. 70)
Zen est un mot japonais, qui est la transcription phonétique du mot chinois tchan, lui-même la transcription phonétique du mot sanskrit dhyâna, qui signifie méditation et contemplation. Il désigne l’une des écoles traditionnelles du Grand Véhicule, dont la caractéristique est qu’elle met essentiellement l’accent sur la pratique contemplative. On l’a donc appelée l’école de la contemplation, c’est le nom qu’elle a gardé en Chine et il lui est resté au Japon.
Pendant le changement d’une forme traditionnelle avec une autre: « Ceci n’élimine pas les difficultés d’ordre psychologique individuel, qui subsistent pendant un certain temps et concernent ce qu’on peut appeler le vêtement culturel d’une Tradition. Il est évident qu’il y a un travail d’adaptation et de familiarisation à faire. Comme dans tout changement, celui-ci s’effectue dans l’ombre et l’insécurité, mais à la lumière des principes éternels de la Tradition, ce qui fournit quand même une certaine lampe pour cheminer lorsqu’au début c’est difficile. » (p. 72)
Sur la réincarnation: « Il faut rappeler à cet égard que si la réincarnation, au sens étroit des spirites, a été vigoureusement et justement critiquée par René Guénon dans “L’erreur spirite”, celui-ci n’a jamais condamné la théorie Traditionnelle de la transmigration, où la seule chose qui transmigre, comme nous le rappelle Coomaraswamy, c’est l’Atman. Les éléments psychiques transmigrants ne sont que des agrégats mentaux impermanents qui doivent être considérés comme tels, c’est-à-dire abandonnés. » (p. 73)


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04 octobre 2005

J. P. Schnetzler, La notion de tradition chez René Guénon, (note de lectura)

Publié dans René Guénon (1886-1951). Colloque du Centenaire, Le Cercle de Lumière, 1993.
Sur l’œuvre de René Guénon, R. Kanters disait qu’elle a été “une des plus grandes influences au second degré de notre époque”.
Sylvain Lévi, réfusant la thèse de doctorat de R. Guénon (qui devait devenir l’Introduction générale à l’étude des doctrines Hindoues) s’appuie dur la notion guénonienne de Tradition pour la rejeter, en écrivant de l’auteur: “il est tout prêt à croire à une transmission mystique d’une vérité première apparue au génie humain dès les premiers âges du monde”, et René Guénon ne fut jamais docteur ès lettres.
Si la tradition est, au sens étymologique, du latin tradere, ce qui est transmis, le terme a pris, bien entendu, dans l’usage courant, une teinte péjorative d’information légendaire ou de façon de faire routinière, à la mesure de l’esprit anti-traditionnel, qui caractérise l’essence même de notre société.
« La Tradition (= Corpus de Mythes, Rites et Symboles) est un corps de vérités principielles qui rattachent “toute chose humaine à la Vérité Divine” (F. Schuon, L’œuvre de René Guénon, Etudes Traditionnelles, 256-261, 1951) et dont l’origine transcendante “échappe à toute investigation historique” (J. Thamar, Comment situer l’œuvre de René Guénon, Etudes Traditionnelles, 282-288, 1951) parce qu’elle est “aussi ancienne que le genre humain” (Joseph de Maistre, cité in J. Thamar, Comment situer l’œuvre de René Guénon, Etudes Traditionnelles, 282-288, 1951) si l’on considère la succession temporelle, et parce qu’elle reconduit l’homme à sa source intemporelle, à tout instant. » (p. 38)
La Tradition n’est pas coutume. La Tradition suppose la transmission consciente d’un élément sacré, et non pas l’adoration des écorces et le maintien des superstitions, pas plus que le respect des erreurs coutumières, fussent-elles sanctionnées par la majorité.
« Les catégories de la pensée politique, fruit éminent du modernisme, sont totalement incapables d’appréhender l’esprit Traditionnel. » (p. 39)
Sur le symbolisme: « Il faut saisir en effet que le langage symbolique possède cette propriété unique d’exprimer des données intellectuelles complexes et d’animer tout à la fois des éléments affectifs et instinctuels liés à l’objet symbolique. Il peut ainsi mouvoir l’esprit, l’affectivité et le corps, ce que la pure formulation abstraite est bien incapable de faire. Langage naturel unifié et unifiant, il peut transformer celui qui l’utilise, car seul il plonge dans les profondeurs de l’être en même temps qu’il s’élève vers les hauteurs. » (p. 40)
L’autorité spirituelle constitue le seul fondement légitime du pouvoir temporel, en dehors de laquelle le pouvoir ne peut que dégénérer dans les illusions de la puissance et mener aux convulsions du chaos, ainsi que nous le voyons clairement aujourd’hui.
« On peut remarquer en passant que métro-boulot-dodo-porno constitue la profanation du pèlerinage, du travail sacré, du repos contemplatif et de l’amour. A la désacralisation quasi intégrale ne peut répondre que l’exigence d’une sacralité intégrale qui caractérisera précisément la Jérusalem céleste, à la fin du présent cycle. » (p. 41)
La dévise des Templiers provient du Psaume 115: “Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo de gloriam.” (Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire.)
Les modalités technique du retour aux originers à travers l’epaisseur, le poids et les mirages des phénomènes grossiers et subtils, constituent un ensemble très varié d’itinéraires, balisés par des organisations Traditionnelles.
L’initiation est simplement le commencement, l’entrée rituelle sur la longue route qui mène, en s’appuyant sur un corpus doctrinal, rituel, symbolique et de techniques de réalisation, à la reconquête consciente des états supérieurs de l’être. Cette reconquête culmine en ce que l’ésotérisme islamique appelle l’Identité Suprême, l’hindouisme – l’identité Atman-Brahman, le bouddhisme – le Nirvâna, et le taoisme – le Tao.
Puisqu’aucune maison n’est censée se construire sans fondations, la pratique d’une voie initiatique suppose celle préalable de l’exotérisme correspondant.
« Aussi déplaisant que cela puisse paraître aux adeptes des rattachements idéaux, des reconstitutions livresques ou de la liberté individuelle débridée, la voie de la Sagesse, qui est celle de la mort de l’égo, passe par la discipline, l’humilité, la piété et l’acceptation de la condition commune. Ensuite, peut-être, sera-t-il possible d’aller au delà. » (p. 44)


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