29 juillet 2005

René Guénon, L’Erreur spirite, (note de lectura)

Paru chez Editions Traditionnelles, 1984.

Avant-Propos
Les spirites ont été, dès l’origine, divisés en plusieurs écoles, qui se sont encore multipliées par la suite, et qu’ils ont toujours constitué d’innombrables groupements indépendants et parfois rivaux les uns des autres. Mais beaucoup de gens font du spiritisme isolement, sans aucun rattachement à une organisation spirite quelconque.
“[…] si le spiritisme était uniquement théorique, il serait beaucoup moins dangereux qu’il ne l’est et n’exercerait pas le même atrait sur bien des gens; et nous insisterons d’autant plus sur ce danger qu’il constitue le plus pressant des motifs qui nous ont déterminé à écrire ce livre.” (p. 3)
Les nouvelles théories concernant le sacré sont désigné par René Guénon selon le nom de «néo-spiritualisme», ou «contre-vérités», ou «pseudo-religion».
Le spiritisme, bien qu’il affiche souvent des prétentions scientifiques en raison du côté expérimental dans lequel il trouve la base et la source de sa doctrine, n’est au fond qu’une déviation de l’esprit religieux, conforme à cette mentalite «scientiste» qui est celle de beaucoup des contemporains.

Première partie. Distinctions et précisions nécessaires
Chapitre premier. Définition du spiritisme
“[…] le spiritisme consiste essentiellement à admettre la possibilité de communiquer avec les morts; c’est là ce qui le constitue proprement, ce sur quoi toutes les écoles spirites sont nécessairement d’accord, quelles que soient leurs divergences théoriques sur d’autres points plus ou moins importants, qu’elles regardent toujours comme secondaires par rapport à celui-là.” (p. 7)
Le postulat fondamental du spiritisme est que la communication avec les morts est non seulement une possibilité, mais un fait. Cette communication s’effectue, selon les spiritistes, par des moyens matériels (à la différence d’autres conceptions qui considèrent que cette communication est mentale, intuitive).
Une idée proprement spirite est que les «esprits» agissent sur la matière, en produisant des phénomènes physiques, comme des déplacements d’objets, des coups frappés ou d’autres bruits. Cette action s’exercerait par l’intermédiaire d’un être humain vivant, nommé «médium».
“Les «esprits», en dépit de l’appellation qu’on leur donne, ne sont pas regardés comme des êtres purement immatériels; on prétend au contraire qu’ils sont revêtus d’une sorte d’enveloppe qui, tout en étant trop subtile pour être normalement perçue par les sens, n’en est pas moins un organisme matériel, un véritable corps, et que l’on désigne sous le nom plutôt barbare de «périsprit».” (p. 9)
Les Occidentaux modernes considèrent l’homme sous une forme aussi simplifiée aussi réduite que possible: le corps et l’âme ou l’esprit. Cette théorie dualiste n’est implantée que depuis Descartes. Les dernières théories, matérialistes, envisangent l’homme selon un seul composé: le corps.
Les conceptions occidentales anciennes envisageaient trois éléments, en distinguant l’âme et l’esprit. L’âme est le plus souvent l’élément moyen, auquel correspond ce que les modernes ont nommé l’«élément vital». L’esprit seul est permanent, impérissable, l’être véritable.
Les néo-spiritualistes ont voulu refaire l’unité ternaire en introduisant un élément moyen dans le «corps astral», qui ressemble singulièrement au «périsprit» des spirites.
La conception spirite est ternaire: l’esprit, le «périsprit» et le corps. Si la théorie spirite est fort inexacte en ce qui concerne la constitution de l’homme pendant la vie, elle est entièrement fausse lorsqu’il s’agit de l’état de ce même homme après la mort. “[…] d’après le spiritisme, il n’y aurait rien de changé par la mort, si ce n’est que le corps a disparu, ou plutôt a été séparé des deux autres éléments, qui restent unis l’un à l’autre comme précédemment; en d’autres termes, le mort ne différerait du vivant qu’en ce qu’il aurait un élément de moins, le corps.” (p. 12)
Les spirites insistent tellement sur le rôle du médium qu’ils en font un des points fondamentaux de leur doctrine.
Selon les spirites, dans la communiquation avec les morts sont contactés les «esprits», identiques avec les hommes qui ont vécu antérieurement sur terre.

Chapitre II. Les origines du spiritisme
Le spiritisme date de 1848. “[…] il importe de remarquer cette date, parce que diverses particulairtés des théories spirites reflètent la mentalité spéciale de leur époque d’origine, et parce que c’est dans les périodes troublées, comme le fut celle-là, que les choses de ce genre, grâce au déséquilibre des esprits, naissent et se développent de préférence.” (p. 17)
Lieu de naissance: Amériqu, plus précisément à Hydesville, dans l’Etat de New York, dans la maison d’une famille Fox, d’origine allemande. Les phénomènes consistaient en bruits divers et déplacement d’objets (typiques pour les maisons «hantées»). La nouveauté c’est que pour la première fois quelqu’un a posé au frappeur mystérieux quelques questions auxquelles il répondit correctement. Un quaker nommé Isaac Post a eu l’idée de nommer les lettres de l’alphabet par des lettres, en invitant l’«esprit» de désigner par un coup celles qui composaient les mots qu’il voulait faire entendre. Le modern spiritualism, comme l’on l’appela tout d’abord, était fondé. Plus tard, dans les pays anglo-saxons on a employé le terme spiritualism, et en France spiritisme.
Il existe une certaine filiation du spiritisme avec Benjamin Franklin, ce “«moraliste» de la plus incroyable platitude” (p. 19). Le spiritisme se fait conservateur d’une idée du XVIIIe siècle, celle des «fluides».
La famille Fox a été chasée de l’Eglise épiscopale méthodiste à laquelle elle appartenait et s’est établie à Rochester. Là-bas les Fox ont été reçu avec beaucoup d’hostilité et même une émeute s’est déclenchée contre eux. Ils ont été sauvé par un autre Quaker, nommé Georges Willet. Selon René Guénon il existe certaines affinités entre cette secte et le spiritisme. “En tout cas, on conçoit que l’existence d’une secte comme celle des Quakers ait pu contribuer à faire accepter les premières manifestations «spiritualistes»; peut-être y eut-il aussi, au XVIIIe siècle, une relation analogue entre les exploits des convulsionaires jansénistes et le succès du «magnétisme animal».” (p. 20)
Le récit-moule de l’histoire du spiritisme est dû à Emma Hardinge-Britten, membre de la société secrète désignée par les initiales H. B. of L. (Hermetic Brotherhood of Luxor). Il a été publié en 1870.
H. B. of L., tout en étant nettement opposée aux théories du spiritisme, prétendait être à l’origine de ce mouvement. Selon cette société, les premiers phénomènes «spirites» ont été provoqués par des humains agissant à distance, par des moyens connus seulement de quelques initiés, membres du «cercle intérieur» de H. B. of L.
Il existe certaines ressemblances entre H. B. of L. et d’autres sociétés secrètes européeennes, comme par exemple «Fraternité d’Eulis», conduite au moins apparemment par Paschal Beverly Randolph, personnage énigmatique qui mourut en 1875.
Les «maisons hantées» ont été connues depuis longtemps, il y a des exemples au moyen âge tout comme en antiquité (dans une lettre de Pline le Jeune). Partout les mêmes phénomènes dans pareilles circonstances. Leur cause est invariablement une mort violente, et le corps de la victime demeuré caché, sans rite d’enterrement. Seulement après avoir retrouvé le corps et en accomplissant les rites on les fait cesser.
Un cas de sorcellerie particulièrement intéressant pour le problème du spiritisme a été décrit par Eudes de Mirville, en 1853, dans le volume Des esprits et de leurs manifestations fluidiques.
Les «maisons hantées» fonctionnent sans médium, et sont des places où un crime ou un accident se sont produit. Mais il est néanmoins possible que certains gens dirigent ces phénomènes, d’autant plus que des forces spéciales y existent.
“Du reste, nous ne croyons guère aux mouvements spontanés, que ce soit dans l’ordre politique, ou dans l’ordre religieux, ou dans ce domaine assez mal défini dont nous nous occupons présentement; il faut toujours une impulsion, encore que les gens qui deviennent ensuite les chefs apparents du mouvements puissent souvent en ignorer la provenance tout autant que les autres; mais il est bien difficile de dire exactement comment les choses se sont passées dans un cas de ce genre, car il est évident que ce côté des événements ne se trouve consigné dans aucun procès-verbal, et c’est pourquoi les historiens qui veulent à toute force ne s’appuyer que sur les seuls documents écrits n’en tiennent aucun compte et préfèrent le nier purement et simplement, alors que c’est peut-être ce qu’il y a de plus essentiel. Ces dernières réflexions ont, dans notre pensée, une portée très générale; nous les bornerons là pour ne pas nous lancer dans une trop longue digression, et nous reviendrons sans plus tarder à ce qui concerne spécialement l’origine du spiritisme.” (p. 26)
A Dibbelsdorf, en Saxe, en 1762, un spectre «frappeur» répondit exactement de la même manière aux questions que l’on lui posait.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, quelques branches de la Maçonnerie allemande s’occupèrent d’évocations. Le plus connu pour ça est Schrœpfer, qui se suicida en 1774. Il ne s’agissait pas de spiritisme, mais de magie. “mais il n’en est pas moins vrai que des pratiques de ce genre, si elles avaient été vulgarisées, aurait pu déterminer un mouvement tel que le spiritisme, par suite des idées fausses que le grand public se serait fait inévitablement à leur sujet.” (p. 28)
Sur les organisations qui se sont occupées des invocations à ce temps-là il existe un ouvrage anonyme intitulé Ghostland (traduit en français avec le titre Au pays des Esprits). Il est sûr que celle qui a édité l’ouvrage est Mme Hardinge-Britten.
Le but que se proposaient les inspirateurs du modern spiritualism était de lutter contre l’envahissement du matérialisme, qui atteignait à cette époque sa plus grande extension. Quand même, susciter le spiritisme pour combattre le matérialisme était combattre une erreur avec une autre erreur.
“Nous ne croyons pas, quant à nous, que le spiritisme soit moins pernicieux que le matérialisme, quoique ses dangers soient tout différents; mais d’autres peuvent juger les choses autrement, et estimer aussi que la coexistence de deux erreurs opposées, se limitant pour ainsi dire l’une l’autre, soit préférable à la libre expansion d’une seule de ces erreurs. Il se peut même que bien des courants d’idées, aussi divergents que possible, aient eu une origine analogue, et aient été destinés à servir à une sorte de jeu d’équilibre qui caractérise une politique très spéciale; en cet ordre de choses, on aurait le plus grand tort de s’en tenir aux apparences extérieures. Enfin, si une action publique de quelque étendue ne peut s’opérer qu’au détriment de la vérité, certains en prennent assez facilement leur parti, trop facilement peut-être; on connaît l’adage: vulgus vult decipi, que quelques-uns complètent ainsi: ergo decipiatur; et c’est là encore un trait, plus fréquent qu’on ne le croirait, de cette politique à laquelle nous faisons allusion.” (p. 29-30)

Chapitre III. Débuts du spiritisme en France
En 1850, le modern spiritualism était répandu aux Etats-Unis grâce à la propagande de la presse (et surtout des journalistes socialistes).
En 1852, à Cleveland, a lieu le premier congrès des «spiritualistes». Le mouvement gagne Angleterre, France, Allemagne.
En France fut introduite l’idée de «reincarnation», dont les spiritistes français furent une dogme, alors que les autres refusèrent presque tous de l’admettre.
Le fondateur du spiritisme français a été Hippolyte Rivail. Celui-ci a pris le nom d’Alain Kardec, nom celtique qui était censé avoir été le sien dans une existence antérieure. Ses ouvrages sont:
© Le Livre des Esprits;
© La Genèse, les miracles et les predictions selon le spiritisme;
© Le Ciel et l’Enfer ou la Justice divine selon le spiritisme;
© L’Evangile selon le spiritisme;
© Le Spiritisme à sa plus simple expression;
© Caractères de la révélation spirite;
etc.
Kardec n’a été jamais médium, mais magnétiseur (apparement il existe une contradiction).
Selon Dunglas Home, Kardec influençait des personnes plus impressionnables que lui, qui lui servaient de médiums pour écrire ses propres idées (qui passaient après comme inspirées par des «esprits supérieurs»).
Un autre spiritiste a été le dramaturge Eugène Nus. Son œuvre contient:
U Choses de l’autre monde;
U Les Grands Mystères;
U A la recherche des destinées.
Ultérieurement il s’est dirigé vers le théosophisme, comme Camille Flammarion.
Sur les ouvrages d’Alain Kardec, à forte nature collective: “Il est bon de rappeler, à cet égard, que toute œuvre collective reflète surtout la mentalité des éléments les plus inférieurs du groupe qui l’a produite; si étrange que cela paraisse, c’est pourtant une remarque qui est familière à tous ceux qui ont quelque peu étudié la «psychologie des foules» […]” (p. 36)
Beaucoup des «intellectuels» des spirites sont des littérateurs (Victor Hugo). “[…] chez les littérateurs le sentiment prédomine le plus souvent sur l’intelligence, et le spiritisme est surtout chose sentimentale.” (p. 37) Les savants qui s’y sont intéressés, vu leurs compétences très spécialisées, ont eu des opinions tout aussi valables que celles du premier venu.
Thèse de Guénon – les «communications» sont en harmonie avec les opinions du milieu.
Les premiers adhérents du spiritisme en France ont été les socialistes de 1848. Sur le spiritisme est notable l’influence certaine de Fourier et de Pierre Leroux. L’idée de «réincarnation» est liée à la conception «progressiste», «évolutionniste».

Chapitre IV. Caractère moderne du spiritisme
Ce ne sont pas les phénomènes qui constituent le caractère moderne et inédit du spiritisme, mais l’interprétation dont on use pour les expliquer. D’une façon tout à fait bizarre pour des gens qui croient dans le «progrès», les spirites prétendent que leur doctrine est tout aussi vieille que le monde. “Au fond, tous ces gens n’en sont pas à une contradiction près, et s’ils ne s’aperçoivent même pas de la contradiction, c’est parce que l’intelligence entre pour fort peu de chose dans leur conviction; c’est pourquoi leurs théories, étant surtout d’origine et d’essence sentimentales, ne méritent pas vraiment le nome de doctrine, et, s’ils y sont attachés, c’est presque uniquement parce qu’ils les trouvent «consolantes» et propres à satisfaire les aspirations d’une vague religiosité.” (p. 42)
La croyance au progrès montre déjà qu’il s’agit d’une chose purement moderne.
Le premier qui a formulé l’idée de réincarnation pour la première fois a été Lessing, membre de la Maçonnerie allemande. Cette idée grossière a trouvé et trouve encore une popularité formidable. Elle n’a rien en commun avec la «métempsychose» et la «transmigration», avec lesquelles est identifiée abusivement.
Le spiritisme ne peut pas être attaché au culte des morts, qui existe dans toutes les religions. Le culte des morts n’implique aucune communication effective. Le «culte des ancêtres» du confucianisme chinois, donné en exemple, ne suppose aucune pratique évocatoire quelconque.
Il existe en Chine des gens qui font usage d’instruments assez analogues aux «tables tournantes», mais ce sont des pratiques divinatoires qui sont du domaine de la magie et qui sont tout à fait étranges aux rites confucianistes.
La magie n’est pas le spiritisme, elle en diffère téoriquement du tout au tout. Le magicien joue, à la différence du médium, un rôle essentiellement actif, tandis que le médium, par définition, est un instrument purement passif.
Tertullien parle aussi de la divination qui se faisait «par le moyen des chèvres et des tables». Théocrite et Lucien parlent aussi de vases et de cribles qu’on faisait tourner.
Dans le livre de Paul Gibier, Le Spiritisme ou Fakirisme occidental, il existe des énormités en ce qui concerne l’Inde.
Un auteur complètement fantaisiste est Jacolliot. Ses ouvrages sont:
X Le Spiritisme dans le monde;
X La Bible dans l’Inde;
X Les Fils de Dieu;
X Christna et le Christ;
X Histoire des Vierges;
X La Genèse de l’Humanité.
“[…] dans l’Inde, lorsqu’il arrive que ce que les spirites appellent médiumnité se manifeste spontanément (nous disons spontanément parce que nul ne chercherait jamais à acquérir ou à développer cette faculté), on considère que c’est là une véritable calamité pour le médium et pour son entourage; les gens du peuple n’hésitent pas à attribuer au diable les phénomènes de cet ordre, et ceux même qui y mêlent les morts dans une certaine mesure n’envisangent que l’interventions des prêtas, c’est-à-dire d’éléments inférieurs qui demeurent attachés au cadavre, éléments rigoureusement identiques aux «mânes» des anciens Latins, et qui ne représentent aucunement l’esprit.” (p. 48-49)
Sur la médiumnité: “Partout, du reste, les médiums naturels ont toujours été regardés comme des «possédés» ou des «obsédés», suivant les cas, et on ne s’est occupé d’eux que pour s’efforcer de les délivrer et de les guérir; il n’y a que les spirites qui aient fait de cette infirmité un privilège, qui cherchent à l’entretenir et à la cultiver, voire même à la provoquer artificiellement, et qui entourent d’une incroyable vénération les malheureux qui en sont affligés, au lieu de les regarder comme un objet de pitié ou de répulsion. Il suffit de n’avoir aucun préjugé pour voir clairement le danger de cet étrange renversement des choses: le médium, quelle que soit la nature des influences qui s’exercent sur lui et par lui, doit être considéré comme un véritable malade, comme un être anormal et déséquilibré; dès lors que le spiritisme, bien loin de remédier à ce déséquilibre, tend de toutes ses forces à le propager, il doit être dénoncé comme dangereux pour la salubrité publique; et, d’ailleurs, ce n’est pas là son unique danger.” (p. 49)
Le mot fakir (ar.) signifie «pauvre» ou «mendiant», et il est attribué dans l’Inde à une catégorie d’individus fort peu considérés en général. Leurs pouvoirs, dont l’acquisition suppose un entraînement long et pénible, sont d’ordre inférieur. Il existe un discrédit général en Orient pour tout ce qui est du domaine de la magie.
Il n’existe rien chez les anciens, dans aucune civilisation, qui justifie la prétention des racines des spirites.
“Si la magie a toujours été traitée plus ou moins comme une «science occulte», réservée à un petit nombre, c’est en raison des graves dangers qu’elle présente; pourtant, sous ce rapport, il y a une différence entre celui qui, s’entourant de toutes les précautions nécessaires, provoque consciemment des phénomènes dont il a étudié les lois, et celui qui, ignorant tout de ces lois, se met à la merci de forces inconnues en attendant passivement ce qui va se produire; on voit par là tout l’avantage que le magicien a sur le spirite, médium ou simple assistant, même en admettant que toutes les autres conditions soient comparables.” (p. 53)
Si la magie connaît des règles très strictes, le spiritisme est de l’expérimentation sans la moindre idée des périls. Si la magie est dangereuse, le spiritisme l’est d’autant plus.
Le spiritisme prétend avoir des rapports avec la magie évocatoire, branche fort restreinte. De toutes les pratiques magiques, les pratiques évocatoires sont celles qui, chez les anciens, furent l’objet des interdictions les plus formelles.
Les anciens savaient très bien que ce n’est pas l’être réel et personnel qui puisse être évoqué, mais ces éléments inférieurs que l’être a en quelque sorte laissé derrière lui, dans le domaine de l’existence terrestre, à la suite de cette dissolution du composé humain que nous appelons la mort. Les Latins appelaient cela les «mânes», les Hébreux les nommaient «ob». Certains ont pris cela pour la désignation d’un esprit démoniaque.
Ob n’est pas, dans la conception hébraïque, l’âme rationnelle (neshamah), ni l’âme sensitive (ruahh), ni l’âme végétative (nephesh). La langue rabbinique appelle ob aussi comme habit de garmin (souffle des ossements), parce qu’il est lié au corps et non à l’esprit.
Ob ne ressemble aucunément au «périsprit» ou au «corps astral» des occultistes.
Toujours sur l’ob: “Du reste, ce n’est véritablement qu’une apparence sous tous les rapports; séparé de l’esprit, cet élément ne peut être conscient au vrai sens de ce mot; mais il possède néanmoins un semblant de conscience, image virtuelle, pour ainsi dire, de ce qu’était la conscience du vivant; et le magicien, revivifiant cette apparence en lui prêtant ce qui lui fait défaut, donne temporairement à sa conscience réflexe une consistance suffisante pour en obtenir des réponses lorsqu’il l’interroge, ainsi que cela a lieu notamment quand l’évocation est faite pour un but divinatoire, ce qui constitue proprement la «nécromancie».” (p. 56)
Les spirites, qui prétendent avoir hérité de la théorie de la lumière astrale de Paracelse témoignent d’une incompréhension par rapport à celle-ci, en dépit de leurs prétentions.
Le culte catholique des reliques ou encore le pèlerinage aux tombeaux des saints peut être expliqué si l’on admet que quelque chose qui n’est pas matériel demeure, d’une manière ou d’une autre, attaché au corps après la mort. Le culte des images se rapporte à l’idée que certains objets joue en quelque sorte un rôle de «condensateurs». Le pélérinage est expliquable si l’on admet que certains lieux jouissent de privilèges spéciaux, ils sont de véritables centres de force.
“[…] dans certaines écoles d’ésotérisme musulman, le «Maître» (Sheikh) qui fut leur fondateur, bien que mort depuis des siècles, est regardé comme toujours vivant et agissant par son «influence spirituelle» (barakah); mais cela ne fait intervenir à aucun degré sa personnalité réelle, qui est, non seulement au delà de ce monde, mais aussi au delà de tous les «paradis», c’est-à-dire des états supérieurs qui ne sont encore que transitoires. On voit assez combien nous sommes loin ici, non plus seulement du spiritisme, mais même de la magie; et, si nous en avons parlé, c’est surtout pour ne pas laisser incomplète l’indication des distinctions nécessaires; la différence qui sépare ce dernier ordre de choses de tous les autres est même la plus profonde de toutes.” (p. 59)
Rigoureusement, avant les temps modernes il ne fut rien semblable au spiritisme. La seule chose à laquelle on peut assimiler, jusqu’à un certain point, le spiritisme est la sorcellerie.

Chapitre V. Spiritisme et occultisme
Le terme d’occultisme a été employé pour la première fois par Alphonse-Louis Constant, connu aussi sous le pseudonyme d’Eliphas Lévi. Jusqu’alors il y avait des sciences occultes, dont la magie en était une, de même l’alchimie, l’astrologie etc. Eliphas Lévi a été le premier qui a essayé de les réunir dans une corps de doctrine unique.
Eliphas Lévi voulait combiner surtout la kabbale hébraïque, l’hermétisme et la magie. Il a influencé les ouvrage de Mme Blavatsky, la fondatrice de la Société Théosophique, l’écrivain maçonnique américain Albert Pike et les néo-rusicruciens anglais. Eliphas Lévi mourut en 1875, l’année même où fut fondée la Société Théosophique.
En 1887, Gérard Encausse, sous le nom de Papus, reprend la dénomination d’«occultisme». Une bonne partie de ses théories ne sont que l’œuvre d’une fantaisie individuelle.
Tout comme les théosophistes, les occultistes sont pleins de dédain pour les spirites, à cause de leur apparence superficielle d’intellectualité dont le spiritisme ne dispose pas.
Le rôle de Papus a été celui d’un vulgarisateur.
Il est certain que l’occultismem, pas plus que le théosophisme, n’a rien de commun avec un ésotérisme véritable, sérieux et profond.
En 1889 il y eut à Paris un «Congrès spirite et spiritualiste», qui a réuni toutes les écoles, pour apaiser les querelles.
“Nous avons déjà parlé, à propos du théosophisme, de ces gens qui adhèrent simultanément à des écoles dont les théories se contredisent, et qui ne s’en soucient guère, parce qu’ils sont avant tout des sentimentaux; nous ajouterons que, dans tous ces groupements, l’élément féminin prédomine, et que beaucoup de s’intéressèrent jamais, dans l’occultisme, qu’à l’étude des «arts divinatoires», ce qui donne la juste mesure de leurs capacités intellectuelles.” (p. 64)
Les occultistes font parties de certains écoles plus ou moins bien constituées, ce qui leur donne le prilège de parler d’une illusoire «initiation occultistes». Leurs groupements ne sont qu’une caricature des écoles vraiment initiatiques. Le spiritisme est «démocratique», ouvert à tout le monde.
“A ce propos, nous devons dire encore, pour qu’on ne se méprenne pas sur nos intentions, que ce que nous reprochons surtout à l’occultisme, c’est de n’être point ce pour quoi il se donne; et notre attitude, à cet égard, est très différente de celle de la plupart de ses autres adversaires, elle est même inverse en quelque sorte. En effet, les philosophes universitaires, par exemple, font grief à l’occultisme de vouloir dépasser les étroites limites dans lesquelles eux-mêmes renferment leurs conceptions, tandis que, pour nous, il a plutôt le tort de ne pas les dépasser effectivement, sauf sur quelques points particuliers où il n’a fait que s’approprier des conceptions antérieures, et sans toujours les comprendre très bien. Ainsi, pour les autres, l’occultisme va ou veut aller trop loin; pour nous, au contraire, il ne va pas assez loin, et de plus, volontairement ou non, il trompe ses adhérents sur le caractère et la qualité des connaissances qu’il leur fournit. Les autres se tiennent en deçà, nous nous plaçons au delà; et il en résulte cette conséquence: aux yeux des occultistes, philosophes universitaires et savants officiels sont de simples «profanes», tout aussi bien que les spirites, et ce n’est poas nous qui y contredirons; mais, à nos yeux, les occultistes également ne sont que des «profanes», et nul ne peut penser autrement parmi ceux qui savent ce que sont les vraies doctrines traditionnelles.” (p. 65-66)
Sur Eliphas Lévi: “Ce dernier, en effet, était formellement antispirite, et, en outre, il ne crut jamais à la réincarnation; s’il feignit parfois de se considérer lui-même comme Rabelais réincarné, ce ne fut de sa part qu’une simple polaisanterie; nous avons eu sur ce point le témoignage de quelqu’un qui l’a connu personnellement, et qui, étant d’ailleurs réincarnationniste, ne peut aucunement être suspecté de partialité en la circonstance.” (p. 66)
La théorie de la réincarnation est un des emprunts que l’occultisme et le théosophisme ont fait au spiritisme.
Le concept d’«état de trouble», dans lequel le mort serait après avoir finie sa vie, est partagé par les spirites et par les occultistes (Papus).
On peut observer chez les occultistes une préoccupation de donner à la théorie un aspect «scientifique». Il faut observer aussi que beaucoup d’occultistes ont été médecins. Dans les ouvrages de Papus une place énorme est occupée par les «théories psycho-physiologiques» (p. 69).
Tandis que les occultistes ont tourné leur attention vers les phénomènes, les véritables écoles initiatiques ont toujours traités celles-ci comme quelque chose de fort négligeable.
“Ce que nous y trouvons à redire, ce n’est pas que l’occultisme ait admis la réalité des phénomènes, que nous ne contestons point, ni même qu’il les ait étudiés spécialement, et nous reviendrons là-dessus à propos du «psychisme»; mais c’est qu’il ait accordé à cette étude une importance excessive, étant données les prétentions qu’il émettait dans un ordre plus intellectuel, et c’est surtout qu’il ait cru devoir admettre partiellement l’explication spirite, en cherchant seulement à diminuer le nombre des cas auxquels elle serait applicable.” (p. 69)
Sur l’opposition spiritisme vs. occultisme: “On peut comprendre maintenant pourquoi nous avons dit que, pour être spirite, il ne fallait pas seulement admettre la communication avec les morts dans des cas plus ou moins exceptionnels; en outre, les spirites ne veulent entendre parler à aucun pris des autres éléments que les occultistes font intervenir dans la production des phénomènes, et sur lesquels nous reviendrons, si ce n’est que quelques-uns d’entre eux, un peu moins bornés et moins fanatiques que les autres, acceptent qu’il y ait parfois une action inconsciente du médium et des assistants. Enfin, il y a dans l’occultisme une foule de théories auxquelles rien ne correspond dans le spiritisme; quelle qu’en soit la valeur réelle, elles témoignent tout au moins de préoccupations moins restreintes, et, en somme, les occultistes se sont quelque peu calomniés quand ils ont, avec plus ou moins de sincerité, affecté de traiter les deux écoles sur un pied d’égalité; il est vrai que, pour être supérieure au spiritisme, une doctrine n’a pas besoin d’être bien solide ni de faire preuve d’une bien grande élévation intellectuelle.” (p. 73)

Chapitre VI. Spiritisme et psychisme
René Guénon nie toutes les théories du spiritisme, mais pas l’existence des phénomènes que les spirites évoquent à l’appui de ces théories.
“Ce que nous avons voulu dire, c’est que nous n’entendons contester «à priori» la réalité d’aucun phénomène, dès lors que ce phénomène nous apparaît comme possible; et nous devons admettre la possibilité de tout ce qui n’est pas intrinsèquement absurde, c’est-à-dire de tout ce qui n’implique pas de contradiction; en d’autres termes, nous admettons en principe tout ce qui répond à la notion de la possibilité entendue en un sens qui est à la fois métaphysique, logique et mathématique.” (p. 75)
Guénon refuse de faire une analyse détaillée de chaque cas de spiritisme relaté dans la presse ou dans des ouvrages. Il considère que ce n’est pas une voie acceptable pour obtenir la vérité. “Nous comprenons fort bien que telle ne soit pas l’attitude du savant qui amasse des faits pour arriver à se faire une convinction, et qui ne compte que sur le résultat de ses observations pour édifier une théorie; mais notre point de vue est fort éloigné de celui-là, et d’ailleurs nous ne pensons pas que les faits seuls puissent vraiement servir de base à une théorie, car ils peuvent presque toujours être expliqués également par plusieurs théories différentes.” (p. 75-76) Très intéressante observation épistémologique.
Beaucoup de fraudes spirites ont été éclaircies par le médium Dunglas Home, dans le livre Les Lumières et les Ombres du Spiritualisme, pp. 186-235.
Même si d’innombrables cas de fraude se sont produit, il ne faut pas rejeter l’existence des phénomènes.
Sur l’idée de fraude: “[…] toute supercherie est toujours une imitation de la réalité; cette imitation peut sans doute être plus ou moins déformée, mais enfin on ne peut songer à simuler que ce qui existe, et ce serait faire trop grand honneur aux fraudeurs que de les croire capables de réaliser quelque chose d’entièrement nouveau, ce à quoi l’imagination humaine ne parvient d’ailleurs jamais.” (p. 77)
Beaucoup de médiums, ne parvenant pas aux résultats escomptés, ont simulé parfois les résultats d’une séance de spiritisme. Ils ne sont pas des saints (comme considérent les spiritistes), mais des malades. Les médiums, comme les hystériques, éprouvent un irrésistible besoin de mentir. Il sont à l’origine des fraudes semi-conscientes, et d’autres totalement inconscientes.
Les «psychistes» considèrent que l’étude des phénomènes peut être entreprise d’une façon indépendante des théories spirites. Ces phénomènes «psycho-physiologiques» [appelés de nos jours «parapsychologiques»] n’ont pas de liaison avec la psychologie courante. Il n’y a aucun motif pour lequel ces phénomènes seraient caractérisés de «transcendents».
La dénomination de «métapsychique» a été inventée par Charles Richet, et adoptée ensuite par Gustave Geley et quelques autres. Rien ne justifie une parallèle avec la métaphysique.
Les spirites ont la prétention de s’annexer des phénomènes qui n’ont aucune liaison avec leurs pratiques, comme par exempla la télépathie. Ils utilisent pendant leurs séances des pratiques qui se rapprochent beaucoup de l’hypnotisme et du magnétisme.
Dans le domaine du psychisme les forces qui agissent ne peuvent guère être soumises aux méthodes d’observation employées pour les autres forces.
“Ce qu’il importe de remarquer, c’est que la compétence d’un savant «spécialiste» est chose fort limitée; en dehors de son domaine habituel, il ne peut prétendre à une autorité plus grande que celle du premier venu, et, quelle que soit sa valeur, il n’aura d’autre avantage que celui que peut lui donner l’habitude d’une certaine précision dans l’observation; encore cet avantage ne compense-t-il qu’imparfaitement certaines déformations professionnelles.” (p. 82-83)
Encore, sur le même sujet: “[…] par un fâcheux effet de la spécialisation, rien n’est plus naïf et plus dépourvu de tout moyen de défense que certains savants dès qu’on les sort de leur sphère habituelle […]” (p. 83)
“Ensuite, à un point de vue plus théorique, ces mêmes savants sont portés à méconnaître les limites de l’expérimentation et à lui demander ce qu’elle ne peut donner; parce qu’ils s’y sont consacrés exclusivement, ils s’imaginent volontiers qu’elle est la source unique de toute connaissance possible; et, d’ailleurs, un spécialiste est plus mal placé que quiconque pour apprécier les limites au delà desquelles ses méthodes habituelles cessent d’être valables. Enfin, voici ce qu’il y a peut-être de plus grave: il est toujours extrêmement imprudent, nous l’avons dit, de mettre en jeu des forces dont on ignore tout; or, à cet égard, les psychistes les plus «scientifiques» n’ont pas de grands avantages sur les vulgaires spirites. Il y a des choses auxquelles on ne touche pas impunément, lorsqu’on n’a pas la direction doctrinale voulue pour être sûr de ne jamais s’égarer; nous ne le répéterons jamais assez, d’autant plus que, dans le domaine dont il s’agit, un tel égarement est un des effets les plus communs et les plus funestes des forces sur lesquelles on expérimente; le nombre des gens qui y perdent la raison ne le prouve que trop. Or la science ordinaire est absolument impuissante à donner la moindre direction doctrinale, et il n’est pas rare de voir des psychistes qui, sans aller jusqu’à déraisonner à proprement parler, s’égarent cependant d’une façon déplorable: nous comprenons dans ce cas tous ceux qui, après avoir débuté avec des intentions purement «scientifiques», ont fini par être «convertis» au spiritisme plus ou moins complètement, et plus ou moins ouvertement.” (p. 84)
Entre le spiritisme et la méthode scientifique moderne il existe un point commun: le «phénoménisme» (“nous désignons simplement par là cette sorte de superstition du phénomène qui fait le fond de l’esprit «scientiste»” – (p. 85).
A Lombroso, Eusapia Paladino fait voir le fantôme de sa mère. Sir Oliver Lodge reçoit des «communications» de son fils tué à la guerre.
Mme Curie et M. d’Arsonval se sont livrés longtemps aux expérimentations spirites.
Il existe chez les spirites une forte tendance anticatholique et antireligieuse. Charles Fauvety, un des premiers apôtres du spiritisme français, parlait de «religion laïque». Auguste Compte parlait d’une «religion de l’Humanité». “[…] c’est encore là une des formes que le déséquilibre intellectuel prend volontiers chez nos contemporains, et qui sont peut-être moins éloignées les unes des autres qu’elles ne le semblent; n’y a-t-il pas un «mysticisme scientiste», voire même un «mysticisme matérialiste», qui sont, tout aussi bien que les aberrations «néo-spiritualiste», d’évidentes déviations du sentiment religieux?” (p. 88)
William James, philosophe, vers la fin de sa vie s’est occupé de spiritisme. René Guénon l’a qualifié de «sataniste inconscient». Il a promis vers la fin de sa vie de faire tout ce qui lui était possible pour entrer en contact avec ses amis après sa mort, sans doute en intérêt “scientifique”.
Jugement en bloc: “[…] s’ils savaient ce que nous pensons de l’immense majorité des philosophes modernes, les admirateurs de ce qu’on est convenu d’appeler des «grands hommes» seraient sans doute épouvantés.” (p. 89)
L’inventeur Edison a prétendu récemment avoir découvert un moyen de communiquer avec les morts. Le silence s’est fait là-dessus.
Les savants les plus incontestables ne sont point à l’abri de la contagion spirite.
“Décidément, pour prémunir contre les pires absurdités, la philosophie ne vaut pas mieux que la science, puisqu’elle n’est pas même capable, nous ne disons pas de prouver (nous savons bien que ce serait trop lui demander), mais de faire comprendre ou seulement pressentir, si confusément que ce soit, que l’hypothèse spirite n’est qu’une impossibilité pure et simple.” (p. 90-91)

Chapitre VII. L’explication des phénomènes
“N’éprouvant aucun respect pour les préjugés de la science officielle, nous n’estimons point que nous ayons à nous excuser de l’apparente étrangeté de quelques-unes des considérations qui vont suivre; mais il est bon de prévenir ceux qui, en raison des habitudes acquises, pourraient les trouver par trop extraordinaires.” (p. 93-94)
Aucun phénomène, de quelque ordre qu’il soit, n’a en lui-même rien de transcendant.
La magie même, science expérimentale, n’a rien de transcendant, mais la théurgie peut être regardée comme tel. Mais dans le dernier des cas c’est bien la cause, et non pas le phénomène qu’elle produit, qui est d’ordre transcendant.
La théologie catholique sait qu’il y a des phénomènes, tout à fait semblables extérieurement, qui ont été constatés chez des saints et chez des sorciers. “[…] il est bien évident que c’est seulement dans le premier cas qu’on peut leur attribuer un caractère «miraculeux» et proprement «surnaturel»; dans le second cas, ils peuvent tout au plus être dits «préternaturels»; si pourtant les phénomènes sont les mêmes, c’est donc que la différence ne réside point dans leur nature, mais uniquement dans leur cause, et ce n’est que du «mode» et des «circonstances» que de tels phénomènes tirent leur caractère surnaturel.” (p. 94)
Il y a, selon Gibier, 4 types de théories qui veulent expliquer le spiritisme:
§ la théorie «de l’être collectif»: “un fluide spécial se dégage de la personne du médium, se combine avec le fluide des personnes présentes pour constituer un personnage nouveau, temporaire, indépendant dans une certaine mesure, et produisant les phénomènes connus”;
§ la théorie «démoniaque»: “tout est produit par le diable ou ses suppôts”, donc le spiritisme est une sorcellerie;
§ la théorie «gnomique»: “il existe une catégorie d’êtres, un monde immatériel, vivant à côté de nous et manifestant sa présence dans certaines conditions: ce sont ces êtres qu’on a connus de tout temps sous le nom de génies, fées, sylvains, lutins, gnômes, farfadets, etc.”;
§ la théorie spirite: “toutes ces manifestations sont dues aux esprits ou âmes des morts, qui se mettent en rapport avec les vivants, en manifestant leurs qualités ou leurs défauts, leur supériorité ou, au contraire, leur infériorité, tout comme s’ils vivaient encore”.
Les trois premières théories contiennent une partie de la vérité et peuvent expliquer une partie des phénomènes.
La théorie démoniaque met en fureur les spirites aussi bien que les scientistes, les uns et les autres faisant pareillement profession de ne pas croire au démon. Pour les spirites il semble qu’il ne doive pas y avoir dans le monde invisible autre chose que des êtres humains.
La théorie des «élémentals» n’est pas autre chose que la connaissances des «esprits des éléments», que l’ancienne magie partageait en quatre catégories: salamandres ou esprits du feu, sylphes ou esprits de l’air, ondins ou esprits de l’eau, gnômes ou esprits de la terre. Il s’agissait d’êtres subtils, doués seulement d’une existence temporaire, et n’ayant par conséquent rien de «spirituel» dans l’acception philosophique moderne.
Il y en a qui ont identifié les «élémentals» aux monades de Leibnitz. Les autres les ont réduits à n’être plus que des «forces inconscientes», comme Papus, qui les a appelés «centres de force» ou «potentialités d’être». Les occultistes surtout ont utilisé des conceptions anciennes plus ou moins mal interprétées.
Gibier a formulé la théorie des «coques astrales», ce qui est un emprunt fait par l’occultisme au théosophisme.
Papus: “Ce que le spirite appelle un esprit, un moi, l’occultiste l’appelle un élémentaire, une coque astrale.” (Traité méthodique de Science occulte, p. 347)
L’opinion qui a prévalu parmi les occultistes, aussi bien que parmi les théosophistes, est que les esprits seraient des êtres humains véritables et complets, qui séjournent dans le plan astral.
Les spirites reconnaissent que des mauvais esprits se mélent à leurs séances.
La théorie de l’être collectif se greffe sur la théorie «animiste» ou «vitaliste». On peut aussi l’appeler la théorie «fluidique». Les spirites tenaient du mesmérisme l’idée de fluidité.
“Effectivement, si quelque chose de l’homme s’extériorise, il n’est point besoin de recourir à des facteurs étrangers pour expliquer des phénomènes tels que des coups frappés ou des déplacements d’objets sans contact, qui ne constituent d’ailleurs pas pour cela une «action à distance», car, en somme, un être est partout où il agit: en quelque point que se produise cette action, c’est que le médium y a projeté, sans doute inconsciemment, quelque chose de lui-même. Pour nier qu’une telle chose soit possible, il ne peut y avoir que ceux qui croient que l’homme est absolument limité par son corps, ce qui prouve qu’ils ne connaissent qu’une bien faible partie de ses possibilités; cette supposition, nous le savons bien, est la plus habituelle chez les Occidentaux modernes, mais elle ne se justifie que par l’ignorance commune: elle revient, en d’autres termes, à soutenir que le corps est en quelque sorte la mesure de l’âme, ce qui est, dans l’Inde, une des thèses hétérodoxes des Jainas (nous n’employons les mots de corps et d’âme que pour nous faire comprendre plus facilement), et ce qu’il est trop aisé de réduire à l’absurde pour que nous y insistions: conçoit-on que l’âme doive ou même puisse suivre les variations quantitatives du corps, et que, par exemple, l’amputation d’un membre entraîne en elle un amoindrissement proportionnel?” (p. 103)
La théorie «fluidique» est inscrite dans l’habitude de tout matérialiser.
Il est exceptionnel que les réponses ou les «communications» obtenues dépassent sensiblement le niveau intellectuel du médium ou des assistants. Le médium exprime sa pensée ou celle de l’un de ses assistants. “D’ailleurs, dans ce cas comme dans le précédent, il ne s’agit pas forcément d’une pensée qui est nettement consciente au moment présent, et même une telle pensée ne s’exprimera guère que si quelqu’un a la volonté bien arrêtée d’influencer les réponses; habituellement, ce qui se manifeste appartient plutôt à ce domaine très complexe que les psychologues appellent le «subconscient». On a parfois abusé de cette dernière dénomination, parce qu’il est commode, en maintes circonstances, de faire appel à ce qui est obscur et mal défini; il n’en est pas moins vrai que le «subconscient» correspond à une réalité; seulement, il y a de tout là-dedans, et les psychologues, dans la limite des moyens dont ils disposent, seraient fort embarrassés pour y mettre un peu d’ordre.” (p. 104-105)
Dans le subconscient se trouve la «mémoire latente», les «prévisions» et les «pressentiments».
Encore des explications: “Mais nous irons plus loin: une «communication» énonçant des faits réellement inconnus de tous les assistants peut cependant provenir du «subconscient» de l’un d’eux, car, sous ce rapport aussi, on est fort loin de connaître ordinairement toutes les possibilités de l’être humain: chacun de nous peut être en rapport, par cette partie obscure de lui-même, avec des êtres et des choses dont il n’a jamais eu connaissance au sens courant de ce mot, et il s’établit là d’innombrables ramifications auxquelles il est impossible d’assigner des limites définies. Ici, nous sommes bien loin des conceptions de la psychologie classique […].” (p. 105)
Parmi les spirits, certains ont accepté la théorie de «l’être collectif» (Eugène Nus et Camille Flammarion). Selon cette théorie, l’être collectif serait forme par une sorte de combinaison des «périsprits» ou des «fluides» du médium et des assistants, et il se fortifierait à chaque séance, pourvu que les assistants soient toujours les mêmes. Ils ont cru se rapprocher de la notion d’eggrégores, employée par Eliphas Lévi.
Il faut voir dans les actions et les réactions de divers «subconscients» en présence, l’effet des relations qui s’établissent entre eux d’une manière plus ou moins durable, et qui s’amplifient à mesure que le groupe se constitue pus solidement.
Il existe une grande ressemblance entre le médium, le sujet hypnotique et le somnambule naturel. Papus aussi reconnaît que le spiritisme et l’hypnotisme ont le même champ d’études.
“[…] ce qui est spiritisme, ce sont les théories, non les faits, et c’est en ce sens que nous disons que le spiritisme n’est qu’erreur et illusion.” (p. 108)
Il existe une autre catégorie de phénomènes, que l’on appelle «apport» ou «matérialisation». Les «apports» sont des déplacements d’objets, avec la complication que les objets proviennent de lieux qui peuvent être très éloignés, qu’il semble souvent qu’ils aient dû passer à travers des obstacles matériels.
En ce qui concerne l’identité des matérialisations, il faut se tenir à la théorie de l’«idéoplastie», d’après laquelle non seulement le substratum de la «matérialisation» est fourni par le médium, mais encore sa forme même est due à une idée ou plus exactement à une image mentale, soit du médium également, soit d’un assistant quelconque.
“Pendant la vie, le corps est l’expression d’un certain état de l’être, mais celui-ci a également, et en même temps, des états incorporels, parmi lesquels celui dont nous parlons [l’état subtil – n.n.] est d’ailleurs le plus proche de l’état corporel; cet état subtil doit se présenter à l’observateur comme une force ou un ensemble de forces plutôt que comme un corps, et l’apparence corporelle des «matérialisations» n’est que surajoutée exceptionnellement à ses propriétés ordinaires.” (p. 112-113)
Ceux qui considèrent que l’on peut évoquer les morts devraient admettre que l’on peut évoquer les vivants aussi, et encore avec plus d’effectivité. Les spiritistes sont contre cette dernière possibilité, qu’ils trouvent particulièrement redoutable pour leur théorie.
Si l’ob des Hébreux, ou le prêta des Hindous peut être invoqué, le vivant peut l’être aussi dans son état correspondant.
“[…] les occultistes, disons-le encore une fois, n’ont recueilli que des lambeaux de connaissances incomprises.” (p. 114)
Toutes les traditions reconnaissent la réalité de l’évocation magique de l’ob. Il est bien connu le cas de l’évocation du prophète Samuel, dans la Bible hébraïque.
Guénon ne conseille à personne de tenter l’évocation d’un vivant, ni surtout de se soumettre volontairement à une telle expérience.
L’état subtil auquel doivent être rapportées les «matérialisations» porte le nom de taijasa dans la doctrine hindoue, parce que celle-ci regarde le principe correspondant comme étant de la nature de l’élément igné (téjas), qui est chaleur et lumière. Parmi les possibilités de cet état subtil on peut énumérer: “possibilité de transférer dans cet état l’intégralité de la conscience individuelle, et non plus seulement une portion de «subconscience», comme cela a lieu dans le sommeil ordinaire et dans les états hypnotiques et médiumniques; possibilité de «localiser» cet état en un endroit quelconque, ce qui est l’«extériorisation» proprement dite, et de condenser en cet endroit, par son moyen, une apparence corporelle qui est analogue à la «matérialisation» des spirites, mais sans l’intervention d’aucun médium; possibilité de donner à cette apparence, soit la forme même du corps (et alors elle mériterait vraiment le nom de «double»), soit toute autre forme correspondant à une image mentale quelconque; enfin, possibilité de «transposer» dans cet état, si l’on peut ainsi s’exprimer, les éléments constitutifs du corps lui-même, ce qui semblera sans doute plus extraordinaire encore que tout le reste.” (p. 116-117) La dernière possibilité explique le phénomène de «bilocation», qui a été constaté aussi chez les saints que chez les sorciers.
L’état subtil est lié à l’état corporel de deux façons différentes et complémentaires, par le système nerveux quant à la qualité lumineuse, et par le sang quant à la qualité calorique. Ici il faut rappeler le rôle du sang dans la production de certains phénomènes, son emploi dans divers rites magiques et même religieux, et aussi son interdiction, en tant qu’aliment, par des législations traditionnelles comme celle des Hébreux.
L’être humain, en chacun de ses états, est en rapport avec le milieu cosmique correspondant. Les occultistes, sous le nom de «plan astral», ont dénaturé, caricaturé, le milieu cosmique qui correspond à l’«état subtil», milieu incorporel, dont un «champ de forces» est la seule image que puisse se faire un physicien, et encore sous la réserve que ces forces sont tout autres que celles qu’il est habitué à manier.
Les forces que le spiritisme contacte sont les plus inférieures de toutes, donc celles dont les effets peuvent être les plus funestes et devraient être évités le plus soigneusement. La tradition extrême-orientale leur a donné le nom d’«influences errantes». Leur maniement constitue la partie la plus importante de la magie. “Certaines de ces forces peuvent être sites vraiment «démoniaques» ou «sataniques»; ce sont celles-là, notamment, que met en jeu la sorcellerie, et les pratiques spirites peuvent aussi les attirer souvent, quoique involontairement; le médium est un être que sa malencontreuse constitution met en rapport avec tout ce qu’il y a de moins recommendable en ce monde, et même dans les mondes inférieurs.” (p. 120)
Dans les cas de mort violente, l’ob conserve pendant un certain temps un degré tout spécial de cohésion et de quasi-vitalité.
Le magicien qui connaît les lois des «influences errantes» peut les fixer par divers procédés, en prenant pour support certaines substances ou certains objets agissant à la façon des «condensateurs». Inversement, il peut dissoudre les «conglomérats» de force subtile, formés par lui ou par d’autres.
Le magicien peut prêter aux forces qu’il a captées une sorte de conscience, reflet ou prolongement de la sienne propre, qui leur constitue comme une individualité temporaire. “Le magicien qui sait ce qu’il fait, s’il interroge ces pseudo-individualités qu’il a lui-même suscitées aux dépens de sa propre vitalité, ne peut voir là qu’un moyen de faire apparaître, par un développement artificiel, ce que son «subconscient» contenait déjà à l’état latent; la même théorie est d’ailleurs applicable, avec les modifications voulues, à tous les procédés divinatoires quels qu’ils soient. C’est là aussi que réside, lorsque la simple extériorisation des vivants n’y suffit pas entièrement, l’explication des «communications» spirites, avec cette différence que les influences, n’étant dirigées dans ce cas par aucune volonté, s’y expriment de la façon la plus incohérente et la plus désordonnée […].” (p. 122)
Les spirites sont bien plus ignorants que les sorciers, parce que ces derniers n’ont jamais fait confusion entre les «influences errantes» et les «esprits des morts».
En ce qui concerne le spiritisme: “[…] ceux qui connaissent le plus parfaitement les lois de cet ordre de choses sont en même temps ceux qui se désintéressent le plus complètement de leur application.” (p. 123)

Deuxième partie. Examen des théories spirites
Chapitre premier. Diversité des écoles spirites
Ce qui constitue le spiritisme en général, c’est seulement l’hypothèse de la communication avec les morts et de leur manifestation par des moyens d’ordre sensible. Pour le reste, les théories varient d’une école à une autre.
La doctrine spirite prétend être enseignée par les «esprits», ce qui la ramène à une contrefaçon de la révélation religieuse. D’ailleurs, les spirites prétendent que les fondateurs de religions sont des médiums très puissants, pendant que les miracles seraient des phénomèmes qui arrivent pendant les séances de spiritisme (voir Alexandre Bellemare, Spirite et Chrétien; voir aussi Léon Denis, Christianisme et Spiritisme).
“Nous avons d’ailleurs l’exemple d’une pseudo-religion, l’Antoinisme, fondée en Belgique par un «guérisseur», ancien chef d’un groupe spirite, dont les enseignements, pieusement recueillis par ses disciples, ne renferment guère qu’une sorte de morale protestante exprimée en un jargon presque incompréhensible; on peut en dire à peu près autant de certaines sectes américaines comme la «Christian Science», qui, si elles ne sont point spirites, sont du moins «néo-spiritualistes». Disons aussi dès maintenant, puisque l’occasion s’en présente, que les spirites se plaisent à interpréter l’Evangile à leur façon, suivant l’exemple du Protestantisme, dont l’influence sur tous ces mouvements ne saurait être niée: c’est ainsi qu’ils croient y trouver jusqu’à des arguments en faveur de la réincarnation.” (p. 126)
Si certains spirites se considèrent chrétiens, ils adhèrent à un néo-christianisme qui ne reconnaît pas la nature divine de Christ.
Les spirites disent qu’il y a des esprist supérieurs et des esprits inférieurs. Les premiers font des communications qui ressemblent à des prêches. La dernière catégorie font des communications triviales ou même obscènes.
“Chaque groupe est naturellement en admiration devant les «communications» qu’il obtient, mais se défie aisément de celles que reçoivent les autres, surtout lorsqu’il s’agit de groupes entre lesquels il existe une certaine rivalité; en effet, chacun d’eux a généralement son médium attitré, et les médiums font preuve d’une incroyable jalousie à l’égard de leurs confrères, prétendant monopoliser certains «esprits», contestant l’authenticité des «communications» d’autrui, et les groupes tout entiers les suivent dans cette attitude; et tous les milieux où l’on prêche la «fraternité universelle» en sont là plus ou moins!” (p. 128)
Le mouvement spirite est anarchique, en dépit des fédérations qui le traversent. “Certains spirites affirment même que «le spiritisme-religion doit céder la place au spiritisme-science»; mais, au fond, le spiritisme, quelque forme qu’il revête, et quelles que soient ses prétentions «scientifiques», ne pourra jamais être autre chose qu’une pseudo-religion.” (p. 130)
Surtout aux Etats-Unis, les spirites ont formé toutes sortes d’«Eglises» (comme l’Eglise du Vrai Spiritualisme, fondée par Rév. Samuel Watson) ou d’associations plus ou moins secrètes (comme l’Ancien Ordre de Melchisédek, la Fraternité de Jésus, l’Ordre des Mages ou l’Ordre de la Rosée de la Lumière).

Chapitre II. L’influence du milieu
Les théories spirites sont en rapport étroit avec les idées qui ont cours dans le milieu où elles s’élaborent, fait qui contredit l’hypothèse de la «communication».
Le bon fonctionnement de la «comunication» spirite est garanti par la cohésion du groupe qui y participe.
Le spirites, ne savant pas les lois selon lesquelles agissent les influences errantes, sont bien forcés d’accueillir ce qui se présente et ne peuvent le déterminer à leur gré.
“Il y a encore lieu d’envisager autre chose, dont l’action peut être très importante: ce sont les éléments empruntés, non plus aux assistants immédiats, mais à l’ambiance générale. L’existence de tendances ou de courants mentaux dont la force est prédominante pour une époque et pour un pays déterminés est assez ordinairement connue, au moins vaguement, pour qu’on puisse comprendre sans peine ce que nous voulons dire. Ces courants agissent plus ou moins sur tout le monde, mais leur influence est particulièrement forte sur les individus que l’on peut appeler «sensitifs», et, chez les médiums, cette qualité est portée à son plus haut degré.” (p. 136-137)
Peut-être un argument pour la théorie des memes: “Les idées ou les tendances mentales dont nous parlons agissent un peu à la façon des «influences errantes», et même cette dénomination est si compréhensive qu’on peut les y faire rentrer, comme constituant une classe spéciale de ces influences: elles ne sont pas forcément incorporées au «subconscient» des individus, elles peuvent aussi demeurer à l’état de courants plus ou moins indéterminés (mais qui, cela va sans dire, n’ont rien des courants «fluidiques» des occultistes), et se manifester néanmoins dans les séances spirites.” (p. 138).
Pendant la séance de spiritisme tout le groupe est en état de passivité, de réceptivité, chose qui permet l’atraction des influences errantes. “Cette passivité, avec toutes les conséquences qu’elle entraîne, est le plus grand de tous les dangers du spiritisme; il faut d’ailleurs y joindre, sous ce rapport, le déséquilibre et la dissociation partielle que ces pratiques provoquent dans les éléments constitutifs de l’être humain, et qui, même chez ceux qui ne sont pas médiums, ne sont point négligeables: la fatigue éprouvée par les simples assistants après une séance le montre assez, et, à la longue, les effets peuvent être des plus funestes.” (p. 138)
D’autre part, il existe des associations qui sont tout le contraire des groupes spirites (donc actives!), et qui s’appliquent à provoquer et à entretenir, de façon consciente et volontaire, des courants mentaux. L’organisation émettrice joue le rôle du pôle positif, et le groupe spirite du pôle négatif: “[…] un mouvement comme celui-là était éminemment propre à servir à la propagation de certaines idées, dont la provenance pouvait demeurer entièrement ignorée de ceux mêmes qui y participeraient; mais l’inconvénient était que l’instrument ainsi créé pouvait aussi se trouver à la merci d’autres influences quelconques, peut-être même opposées à celles qui étaient primitivement en action.” (p. 138-139)
Influences du milieu: les «esprits» sont «polygamistes» chez les Mormons, ou «néo-malthusiens» dans d’autres milieux américains.
“S’il est aujourd’hui des spirites anglo-saxons qui admettent la réincarnation, c’est sous l’influence des idées théosophistes; le spiritisme ne fait jamais que suivre les courants mentaux, et il ne peut en aucun cas leur donner naissance, en raison de cette attitude de passivité que nous avons signalée.” (p. 140-141).
Les spirites partagent la croyance au progrès et à l’évolution – influence de la modernité.
Il existe une forte liaison entre toute forme de néo-spiritualisme et les tendances démocratiques.
Les spirites français ont été longtemps attachés à des conceptions socialistes teintées d’internationalisme. Il faut ajouter aussi l’anticléricalisme.
Lénine s’est déclaré spirite dans une conversation avec une institutrice parisienne. Si l’on ne peut pas en être sur, on sait que le spiritisme sévit furieusement en Russie, dans toutes les classes de la société.
Pendant les séances, les «esprits» sont nommé selon des personnages illustres, ce qui ferait croire que ceux-là se manifestent beaucoup plus volontiers que les autres et qu’ils ont acquis une espèce d’ubicuité.
“Seulement, il y a ceci de curieux: chez Victor Hugo [en tant que spirite – n.n.], n’importe qui ou même n’importe quoi s’exprimait en vers d’une parfaite correction, ce qui concorde avec notre explication […]; mais, chez les commun des spirites, Victor Hugo [comme «esprit» invoqué – n.n.] a oublié jusqu’aux règles les plus élémentaires de la prosodie, si ceux qui l’interrogent les ignorent eux-mêmes.” (p. 144)
Ce ne sont pas rares les cas des «esprits» comme Napoléon Ier – qui ne se souvient plus de Waterloo, de Dante - qui ne connaît plus l’italien, de Lamartine et d’Alfred de Musset – incapables d’accoupler deux vers.
“Bien entendu, les «communications» les plus extraordinaires par leur contenu ou par leur provenance supposée ne sont pas celles que les spirites accueillent avec le moins de respect et d’empressement; ces gens sont complètement aveuglés par leurs idées préconçues, et leur crédulité semble n’avoir pas de bornes, tandis que leur intelligence et leur discernement en ont de fort resserrées; nous parlons de la masse, car il y a des degrés dans l’aveuglement. Le fait d’accepter les théories spirites peut être une preuve de sottise ou seulement d’ignorance; ceux qui sont dans le premier cas sont incurables, et on ne peut que les plaindre; quant à ceux qui se trouvent dans le second cas, il n’en est peut-être pas de même, et on peut chercher à leur faire comprendre leur erreur, à moins qu’elle ne soit tellement enracinée en eux qu’elle leur ait imprimé une déformation mentale irrémédiable.” (p. 147)

Chapitre III. Immortalité et survivance
Les spirites ont la prétention d’offrir des «preuves scientifiques» pour l’immortalité de l’âme.
Le mot immortalité se retrouve dans le sanscrit amrita, mais il est appliqué littéralement à un état qui est supérieur à tout changement, car l’idée de «mort» est étendue à un changement quelconque.
Les Occidentaux ont l’habitude de n’appeler «mort» que la fin de l’existence terrestre, et d’ailleurs ils ne conçoivent guère que les autres changements analogues.
“[…] au point de vue de la métaphysique pure, qui est le point de vue oriental, il n’y a pas en réalité deux mondes, celui-ci et «l’autre», corrélatifs et pour ainsi dire symétriques ou parallèles; il y a une série indéfinie et hiérarchisée de mondes, c’est-à-dire d’états d’existence (et non pas de lieux), dans laquelle celui-ci n’est qu’un élément qui n’a ni plus ni moins d’importance ou de valeur que n’importe quel autre, qui est simplement à la place qu’il doit occuper dans l’ensemble, au même titre que tous les autres.” (p. 150)
En conséquence, l’«immortalité» ne peut être atteinte que dans «l’autre monde» comme le pensent les Occidentaux, mais seulement au delà de tous les mondes, c’est-à-dire au delà de tous les états conditionnés.
L’immortalité est en dehors du temps et de l’espace.
Telle que la conçoivent les Occidentaux, l’immortalité est une prolongation indéfinie de la vie, dans des conditions modifiées et transposées, mais qui demeurent toujours comparables à celles de l’existence terrestre. L’immortalitée envisagée par les Occidentaux n’et pas en rapport avec l’éternité, mais avec une durée indéfinie, qui peut être appelée «perpetuité». La tradition extrême-orientale l’appele «longévité».
Selon la métaphysique orientale, immortelle est la personnalité transcendante. Selon la philosophie théologique occidentale, immortelle est l’individualité humaine. Ces deux conceptions ne s’opposent pas, parce qu’elles sont situées sur des plans différents. “Dans l’Univers, il y a place pour toutes les possibilités, à la condition qu’on sache mettre chacune d’elles à son rang véritable; malheureusement, il n’en est point de même dans les systèmes des philosophes, mais c’est là une contingence dont on aurait grand tort de s’embarrasser.” (p. 151)
Il est impossible de prouver l’immortalité métaphysique, qui se trouve par définition au delà de tout expériment. D’ailleurs, les spirites veulent prouver uniquement l’immortalité telle qu’elle est comprise par les Occidentaux.
Fragment très intéressant sur les doutes épistémologiques de Guénon: “[…] nous n’insisterons pas sur l’emploi abusif qui est fait du mot «démonstration»: l’expérience est incapable de «démontrer» proprement quelque chose, au sens rigoureux de ce mot, celui qu’il a en mathématiques par exemple; mais passons là-dessus, et remarquons seulement que c’est une étrange illusion, propre à l’esprit moderne, que celle qui consiste à faire intervenir la science, et spécialement la science expérimentale, dans des choses où elle n’a que faire, et à croire que sa compétence peut s’étendre à tout. Les modernes, enivrés par le développement qu’ils sont parvenus à donner à ce domaine très particulier, et s’y étant d’ailleurs appliqués si exclusivement qu’ils ne voient plus rien en dehors, en sont arrivés tout naturellement à méconnaître les limites à l’intérieur desquelles l’expérimentation est valable, et au delà desquelles elle ne peut plus donner aucun résultat; nous parlons ici de l’expérimentation dans son sens le plus général, sans aucune restriction, et, bien entendu, ces limites seront encore plus étroites si l’on n’envisage que les modalités assez peu nombreuses qui constituent les méthodes reconnues et mises en usage par les savants ordinaires.” (p. 151-152)
“L’expérience ne porte jamais que sur des faits particuliers et déterminés, ayant lieu en un point défini de l’espace et un un moment également défini du temps; du moins, tels sont tous les phénomènes qui peuvent être l’objet d’une constatation expérimentale dite «scientifique» (et c’est là ce qu’entendent aussi les spirites). Cela est assez ordinairement reconnu, mais on se méprend peut-être plus aisément sur la nature et la portée des généralisations auxquelles l’expérience peut légitimement donner lieu (et qui la dépassent d’ailleurs considérablement): ces généralisations ne peuvent porter que sur des classes ou des ensembles de faits, dont chacun, pris à part, est tout aussi particulier et aussi déterminé que celui sur lequel on a fait les constatations dont on généralise ainsi les résultats, de sorte que ces ensembles ne sont indéfinis que numériquement, en tant qu’ensembles, non quant à leurs éléments.” (p. 152)
Conclusion qui porte contre les généralisations: “[…] on n’est jamais autorisé à conclure que ce qu’on a constaté en un certain lieu de la surface terrestre se produit semblablement en tout autre lieu de l’espace, ni qu’un phénomène que l’on a observé dans une durée très limitée est susceptible de se prolonger pendant une durée indéfinie; naturellement, nous n’avons pas ici à sortir du temps et de l’espace, ni a considérer autre chose que des phénomènes, c’est-à-dire des apparences ou des manifestations extérieures.” (p. 153)
Il faut distinguer entre expérience et son interprétation. Si les expériences des spirites sont pour la plupart indubitables, leur interprétation est fausse.
L’idée que ce qui se manifeste pendant les séances spirites est un homme «désincarné» ne conduit pas obligatoirement (comme prétendes les spirites) à l’idée de l’immortalité. “L’attitude des spirites qui s’imaginent que leurs expériences établissent l’immortalité n’est pas mieux fondée logiquement que ne le serait celle d’un homme qui, n’ayant jamais vu mourir un être vivant, affirmerait qu’un tel être doit continuer à exister indéfiniment dans les mêmes conditions, pour la seule raison qu’il aurait constaté cette existence dans un certain intervalle […].” (p. 153)
Certains spirites ne parlent pas d’immortalité, mais de «survie» ou de «survivance» des âmes.
Pour les spirites ce qui survit à la mort est immortel (l’ensemble constitué par l’«esprit» et le «périsprit» qui en est inséparable). Pour les occultistes, ce qui survit est pareillement l’ensemble de l’«esprit» et du «corps astral», mais dans cet esenmble l’esprit seul est immortel, pendant que le corps astral est périssable.
Selon les occultistes, une seconde mort, astrale, a lieu après la première mort, physique.

Chapitre IV. Les représentations de la survie
Il faut se méfier de ce qu’on rapporte sur les sauvages:
X d’abord parce que certains récits sont fantaisistes;
X ensuite parce que quelqu’un qui croit rapporter fidèlement ce qu’il a vu et entendu peut cependant n’y avoir rien compris et substituer aux faits son interprétation personnelle;
X il y a des savants qui viennent encore superposer à tout cela leur propre interprétation, résultant d’idée préconçues.
“En réalité, les choses sont moins simples, ou, si l’on préfère, elles sont compliquées d’un tout autre façon, parce que les sauvanges, tout comme les civilisés, ont des manières de penser qui leur sont particulières, donc qui sont difficilement accessibles aux hommes d’une autre race; et, avec les sauvages, on a fort peu de ressources pour les comprendre et pour s’assurer qu’on les comprend bien, parce que, généralement, ils ne savent guère expliquer ce qu’ils pensent, en admettant qu’eux-mêmes s’en rendent bien compte.” (p. 159-160)
Les sauvages ne sont pas des primitifs, mais des dégénérés.
Des bêtises qui voulaient illustrer un monde des esprits parallèle avec le monde physique ont été écrites par Alain Kardec et un de ces disciples, Léon Denis.
Bonne collection de bêtises spirites: Mme Besant, La Mort et l’au-delà (titre de la traduction française). Le bouquin d’un théosophiste, M. Leadbeater, L’Occultisme dans la Nature, exemplifie la même tendance d’imaginer l’au-delà selon notre monde.
Henry Lacroix, dans Mes expériences avec les esprits, Paris, 1889, atteint un comble de la mystification. Papus même l’a traité de «fanatique dangereux», pendant que Donald Mac-Nab recommandé ce cas à l’attention des aliénistes.
D’autres conneries ont été publiées par MM. Zaalberg van Zeist et Matla de la Haye, Le Monde Psychique, 1912.
Les spirites ne se sont pas encore mis d’accord sur un point: celui de la conservation des sexes par les «esprits». Kardec est formellement négatif sur cette question, mais tel n’est pas le cas des spirites américains, par exemple.
Sur le fait que certains font des rapprochements entre les «esprits» et les incubes et les succubes: “Personne n’avait jamais dit que les incubes et les succubes fussent des humains «désincarnés»; certains occultistes semblent les regarder comme des «élémentals», mais, avant eux, tous ceux qui y ont cru ont été unanimes à les considérer comme des démons et rien d’autre; si c’est là ce que les spirites appellent «leurs amis de l’Espace», c’est tout à fait édifiant!” (p. 177)
Question: les reincarnations se font-elles sur terre ou peuvent-elles se faire dans d’autres planètes? Selon Kardec, la Terre abrite des existences très inférieures à celles qui vivent sur d’autres planètes. Pour lui il peuvent exister une pluralité d’existences terrestres, mais aussi une pluralité d’existences sur d’autres planètes.
L’imagination n’est qu’une faculté d’ordre sensible.
Ce ne sont que des représentations toutes terrestres qui permettent de croire à la possibilité de la communication avec des morts.

Chapitre V. La communication avec les morts
Les arguments d’ordre sentimental pour ou contre la communication avec les morts sont nuls (en soi, donc ne méritent aucune attention).
Fragment assez ironique: “Les spirites, assurément, sont loin d’avoir le monopole du sentimentalisme, qui est assez généralement prédominant chez les Occidentaux modernes; mais leur sentimentalisme revêt des formes particulièrement irritantes pour quiconque est exempt de leurs préjugés: nous ne connaissons rien de plus sottement puéril que ces invocations adressées aux «chers esprits», ces chants par lesquels s’ouvrent la plupart des séances, cet absurde enthousiasme en présence des «communications» les plus banales et des manifestations les plus ridicules.” (p. 183)
Pour souligner le côté sentimental des opinions spirites, ceux-ci insistent surtout sur l’aspect “consolant” de leur théories.
Sur les arguments sentimentaux: “En général, quand deux adversaires se servent des mêmes arguments, il est bien probable que ces arguments ne valent rien; […]” (p. 183-184) En réalité, les arguments sentimentaux n’en sont pas uns.
“[…] les sentimentaux n’envisagent pas les choses ainsi, mais encore une fois, leur manière de voir ne vaut que pour eux, tandis que la vérité doit s’imposer également à tous, pour peu qu’on soit capable de la comprendre. Enfin, la vérité n’a pas à être «consolante»; s’il en est qui, la connaissant, lui trouvent ce caractère, c’est tant mieux pour eux, mais cela ne vient que de la façon spéciale dont leur sentimentalité s’en trouve affectée; à côté de ceux-là, il peut y en avoir d’autres sur qui l’effet produit sera tout différent et même opposé, et il est même certain qu’il y en aura toujours, car rien n’est plus variable et plus divers que le sentiment; mais, dans tous les cas, la vértité n’y sera pour rien.” (p. 184)
La théorie fondamentale des spirites est celle de la communication avec les morts par des méthodes sensibles. Sur l’attitude à avoir vis-à-vis de cette théorie: “Nous tenons à ce que l’on comprenne bien notre position à cet égard: un philosophe, tout en se refusant à admettre la vérité ou même la probabilité de la théorie spirite, peut cependant la regarder comme représentant une hypothèse comme une autre, et, même s’il la trouve fort peu plausible, il peut se faire que la communication avec les morts ou la réincarnation lui apparaissent comme des «problèmes», qu’il n’a peut-être aucun moyen de résoudre; pour nous, au contraire, il n’y a là aucun «problème», parce que ce ne sont que des impossibilités pures et simples. Nous ne prétendons pas que la démonstration en soit facilement compréhensible pour tous, parce qu’elle fait appel à des données d’ordre métaphysique, d’ailleurs relativement élémentaires; nous ne prétendons pas non plus l’exposer ici d’une façon absolument complète, parce que tout ce qu’elle présuppose ne saurait être développé dans le cadre de cette étude, et il est des points que nous reprendrons ailleurs. Cependant, cette démonstration, lorsqu’elle est pleinement comprise, entraîne la certitude absolue, comme totu ce qui a un caractère vraiment métaphysique; si donc certains ne la trouvent pas pleinement satisfaisante, la faute n’en sera qu’à l’expression imparfaite que nous lui donnerons, ou à la compréhension également imparfaite qu’ils en auront eux-mêmes.” (p. 185-186)
Pour que deux êtres puissent communiquer entre eux par des moyens sensibles, il faut d’abord que tous deux possèdent des sens. Il est très peu probable que les sensations soient les mêmes dnas des mondes différents, avec des réalités corporelles incompatibles ou différentes. Si la communication des sensations se réalise une fois, la probabilité qu’elle se répète encore une fois, et ainsi de suite, devient de plus en plus faible.
“Nous ne disons pas qu’une communication interplanétaire soit une impossibilité absolue; nous disons seulement que ces chances de possibilité ne peuvent s’exprimer que par une quantité infinitésimale à plusieurs degrés, et que, si l’on pose la question pour un cas déterminé, comme celui de la terre et d’une autre planète du système solaire, on ne risque guère de se tromper en les regardant comme pratiquement nulles; c’est là, en somme, une simple application de la théorie des probabilités.” (p. 188)
Une des plus grands erreurs de la philosophie moderne est de confondre le concevable avec l’imaginable (comme fait Kant). C’est aussi un des traits généraux de la mentalité occidentale. Cette erreur anulle toute la métaphysique.
Le monde corporel est un état d’existence parmi d’autres. Les êtres qui l’habitent font partie de ses possibilités indéfinies. D’un état d’existence à l’autre les différences sont incomensurables.
La communication est hautement improbable quand il s’agit d’être diverses appartenant au même état. Elle devient impossible au cas des êtres appartenant à des états différents (au cas où la communication doit avoir lieu avec des moyens que chacun de ces êtres trouvent dans les conditions de son propre êtat).
Au cas des spirites, la communication est impossible, parce qu’ils utilisent des moyens de communication disponibles uniquement à l’état corporel. Si les deux états disposaient des mêmes possibilités ils deviendraient un seul et unique état.
Les spirites considèrent que la communication avec des morts est possible parce que ceux-ci gardent une sorte de corporalité douée de facultés sensibles (en l’absence de tout organe, quand même).
“Nous dirons cependant que, d’une façon générale, pour pouvoir se mettre en rapport avec un être qui est dans un autre état, il faut avoir développé en soi-même les possibilités de cet état, de sorte que, même si celui qui y parvient est un homme vivant actuellement sur la terre, ce n’est pourtant pas en tant qu’individualité humaine terrestre qu’il peut y parvenir, mais seulement en tant qu’il est aussi autre chose en même temps.” (p. 194-195)
Les possibilités de l’individualité intégrale sont les mêmes en tous, mais elles restent pour la plupart purement virtuelles.
La communication entre deux êtres qui se trouvent sur des plans différents est possible uniquement si le vivant a atteint un état supérieur, assez élevé pour représenter un principe commun aux deux autres et permettre par là de les unir, comme impliquant «éminemment» toutes leurs possibilités particulières.

Chapitre VI. La réincarnation
Guénon note “l’étrange diffusion de cette idée de réincarnation, qui est, à notre époque, une de celles qui contribuent le plus au détraquement mental d’un grand nombre.” (p. 197)
La théorie réincarnationniste n’est pas obligatoire dans le spiritisme (les anglo-saxons s’y opposèrent). Dunglas Home, dans Les Lumières et les Ombres du Spiritualisme, pp. 118-141, la critique violemment. Pendant que le spiritisme français a fait de la réincarnation un véritable “dogme”. Là-dessus comme sur tout le reste, les enseignements des «esprits» sont passablement flottants et contradictoires.
Points de dispute entre les réincarnationnistes: le sexe d’une réincarnation à l’autre, la planète de la réincarnation, la durée entre deux réincarnations consécutives.
“[…] nulle doctrine traditionnelle authentique n’a jamais parlé de la réincarnation, et que celle-ci n’est qu’une invention toute moderne et tout occidentale.” (p. 199)
La réincarnation est une conception philosophique, sans aucun fondement, mais: “Il y a bien des absurdités aussi chez les philosophes, mais du moins ne les présentent-ils généralement que comme des hypothèses; les «néo-spiritualistes» s’ilusionnent plus complètement (nous admettons ici leur bonne foi, qui est incontestablement pour la masse, mais qui ne l’est pas toujours pour les dirigeants), et l’assurance même avec laquelle ils formulent leurs affirmations est une des raisons qui les rendent plus dangereuses que celles des philosophes.” (p. 200)
A vrai dire, l’idée de la réincarnation a été inculquée à Allan Kardec par les socialistes français, pour lesquels elle était destinée à fournir une explication de l’inégalité des conditions sociales. La théorie réincarnationniste a été reprise par les théosophistes, qui ont mis accent sur les inégalités sociales.
Objections guénoniennes: si le point de départ n’est pas le même pour tous, s’il est des hommes qui en sont plus ou moins éloignés et qui n’ont pas parcouru le même nombre d’existences (c’est ce que dit Allan Kardec), il y a là une inégalité dont ils ne sauraient être responsables, et que les réincarnationnistes doivent regarder comme une injustice dont la théorie est incapable de rendre compte.
En fait, si les hommes sont devenus inégaux, c’est évidemment que la possibilité de l’inégalité était en eux, et cette possibilité préalable suffisait à les constituer inégaux dès l’origine, au moins potentiellement. On e fait que reculer une difficulté, en croyant qu’on la résout. “On peut dire de cette question la même chose que de beaucoup de questions philosophiques, qu’elle n’existe que parce qu’elle est mal posée, et, si on le pose mal, c’est surtout, au fond, parce qu’on fait intervenir des considérations morales et sentimentales là où elles n’ont que faire: cette attitude est aussi inintelligente que le serait celle d’un homme qui se demanderait, par exemple, pourquoi telle espèce animale n’est pas l’égale de telle autre, ce qui est manifestement dépourvu de sens.” (p. 203)
Selon des points de vue purement humains, certaines différences nous paraissent comme des inégalités, pendant que certaines autres non.
Pour une fois, il est d’accord avec Leibnitz: “Dès lors qu’il y a une multiplicité d’êtres, il faut nécessairement qu’il y ait des différences entre eux; deux choses identiques sont inconcevables, parce que, si elles sont vraiment identiques, ce ne sont pas deux choses, mais bien une seule et même chose; Leibnitz a entièrement raison sur ce point.” (p. 203)
La notion de justice, dépouillée de son caractère sentimental et spécifiquement humain, se réduit à celle d’équilibre ou d’harmonie: “or, pour qu’il y ait harmonie totale dans l’Univers, il faut et il suffit que chaque être soit à la place qu’il doit occuper, comme élément de cet Univers, en conformité avec sa propre nature.” (p. 204)
Les différences et les inégalités concourent effectivement à l’harmonie totale.
Les arguments contre la théorie de la réincarnation, tout comme ceux employés contre la communication avec les morts, sont pour la plupart sentimentaux et moraux.
L’erreur réincarnationniste est tellement répandue que même certains orientalistes qui se trouvent à l’extérieur du milieu néospiritualiste arrivent à interpréter dans un sens réincarnationniste des textes où il n’y a rien de tel, et ils sont devenus incapables de les comprendre autrement.
Le terme de “réincarnation” doit être distingué de “métempsychose” et “transmigration”, qui ont des significations totalement différentes. Certains kabbalistes ont une autre conception, nommée «révolution d’âmes» ou «embryonnat» - ce sont des conception assez restreintes qui font intervenir des conditions tout à fait spéciales au peuple d’Israël.
Selon la définition, la réincarnation suppose que l’être passe d’un corps à un autre, c’est-à-dire il revient à l’état par lequel il est déjà passé.
Les spirites, en affirmant l’antiquité de la doctrine réincarnationniste, disent qu’il n’y a aucune différence par rapport à la métempsychose et la transmigration, ce qui est complètement faux. Les anciens n’ont jamais envisagé le passage d’un homme dans un autre homme.
Les vieilles doctrines peuvent être résumées comme ça: “[…] il y a dans l’homme des éléments psychiques qui se dissocient après la mort, et qui peuvent alors passer dans d’autres êtres vivants, hommes ou animaux, sans que cela ait beaucoup plus d’importance, au fond, que le fait que, après la dissolution du corps de ce même homme, les éléments qui le composaient peuvent servir à former d’autres corps; dans les deux cas, il s’agit des éléments mortels de l’homme, et non point de la partie impérissable qui est son être réel, et qui n’est nullement affectée par ces mutations posthumes.” (p. 207)
Papus, quand il dit que la réincarnation «a été enseignée comme un mystère ésotérique dans toutes les initiations de l’antiquité» (La Réincarnation, p. 6) fait confusion ave la transmigration véritable.
Sur les éléments psychiques qui subsistent après la mort de l’individu: “Ce qu’il importe de retenir, sous ce dernier rapport, c’est que ces éléments (qui peuvent, pendant la vie, avoir été proprement conscients ou seulement «subconscients») comprennent notamment toutes les images mentales qui, résultant de l’expérience sensible, ont fait partie de ce qu’on appelle mémoire et imagination: ces facultés, ou plutôt ces ensembles, sont périssables, c’est-à-dire sujets à se dissoudre, parce que, étant d’ordre sensible, ils sont littéralement des dépendances de l’état corporel; d’ailleurs, en dehors de la condition temporelle, qui est une de celles qui définissent cet état, la mémoire n’aurait évidemment aucune raison de subsister.” (p. 208)
Sur les théories psychologies sur le «moi» et son unité: “ces théories n’ont que le défaut d’être à peu près aussi dénués de fondement, dans leur genre, que les conceptions des «néo-spiritualistes».” (p. 208)
Il peut y avoir transmission d’éléments psychiques d’un être à un autre sans que cela suppose la mort du premier. Il existe une hérédité psychique aussi bien qu’une hérédité physiologique, selon la formule chinoise: “Tu revivras dans tes milliers de descendants.”
La métempsychose: “Les doctrines extrême-orientales envisagent même de préférence le côté psychique de l’hérédité, et elles y voient un véritable prolongement de l’individualité humaine; c’est pourquoi, sous le nom de «postérité» (qui est d’ailleurs susceptible aussi d’un sens supérieur et purement spirituel), elles l’associent à la «longévité», que les Occidentaux appelent immortalité.” (p. 209)
Certains faits que les réincarnationnistes croient pouvoir invoquer à l’appui de leur hypothèse peuvent s’expliquer par la transmission héréditaire de certains éléments psychiques, ou par l’assimilation à une individualité humaine d’autres éléments psychiques provenant de la désintégration d’individualités humaines antérieures.
La raison d’être des rites funéraires est exactement l’action sur les éléments psychiques du défunt.
La transmigration implique l’être en totalité, mais soumis à un passage à d’autres états d’existence, qui sont définis par des conditions entièrement différents de celles auxquelles est soumise l’individualité humaine. La transmigration est essentiellement changement d’êtat. “C’est là ce qu’enseignent toutes les doctrines traditionnelles de l’Orient, et nous avons de multiples raisons de penser que cet enseignement était aussi celui des «mystères» de l’antiquité; même dans des doctrines hétérodoxes comme le Boudhisme, il n’est nullement question d’autre chose, en dépit de l’interprétation réincarnationniste qui a cours aujourd’hui parmi les Européens.” (p. 211-212)
Apparement, c’est le socialiste Blanqui celui qui a imaginé le premier une répétition simulanée et indéfinie, dans l’espace, d’individus supposés identiques (correspondants de l’individu dans des univers parallèles). L’idée a été reprise par les spirites qui disent qu’un individu humain peut avoir plusieurs corps physiques, vivant en même temps dans différentes planètes.
“Nous devons dire aussi que la démontration qui vaut contre toutes les théories réincarnationnistes, quelque forme qu’elles prennent, s’applique également, et au même titre, à certaines conceptions d’allure plus proprement philosophique, comme la conception du «retour éternel» de Nietzsche, et en un mot à tout ce qui suppose dans l’Univers une répétition quelconque.” (p. 213) Ici il vise aussi Mircea Eliade, avec son «éternel retour».
Le fondement de la théorie métaphysique des états multiples de l’être: “la Possibilité universelle et totale est nécessairement infinie et ne peut être conçue autrement, car, comprenant tout et ne laissant rien en dehors d’elle, elle ne peut être limitée par rien absolument; une limitation de la Possibilité universelle, devant lui être extérieure, est proprement et littéralement une impossibilité, c’est-à-dire un pur néant. Or, supposer une répétition au sein de la Possibilité universelle, comme on le fait en admettant qu’il y ait deux possibilités particulières identiques, c’est lui supposer une limitation, car l’infinité exclut toute répétition: il n’y a qu’à l’intérieur d’un ensemble fini qu’on puisse revenir deux fois à un même élément, et encore cet élément ne serait-il rigoureusement le même qu’à la condition que cet ensemble forme un système clos, condition qui n’est jamais réalisée effectivement. Dès lors que l’Univers est vraiment un tout, ou plutôt un Tout absolu, il ne peut y avoir nulle part aucun cycle fermé: deux possibilités identiques ne seraient qu’une seule et même possibilité; pour qu’elles soient véritablement deux, il faut qu’elles diffèrent par une condition au moins, et alors elles ne sont pas identiques. Rien ne peut jamais revenir au même point, et cela même dans un ensemble qui est seulement indéfini (et non plus infini), comme le monde corporel: pendant qu’on trace un cercle, un déplacement d’effectue, et ainsi le cercle ne se ferme que d’une façon tout illusoire. Ce n’est là qu’une simple analogie, mais elle peut servir pour aider à comprendre que, «a fortiori», dans l’existence universelle, le retour à un même état est une impossibilité: dans la Possibilité totale, ces possibilités particulières que sont les états d’existence conditionnés sont nécessairement en multiplicité indéfinie; nier cela, c’est encore vouloir limiter la Possibilité; il faut donc l’admettre, sous peine de contradiction, et cela suffit pour que nul être ne puisse repasser deux fois par le même état.” (p. 213-214)
La Possibilité n’est pas limitée si on nie une absurdité, tout comme elle n’en est par enrichie par le contraire.
Contre Descartes: “[…] ainsi Descartes, lorsqu’il attribuait à Dieu la «liberté d’indifférence», par crainte de limiter la toute-puissance divine (expression théologique de la Possibilité universelle), et sans s’apercevoir que cette «liberté d’indifférence», ou le choix en l’absence de toute raison, implique des conditions contradictoires; nous dirons, pour employer son langage, qu’une absurdité n’est pas telle parce que Dieu l’a voulu arbitrairement, mais que c’est au contraire parce qu’elle est une absurdité que Dieu ne peut pas faire qu’elle soit quelque chose, sans pourtant que cela porte la moindre atteinte à sa toute-puissance, absurdité et impossibilité étant synonymes.” (p. 214-215)
Le temps n’est pas une condition propre à tous les états multiples de l’être.
Sur la causalité: “mais la relation même de causalité, si on la prend suivant sa véritable signification (et non suivant l’acception «empiriste» de quelques logiciens modernes), implique précisément la simultanéité ou la coexistence de ses termes.” (p. 215)
Une autre conception qui a de nombreux partisans parmi les «néo-spiritualistes» est celle que chaque être devrait passer successivement par toutes les formes de vie, terrestres et autres. “Une telle théorie n’exprime qu’une impossibilité manifeste, pour la simple raison qu’il existe une indéfinité de formes vivantes par lesquelles un être quelconque ne pourra jamais passer, ces formes étant toutes celles qui sont occupées par les autres êtres.” (p. 215-216)
Remarques sur le soi-disant évolutionnisme spirite: « […] le monde corporel tout entier, dans le déploiement intégral de toutes les possibilités qu’il contient, ne représente qu’une partie du domaine de manifestation d’un seul état; ce même étant comporte donc, « à fortiori », la potentialité correspondante à toutes les modalités de la vie terrestre, qui n’est qu’une portion très restreinte du monde corporel. Ceci rend parfaitement inutile (même si l’impossibilité n’en était prouvée par ailleurs) la supposition d’une multiplicité d’existences à travers lesquelles l’être s’élèverait progressivement de la modalité la plus inférieure, celle du minéral, jusqu’à la modalité humaine, considérée comme la plus haute, en passant successivement par le végétal et l’animal, avec toute la multitude de degrés que comprend chacun de ces règnes; il en est, en effet, qui font de telles hypothèses, et qui rejettent seulement la possibilité d’un retour en arrière. En réalité, l’individu, dans son extension intégrale, contient simultanément les possibilités qui correspondent à tous les degrés dont il s’agit (nous ne disonspas, qu’on le remarque bien, qu’il les contient ainsi corporellement); cette simultanéité ne se traduit en succession temporelle que dans le développement de son unique l’embryologie, il passe effectivement par tous les stades correspondants, depuis la forme unicellulaire des êtres organisés les plus rudimentaires, et même, en remontant plus haut encore, depuis le cristal, jusqu’à la forme humaine terrestre. » (p. 216)
La théorie « transformiste » n’est pas moins fausse que toutes les autres formes d’évolutionnisme.
Le point de vue de la succession et essentiellement relatif, il doit demeurer subordonné à celui de la simultanéité, comme l’exige le caractère purement métaphysique, donc extra-temporel de la théorie des états multiples de l’être.
Note en bas de page: « Il faudrait pouvoir critiquer ici les définitions que Leibnitz donne de l’espace (ordre des coexistences) et du temps (ordre des successions); ne pouvant l’entreprendre, nous dirons seulement qu’il étend ainsi le sens de ces notions d’une façon tout à fait abusive, comme il le fait aussi, par ailleurs, pour la notion de corps. » (p. 217)
Tous les prétendus « réveils de souvenirs » latents, par lesquels certaines personnes assurent se rappeler leurs existences passées, peuvent s’expliquer uniquement par les simples lois de l’affinité et de la forme.
H. B. of L. admettait la possibilité de la réincarnation dans certains cas exceptionnels, comme celui des enfants morts-nés ou morts en bas âge, et celui des idiots de naissance – ce qui revient à admettre que la divinité peut se tromper. « […] dès lors qu’il s’agit d’une impossibilité métaphysique, il ne saurait y avoir la moindre exception: il suffit qu’un être soit passé par un certain état, ne fût-ce que sous forme embryonnaire, ou même sous forme de simple germe, pour qu’il ne puisse en aucun cas revenir à cet état, dont il a ainsi effectué les possibilités suivant la mesure que comportait sa propre nature; si le développement de ces possibilités semble avoir été arrêté pour lui à un certain point, c’est qu’il n’avait pas à aller plus loin quant à sa modalité corporelle, et c’est le fait de n’envisager que celle-ci exclusivement qui est ici la cause de l’erreur, car on ne tient pas compte de toutes les possibilités qui, pour ce même être, peuvent se développer dans d’autres modalités du même étant; […]. » (p. 219-220)
Papus aussi rejettait l’idée de la réincarnation, sans lui offrir aucune exception: « si l’on rejette cette théorie, il ne faut pas admettre d’exception, sans quoi on ouvre une brèche à travers laquelle tout peut passer » (La Réincarnation, p. 179)
Le comte de Larmandie a prétendu que la réincarnation pouvait être admise pour les enfants morts sans baptême.
Origène a formulé une opinion conformément à laquelle la vie corporelle serait un châtiment pour des âmes qui, « préexistant en tant que puissances célestes, auraient pris satiété de la contemplation divine ».
Conformément à Papus, « l’idée de la réincarnation fait partie des enseignements secrets de l’Eglise » (La Réincarnation, p. 171).
Allan Kardec a affirmé que « le dogme de la résurrection de la chair est la consération de celui de la réincarnation enseignée par les esprits », et qu’« ainsi l’Eglise, par le dogme de la résurrection de la chair, enseigne elle-même la doctrine de la réincarnation » (Le Livre des Esprits, pp. 440-442).
Les fragments évangéliques qui ont été pris à l’appui de la théorie de la réincarnation:
I. « Lorsqu’ils descendaient de la montagne, Jésus fit ce commandement et leur dit: Ne parlez à personne de ce que vous venez de voir, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. Ses disciples l’interrogèrent alors et lui dirent: Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’il faut qu’Elie vienne auparavant? Mais Jesus leur répondit: Il est vrai qu’Elie doit venir et qu’il rétablira toutes choses. Mais je vous déclare qu’Elie est déjà venu, et ils ne l’ont point connu, mais l’ont fait souvrir comme ils ont voulu. C’est ainsi qu’ils feront mourir le Fils de l’homme. Alors ses disciples comprirent que c’était de Jean-Baptiste qu’il leur avait parlé. » (St. Mathieu, XVII, 9-15)
Elie n’était pas mort au sens ordinaire de ce mot. Il ne pouvait pas s’incarner. Questionné s’il est Elie, Jean-Baptiste nie (St. Jean, I, 21).
Chose significative, l’archange Gabriel annonce à Zacharie quant à son fils: «Il marchera devant le Seigneur dans l’esprit et dans la vertu d’Elie, pour réunir le cœur des pères avec leurs enfants et rappeler les désobéissants à la prudence des justes, pour préparer au Seigneur un peuple parfait. » (St. Luc, I, 17)
II. « Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu… En vérité, je vous le dis, si un homme ne renaît de l’eau et de l’esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit. Ne vous étonnez pas de ce que je vous ai dit, qu’il faut que vous naissiez de nouveau. » (St. Jean, IX, 1-3)
Les commentaires de René Guénon sur le dernier fragment: « Il faut une ignorance aussi prodigieuse que celle des spirites pour croire qu’il peut s’agir de la réincarnation alors qu’il s’agit de la « seconde naissance », entendue dans un sens purement spirituel, et qui est même nettement opposée ici à la naissance corporelle; cette conception de la « seconde naissance », sur laquelle nous n’avons pas à insister présentement, est d’ailleurs de celles qui sont communes à toutes les doctrines traditionnelles, parmi lesquelles il n’en est pas une, en dépit des assertions des « néo-spiritualistes », qui ait jamais enseigné quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la réincarnation. » (p. 224-225)

Chapitre VII. Extravagances réincarnationnistes
« […] l’idée de la réincarnation contribue grandement à détraquer beaucoup de personnes à notre époque » (p. 227)
Mégalomanie spirite: ils s’imaginent tous être la réincarnation de personnages illustres. Beaucoup veulent passer par la réincarnation du Christ (un des prototypes fut le pasteur Guillaume Monod).
Les spirites font la confusion entre la métempsychose et la réincarnation.
Des séances de spiritisme ont été organisé pour invoquer le Christ et ses apôtres: « Vraiment, il faut avoir une foi bien robuste pour pouvoir croire ainsi que le Christ et ses Apôtres se manifestent dans des séances spirites et parlent par l’organe des médiums, surtout quand on voit de quelle qualité sont les innombrables « communications » qui leur ont été attribuées. » (p. 232)
Un petit coup à Papus: « […] mais peut-être faut-il louer Papus d’avoir été si prudent en la circonstance, car, chaque fois qu’il voulut se mêler de faire des prophéties un peu précises, les événements, par une incroyable malchance, ne manquèrent jamais de lui donner un démenti. » (p. 234)
Pour les spirites et les occultistes, les actions accomplies au cours d’une vie doivent avoir des conséquences dans les vies suivantes. L’idée de sanction morale, au lieu d’être appliquée à une « vie future » extra-terrestre, comme elle l’est dans les conceptions religieuses, se trouve ramenée aux vies terrestres, au nom de karma (tout à fait improprement, parce qu’en sanscrit ce mot ne signifie qu’« action »).
« Quand ces choses restent dans le domaine de la simple théorie, elles [les idées des spirites – n.n.] ne sont que grotesques: tel est l’exemple, bien connu chez les spirites, de la victime qui poursuit jusque dans une autre existence sa vengeance contre son meurtrier; l’assassiné d’autrefois deviendra alors assassin à son tour, et le meurtrier, devenu victime, devra se venger à son tour dans une autre existence,… et ainsi de suite indéfiniment. » (p. 237)
Les occultistes ont une théorie conformément à laquelle l’incarnation n’est complète qu’au bout de sept ans.
Sur la responsabilité héréditaire: « Dès lors que l’individu humain tient de ses parents certains éléments corporels et psychiques, il les prolonge en quelque sorte partiellement sous ce double rapport, il est véritablement quelque chose d’eux tout en étant lui-même, et ainsi les conséquences de leurs actionspeuvent s’étendre jusqu’à lui; c’est de cette façon, du moins, que l’on peut exprimer les choses en les dépouillant de tout caractère spécifiquement moral. » (p. 239-240)
Les spirites protestent contre l’idée de « péché originel », d’abord parce qu’elle choque leur conception spéciale de la justice, après parce qu’elle a des conséquences contraires à leur théorie « progressiste ».
« Ce qui est plus intéressant, c’est de noter ici un procédé qui est habituel aux spirites, et qui consiste à prétendre que les dogmes de l’Eglise, et aussi les diverses doctrines de l’antiquité, sont une déformation de leurs propres théories; ils oublient seulement que celles-ci sont d’invention toute moderne, et ils ont cela de commun avec les théosophistes, qui présentent leur doctrine comme « la source de toutes les religions » […]. » (p. 241)
Selon les spirites, le péché originel est une figure des fautes commises dans les vies antérieures.
« […] que l’on remarque cette confusion de la notion d’espèce avec celle de collectivité, qui est très commune aussi parmi les philosophes modernes […]. » (p. 243)
Question de traitement des idées: « Enfin, nous nous excuserons d’avoir, dans ce qui précède, omis l’indication de certains noms; nous ne voulons pas faire œuvre de polémique, et, si l’on peut assurément citer sans inconvénient, avec références à l’appui, tout ce qu’un auteur a publié sous sa propre signature, ou même ous un pseudonyme quelconque, le cas est un peu différent lorsqu’il s’agit de choses qui n’ont pas été écrites; pourtant, si nous nous voyons obligé de donner quelque jour des précisions plus grandes, nous n’hésiterons pas à le faire dans l’intérêt de la vérité, et les circonstances seules détermineront notre conduite à cet égard. » (p. 245)

Chapitre VIII. Les limites de l’expérimentation
Principe d’épistémologie: « […] assurément, quand une chose est démontrée impossible, comme c’est le cas, tous les faits qui peuvent être invoqués en sa faveur sont parfaitement insignifiants, et l’on peut être assuré d’avance que ces faits sont mal interprétés […] » (p. 247)
Parmi les faits présentés comme épreuves pour la théorie de la réincarnation c’est le prétendu « réveil de souvenirs ». Il s’agit à la fin de métempsychose, c’est-à-dire de transmission de certains éléments psychiques d’une individualité à une autre.
« Ces phénomènes, que l’on peut rattacher à la classe des rêves dits « prémonitoires », sont loin d’être rares, mais ceux à qui ils arrivent évitent le plus souvent d’en parler par crainte de passer pour « hallucinés » (encore un mot dont on abuse et qui n’explique jamais rien au fond), et l’on pourrait en dire autant des faits de « télépathie » et autres du même genre; ils mettent en jeu quelques prolongements obscurs de l’individualité, appartenant au domaine de la « subconscience », et dont l’existence s’explique plus faciulement qu’on ne pourrait croire. En effet, un être quelconque doit porter en lui-même certaines virtualités qui soient comme le germe de tous les événements qui lui arriveront, car ces événements, en tant qu’ils représentent des états secondaires ou des modifications de lui-même, doivent avoir dans sa propre nature leur principe ou leur raison d’être; c’est là un point que Leibnitz, seul parmi tous les philosophes modernes, a assez bien vu, quoique sa conception se trouve faussée par l’idée que l’individu est un être complet et une sorte de système clos. » (p. 248)
Sur le hasard: « […] si l’on dit qu’il y a des événements qui n’ont qu’un caractère purement accidentel, nous répliquerons que cette façon de voir implique la croyance au hasard, qui n’est pas autre chose que la négation du principe de raison suffisante. » (p. 248)
L’homme moderne ne se rend pas compte de la relativité de la condition temporelle. [On pourrait même dire que plus l’homme est moderne, plus il vit en fonction de cette condition.]
Il existe aussi le cas où certaines personnes considèrent qu’elles ont revenu dans certaines places où elles avaient été auparavant. Or, selon toutes les informations disponibles, ces personnes n’y ont jamais allé. Dans les cas où l’on a pu procéder à certaines vérifications, on a constaté que ce que cette personne croit est effectivement arrivé dans ce lieu à un de ses ancêtres plus ou moins éloignés. C’est le cas d’une transmission héréditaire d’éléments psychiques (ou pourrait même parler de « mémoire ancestrale »).
Sur les états de l’être: « […] un individu peut porter en lui, à l’état latent, telle ou telle maladie, le cancer par exemple, mais cette maladie ne se développera que sous l’action d’un choc ou de quelque cause d’affaiblissement de l’organisme; si de telles circonstances ne se rencontrent pas, la maladie ne se développera jamais, mais son germe n’en existe pas moins réellement et présentement dans l’organisme, de même qu’une tendance psychologique qui ne se manifeste par aucun acte extérieur n’en est pas moins réelle pour cela en elle-même. » (p. 250)
Les affinités peuvent exister aussi entre des êtres humains et des êtres non-humains.
« Quant à l’« origine secrète des totems », nous pouvons affirmer qu’elle est restée vraiment secrète en effet pour les occultistes, tout aussi bien que pour les sociologues; du reste, il vaut peut-être mieux qu’il en soit ainsi, car ces choses ne sont pas de celles sur lesquelles il est facile de s’expliquer sans réserves, à cause des conséquences et des applications pratiques que certains ne manqueraient pas de voulour en tirer; il y en a déjà bien assez d’autres, passablement dangereuses aussi, dont on ne peut que regretter qu’elles soient à la disposition du premier expérimentateur venu. » (p. 252)
Dans chacun de nous il y a des éléments qui proviennes de la désagrégation des individualités qui nous on précédés. L’illusion de la réincarnation ne peut pas avoir lieu que par la présence d’un ensemble notable d’éléments psychiques de même provenance.
La mémoire, malgré tout, n’est pas de nature corporelle.
« […] les sujets hypnotiques, qui sont employés dans ces expériences, ne font rien d’autre que de refléter toutes les idées qui leur sont suggérées volontairement ou involontairement. Il suffit que l’expérimentateur pense à une théorie, qu’il l’envisage comme simplement possible, à tort ou à raison, pour que cette théorie devienne, chez le sujet, le point de départ de divagations interminables; et l’expérimentateur accueillera naïvement comme une confirmation ce qui n’est que l’effet de sa propre pensée agisant sur l’imagination « subconsciente » du sujet, tant il est vrai que les intentions les plus « scientifiques » n’ont jamais garanti personne contre certaines causes d’erreur. » (p. 257)
Sur la conception fantaisiste exprimée par la « machine à explorer le temps » de Wells: « Quant à retourner effectivement dans le passé, c’est là une chose qui est manifestement aussi impossible à l’individu humain que de se transporter dans l’avenir; il est trop évident que cette idée d’un transport dans le futur en tant que tel ne serait qu’une interprétatin complètement érronée des faits de « prévision » […]. » (p. 262)
L’espace est réversible, ayant été parcouru dans un certain sens, il peut être ensuite parcouru en sens inverse. Le temps, au contraire, n’est pas reversible.
La suppression de la condition temporelle est parfaitement possible en elle-même, tout comme il est possible de supprimer la condition spatiale. Mais le voyage dans le temps est impossible, parce qu’il suppose la suppression de la condition temporelle tout en gardant le temps, donc une chose et son contraire à la fois.
Sur le rapport de cause à effet: « […] le véritable rapport causal, au contraire, implique essentiellement la simultanéité de ses deux termes, d’où il résulte que des états considérés comme se suivant ne peuvent pas, sous ce point de vue, s’engendrer les uns les autres, puisqu’il faudrait alors qu’un état qui n’existe plus produisit un autre état qui n’existe pas encore, ce qui est absurde […] » (p. 265)
« Dans les êtres vivants, il se produit à chaque instant une multitude de changements qui ne sont point réductibles à des changements de situation; et, même dans les corps inorganiques qui paraissent rester le plus complètement semblables à eux-mêmes, il s’effectue aussi bien des changements irréversibles: la « matière inerte », postulée par la mécanique classique, ne se trouve nulle part dans le monde corporel, pour la simple raison que ce qui est véritablement inerte est nécessairement dénué de toute qualité sensible ou autre. » (p. 267)
Dans l’état hypnotique la conscience du sujet se trouve en communication avec la conscience de l’expérimentateur. Le hypnotiseur peut fournir au sujet certaines données qu’il utilisera dans son rêve, et cela sans que le hypnotiseur ait besoin de formuler verbalement ces suggestions.
« Expérience métaphysique » - l’union de ces deux mots constitue un nonsens pur et simple.
« […] il est trop évident que spirites et psychistes de différentes catégories ignorent que spirites et psychistes de différentes catégories ignorent tous profondément ce que la métaphysique véritable, qu’ils n’en soupçonnent même pas l’existence; mais il nous plaît de constater, chaque fois que l’occasion s’en présente à nous, combien leurs tendances sont celles qui caractérisent proprement l’esprit occidental moderne, exclusivement tourné vers l’extérieur, par une monstrueuse déviation dont on ne trouve l’analogue nulle part ailleurs. Les « néo-spiritualistes » ont beau se quereller avec les « positivistes » et les savants « officiels », leur mentalité est bien la même au fond, et les « conversions » de quelques savants au spiritisme n’impliquent pas chez eux de changements aussi graves ou aussi profonds qu’on se l’imagine, ou du moins elles n’en impliquent qu’un: c’est que leur esprit, tout en demeurant toujours aussi étroitement borné, à perdu, au moins sous un certain rapport, l’équilibre relatif dans lequel il s’était maintenu jusque là. On peut être un « savant de premier ordre » […], on peut même être un « homme de génie », suivant les idées qui ont cours dans le monde « profane », et n’être point à l’abri de tels accidents; tout cela, encore une fois, prouve simplement qu’un savant ou un philosophe, quelle que soit sa valeur comme tel, et quel que soit aussi son domaine spécial, n’est pas forcément pour cela, en dehors de ce domaine, notablement supérieur à la grande masse du public ignorant et crédule qui fournit la majeure partie de la clientelle spirito-occultiste. » (p. 273-274)
Note en bas de page: « M. Rapicault va peut-être un peu loin, tout de même, en affirmant que « beaucoup de grands génies ont été de fervents adeptes du spiritisme »; c’est déjà trop qu’il y en ait eu quelques-uns, mais on aurait tort d’en être impressionné ou d’y attacher une grande importance, parce que ce qu’on est convenu d’appler « génie » est quelque chose de fort relatif, et qui vaut incomparablement moins que la moindre parcelle de la véritable connaissance. » (p. 274)

Chapitre IX. L’évolutionnisme spirite
Le « progrès » et l’« évolution » sont la même chose. Les deux vocables exercent une énorme séduction sur les esprits plus ou moins incultes: « […] il y a une sorte de « verbalisme » qui donne l’illusion de la pensée à ceux qui sont incapables de penser vraiment, et une obscurité qui passe pour de la profondeur aux yeux du vulgaire. » (p. 275)
Encore sur l’évolutionnisme: « […] l’évolutionnisme, depuis un siècle environ, a revêtu bien des formes, mais qui ne sont toutes que des complications diverses de l’idée de « progrès », telle qu’elle commença à se répandre dans le monde occidental au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle; c’est une des manifestations les plus caractéristiques d’une mentalité spécifiquement moderne, qui est bien celle des spirites, et même, plus généralement, de tous les « néo-spiritualistes ». » (p. 276)
« On voit combien le « moralisme » spirite s’apparente étroitement à toutes les utopies socialistes et humanitaires: tous ces gens s’accordent à situer dans un avenir plus ou moins lointain le « paradis terrestre », c’est-à-dire la réalisation de leurs rêves de « pacifisme » et de « fraternité universelle »; seulement, les spirites supposent en outre qu’ils sont déjà réalisés actuellement dans d’autres planètes. Il est à peine besoin de faire remarquer combien leur conception des « mondes supérieurs à la terre » est naïve et grossière; il n’y a pas à s’en étonner, quand on a vu comment ils se représentent l’existence de l’ « esprit désincarné »; signalons seulement la prédominance évidente de l’élément sentimental dans ce qui constitue pour eux la « supérieurité ». C’est pour la même raison qu’ils mettent le « progrès moral » au-dessus du « progrès intellectuel »; […] » (p. 279)
Selon Allan Kardec, « la civilisation complète se reconnaît au développement moral » (Le Livre des Esprits, pp. 333).
Sur le concept de civilisation: « L’erreur fondamentale, dont l’origine semble devoir être attribuée à Turgot et surtout à Fourier, consiste à parler de « la civilisation », d’une façon absolue; c’est là une chose qui n’existe pas, car il y a toujours eu et il y a encore « des civilisations », dont chacune a son développement propre, et de plus, parmi ces civilisations, il en est qui se sont entièrement perdues, dont celles qui sont nées plus tard n’ont nullement recueilli l’héritage. On ne saurait contester non plus qu’il y ait, au cours d’une civilisation, des périodes de décadence, ni qu’un progrès relatif dans un certain domaine puisse être compensé par une régression dans d’autres domaines; d’ailleurs, il serait bien difficile à la généralité des hommes d’un même peuple et d’une même époque d’appliquer également leur activité aux choses des ordres les plus différents. La civilisation occidentale moderne est, à coup sûr, celle dont le développement se limite au domaine le plus restreint de tous; il ne faut pas être bien difficile pour trouver que « le progrès intellectuel a atteint un degré inconnu jusqu’à nos jours », et ceux qui pensent ainsi montrent qu’ils ignorent tout de l’intellectualité véritable; prendre pour un « progrès intellectuel » ce qui n’est qu’un développement purement matériel, borné à l’ordre des sciences expérimentales (ou plutôt de quelques-unes d’entre elles, car il en est dont les modernes méconnaissent jusqu’à l’existence), et surtout de leurs applications industrielles, c’est bien là la plus ridicule de toutes les illusions. » (p. 281)
« […] rien n’est moins tolérant en pratique que les gens qui éprouvent le besoin de prêcher la tolérance et la fraternité. » (p. 282)
« […] les rêveurs sont incorrigibles, et, à chaque fois qu’une guerre éclate, il s’en trouve toujours pour prédire qu’elle sera la dernière […] » (p. 282)
Sur le bon sens: « Assurément, le « bon sens » vulgaire, dont on a tant abusé depuis que Descartes a cru devoir le flatter d’une façon toute démocratique déjà, est bien incapable de se prononcer en connaissance de cause sur la vérité ou la fausseté d’une idée quelconque; et même une raison plus « philosophique » ne garantit guère mieux les hommes contre l’erreur. » (p. 283)
Sur la philosophie officielle: « Les solennelles niaiseries de la philosophie universitaire sont parfois aussi grotesques que les divagations des spirites; mais celles-ci, comme nous l’avons dit, ont des dangers spéciaux, qui tiennent notamment à leur caractère « pseudo-religieux », et c’est pourquoi il est plus urgent de les dénoncer et d’en faire apparaître l’inanité. » (p. 283)
L’indéfini est encore du fini, et toute durée est finie par sa nature même.
« Il y a là, d’ailleurs, une autre équivoque à dissiper: ce qu’on appelle « esprit », et qu’on suppose constituer l’être total et véritable, ce n’est en somme que l’individualité humainel on a beau vouloir la répéter à de multiples exemplaires successifs par la réincarnation, elle n’en est pas moins limitée pour cela. En un sens, les spirites limitent même trop cette individualité, car ils ne connaissent qu’une faible partie de ses possibilités réelles, et elle n’a pas besoin de se réincarner pour être susceptible de prolongements indéfinis; mais, en un autre sens, ils lui accordent une importance excessive, car ils la prennent pour l’être dont elle n’est, avec tous ses prolongements possibles, qu’un éléments infinitésimal. Cette double erreur n’est d’ailleurs pas particulière aux spirites, elle est même commune à presque tout le monde occidental: l’individu humain est à la fois beaucoup plus et beaucoup moins qu’on ne le croit; et, si on ne prenait à tort cette individu, ou plutôt une portion restreinte de cet individu, pour l’être complet, on n’aurait jamais eu l’idée que celui-ci est quelque chose qui « évolue ». On peut dire que l’individu « évolue », si l’on entend simplement par là qu’il accomplit un certain développement cyclique; mais, de nos jours, qui dit « évolution » veut dire développement « progressif », et cela est contestable, sinon pour certaines portions du cycle, du moins pour son ensemble; même dans un domaine relatif comme celui-là, l’idée de progrès n’est applicable qu’à l’intérieur de limites fort étroites, et encore n’a-t-elle de sens que si l’on précise sous quel rapport on entend l’appliquer: cela est vrai des individus aussi bien que des collectivités. » (p. 284-285)
L’esprit « scientiste » des spirites va de pair avec une haine féroce pour tout ce qui a un caractère religieux ou traditionnel.
Sur la théorie de la conspiration: « Aujourd’hui, le transformisme paraît avoir fait son temps, et il a déjà perdu bien du terrain, au moins dans les milieux scientifiques un peu sérieux; mais il peut encore continuer à contaminer l’esprit des masses, à moins qu’il ne se trouve quelque autre machine de guerre qui soit capable de le remplacer; nous ne croyons point, en effet, que les théories de ce genre se répandent spontanément, ni que ceux qui se chargent de les propager obéissent en cela à des préoccupations d’ordre intellectuel, car ils y mettent trop de passion et d’animosité. » (p. 291)
« Nous rappellerons ce que nous avons dit précédemment à propos de l’hypothèse d’après laquelle l’être devrait passer successivement par toutes les formes de vie: cette hypothèse […] est d’abord une impossibilité […]; ensuite, elle est inutile, et elle l’est même doublement. Elle est inutile, en premier lieu, parce que l’être peut avoir simultanément en lui l’équivalent de toutes ces formes de vie; et il ne s’agit ici que de l’être individuel, puisque toutes ces formes appartiennent à un même état d’existence, qui est celui de l’individualité humaine; elles sont donc des possibilités comprises dans le domaine de celle-ci, à la condition qu’on l’envisage dans son intégralité. Ce n’est que pour l’individualité restreinte à la seule modalité corporelle, comme nous l’avons déjà fait remarquer, que la simultanéité est remplacée par la succession, dans le développement embryologique, mais ceci ne concerne qu’une bien faible partie des possibilités en question; pour l’individualité intégrale, le point de vue de la succession disparaît déjà, et pourtant ce n’est encore là qu’un unique état de l’être, parmi la multiplicité indéfinie des autres états; si l’on veut à toute force parler d’évolution, on voit par là combien sont étroites les limites dans lesquelles cette idée trouvera à s’appliquer. En second lieu, l’hypothèse dont nous parlons est inutile quant au terme final que l’être doit atteindre, quelle que soit d’ailleurs la conception que l’on s’en fait; et nous croyons nécessaire de nous expliquer ici sur ce mot de « perfection », que les spirites emploient d’une façon si abusive. Evidemment, il ne peut s’agir pour eux de la Perfection métaphysique, qui seule mérite vraiment ce nom, et qui est identique à l’Infini, c’est-à-dire à la Possibilité universelle dans sa totale plénitude; cela les dépasse immensément, et ils n’en ont aucune idée; mais admettons qu’on puisse parler, analogiquement, de perfection dans un sens relatif, pour un être quelconque: ce sera, pour cet être, la pleine réalisation de toutes ses possibilités. » (p. 291-292)
Un exemple mathématique sur le point de vue métaphysique développée ci-dessus: « Une comparaison mathématique peut aider à comprendre ce que nous voulons dire: si l’on doit faire l’addition d’une indéfinité d’éléments, on n’y parviendra jamais en prenant ces éléments un à un; la somme ne pourra s’obtenir que par une opération unique, qui est l’intégration, et ainsi il faut que tous les éléments soient pris simultanément: c’est là la réfutation de cette conception fausse, si répandue en Occident, selon laquelle on ne pourrait arriver à la synthèse que par l’analyse, alors que, au contraire, s’il s’agit d’une véritable synthèse, il est impossible d’y arriver de cette façon. On peut encore présenter les choses ainsi: si l’on a une série indéfinie d’éléments, le terme final, ou la totalisation de la série, n’est aucun de ces éléments; il ne peut se trouver dans la série, de sorte qu’on n’y parviendra jamais en la parcourant analytiquement; par contre, on peut atteindre ce but d’un seul coup par l’intégration, mais peu importe pour cela qu’on ait déjà parcouru la série jusqu’à tel ou tel de ses éléments, puisqu’il n’y a aucune commune mesure entre n’importe quel résultat partiel et le résultat total. » (p. 292-293)
« Maintenant, s’il s’agit de l’être total, et non plus seulement de l’individu, la chose est encore plus évidente, d’abord parce qu’il n’y a plus aucune place pour la considération du temps ou de quelque autre condition analogue (la totalité de l’être étant l’état inconditionné), et ensuite parce qu’il y a alors bien autre chose à envisager que la simple indéfinité des possibilités de l’individu, celles-ci n’étant plus, dans leur intégralité, qu’un élément infinitésimal dans la série indéfinie des états de l’être. Arrivé à ce point (mais, bien entendu, ceci ne s’adresse plus aux spirites, qui sont par trop incapables de le concevoir), nous pouvons réintroduire l’idée de la Perfection métaphysique, et dire ceci: quand bien même on admettrait qu’un être ait parcouru distinctement ou analytiquement une indéfinité de possibilités, toute cette évolution, si on veut l’appeler ainsi, ne pourrait jamais être que rigoureusement égale à zéro par rapport à la Perfection, car l’indéfini, procédant du fini et étant produit par lui (comme le montre clairement, en particulier, la génération des nombres), donc y étant contenu en puissance, n’est en somme que le développement des potentialités du fini, et, par conséquent, ne peut avoir aucun rapport avec l’Infini, ce qui revient à dire que, considéré de l’Infini, ou de la Perfection qui lui est identique, il ne peut être que zéro. La conception analytique que représente l’évolutionnisme, si on l’envisage dans l’universel, revient donc, non plus même à ajouter une à une des quantités infinitésimales, mais rigoureusement à ajouter indéfiniment zéro à lui-même, par une indéfinité d’additions distinctes et successives, dont le résultat final sera toujours zéro; on ne peut sortir de cette suite stérile d’opérations analytiques que par l’intégration (qui devrait être ici une intégration multiple, et même indéfiniment multiple), et, nous y insistons, celle-ci s’effectue d’un seul coup, par une synthèse immédiate et transcendante, qui n’est logiquement précédée d’aucune analyse. » (p. 293-294)
L’éternité est essentiellement la « non-durée ».
L’espace est indéfini, mais, comme toute autre possibilité particulière, il est absolument nul par rapport à l’Infini.
La durée, même perpetuelle, n’est rien au regard de l’éternité.
Les évolutionnistes placent la réalité dans le devenir. Leur conception est la négation totale de la métaphysique (qui a pour domaine l’immuable). Même l’idée de Dieu des évolutionnistes est celle d’une divinité qui évolue incessamment. Cette idée se rencontre chez les philosophes comme Renan, et aussi dans certaines sectes protestantes.

Chapitre X. La question du satanisme
« Il est convenu qu’on ne peut parler du diable sans provoquer, de la part de tous ceux qui se piquent d’être plus ou moins « modernes », c’est-à-dire de l’immense majorité de nos contemporains, des sourires dédaigneux ou des haussements d’épaules plus méprisants encore; et il est des gens qui, tout en ayant certaines convictions religieuses, ne sont pas les derniers à prendre une semblable attitude, peut-être par simple crainte de passer pour « arriérés », peut-être aussi d’une façon plus sincère. Ceux-là, en effet, sont bien obligés d’admettre en principe l’existence du démon, mais ils seraient fort embarrassés d’avoir à constater son action effective; cela dérangerait par trop le cercle restreint d’idées toutes faites dans lequel ils ont coutume de se mouvoir. C’est là un exemple de ce « positivisme pratique » auquel nous avons fait allusion précédemment: les conceptions religieuses sont une chose, la « vie ordinaire » en est une autre, et, entre les deux, on a bien soin d’établir une cloison aussi étanche que possible; autant dire qu’on se comportera en fait comme un véritable incroyant, avec la logique en moins; mais quel moyen de faire autrement, dans une société aussi « éclairée » et aussi « tolerante » que la nôtre, sans se faire traiter à tout le moins d’« halluciné »? » (p. 301)
Sur le diable: « […] si c’est encore une ruse du diable que de se faire nier, il faut convenir qu’il n’y a pas trop mal réussi. » (p. 302)
Il y a très peu de satanistes conscients (parmi lesquels on peut citer les Yézidis). Mais il y a énormément de satanistes inconscients.
On peut citer la secte des Lucifériens.
« Si des spirites, de leur côté, reçoivent un « message » signé de Lucifer ou de Satan, ils n’hésitent pas un seul instant à le mettre sur le compte de quelque « esprit farceur », puisqu’ils font profession de ne pas croire au démon, et qu’ils apportent même à cette négation un véritable acharnement; en leur parlant du diable, on ne risque pas seulement d’éveiller chez eux du dédain, mais plutôt de la fureur, ce qui est du reste un assez mauvais signe. » (p. 303)
Le satanisme inconscient peut être purement mental et théorique, sans impliquer aucune tentative d’entrer en relation avec des entités quelconques. Sont satanistes: toute théorie qui défigure l’idée de la Divinité; les conceptions d’un Dieu qui évolue et celles d’un Dieu limité.
Tout « immanentisme » soumet, plus ou moins ouvertement, la Divinité au devenir.
« […] il n’est pas de système philosophique qui ne contienne, au moins en germe, quelque contradiction interne […] » (p. 306)
L’attitude « pragmatiste » consiste principalement à substituer l’utilité morale ou matérielle à la vérité.
« […] le satanisme, même conscient, se caractérise toujours par un renversement de l’ordre normal: il prend le contrepied des doctrines orthodoxes, il invertit de parti pris certains symboles ou certaines formules; les pratiques des sorciers ne sont, dans bien des cas, que des pratiques religieuses accomplies à rebours. » (p. 308)
Le renversement des symboles est un signe qui trompe rarement.
« […] tout ce qui est dit théologiquement des anges et des démons peut aussi être dit métaphysiquement des états supérieurs et inférieurs de l’être. » (p. 309)
« […] toute vérité théologique peut être transposée en termes métaphysiques, mais sans que la réciproque soit vraie, car il est des vérités métaphysiques qui ne sont pas susceptibles d’être traduites en termes théologiques. » (p. 309-310)
Note en bas de page: « Dans la sorcellerie, la « contre-religion » intentionnelle vient se superposer à la magie, mais elle doit toujours être distinguée de celle-ci, qui, même quand elle est de l’ordre le plus inférieur, n’a pas ce caractère par elle-même; il n’y a aucun rapport direct entre le domaine de la magie et celui de la religion. » (p. 309)
L’universalité qui caractérise la métaphysique ne se retrouve pas dans la théologie. Aucune limitation arbitraire n’est compatible avec la métaphysique.
« Le diable n’est pas seulement terrible, il est souvent grotesque […] » (p. 311)
« On dit même que le diable, quand il veut, il est fort bon théologien; il est vrai, pourtant, qu’il ne peut s’empêcher de laisser échapper toujours quelque sottise, qui est comme sa signature; mais nous ajouterons qu’il n’y a qu’un domaine qui lui soit rigoureusement interdit, et c’est celui de la métaphysique pure; ce n’est pas ici le lieu d’en indiquer les raisons, encore que ceux qui auront compris les explications précédentes puissent en deviner une partie sans trop de difficultés. » (p. 314)
« […] mettre la morale au-dessus de tout, comme le font les protestants et les spirites, c’est encore renverser l’ordre normal des choses; cela même est donc « diabolique », ce qui ne veut pas dire que tous ceux qui pensent ainsi soient pour cela en communication effective avec le diable. » (p. 316)
« […] les milieux où l’on éprouve le besoin de prêcher la morale en toute circonstance sont souvent les plus immoraux en pratique […] » (p. 316)
La question de l’incubat et du succubat jète encore une lumière étrange sur le spiritisme.
« En tout cas, ce que nous voyons dans tout cela, et plus généralement dans le spiritisme et les autres mouvements analogues, ce sont des influences qui proviennent incontestablement de ce que certains appellent la « sphère de l’Antéchrist »; cette désignation peut encore être prise symboliquement, mais cela ne change rien à la réalité et ne rend pas ces influences moins néfastes. Assurément, ceux qui participent à de tels mouvements, et même ceux qui croient les diriger, peuvent ne rien savoir de ces choses; c’est bien là qu’est le plus grand danger, car beaucoup d’entre eux, très certainement, s’éloigneraient avec horreur s’ils pouvaient se rendre compte qu’ils se font les serviteurs des « puissances des ténèbres »; mais leur aveuglement est souvent irrémédiable, et leur bonne foi même contribue à attirer d’autres victimes; cela n’autorise-t-il pas à dire que la suprême habileté du diable, de quelque façon qu’on le conçoive, c’est de faire nier son existence? » (p. 328)

Chapitre XI. Voyants et guérisseurs
Selon les classifications entreprises par les spirites, il y a:
des médiums à effets physiques;
des médiums sensitifs;
des médiums parlants;
des médiums écrivains;
d’autres médiums à qualités mixtes.
« Nous admettons très volontiers que l’individualité humaine possède certaines facultés extra-corporelles, qui sont en tous à l’état latent, et qui peuvent être plus ou moins développées chez quelques-uns; mais ces facultés ne constituent point véritablement des sens, et, si l’on en parle par analogie avec les sens corporels, c’est qu’il serait peut-être difficile d’en parler autrement […]. » (p. 330-331)
Beaucoup d’organisations spirites se prétendent, sans aucun fondement, rosicruciennes. Les occultistes de toute école n’ont rien du Rosicrucianisme, non plus que de tout ce qui présente, à quelque égard que ce soit, un caractère vraiment traditionnel, ésotérique ou initiatique.
Sur les pouvoirs paranormaux: « Dans certaines écoles, comme le théosophisme, l’acquisition de la « clairvoyance » semble même être considérée en quelque sorte comme le but suprême; l’importance accordée à ces choses prouve encore que les écoles en question n’ont absolument rien d’« initiatique », en dépit de leurs prétentions, car ce ne sont là que des contingences qui apparaissent comme fort négligeables à tous ceux qui ont des connaissances d’un ordre plus profond; c’est tout au plus un « à-côté » qu’ils se gardent bien de rechercher spécialement, et qui, dans la plupart des cas, représente plutôt un obstacle qu’un avantage. » (p. 331)
Les écrits de la plupart des voyants contiennent des interprétations, des images qui sont tirées de leurs propres idées, fait qui réduit leur importance (au cas où il y en a une). Lorsque les voyants sont des mystiques orthodoxes, la tendance naturelle à la divagation est comprimée et réduite au minimum. Même les voyants célèbres, comme Swedenborg, sont loin d’être exempts de ce défaut.
Exemple de voyant aimé par les occultistes français: Louis Michel de Figanière.
Sur le magnétisme: « Pour ce qui est des effets du magnétisme, ils sont très réels dans certains cas, mais il ne faut pas en exagérer l’efficacité: nous ne pensons pas qu’il puise guérir ni même soulager toutes les maladies indistinctement, et il est des tempéraments qui y sont complètement réfractaires; de plus, certaines guérisons doivent être mises sur le compte de la suggestions, ou même de l’autosuggestion, bien plus que sur celui du magnétisme. » (p. 339)
L’hypnotisme est dérivé du magnétisme.
Il est assez curieux de constater que la faculté de guérison est développée surtout chez des gens assez peu intelligents.
« Quoi qu’il en soit, nous tenons à répéter encore une fois que tout ce qui est « phénomène » ne prouve absolument rien au point de vue théorique: il est parfaitement vain d’invoquer, en faveur d’une doctrine, des guérisons obtenues par des gens qui la professent, et l’on pourrait d’ailleurs appuyer ainsi les opinions les plus contradictoires, ce qui montre assez que ces arguments sont sans valeur; quand il s’agit de la vérité ou de la fausseté des idées, toute considération extra-intellectuelle doit être tenues pour nulle et non avenue. » (p. 347)

Chapitre XII. L’Antoinisme
Louis Antoine, chef de la secte antoinite, est né en 1846 à Liège, dans une famille de mineurs. Il a été lui-même mineur, puis ouvrier métallurgiste. Il a commencé à faire du spiritisme après la mort de son fils. Quoique à peu près illettré, il s’est trouvé à la tête d’un groupement dit des « Vignerons du Seigneur ».
« Ce qui est remarquable dans le cas d’Antoine, ce n’est pas sa carrière de « guérisseur », qui présente plus d’une ressemblance avec celle du zouave Jacob: il y eut à peu près autant de charlatanisme chez l’un que chez l’autre, et, s’ils obtinrent quelques cures réelles, elles furent très probablement dues à la suggestion, bien plutôt qu’à des facultés spéciales; c’est sans doute pour cela qu’il était si nécessaire d’avoir la « foi ». Ce qui est plus digne d’attention, c’est qu’Antoine se soit posé en fondateur de religion, et qu’il ait réussi à cet égard d’une façon vraiment extraordinaire, en dépit de la nullité de ses « enseignements », qui ne sont qu’un vague mélange de théorie spirites et de « moralisme » protestant, et qui sont, de plus, rédigés souvent en un jargon presque inintelligible. » (p. 352)
L’Antoinisme a fait profession de mépriser l’intelligence, qu’il a dénoncé comme la cause de tous les maux. Elle réprésenterait le démon dans l’homme, tout comme la conscience y représenterait Dieu. Avec l’évolution, tout finirait par s’arranger.
Selon les Antoinites, le mal n’existe pas, uniquement la « vue du mal », autrement dit c’est l’intelligence qui le crée.
Des préceptes antoinites:
« Un atome de matière nous est souffrance. »;
« Si la matière existe, Dieu ne peut exister. »;
« Nulle autre que l’individualité d’Adam a créé ce monde, Adam a été porté à se constituer une atmosphère et à construire son habitaiton, le globe, tel qu’il voulait l’avoir. »
« Vous êtes libres, agissez comme bon vous semble, celui qui fait bien trouvera bien. En effet, nous jouissons à un tel point de notre libre arbitre, que Dieu nous laisse faire de lui ce que nous voulons. »
« Tout cela est passablement incohérent; la seule idée qui s’en dégage, et tant est qu’on puisse appeler cela une idée, pourrait se formuler ainsi: il faut éliminer l’intelligence au profit de la « conscience », c’est-à-dire de la sentimentalité. Les occultistes français, dans la dernière période, en sont arrivés à une attitude à peu près semblable; encore n’avaient-ils pas, pour la plupart, l’excuse d’être des illettrés […]. » (p. 356)
« […] ce qui est terrible, c’est la facilité avec laquelle ces insanités se répandent à notre époque: en quelques années, l’Antoinisme a rassemblé des adhérents par milliers. Au fond, la raison de ce succès, comme de celui de toutes les choses similaires, c’est qu’elles correspondent à quelques-unes des tendances qui sont le propre de l’esprit modernl mais ce sont précisément ces tendances qui sont inquiétantes, parce qu’elles sont la négation même de toute intellectualité, et l’on ne peut se dissimuler qu’elles gagnent du terrain actuellement. Le cas de l’Antoinisme, nous l’avons dit, est tout à fait typique; parmi les multiples sectes pseudo-religieuses qui se sont formées depuis un demi-siècle environ, il en est d’analogues, mais celle-là présente la particularité d’avoir pris naissance en Europe, tandis que la plupart des autres, de celles du moins qui ont réussi, sont originaires d’Amérique. Il en est d’ailleurs, comme la « Christian Science », qui sont parvenues à s’implanter en Europe, et même en France dans ces dernières années; c’est encore là un symptôme d’aggravation du déséquilibre mental dont l’apparition du spiritisme marque en quelque sorte le point de départ; et, alors même que ces sectes ne sont pas directement dérivées du spiritisme comme l’est l’Antoinisme, les tendances qui s’y manifestent sont assurément les mêmes dans une large mesure. » (p. 362)

Chapitre XIII. La propagande spirite
Prosélytisme et ésotérisme sont contradictoires.
Les spirites invoquent l’expansion de leur doctrine comme une preuve de sa vérité. Le même argument est utilisé par certains philosophes modernes, qui font l’appel à un prétendu « consensus universel ». « […] rien ne saurait être plus insignifiant: d’abord, l’unanimité n’est sans doute jamais réalisée, et, le fût-elle, on n’aurait aucun moyen de le constater; cela revient donc simplement, en fait, à prétendre que la majorité doit avoir raison; or, dans l’ordre intellectuel, il y a bien des chances pour que ce soit précisément le contraire qui ait lieu le plus souvent, car les hommes d’intelligence médiocre sont assurément les plus nombreux, et d’ailleurs, sur n’importe quelle question, les incompétents forment l’immense majorité. » (p. 364)
« […] rien n’est plus lamentable que les résultats d’une demi-instruction. » (p. 364)
« Cette « simplicité » qu’on nous vante et qu’on trouve admirable, nous l’appelons, pour notre part, médiocrité et indigence intellectuelle; quant à l’ouvrier qu’on juge bon de mettre en scène, à défaut d’une instruction religieuse élémentaire dont on se garde prudemment d’envisager la possibilité, nous pensons que même « l’ignorance la plus complète » vaudrait encore beaucoup mieux pour lui que les illusions et les folies du spiritisme: celui qui ne sait rien d’une question et celui qui n’a que des idées fausses sont pareillement ignorants, mais la situation du premier est encore préférable à celle du second, même sans parler des dangers spéciaux au cas dont il s’agit. » (p. 365)
« Que les spirites aillent donc prêcher leur théories aux Orientaux: ils verront comment elles seront accueillies! La vérité est que le spiritisme s’adresse exclusivement aux Occidentaux modernes, qu’il n’y a que parmi eux qu’il puisse se faire accepter, parce qu’il est un produit de leur mentalité, et que les tendances qu’il traduit sont précisément celles par où cette mentalité se différencie de toute autre: recherche du « phénomène », croyance au progrès, sentimentalisme et « moralisme » humanitaire, absence de toute intellectualité véritable; là est toute la raison de son succès, et c’est sa sottise même qui fait sa plus grande force (au sens de cette force brutale dont nous parlions tout à l’heure) et qui lui acquirt un si grand nombre d’adhérents. » (p. 366)
La phraséologie pompeuse des spirites use et abuse de termes comme « progrès », « liberté », « lumière ». Les sectes protestants aussi.
« […] le spiritisme exploite la faiblesse humaine, profite de ce qu’elle se trouve trop souvent, à notre époque, privée de toute direction supérieure, et fonde ses conquêtes sur la pire de toutes les déchéances. » (p. 367)
L’anticléricalisme violent des spirites s’efface dès qu’il s’agit d’un prêtre en révolte plus ou moins ouverte contre l’autorité ecclésiastique.
Certains spirites, malgrés les avis qui leur sont donnés, font participer les enfants aux séances.
L’occupation de médium est très dangereuse pour les pratiquants.
Ce qui attire les gens au spiritisme est surtout la douleur causée par la perte d’un parent ou d’un ami.
« Maintenant, qu’on ne vienne pas nous vanter les bienfaits de la prétendue communication avec les morts: d’abord, nous nous refusons à admettre qu’une illusion quelconque soit, en elle-même, préférable à la vérité; ensuite, si cette illusion vient à être détruite, ce qui est toujours possible, elle risque de ne laisser place chez certains qu’à un véritable désespoir; enfin, avant que le spiritisme existe, les aspirations sentimentales trouvaient de quoi se satisfaire dans une espérance dérivée des conceptions religieuses, et, à cet égard, il n’y avait nul besoin d’imaginer autre chose. L’idée d’entrer en relation avec les défunts, surtout par des procédés comme ceux qu’emploient les spirites, n’est aucunément naturelle à l’homme; elle ne peut venir qu’à ceux qui subissent l’influence du spiritisme, dont les adhérents ne se font pas faute d’exercer en ce sens, par l’écrit et par la parole, la propagande la plus indiscrète. » (p. 372-373)
Les spirites ont ouvert même des bureaux de communication où chacun peut s’adresser pour obtenir des nouvelles des morts auxquels il s’intéresse.
En dépit du fait que le spiritisme se présente scindé en deux branches, un pseudo-religieux et un pseudo-scientifique, il s’agit d’un seul mouvement, avec une seule vision. La version pseudo-religieuse s’est répandu surtout dans les pays anglo-saxons, le côté pseudo-scientifique a eu plus de succès dans les pays latins.
Il suffit aux spirites d’invoquer la « science » et l’« expérience » pour que les adversaires du spiritisme soient réduits aux silence. Le spiritisme récolte les fruits du positivisme.
« C’est quand ils invoquent des arguments sentimentaux que les spirites, dans leur propagande, montrent le mieux leurs tendances essentielles; mais, comme ils prétendent appuyer leurs théories sur les phénomènes, les deux aspects que nous avons signalés, loin de s’opposer, sont en réalité complémentaires. Du reste, la recherche des phénomènes et le sentimentalisme vont fort bien ensemble, et cela n’a rien d’étonnant, car l’ordre sensible et l’ordre sentimental sont très proches l’un de l’autre; dans l’Occident moderne, ils s’unissent étroitement pour étouffer toute intellectualité. » (p. 382)
« […] la théorie de la réincarnation est celle qu’on paraît tenir le plus à répendre dans la foule, et, pour y arriver, tous les moyens sont bons; on a recours aux artifices de la littérature, et cette idée se déploie aujourd’hui dans les productions de certains romanciers. Le résultat, c’est que bien des gens qui se croient très éloignés du spiritisme et du « néo-spiritualisme » sont cependant contaminés par les absurdités qui émanent de ces milieux; cette propagande indirecte est peut-être la plus malfaisante de toutes, parce qu’elle est celle qui assure la plus grande diffusion aux théories en question, en les présentant sous une forme agréable et séduisante, et parce qu’elle n’éveille guère la méfiance du grand public, qui ne va pas au fond des choses et ne soupçonne pas qu’il y a, derrière ce qu’il voit, tout un « monde souterrain » dont les ramifications s’étendent de toutes parts en s’enchevêtrant de mille manières diverses. » (p. 383)

Chapitre XIV. Les dangers du spiritisme
Les premiers dangers sont purement physiques (accidents), qui, même s’ils ne sont pas habituels, ne sont pas toujours négligeables.
Papus reconnaissait que « la pratique spirite conduit les médiums à la neurasthénie en passant par l’hystérie », que « ces expériences sont d’autant plus dangereuses qu’on est plus inconscient et plus désarmé », et que « rien n’empêche les obsessions, les anémies nerveuses et les accidents plus graves encore ».
Marius Decrespe, occultiste, a écrit: « Le danger est certain; plusieurs [médiums –n. n.] sont devenus fous, dans d’horribles conditions, pour avoir voulu pousser trop loin leurs expériences… Ce n’est pas seulement son bon sens qu’on risque, c’est sa raison tout entière, sa santé, sa vie, et quelquefois même son honneur… La pente est glissante: d’un phénomène on passe à un autre et, bientôt, l’on n’est plus maître de s’arrêter. » (La Main et ses mystères, t. II, p. 174)
Certaines « communications » agissent comme des véritables suggestions sur ceux qui en sont l’objet.
« […] nul ne peut avoir une telle assurance [celle d’être à l’abri de toute forme de hétérodoxie, comme par exemple le spiritisme – n.n.], à moins d’être garanti contre certains dangers par une connaissance doctrinale qui rend impossible toute illusion et tout vertige mental […] » (p. 390)
Dr Laponi disait: « C’est chose notoire que la plupart des médiums fameux, et bon nombre de ceux qui ont assidûment suivi les pratiques spirites, sont morts fous ou atteints de troubles nerveux profonds. » (L’Hypnotisme et le Spiritisme, p. 209)
« […] malgré le terrible danger pour la nation, on ne fait rien pour arrêter la propagande des spirites. Ceux-ci sont peut-être inspirés par des motifs élevés, par des idéals scientifiques, mais, en définitive, ils mettent les hommes et les femmes dans un état de passivité qui ouvre les portes mystiques de l’âme à des esprits mauvais; dès lors, ces esprits vivent aux dépens de ces hommes, de ces femmes à l’âme faible, les poussent au vice, à la folie, à la mort morale. » (p. 392)
Aux dangers de la médiumnité ont sombré plusieurs médiums: Charles Foster (mort de folie furieuse), Dunglas Home (qui a souffert d’une maladie de l’épine dorsale, prise dans ses rapports avec les « esprits »), Washington Irving Bishop (épileptique), les sœurs Fox.
« […] la vérité est que les spirites n’ont absolument aucun moyen de défense à leur disposition, et il ne saurait en être autrement, dès lors qu’ils ignorent tout de la nature des forces auxquelles ils ont affaire. » (p. 395)
Les dangers du spiritisme sont de trois ordres: physiques, psychiques et intellectuels. Les maladies provoquées ou développées chez les médiums sont surtout au niveau du système nerveux. Les dangers psychiques concernent surtout les obsessions de caractère varié, les idées fixes, les impulsions criminelles, les dissociations et altérations de la conscience ou de la mémoire, les manies, les folies à tous les degrés.
« En somme tout cela tend purement et simplement à la désagrégation de l’individualité humaine, et y atteint parfois; les différentes formes de déséquilibre mental elles-mêmes ne sont là-dedans que des étapes ou des phases préliminaires, et, si déplorables qu’elles soient déjà, on ne peut jamais être sûr que les choses n’iront pas plus loin; ceci, d’ailleurs,. Échappe en grande partie, sinon totalement, aux investigations des médecins et des psychologues. Enfin, les dangers intellectuels résultent de ce que les théories spirites constituent, sur tous les points auxquels elles se réfèrent, une erreur complète, et ils ne sont pas limités comme les autres aux seuls expériementateurs […]. » (p. 397)
« […] ce que nous avons voulu montrer surtout et avant tout, c’est la fausseté de la doctrine spirite, et, à notre avis, c’est d’abord parce qu’elle est fausse qu’elle doit être combattue. En effet, il peut y avoir aussi des vérités qu’il serait dangereux de répandre, mais, si une telle chose venait à se produire, ce danger même ne pourrait nous empêcher de reconnaître que ce sont des vérités; du reste, cela n’est guère à craindre, car les choses de ce genre sont de celles qui ne se prêtent guère à la vulgarisation. Il s’agit là, bien entendu, de vérités qui ont des conséquences pratiques, et non de l’ordre purement doctrinal, où l’on ne risque jamais, en somme, d’autres inconvénients que ceux qui résultent de l’incompréhension à laquelle on s’expose inévitablement dès lors qu’on exprime des idées qui dépassent le niveau de la mentalité commune, inconvénients dont on aurait tort de se préoccuper outre mesure. » (p. 397)

Conclusion
Sur le spiritisme: « Assurément, c’est une sottise; mais ce qui est terrible, c’est que cette sottise en est arrivée à exercer une action extraordinairement étendue, ce qui prouve qu’elle répond à des tendances assez générales, et c’est pourquoi nous disions tout à l’heure qu’on ne peut négliger la question d’opportunité: comme il n’est pas possible de s’attaquer à toutes les erreurs sans exception, car elles sont innombrables, il vaut mieux laisser de côté celles qui sont relativement inoffensives et qui n’ont aucune chance de succès; mais le spiritisme, malheureusement, n’est pas de celles-là. » (p. 399)
« […] nous ne sommes pas de ceux qui pensent qu’il est bon de dissimuler certaines difficultés, ou de simplifier les choses au détriment de la vérité. » (p. 400)
La fausseté du spiritisme ne peut être établie que si l’on se place au niveau de la métaphysique. « […] dans l’ordre métaphysique, la compréhension entraîne nécessairement, d’une façon immédiate, l’assentiment et la certitude. » (p. 401)
Les arguments sentimentaux n’ont rien à faire avec la métaphysique.
Avertissement sur la confiscation de l’histoire et de la méthode « scientifique » historique par les protestants et leur esprit: « Nous n’ajouterons plus qu’une dernière réflexion: l’histoire du spiritisme, à nos yeux, ne constitue qu’un épisode de la formidable déviation mentale qui caractérise l’Occident moderne; il conviendrait donc, pour la comprendre entièrement, de la replacer dans cet ensemble dont elle fait partie; mais il est évident qu’il faudrait pour cela remonter beaucoup plus loin, afin de saisir les origines et les causes de cette déviation, plus d’en suivre le cours avec ses péripéties multiples. C’est là un travail immense, qui n’a jamais été fait en aucune de ses parties; l’histoire, telle qu’elle est enseignée officiellement, s’en tient aux événements extérieurs, qui ne sont que des effets de quelque chose de plus profond, et qu’elle expose d’ailleurs d’une façon tendancieuse, où se retrouve nettement l’influence de tous les préjugés moderne. Il y a même plus que cela: il y a un véritable accaparement des études historiques au profit de certains intérêts de parti, à la fois politiques et religieux; nous voudrions que quelqu’un de particulièrement compétent ait le courage de dénoncer notamment, avec preuves à l’appui, les manœuvres par lesquelles les historiens protestants ont réussi à s’assurer un monopole de fait, et sont parvenus à imposer, comme une sorte de suggestion, leur manière de voir et leurs conclusions jusque dans les milieux catholiques eux-mêmes; ce serait une besogne fort instructive, et qui rendrait des services considérables. Cette falsification de l’histoire semble bien avoir été accomplie suivant un plan déterminé; mais, s’il en est ainsi, comme elle a essentiellement pour but de faire passer pour un « progrès », devant l’opinion publique, la déviation dont nous avons parlé, tout paraît indiquer que celle-ci doit être elle-même comme l’œuvre d’une volonté directrice. Nous ne voulons pas, pour le moment du moins, être plus affirmatif là-dessus; il ne pourrait s’agir, en tout cas, que d’une volonté collective, car il y a là quelque chose qui dépasse manifestement le champ d’action des individus considérés chacun à part; et encore cette façon de parler d’une volonté collective, n’est peut-être qu’une représentation plus ou moins défectueuse. Quoi qu’il en soit, si l’on ne croit pas au hasard, on est bien forcé d’admettre l’existence de quelque chose qui soit l’équivalent d’un plan établi d’une manière quelconque, mais qui n’a d’ailleurs pas besoin, évidemment, d’avoir jamais été formulé dans aucun document; la crainte de certaines découvertes de cet ordre ne serait-elle pas une des raisons qui ont fait de la superstition du document écrit la base exclusive de la « méthode historique »? Partant de là, tout l’essentiel échappe nécessairement aux investigations, et, à ceux qui veulent aller plus loin, on a vite fait d’objecter que ce n’est plus « scientifique », ce qui dispense de toute autre discussion; il n’y a rien de tel que l’abus de l’érudition pour borner étroitement l’« horizon intellectuel » d’un homme et l’empêcher de voir clair en certaines choses; cela ne permet-il pas de comprendre pourquoi les méthodes qui font de l’érudition une fin en elle-même sont rigoureusement imposées par les autorités universitaires? Mais revenons à la question que nous envisagions: un plan étant admis, sous n’importe quelle forme, il faudrait voir comment chaque élément peut concourir à sa réalisation, et comment telles ou telles individualités ont pu, à cet effet, servir d’instruments conscients ou inconscients; qu’on se souvienne ici que nous avons déclaré, à propos des origines du spiritisme, qu’il nous est impossible de croire à la production spontanée de mouvements de quelque importance. En réalité, les choses sont encore plus complexes que nous ne venons de l’indiquer: au lieu d’une volonté unique, il faudrait envisager plusieurs volontés diverses, ainsi que leurs résultantes; il y aurait même là toute une « dynamique » spéciale dont les lois seraient bien curieuses à établir. Ce que nous en disons n’est que pour montrer combien la vérité est loin d’être généralement connue ou même simplement soupçonnée, en ce domaine comme en beaucoup d’autres; en somme, presque toute l’histoire serait à refaire sur des bases entièrement différentes, mais, malheureusement, trop d’intérêts sont en jeu pour que ceux qui voudront le tenter n’aient pas à vaincre de redoutables résistances. » (p. 403-405)

1 commentaire:

Guillaumyid a dit…

Concernant l'antoinisme que j'étudie, je voudrais apporter mon point de vue en me permettant de modifier une chose (le reste est tout à fait vrai) : "il faut éliminer l’intelligence au profit de la « conscience », c’est-à-dire de la sentimentalité". Plutôt que sentimentalité, je dirais : bonté, gentillesse, humilité, patience.
De plus, si vous retiriez de la bible, du Coran ou de n'importe quel livre, des extraits sans contexte, vous obtiendrez le même résultat d'une liste de "préceptes" qui s'apparenteront à des "insanités.